‹ Essai sur l'architecture militaire au Môyen âgeChapitre 17 sur 34 · A K CHI T E C T U R E M I L I T A I R E · texte numérisé non relu

A K CHI T E C T U R E M I L I T A I R E

plis ses châteaux et domaines, et ne trouvant pas de peuple sous les armes, ils ne laissèrent dans leurs places fortes (pie des garnisons isolées, peu nombreuses, quelques armures de fer soutenues d’un petit nombre d’archers; les Anglais pensaient que la noblesse féodale française sans armée ne pouvait , malgré sa bravoure, reprendre ses châteaux. Grande fut aussi la surprise des capitaines anglais quand, à quelques années d’intervalle, ils se trouvèrent assaillis non plus seulement par une brillante chevalerie , mais par des troupes intrépides , disciplinées pendant e combat , obéissant aveuglément à la voix de leur chef, ayant foi en son courage et en son étoile, se battant avec sang-froid et possédant la ténacité , la patience et l’expérience de vieux soldats1. La féodalité avait, dès la fin du XIVe siècle, joué son

1 Nulle place forte ne résistait à du Guesclin ; il savait entraîner ses soldats, et prenait presque toutes les villes et châteaux en brusquant attaques. Il avait compris que les fortifications de son temps ne pouaient résister à une attaque conduite sans hésitations, avec vigueur et romptitude. Il donnait l’assaut en jetant un grand nombre de soldats braves et bien armés, munis de fascines et d’échelles, sur un point, les faisait appuyer par de nombreux arbalétriers et archers couverts, et formant une colonne d’attaque d’hommes dévoués, il perdait peu de monde en agissant avec vigueur et promptitude. Au siège de Guingamp :

« Des arbres et de boiz et de buissons ramez Ont les fiers assaillants rempliz les grands fossez ;

En .II. lieux ou en plus est de merrien rasez.

A la porte est venus Bertrand li alosez.

Et crioit hault : « Guesclin ! or tost lassus montez !

Il convient que je soie là-dedens ostelez. »

Eschielles ont drécies comme fiers et osez ;

Là véissez monter celle gens bacelez

Et porter sur leur ehief gratis huis, qui sont bendez,

Fenestres et escus qui estoient nervez,

Pour la doubte des pierres qui giétent à tous lez.

Cilz qui furent dedens furent espoantez :

Aux erénaux ne s’osoient amonstrer, ce créez,

Pour le trait qui venoit, qui doit estre doubtez.

Li chastelains estoit en on donjon montez,

Et regarde assaillir ces bourjois alosez,

Qui d’assaillir estoient tellement eschaufez Qu’il ne doubtent la mort la monte de .II. dez.

( Chronique rie Bertrand du Guesclin, vers 3149 et suiv.)

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rôle militaire comme elle avait joué son rôle politique. Son

Du Guesclin n’employait pas ces tours mobiles, ces moyens lents, dispendieux et difficiles d’attaque ; il ne se servait guère que des engins offensifs , il employait la mine, la sape, et c’était toujours avec cette activité, cette promptitude, cette abondance de ressources et ce soin dans les menus détails qui caractérisent les grands capitaines.

Il investit le donjon de Meulan :

« Li chastelains estoit en sa tour demourant :

Si fort estoit la tour qui n’aloit riens doubtant.

Bien pourvéu furent ens ou tamps de devant,

De pain, de char saléq et de bon vin friant Pour vivre .XV. mois ou plus en .1. tenant.

Bertran en est alez au cbastelain parler,

Et li requist la tour, qui li veille livrer,

Et qui la rende au duc, qui tant fait à loer.

« Tout sauvement, dit-il, je vous lerai aler.

Et dist li chastelains : « Foi que doi St. Orner ! Ainçois qu’en ceste tour vous puissiez hosteler, Vous conviendra, je croi à prendre à haut voler. »

Bertran du Guesclin fist fort la tour assaillir ;

Mais assaut ne les fist de rien nulle esbahir :

Bien furent pourvéu pour longuement tenir.

Adonc fist une mine et les mineurs fouir.

Et les faisoit garder, c’on ne les puit honnir ,

Et les mineurs pensèrent de la mine fornir,

La terre font porter et la mine tenir,

Si que cil de la tour ne les porent véir.

Tant minèrent adonc, ce sachiez sans faillir,

Que par-desoubz les murs pueent bien avenir. Dessouz le fondement font la terre ravir,

A fors eschanteillons (étançons) la firent soustenir, Grans, baux, fors et pesans y ont fait establir.

Dont vint li mineur sans point de ralentir,

Et dirent à Bertran : « Quand vous arez désir,

Sire, nous vous ferons ceste tour-ci chéir. »

« Or, tost, ce dit Bertran, il me vient à plaisir;

Car puisque cil dedans ne veulent obéir,

Il est de raison c’on les face morir. »

Li mineur ont bouté à force et à bandon Le feu dedens la mine, à lors division,

Li bois fut très-bien oint de graisse de bacon :

En heure qu’il fut ars, si c’on dit la chançon,

Chéi la haute tour ainsi qu’à .1. coron.

(Chronique de Bertrand du Guesclin, vers 3956 et suiv. )

lit

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jtrestige était détruit, et Charles YII et Louis XI eurent de véritables armées régulières.

Si nous nous sommes étendus sur cette question, c’est qu'il nous a paru nécessaire de faire connaître les transformations par lesquelles l’art de la guerre a dû passer, afin de pouvoir rendre compte des différents systèmes de défense qui furent successivement adoptés du Xe au xvi* siècle. Il n’est pas besoin de démontrer tout ce qu’il y a d’impérieux dans l’art de la fortification; ici tout doit être sacrifié au besoin de la défense, et cependant telle était la puissance de la tradition féodale , qu’on emploie longtemps, et jusqu’à la fin du xvic siècle, des formes, que l’on conserve des dispositions qui ne se trouvaient nullement à la hauteur des nouveaux moyens d’attaque. C’est surtout aux fortifications des châteaux que cette observation s’applique. La féodalité ne pouvait se résoudre à remplacer ses hautes tours par des ouvrages bas et étendus; pour elle, le grand donjon de pierre épais et bien fermé était toujours le signe de la force et de la, domination. Aussi le château passe- 1- il brusquement , au xvie siècle , de la fortification du moyen âge à la maison de plaisance.

11 n’en est pas de même pour les villes : par suite de ses désastres, la gendarmerie française perdait peu à peu de son ascendant. Indisciplinée, mettant toujours l’intérêt féodal avant l’intérêt national , elle en était pendant les guerres des xivc et xve siècles à jouer le rôle de partisans, surprenant des châteaux et des villes , les pillant et brûlant , les perdant le lendemain ; tenant tantôt pour un parti, tantôt pour un autre, suivant qu’elle y trouvait son intérêt du moment. Mais les corporations des bonnes villes qui ne savaient pas se battre à l’époque de la conquête d’Edouard III s’étaient aguerries ; plus disciplinées, plus braves et mieux armées, elles présentaient déjà à la fin du XIVe siècle des troupes assez solides pour qu’on pût leur confier la garde des postes importants L Vers le milieu de ce siècle on

1 C’est surtout pendant le xivc siècle que s’organisèrent d’une manière régulière les corporations d’arbalétriers et d’archers dans les villes du

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avait déjà fait emploi de bouches à feu, soit dans les batailles rangées soit dans les sièges1. Ce nouveau moyen de destruction

nord. Par une ordonnance datée du mois d’aoùt 1367, Charles V institue une connétablie ou compagnie d’arbalétriers dans la ville de Laon. Le roi nomma pour trois ans Michauld de Laval connétable de cette compagnie. « Dans la suite, dit l’article 1er de cette ordonnance, les arbalestriers esliront de trois en trois ans un connestable à la pluralité des voix. Michauld de Laval, avec le conseil des cinq ou six des plus experts au jeu de l’arbalestre, choisira, les vingt-cinq arbalestriers qui doivent com- , poser la compagnie. Les arbalestriers obéiront au connestable, dans ce qui reguarde leurs fonctions, sous poine d’une amende de six sols. » L’article 2 porte . « Le roi retient ces arbalestriers à son service, et il les « met sous sa sauve-garde. » — Suivent des articles qui établissent certains privilèges en faveur de la compagnie, tels que l’exemption de tous impôts et tailles, à l’exception « de l’aide establie pour la rançon du roi > Jean. »

Le même prince institue une compagnie de vingt arbalétriers à Compiègne. En 1359 est organisée à Paris la corporation des arbalétriers au nombre de deux cents; par une ordonnance datée du 6 novembre 1373, Charles Y fixe ce nombre à huit cents. Ces arbalétriers, qui appartenaient à la classe bourgeoise et ne faisaient pas leur métier des armes, ne pouvaient quitter leur corporation pour servir dans l'armée ou ailleurs, sans l’autorisation du prévost, de Paris et du prévost, des marchands. Lorsque ces magistrats menaient les arbalétriers faire un service hors la banlieue de Paris, hommes et chevaux ( car il y avait arbalétriers à cheval et à pied ) étaient, nourris; chaque homme recevait en outre trois sols par jour, leur connétable touchait cinq sols aussi par jour ; le tout aux frais de la ville.

Par lettres patentes du 12 juin 1411, Charles VI ordonna qu'une confrérie d'archers, composée de cent vingt hommes, serait établie à Paris; que ces cent vingt archers seraient choisis parmi les autres archers qui existaient déjà ; que cette confrérie serait spécialement chargée de garder la personne du roi et de la défense de la ville de Paris.

Charles VII, par lettres patentes du 22 avril 1448, institua les francsarchers pour servir en temps de guerre. Pour la formation de ce corps privilégié on choisit dans chaque paroisse des hommes robustes et adroits, et parmi les habitants aisés, parce que ces francs-archers étaient obligés de s’équiper à leurs frais ou, à défaut, aux dépens de la paroisse. Le chiffre du contingent était à peu près d’un homme par cinquante feux. ( Recherches hist. sur les corpor. des archers, des arbalétriers et des arquebusiers , par Victor Fouque, 1852, Paris. )

' L’armée anglaise avait du canon à la bataille de Crécy. Dès 1326, la ville de Florence faisait faire des canons de fer et de métal. (Bibl. de l’Ecole des Chartes, t. vi, p. 50. En 1339, deux chevaliers, les sires de Cardilhac

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