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devait changer et changea bientôt tontes les conditions de l’attaque et de la défense des places. Peu importante encore au commencement du xv' siècle, l’artillerie à feu prend un grand développement vers le milieu de ce siècle. « En France, dit « l’illustre auteur déjà cité 1 , la guerre de l’Indépendance contre « les Anglais avait réveillé le génie guerrier de la nation, et, « non-seulement l’héroïque Jeanne d’Arc s’occupait elle-même « de diriger l’artillerie 2 ; mais deux hommes éminents sortis du « peuple, les frères Bureau, apportèrent tous leurs soins à « perfectionner les bouches à feu et à la conduite des sièges. « Us commencèrent à employer, quoique en petit nombre, les « boulets de fer au lieu des boulets de pierre3, et alors, un « projectile du même poids occupant un plus petit volume, on « put lui donner une plus grande quantité de mouvement, parce « que la pièce, ayant un moindre calibre, offrit plus de résis- « tance à l’explosion de la poudre.
« Ce boulet plus dur ne se brisa plus et. put pénétrer dans « la maçonnerie ; il y eut avantage à augmenter sa vitesse en « diminuant sa masse; les bombardes devinrent moins lourdes, « quoique leur effet fût rendu plus dangereux.
« Au lieu d’élever des bastilles tout autour de la ville 4, les
et. de Bieule, reçoivent du maître des arbalétriers de la ville de Cambray dis canons, chinq de fer et chinq de métal » (probablement- de fer forgé et de métal fondu j, liquel sont tout fait dou commandement doudit.
maistre des arbalestriers par nostre main et par nos gens, et qui sont en . la garde et en la deffense de la ville de Cambray. » [Original parchemin, parmi les titres scelles de Clairambav.lt , vol. sxv, fol. 1825. Bibl. de l’Ecole
îles Chartes, t. vi, p. 51.) « Pour salpêtre et suffre viz et sec achetez pour
les canons qui sont à Cambray, onze livres quatre soolz .III. den. tour- • nois. ( Ibid. Voy. l’article de M. Lacabane, même vol., p. 28.)
1 Études sur le passé et l’avenir de l’artillerie, par L. -Napoléon Bonaparte, présid. de la Républ., t. II, p. 96.
2 Déposition du duc d’Alençon. Michelet, Hist. de France, t. V, p. 99.
3 Les trébuchets, pierriers, mangonneaux lançaient des boulets de pierre; il était naturel, lorsqu’on changea le mode de projection, de conserver le projectile.
4 Voy. le siège d’Orléans, en 1428. Nous revenons sur les travaux exécutés par les Anglais pour battre et bloquer la ville.
DU MOYEN AGE
« assiégeants établirent, devant les grandes forteresses, un parc « entouré d’un retranchement situé dans une position centrale, « hors de la portée du canon. De ce point, ils conduisirent un « ou deux boyaux de tranchée vers les pointes où ils placèrent « leurs batteries1... Nous sommes arrivés au moment où les « tranchées furent employées comme moyen d’approche concur- « reniaient avec les couverts en bois 2 Aux frères Bureau re-
1 Au siège de Caen, en 1450 : , Puis après on commença du costé de monseigneur le connestablé à faire des approches couvertes, et descou-
« vertes, dont le Bourgeois en conduisait une, et messire Jacques de Cha- « bannes l’autre ; mais celle du Bourgeois fut la première à la muraille, et puis l’autre arriva, et fut minée la muraille en l'endroict. En telle ma- «. nière que la ville eut esté prinse d'assault, si n’eust été le roy, qui ne le « voulut pas, et ne voulut bailler milles bombardes de ce costé ; de peur « que les Bretons n’assaillissent. » ( Hist. d’Artus III, duc de Bretaigne et connest. de France, de nouveau mise en lumière par T. Godefroy, 1622. )
Au siège d’Orléans, 1429 : Le jeudy, troisième jour de mars, saillirent
« les François, au matin, contre les Anglois, faisant pour lors un fossé « pour aller à couvert de leur boulevert de la Croix-Boissée à Saint-Ladre « d’Orléans, afin que les François ne les peussent veoir ne grever de canons « et bombardes. Celle saillie fist grand dommage aux Anglois, car neuf « d’eux y furent prins prisonniers ; et outre, en y tua maistre Jean d’une « coulevrine cinq à deux coups » ( Hist. et discours du siège gui fut mis devant la ville d'Orléans. Orléans, 1611 ).
2 Nous ne pouvons admettre toutefois que les tranchées n’aient été employées comme moyens d’approches qu’au moment où l’artillerie à feu fut en usage. Philippe-Auguste, au siège du Château Gaillard, fait faire de véritables tranchées pour serrer de près les ouvrages qu’il veut attaquer les premiers ; ces tranchées conduisent ses troupes et les chats, ou couverts en bois, jusque sur la contrescarpe du fossé. En remontant plus haut dans l’histoire des sièges, nous retrouvons les tranchées indiquées comme moyens d’approches des places fortes. Dans les Poliorcétiques d’Héron, de Constantinople, rédigées au vie siècle et compilées au xe, nous lisons ce curieux passage. Il s’agit d’attaquer une place située au sommet d’une colline : « Il y a encore un autre moyen de se préserver « des masses roulées d’en haut. Il faut, en commençant au pied de la < colline , creuser des fossés obliques, en se dirigeant et en montant « vers certaines parties des murs : ces fossés doivent avoir une profondeur d’environ cinq pieds, et un mur qui s’élève verticalement de ces
• mêmes fossés vers la gauche, de telle sorte que les masses roulées d’en haut viennent se heurter contre ce mur, qui sert do rempart et de bon-
« vient l'honneur d'avoir les premiers fait l’emploi le plus « judicieux de l’artillerie à feu dans les sièges. De sorte que « les obstacles tombèrent devant eux, les murailles frappées 11e « résistaient plus à leurs boulets et volaient en éclats. Les villes « que défendaient les Anglais et qu’ils avaient mis des mois « entiers à assiéger, lors de leur invasion, furent enlevées en « peu de semaines. Ils avaient employé quatre mois à assiéger
clier aux assaillants. Lus travailleurs doivent fortifier de la manière suivante la partie du fossé déjà creusée : ils doivent aiguiser par le bout inférieur, eu forme de pieux, des pièces de bois d’environ six coudées, ou des troncs de jeunes arbres , les enfoncer en terre, de manière à offrir de la résistance, à gauche du mur susdit qui s’élève de la terre amoncelée hors du fossé, et leur donner une position oblique par rapv port à la pente de la colline ; ils doivent ensuite placer des planches extérieurement sur ces pieux, et attacher tout autour des branches d’arbres réunies en fagots ( des fascines ) ; enfin, jetant de ce côté tous les matériaux qu’ils tirent en creusant, ils doivent préparer des routes droites pour faire monter les tortues. Ces tortues, vues de face, doivent être de celles qu’on nomme éperons, c’est-à-dire en forme de coin ; elles ont pour base un triangle ou un pentagone avec un angle aigu en avant, et, construites sur cette large base, elles vont en se rétrécissant jusqu’à l’arête qui forme le faite de la machine, de telle sorte qu’elles ressemblent pardevant à des proues de navires posées à terre et serrées les unes contre les autres. Il faut qu’elles soient petites et nombreuses! pour qu’elles puissent être préparées promptement et facilement, et être portées sans peine par un petit nombre d’hommes. Elles doivent avoir à leur base des pointes de bois poli, longues d’un pied, et des clous de fer ■ au lieu de roues, afin que posées à terre, elles s’y fixent, et ne puissent être entraînées en bas par un choc. De plus, chacune d’elles doit avoir • en tète une pièce de bois oblique, comme celle que les chars ont à leur timon, pour l’arrêter et la maintenir en place quand elle va reculer sur la pente, surtout lorsque ceux qui la font avancer en montant sont '< las et ont besoin de se reposer un moment. Il arrivera donc, ou bien que les projectiles lancés d’en haut, tombant dans le fossé, seront détournés de leur direction, ou bien que, venant frapper contre les pieux inclinés obliquement, ils seront arrêtés dans leur course, ou bien que, se heur- > tant contre le bec des tortues en forme d’éperon, ils seront rejetés d’un côté ou de l’autre, et que l’espace intermédiaire sera à l’abri de leurs coups.. ..» ( Acad, des inscrip. et belles-lettres; Mém. présentés par divers savants. lr« série, tom. IV : Morceaux du texte grec médit des V\o).iopxr,TivM d’ Héron, de Constantinople . pub. d'nprès les manusc. d Oxford. t-rad. de AI Th. Henri Martin. )
DU MOYEN' AGE
« Harfleur, en 1440; huit mois à assiéger Rouen , en 1418; dix » mois à s’emparer de Cherbourg, en 1418; tandis qu’en 1450,
« toute la conquête de la Normandie , qui obligea à entreprendre « soixante sièges, fut accomplie par Charles YII en un an et « six jours b
« L’influence morale exercée par la grosse artillerie est de- « venue si grande qu’il suffit de son apparition pour faire rendre « les villes.
« Disons-le donc, en l’honneur de l’arme, c’est autant
« aux progrès de l’artillerie qu’à l’héroïsme de Jeanne d’Arc « que la France est redevable d’avoir pu secouer le joug étran- « ger, de 1428 à 4450. Car la crainte que les grands avaient « du peuple , les dissensions des nobles eussent peut-être amené «la ruine de la France, si l’artillerie , habilement conduite , « ne fût venue donner au pouvoir royal une force nouvelle , et « lui fournir à la fois le moyen de repousser les ennemis de la « France et de détruire les châteaux de ces seigneurs féodaux « qui n’avaient point de patrie.
« Cette période de l’histoire signale une ère nouvelle. Les « Anglais ont été vaincus par les armes à feu, et le roi, qui a « reconquis son trône avec des mains plébéiennes , se voit pour « la première fois à la tête des forces qui n’appartiennent qu’à « lui. Charles Vil , qui naguère empruntait aux villes leurs ca- « nous pour faire les sièges, possède une artillerie assez nom-
1 ...Et fut mis Je siège à Cherbourg. Et se logea mou dict seigneur
d’un costé, et monseigneur de Clermont de l’autre. Et l’admirai de Coit.ivi, et le marschal, et Joachim de l’autre costé devant une porte. Et < y fut le siège bien un mois, et y furent rompues et empirées neuf ou dix - bombardes que grandes que petites. Et y vinrent les Anglois par mer, entre autres une grosse nef nommée la nef Henry, et commença un peu ■ de mortalité, et y eut monseigneur bien à souffrir, car il avoit toute la charge. Puis feit. mettre quatre bombardes devers la mer en la grève quand la mer estoit, retirée. Et quand la mer venoit, toutes les bombardes estoient couvertes, manteaux et tout, et estoient toutes chargées, et en « telle manière habillées, que dès ce que la mer estoit retirée on ne faisoit que mettre le feu dedans, et faisoient. aussi bonne passée comme si elles eussent esté en terre ferme. Hisl. cl’ [rt-vx III, ibicl . p. 149-
A RC H I T E ( : T U R E MILITAI R E
« breuse pour établir des attaques devant plusieurs places à la u fois, ce qui excite à juste titre l’admiration des contempo- « vains. Par la création des compagnies d’ordonnance et par «< I établissement des francs- arch ers , le roi acquiert une cava-
« lerie et une infanterie indépendantes de la noblesse »
L’emploi des bouches à feu dans les sièges dut avoir pour premier résultat de faire supprimer partout les Lourds et bretèches en bois , et dut contribuer à l’établissement des mâchicoulis et parapets crénelés de pierre, portés sur corbeaux en saillie sur le nu des murs. Car les premières bouches à feu paraissent être souvent employées non-seulement pour lancer des pierres rondes en bombe, comme les engins à contre-poids, mais aussi des projectiles incendiaires, des barillets contenant une composition inflammable et détonante, telle que le feu grégeois décrit par Joinville, et connu dès le xiP siècle par les Arabes. A la fin du XIV siècle et au commencement du xV, les artilleurs emploient déjà les canons à lancer des boulets de pierre , de plomb ou de fer, horizontalement; on ne s’attaque plus alors seulement aux créneaux et aux défenses supérieurs des murailles, mais on les bat en brèche à la base; on établit de véritables batteries de siège. Au siège d’Orléans, en 1428, les Anglais jettent dans la ville, avec leurs bombardes, un nombre considérable de projectiles de pierre qui passent par-dessus les murailles et crèvent les toits des maisons. Mais, du côté des Français, on trouve une artillerie dont le tir est de plein fouet et qui cause de grandes pertes aux assiégeants; un boulet tue le comte de Salisbury, qui observait la ville par l’une des fenêtres des tournelles '. C’est
1 . Durant les testes et service de Noël, jettèrent d’une partie et d’autre, très-fort et horriblement, de bombardes et canons; mais surtout faisoit moult de mal un coulevrinier natif de Lorraine, estant lors de la garnison d'Orléans, nommé maistre Jean, qu’on disoit estre le meilleur maistre qui fust lors d’iceluy mestier, et bien le montra : car il avoit une grosse •< coulevrine dont il jettoit souvent, estant dedans les piliers du pont, près « du boulevert de la Belle-Croix, tellement qu’il en tua et bléça moult •' d’Auglois. » ( Hist. et discours au vray du siégé qui fut mis devant la mile d'Orléans, Orléans, 1611.)
■ Celuv jour j pénultième du mois de février 1429 ). la bombarde de la
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un homme sorti du peuple, maître Jean, Lorrain , qui dirige l’artillerie de la ville.
Pour assiéger la ville, les Anglais suivent encore l’ancien système des bastilles de bois et des boulevards; ils finissent par être assiégés à leur tour par ceux d’Orléans et perdent successivement leurs bastilles, qui sont détruites par le feu de l’artillerie française. Attaqués vigoureusement , ils sont obligés de lever le siège en abandonnant une partie de leur matériel ; car l’artillerie à feu de siège, comme tous les engins employés jusqu’alors, avait P inconvénient d’être difficilement transportable, et ce ne fut guère que sous Charles VII et Louis XI que les pièces de siège, aussi bien que celles de campagne, furent montées sur roues ; on continua cependant d’employer les bombardes (grosses pièces, sortes de mortiers à lancer des boulets de pierre d’un fort diamètre) jusque pendant les premières années du xvie siècle. Voici (42) la représentation d’un double canon de siège garni de son mantelet de bois destiné à protéger la pièce et les servants contre les projectiles ; — (43), le figuré d’un double canon , mais avec boîtes s’emmanchant dans la culasse et contenant la charge de poudre avec le boulet1. A côté de la pièce sont
« cité pour lors assortie à la croche des moulins de la poterne Chesnau, < pour tirer contre les tournelles, tira tant terriblement contre elles, qu’elle « en abbatit un grand pan de mur. » f Ibid. J
Les François conclurent ledit chastel de Harecourt d’engin et du pre- « mier coup qu'ils jetèrent percièrent tout outre les murs de la basse-cour « qui est moult belle à l’équipolent du chastel qui est moult fort. » ( Alain Chartier, p. 162. Ann. 1449. )
1 Copié sur des vignettes du manuscr. de Froissart, xve siècle. Bibl- Impér., n° 8320, t. I. Les canons ( fig. 43) se trouvent dans les vignettes
intitulées : Comment le roij d’ Angleterre assiégea la cité de Rains Comment
la ville de Duras fut assiégée et prinse d’assault par les François. Ces canons étaient fabriqués dans l’origine au moyen de bandes de fer forgé réunies comme les douves d’un tonneau et cerclées par d’autres bandes de fer cylindriques. Il existe encore dans la cour de l'arsenal de Bàle une belle pièce de canon ainsi fabriquée , forgée avec grand soin; sa longueur est de -2m 72 . et elle porte un boulet de 0m,33c de diamètre, en pierre. La culasse est forgée d’un seul morceau, et contient une chambre d’un calibre plus petit que celui de l’àme. Lorsque les pièces étaient de petit calibre , elles étaient ou forgées ou fondues, en fer ou en cuivre.
(1 autres boites de rechange ; l’une d’elles C, est munie d’une anse (voir au Musée d’artillerie des bouches à feu garnies
déboîtés semblables); — (43 bis), le dessin d’un canon à boîte monté sur un affût à crémaillères, permettant de pointer la pièce. Les boulets de ce dernier canon sont de pierre, tandis ([ne ceux des canons doubles sont en métal. On mettait le feu à la poudre renfermée dans la boîte au moyen d’une tige de fer rougie dans un fourneau. L’établissement de ces pièces en batterie, leur chargement, surtout lorsqu’il fallait après chaque coup remplacer les boîtes, les moyens accessoires pour mettre le feu, tout cela était long. Au commencement du xve siècle, les canons de gros calibre employés dans les sièges n’étaient pas en assez grand nombre ; leur transport trop difficile ne permettait pas de les charger assez rapidement pour pouvoir produire des effets prompts et décisifs dans l’attaque des places. 11 fallait
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avoir, pour éloigner les défenseurs des créneaux, des archers en grand nombre et des arbalétriers ; des archers surtout qui avaient, ainsi que nous l’avons vu , une grande supériorité sur les arbalétriers à cause de la rapidité du tir de l’arc. Chaque archer (44)
était muni d’un sac de cuir contenant deux ou trois douzaines
de sagettes. Au moment du combat, il laissait son sac ouvert à
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terre, et gardait sous son pied gauche quelques flèches, le fer tourné à sa gauche; sans les voir il les sentait ainsi, il pouvait les prendre une à une en abaissant la main , et ne perdait pas le but de vue (point important pour un tireur). Un bon archer pouvait décocher une dizaine de flèches par minute ; tandis qu’un arbalétrier, pendant le même espace de temps, n’envoyait guère que deux carreaux (45 et 46). Obligé d’adapter le cranequin (47)
LS
à son arme après chaque coup, pour bander l’arc, non-seulement il perdait beaucoup de temps, mais il perdait de vue les mouvements de l’ennemi et était obligé, une fois l’arme bandée, de chercher son but et de viser 1 .
Lorsque l’artillerie à feu fut assez bien montée et assez nombreuse pour battre les murailles et faire brèche à distance, l’ancien système défensif parut tellement inférieur aux moyens d’attaque qu’il fallut le modifier profondément. Les anciennes tours cou-
1 Ces figures sont tirées du manuscrit de Froissart, déjà cité. Un des arbalétriers ( 45 ) est pavaisé, c’est-à-dire qu’il porte sur son dos un large pavois attaché à une courroie ; en se retournant pour bander son arbalète, il se trouvait ainsi garanti contre les traits ennemis. L’anneau en fer adapté à l’extrémité de l’arbalète servait à passer le pied lorsqu’on faisait agir le cranequin pour bander l’arc (vov. fig. 46).
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vertes de combles pour la plupart d’un petit diamètre, voûtées
d’une manière assez légère , ne pouvaient servir à placer du canon ; en enlevant les combles et faisant des plates-formes (ce qui
fut souvent exécuté au milieu du xve siècle), on parvenait à placer une ou deux pièces au sommet , qui ne causaient pas un grand dommage aux assaillants, et qui, parleurs feux plongeants, ne frappaient qu’un point. Il fallait sans cesse les déplacer pour suivre les mouvements de l’attaque , et leur recul ébranlait souvent les maçonneries au point de nuire plus aux défenseurs qu’aux assiégeants. Sur les courtines, les chemins de ronde, qui n’a-
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valent guère que deux mètres au plus de largeur, ne pouvaient recevoir du canon: on faisait alors à l’intérieur des remblais en terre jusqu’au niveau de ces chemins, pour pouvoir monter les pièces et les mettre en batterie; mais par suite de l’élévation de ces courtines, les feux étaient plongeants et 11e produisaient pas un grand effet. Sans renoncer dès lors à placer l’artillerie à feu sur les sommets des défenses , partout oii la chose fut praticable, on ouvrit des embrasures dans les étages inférieurs des tours au niveau du sommet de la contrescarpe des fossés, afin d’obtenir un tir rasant, d’envoyer des projectiles en ricochets, et de forcer l’assaillant à commencer ces cheminements fort loin et affaire des tranchées profondes pour approcher des places. Sous Charles VII, en effet, beaucoup d’attaques de châteaux et de villes avaient été brusquées et avaient réussi. Des pièces de canon étaient amenées à découvert en face de la fortification , et avant que l’assiégé eût le temps de mettre en batterie les quelques bombardes et ribaudequins qui garnissaient les tours, la brèche était faite, et la ville gagnée. Mais toutes les tours ne pouvaient se prêter aux modifications demandées par le service de.l’artillerie de défense ; elles avaient un diamètre intérieur qui ne permettait pas de placer des pièces de canon : celles-ci ne pouvaient être introduites à travers ces détours et escaliers à vis ; puis quand les pièces avaient tiré deux ou trois coups , 011 était asphyxié par la fumée (pii ne trouvait pas d’issue. Dans les places fortifiées vers le milieu du xve siècle, on voit que l’artillerie à feu commence à préoccuper les architectes; ceux-ci n’abandonnent pas l’ancien système des courtines flanquées de tours , système consacré par un long usage, mais ils le modifient dans les détails, ils étendent les défenses extérieures et renoncent à placer du canon sur les sommets des tours. Conservant ces couronnements pour la défense rapprochée , ils garnissent les parties inférieures des fortifications d’artillerie à feu.
Cette transition est fort intéressante à étudier, elle est rapide, car les perfectionnements apportés dans l’attaque des places forçaient les constructeurs à modifier chaque jour les moyens
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défensifs. Nous possédons peu d’édifices militaires complets qui aient conservé intactes les dispositions prises du temps de Charles YII pour résister à une artillerie à feu déjà redoutable. 11 en est un cependant que nous donnerons ici, tant à cause de son état de conservation, que parce qu’il a été élevé d’un seul jet, et que son système de défense est suivi avec méthode dans toutes ses parties ; c’est le château de Bonaguil. Sis à quelques kilomètres de Villeneuve-d’Agen , ce château est bâti sur un promontoire qui commande un défilé; son assiette est celle de tous les châteaux féodaux de quelque importance ; entouré d’escarpements, il n’est accessible que d’un seul côté 47a)1, en A.
Un pont-levis donne entrée dans un ouvrage avancé que les constructeurs se sont efforcés de flanquer. En O est une place d’armes et en B les écuries probablement. Un large fossé sépare cet ouvrage avancé du château, dans lequel on pénètre par un second pont-levis B et par une porte avec poterne C. Un donjon E , de forme bizarre , commande les dehors et l’ou-
' Ce plan est à l’échelle de 0,001m par mètre. Même échelle que les plans des châteaux de Montargis et Coucy, donnés plus haut.
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vrage avancé O. En P sont élevés les bâtiments d’habitation auxquels on arrive par un bel escalier à vis -J. D est l’escalier qui monte à la porte surélevée du donjon E. En 8 est un ouvrage séparé du château par le donjon. Les ponts-levis relevés, on ne pouvait s’introduire dans lechâteau qu’en franchissant la porte F percée dans le mur de contregarde, en suivant le fond des fossés N, en franchissant une seconde porte G percée dans une traverse, une troisième porte II donnant sur une belle plate-forme M, en prenant l’escalier 1, et passant sur un petit pont-levis K. Là on trouvait un bel et grand escalier ne communiquant à l’escalier .1 intérieur que par un étroit couloir sombre sur lequel, adroite et à gauche, s’ouvrent des meurtrières. Le grand escalier ne monte que jusqu’au rez-de-chaussée surélevé de la cour intérieure; les parties supérieures forment une grosse tour carrée. On voit qu’ici toutes les précautions étaient prises dans les anciens châteaux féodaux pour masquer les entrées et les rendre difficiles d’accès. Mais des dispositions , toutes nouvelles alors, viennent modifier l’ancien système défensif; d’abord l’ouvrage avancé, avec la plate-forme M, forment des saillants considérables qui battent les dehors au loin ; puis, au raz de la contrescarpe des fossés, ou au niveau du sommet des murs de contregarde, des embrasures sont percées à rez de chaussée dans les courtines et les tours pour recevoir du canon ; les tours sont à peine engagées, afin de mieux flanquer les courtines. Si l’on en juge par les portes qui s’ouvrent dans les tours, les pièces mises en batterie à rez de chaussée ne pouvaient être d’un gros calibre. Tous les couronnements sont munis de crénelages et de mâchicoulis; mais les nierions des parapets conservés sont percés de meurtrières qui indiquent évidemment, par leur disposition, l’emploi d’armes à feu. Voici (476) une vue de ce château prise du côté de l’entrée 1 . On voit dans cette vue que les embrasures destinées à, l’artillerie à feu sont percées dans les étages infé-
1 Nous n’avans rétabli, dans cette vue, que les charpentes qui n’existent plus; quant aux maçonneries, elles sont presque intactes.
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rieurs des constructions , suivent la déclivité du terrain , ou commandent les ouvrages antérieurs. Quant aux couronne-
ments des tours , ce sont les mêmes que ceux adoptés au XIVe siècle. La transition est donc évidente ici, et pourrait être résumée par cette formule : Battre les dehors au loin et défendre les approches par un tir rasant de bouches à feu , et se garantir contre l'escalade par un commandement très-élevé, couronné suivant l' ancien système pour la défense rapprochée.
Voici comment sont construites les embrasures des bouches à feu du château de Bonaguil. A donne le plan de l’une d’elles;
B l’ouverture intérieure ; C l'ébrasement, extérieur. Le passage «lu boulet est seul réservé avec une mire au-dessus (47c).
Ces divers perfectionnements n’étaient pas cependant à la hauteur des moyens d’attaque. La, divergence des feux si rares disposés au pied des tours et courtines rendait leur effet presque nul sur des batteries de siège composées de quelques pièces réunies sur un seul point. Les défenseurs envoyaient un boulet pendant qu’ils en recevaient vingt ; les ouvrages de défense se trouvaient criblés sur un point et tombaient en ruine avant que leurs canons eussent pu causer un dommage sensible aux assiégeants. Lorsque cette insuffisance de la vieille fortification fut bien reconnue, comme toujours, on appliqua le remède là où l’on voyait le mal; le système ancien fut conservé, mais les constructeurs s’appliquèrent à rendre leurs ouvrages plus résistants. On commença par modifier la construction des tours, on leur donna moins de hauteur et, on augmenta beaucoup leur diamètre en les faisant saillir de plus en plus à l’extérieur; renonçant à l’ancien système de défense isolée , on les ouvrit du côté de la place afin de pouvoir y introduire facilement du canon, on les perça d’embrasures latérales plus nombreuses, au-dessous du niveau de la crête des fossés , et les enfilant dans leur longueur ; on réserva les étages bas pour flanquer les courtines au moment du passage du fossé, et les étages supérieurs pour commander les dehors le plus loin possible. Les fortifications de la ville de Langres sont fort intéressantes à étudier au point de vue des modifications ap-
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portées pendant les xve et xvr siècles à la défense des places (48) 1 . Langres est une ville romaine ; la partie A de la ville fut ajoutée,
au commencement du XVIe siècle, à l’enceinte antique, dans laquelle on retrouve une porte assez bien conservée ; successivement modifiée , l’enceinte de Langres fut presque entièrement rebâtie sous Louis XI et François Ier, et plus tard renforcée de défenses établies suivant le système adopté au xvie siècle et au commencement du xvnb L’emploi de l’artillerie à feu fut cause que l’on bâtit les tours C qui flanquent les courtines au moyen de deux murs parallèles terminés par un hémicycle. La ville de Langres est bâtie sur un plateau qui domine le cours de la Marne et tous les alentours ; du côté I) seulement on y arrive de plainpied. Aussi de ce côté un ouvrage avancé avait- il été établi dès le xvr siècle2. En E était une seconde porte bien défendue par une
1 Ce pian est tiré de la Topographie de la Gaule, éd. de Francfort, Mérian, 1655. La majeure partie de ces fortifications existent encore.
2 L’ouvrage avancé indiqué sur ce plan a été remplacé par une défense moderne importante, à cheval sur la route venant de Dijon.
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