‹ Essai sur l'architecture militaire au Môyen âgeChapitre 21 sur 34 · A K (TU T E C T U K E MILITAIRE · texte numérisé non relu

A K (TU T E C T U K E MILITAIRE

un troisième escalier à vis qui monte de fond. Nous présentons ici (53 e) une des embrasures de la grande salle, ingénieusement

combinée pour permettre à des pièces de petit calibre de tirer dans toutes les directions sans démasquer ni ces pièces ni les servants. (53 g) est le plan de l’étage supérieur ou plate-forme dont le parapet est percé de dix embrasures pour du canon, et de quatre échauguettes flanquant la circonférence de la forteresse, percées de meurtrières plongeantes et horizontales, pour poster des arquebusiers. On voit que les deux premières embrasures à droite et à gauche battent l’intérieur du triangle et flanquent la tour de la rampe qui sert de donjon ou de guette à tout l’ouvrage. On retrouve sur ce plan les quatre grandes lunettes M, le puits 1 et les petits escaliers de service. Les eaux de la plate-forme s’écoulent par dix gargouilles

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placées sous les embrasures. En N, O (fig. 53 d), sont les deux courtines qui vont rejoindre le fleuve. Celle N, en amont, est

plus fortement défendue que l’autre ; sous les arcs qui portent le chemin de ronde et les liourds de bois, encore en place aujourd’hui, sont percées des embrasures qui battent les rampes du coteau , du côté où l’ennemi devait se présenter, l’autre côté étant protégé par la muraille du faubourg de Schaffhausen. Pour bien faire comprendre l’ensemble de cette belle forteresse, nous eu donnons une vue (53 il) , prise en dedans du triangle formé par les deux courtines descendant au fleuve. On voit que la courtine N en amont est flanquée par une haute tour carrée. Nous avons rétabli la tour qui se trouvait à la tête du pont, et qui est aujourd’hui détruite. Il ne reste plus que quelques traces des ouvrages qui environnaient cette tour. L’ancien pont a été remplacé par un pont moderne. Quant au corps principal de la forteresse, aux courtines, fossés, etc., rien n’y a été retranché ni ajouté depuis le xvic siècle. La maçonnerie est grossière, mais excellente, et n’a subi aucune altération. Les voûtes de la grande salle sont épaisses, bien faites, et paraissent être en état de résister aux bombes.

< Jette défense de Schalfhausen a un grand air de puissance,

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l’avons rien conservé de cette époque ,

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en France

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qui soit aussi complet et aussi habilement combiné. Four le temps, les lianquements sont très-bons, et le plan du rez-dechaussée au niveau du fond du fossé est réellement tracé d’une manière remarquable. Si l’on trouve encore ici la trace des traditions de la fortification antérieure aux bouches à feu , il faut dire cependant que les efforts faits pour s’en affranchir sont très-sensibles, et la forteresse de Schaffhausen nous paraît supérieure aux ouvrages analogues exécutés à la même époque en Italie , qui prétend avoir la première fait l’application du bastion . '

On ne pouvait cependant partout exécuter des ouvrages d’une aussi grande importance ni aussi complets. On cherchait plutôt à améliorer les anciennes défenses encore existantes qu’à les démolir pour les remplacer par de nouvelles fortifications. Pour procéder d’une manière aussi radicale, il eût fallu que les ingénieurs eussent eu à leur disposition un système arrêté , dont la bonté eût été sanctionnée par une longue expérience ; et tout au contraire on ne procédait que par une suite de tâtonnements, chaque homme de guerre apportant ses observations et cherchant à les mettre en pratique. Il est un fait frappant, c’est qu’après les guerres d’Italie, les Français et les Allemands, ayant reconnu que les forteresses italiennes étaient étroites, resserrées, encombrées de défenses se nuisant les unes les autres plutôt qu’elles ne se soutenaient , adoptèrent dans les nouvelles défenses des dispositions comparativement étendues, et s’appliquèrent à fortifier les dehors par des boulevards d’un assez grand diamètre. Dans les cas ordinaires, et lorsqu’il ne s’agissait pas de construire à nouveau , mais seulement d’améliorer des fortifications déjà existantes , en laissant subsister le vieux système défensif pour y loger des archers, arbalétriers et arquebusiers, on éleva en avant de fausses braies dans lesquelles on pouvait établir des batteries à tir rasant, qui remplaçaient les lices dont nous avons parlé dans le cours de cet ouvrage. Dans des cas pressants, les anciennes murailles et tours des lices, les barbacanes furent simplement dérasées au niveau du chemin de

ronde, puis couronnées de parapets avec embrasures pour y placer des batteries barbettes (54). Les tours paraissaient si bien un

moyen de défense indispensable, on regardait comme d’une si grande utilité de commander la campagne, qu’on en élevait encore même après que les fausses braies disposées de manière à flanquer les courtines avaient été admises. On donna d’abord aux fausses braies les formes, en plan, qu’on avait données aux palissades, c’est-à-dire qu’elles suivirent à peu près le contour des murs; mais bientôt on en fit des ouvrages flanqués. La ville d’Orange avait été fortifiée de nouveau sous Louis XI, et telle était déjà la configuration de ses défenses à cette époque (55). Au moyen de ces modifications, les places furent en état de résister à l’artillerie; mais cette arme se perfectionnait rapidement. Louis XI et Charles VIII possédaient une artillerie formidable , l’art des sièges devenait tous les jours plus méthodique, on faisait des approches régulières; on commençait, lorsque l’attaque des places ne pouvait être brusquée, à faire des tranchées, à établir des parallèles et de véritables batteries de siège bien gabionnées. Les vieux murs des anciennes défenses dépassant. le niveau des crêtes des revêtements des fossés offraient une prise facile au tir de plein fouet des batteries de siège,

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et à une assez grande distance on pouvait détruire ces ouvrages découverts et faire brèche*. Pour parer à cet inconvé-

nient on garnit les dehors des fossés de palissades on parapets en maçonnerie ou en charpente , avec terrassements et premier fossé extérieur ; cet ouvrage , qui remplaçait les anciennes lices, conserva le nom de braie (56). On établit en dehors des portes, des poternes et des saillants, des ouvrages en terre soutenus par des pièces de bois qu’on nommait encore boulevert, bastille ou bastide. La description de la fortification de Nuys, que Charles le Téméraire assiégea en 1474, explique parfaitement la méthode employée pour résister aux attaques 1 .

1 Nous empruntons ce passage au Précis historique de l’influence des armes à feu sur l’art de la guerre, par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, présid. de la Républ.. p- 103. ( Ext. de la Chronique de Molinet, t. Y, ch. cclxxxiii, p. 42. )

ARC IIIT E C T U RE MILITAI R E

« Pareillement estoit Nuysse notamment tonrrée de pierre de « grès, puissamment murée de riche fermeté, haulte, espaisse

« et renforcée de fortes braiesses, subtelement composées de « pierre et de brique , et en aulcuns lieux, toutes de terre , tour- « nées à deffence par mirable artifice pour reppeller les assaillants; « entre lesquelles et lesdits murs y avoit certains fossés assez pro- « fonds, et de rechef, estaient devant lesditesbrayes aultresgrants « fossés d’extrême profondeur, cimés les aulcuns, et pleins d’eau « à grant largesse , lesquels amplectoient la ville et ses forts « jusques aux rivières courantes. Quatre portes principales de « pareille sorte ensemble , et aulcunes poternes et saillies em- « bellissoient et fortifioient grantement ladite closture; car « chascune d’elles avoit en front son boluvert à manière de bas- « tillon , grant, fort et deffendable, garni de tout instrument « de guerre, et souverainement de traicts à poudre à planté. » On voit dans cette description le bastion se dessiner nettement, comme un accessoire important de la défense pour fortifier les saillants, les poternes , les portes et enfiler les fossés, pour tenir lieu des tours et barbacanes des lices de l’ancienne fortification , des anciennes bastilles isolées , des ouvrages de défense du dehors des portes. Bientôt cet accessoire, dont l’utilité est reconnue,

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l’emporte sur le fond, et forme la partie principale delà fortification moderne.

En conservant toutefois, dans les forteresses que l’on éleva vers la fin du xve siècle , les tours et les courtines des enceintes intérieures commandant la campagne à une grande distance parleur élévation, en les couronnant encore de mâchicoulis, on augmenta l’épaisseur des maçonneries de manière à pouvoir résister à l’artillerie de siège, ainsi que nous l’avons fait voir par les plans des tours et boulevards de Langres et de Schaffhausen. Lorsque le cohnétable de Saint-Fol fit reconstruire en 1170 le château de Ham, non-seulement il crut devoir munir cette retraite d’ouvrages avancés, de murs de contregarde; mais il fit donner aux tours et courtines, et surtout à la grosse tour ou donjon, une telle épaisseur que ces constructions peuvent encore opposer à l’artillerie moderne une longue résistance.

Jusqu’alors on s’était occupé en raison des besoins nouveaux de modifier la forme et la situation des tours et courtines, les détails de la défense ; mais depuis le xi" siècle le mode de construction de la fortification n’avait pas changé : c’étaient toujours deux parements de pierre de taille , de brique ou de moellon piqué renfermant un massif en blocage irrégulier. Contre la sape ou le mouton ce genre de construction était bon , car les pionniers entamaient plus difficilement un massif en blocage dont la pierraille et le mortier étaient durs et adhérents, qu’une construction appareillée facile à déliaisonner lorsque quelques pierres ont été enlevées; les constructions d’appareil n’ayant jamais l’homogénéité d’un bon blocage bien fait. Les massifs de maçonnerie résistaient mieux aux ébranlements du mouton qu’une construction d’appareil ; mais lorsque les bouches à feu remplacèrent tous les engins et expédients de destruction employés au moyen âge, on reconnut bientôt que les revêtements de pierre, qui n’avaient généralement qu’une épaisseur de 30 à 50 centimètres , étaient promptement ébranlés par l’effet des boulets de fer; qu’ils se détachaient du massif et le laissaient à nu exposé

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