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le seuil est assez élevé au-dessus du sol pour qu’il faille un escalier volant ou une échelle pour y accéder. La poterne se trouve défendue, suivant l'usage, par une palissade ou barrière; chaque porte ou poterne était munie de ces sortes d’ouvrages.
Conformément à la tradition du camp fixe romain, l’enceinte des A illes du moyen âge renfermait un château ou au moins un réduit qui commandait les murailles; le château lui-même contenait une défense isolée plus forte. que toutes les autres qui prit le nom de Donjon. Souvent les villes du moyen âge étaient protégées par plusieurs enceintes, ou bien il y avait la
cité qui, située sur le point culminant, était entourée de fortes murailles et, autour, des faubourgs défendus par des tours et courtines ou de simples ouvrages en terre ou en bois avec fossés. Lorsque les Romains fondaient une ville, ils avaient le soin, autant que faire se pouvait, de choisir un terrain incliné le long d’un fleuve ou d’une rivière. Quand l’inclinaison du terrain se terminait par un escarpement du côté opposé au cours d’eau, la situation remplissait toutes les conditions désirables; et pour nous faire mieux comprendre par une figure, voici (7)
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le plan cavalier cl’une assiette de ville romaine conforme à ces données. A était la ville avec ses murs bordés d’un côté par la rivière; souvent un pont, défendu par des ouvrages avancés, communiquait à la rive opposée. En B était l’escarpement qui rendait l’accès de la, ville difficile sur le point où une armée ennemie devait tenter de l’investir; I) le château dominant tout le système de défense, et le refuge de la garnison dans le cas où la ville tombait aux mains des ennemis. Les points les plus faibles étaient alors les deux fronts CC , et c’est là, que les murailles étaient liauteè , bien flanquées de tours et protégées par des fossés larges et profonds, quelquefois aussi par des palissades, particulièrement en avant des portes. La position des assiégeants, en face de ces deux fronts, n’était pas très-bonne d’ailleurs, car une sortie les prenant de flanc, pour peu que la garnison fût brave et nombreuse , pouvait les culbuter dans le fleuve. Dans le but de reconnaître les dispositions des assiégeants, aux angles EE étaient construites des tours fort élevées, qui permettaient de découvrir au loin les rives du fleuve en aval et en amont, et les deux fronts CC. C’est suivant ces données que les villes d’Autun, de Cahors, d’Auxerre, de Poitiers, de Bordeaux, de Langres, etc., avaient été fortifiées à l’époque romaine. Lorsqu’un pont réunissait, en face le front des murailles, les deux rives du fleuve, alors ce pont était défendu par une tête de pont Cf du côté opposé à la ville ; ces têtes de pont prirent plus ou moins d’importance : elles enveloppèrent des faubourgs tout entiers, ou ne furent que des châtelets , ou de simples barbacanes. Des estacades et des tours en regard, bâties des deux côtés du fleuve en amont, permettaient de barrer le passage et d’intercepter la navigation en tendant, d’une tour à, l’autre, des chaînes ou des pièces de bois attachées bout à bout par des anneaux de fer. Si, comme à, Rome même, dans le voisinage d’un fleuve, il se trouvait une réunion de mamelons, on avait le soin, non d’envelopper ces mamelons, mais de faire passer les murs de défense sur leurs sommets, en fortifiant avec soin les intervalles qui, se trouvant
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dominés des deux côtés par des fronts, ne pouvaient être attaqués sans de grands risques. A cet effet, entre les mamelons, la ligne îles murailles était presque toujours infléchie et concave, ainsi que l’indique le plan cavalier ( 8) 1 , de manière à flanquer
les vallons. Mais si la ville occupait un plateau ( et alors elle n’était généralement que d’une médiocre importance) , on profitait de toutes les saillies du terrain en suivant ses sinuosités, afin de ne pas permettre aux assiégeants de s’établir au niveau du pied des murs, ainsi qu’on peut le voir à Langres et à Carcassonne, dont nous donnons ici (9) l’enceinte visigothe, nous pourrions dire romaine, puisque quelques-unes de ses tours sont établies sur des souches romaines. Dans les villes antiques, comme dans la plupart de celles élevées pendant le moyen âge, et comme aujourd’hui encore, le château, casleüum -, était bâti non-seulement sur le point le plus élevé, mais encore touchait toujours à un côté de l’enceinte, afin de ménager à la garnison les moyens de recevoir des secours du dehors si la ville était prise. Les entrées du château étaient protégées par des ouvrages avancés qui s’étendaient souvent assez loin dans la campagne, de façon à laisser entre les premières barrières et les murs du château un espace libre, sorte de place d’armes qui permettait à un corps de troupes de camper en dehors des en-
1 Voir le plan de Rome.
* Capdhnl, capitol, en langue d’oc.
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ceintes fixes, et de soutenir les premières attaques. Ces retranchements avancés étaient généralement élevés en demi-cercles composés de fossés et de palissades ; les portes étaient alors ouvertes latéralement, de manière à obliger l’ennemi qui voulait les forcer de se présenter de flanc devant les murs de la place.
Si du ivc au Xe siècle le système défensif de la fortification romaine s’était peu modifié, les moyens d’attaque avaient noces
sairement perdu de leur valeur; la mécanique jouait un grand rôle dans les sièges des places, et cet art n’avait pu se perfectionner ni même se maintenir, sous la domination des conquérants barbares, au niveau où les Romains l’avaient placé.
Les Romains étaient fort habiles dans l’art d’attaquer les places, et ils déployaient dans ces circonstances, comme en toutes choses, une puissance de moyens dont nous avons de la peine
Il»
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à nous taire une idée. Leur organisation militaire était d’ailleurs on ne peut plus favorable à la guerre de sièges : toutes leurs troupes pouvaient au besoin être converties en pionniers, terrassiers, mineurs, charpentiers, maçons, etc., et une armée assiégeante travaillait en masse aux approches, aux terrassements, aux murs de contrevallation, en même temps qu’elle se gardait et attaquait. Cela explique comment des armées romaines, comparativement peu nombreuses, menaient à fin des sièges pendant lesquels il avait fallu faire de gigantesques travaux. Lorsque le lieutenant C. Trébonius fut laissé par César au siège de Marseille, les Romains durent élever des ouvrages considérables pour réduire la ville qui était forte et bien munie. L’un de leurs travaux d’approches est d’une grande importance : nous donnons ici la traduction du passage des Mémoires de César qui le décrit, en essayant de la rendre aussi claire que possible. « Les légionnaires, « qui dirigeaient la droite des travaux, jugèrent qu’une tour « de briques, élevée au pied de la muraille (de la ville), pourrait « leur être d’un grand secours contre les fréquentes sorties des « ennemis, s’ils parvenaient à, en faire une bastille ou un réduit. « Celle qu’ils avaient faite d’abord était petite, basse; elle leur « servait cependant de retraite. Ils s’y défendaient contre des « forces supérieures, ou en sortaient pour repousser et ponr- « suivre l’ennemi. Cet ouvrage avait trente pieds sur chaque « côté, et l’épaisseur des murs était de cinq pieds; on reconnut « bientôt (car l’expérience est un grand maître) qu’on pourrait « au moyen de quelques combinaisons tirer un grand parti de « cette construction, si on lui donnait l’élévation d’une tour.
« Lorsque la bastille eut été élevée à la hauteur d’un étage, « ils (les Romains) placèrent un plancher composé de solives « dont les extrémités étaient masquées par le parement extérieur » de la maçonnerie, afin que le feu lancé par les ennemis ne pût « s’attacher à aucune partie saillante de la charpente. Au-dessus « de ce plancher ils surélevèrent les murailles de brique autant « que le permirent les parapets et les mantelets sous lesquels « ils étaient à couvert; alors à peu de distance de la crête des
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« murs ils posèrent deux poutres en diagonale pour y placer le « plancher destiné à devenir le comble de la tour. Sur ces deux « poutres ils assemblèrent des solives transversales comme une « enrayure, et dont les extrémités dépassaient un peu le pare- « ment extérieur de la tour, pour pouvoir suspendre en dehors « des gardes destinées à garantir les ouvriers occupés à la con- « struction du mur. Ils couvrirent ce plancher de briques et « d’argile pour qu’il fût à l'épreuve du feu, et étendirent dessus « des couvertures grossières, de peur que le comble ne fût brisé « par les projectiles laricés par les machines, ou que les pierres « envoyées par les catapultes ne pussent fracasser les briques.
« Ils façonnèrent ensuite trois nattes avec des câbles servant « aux ancres des vaisseaux, de la longueur de chacun des côtés « de la tour et de la hauteur de quatre pieds, et les attachèrent « aux extrémités extérieures des solives (du comble), le long « des murs, sur les trois côtés battus par les ennemis. Les « soldats avaient souvent éprouvé, en d’autres circonstances, « (pie cette sorte de garde était la seule qui offrît un obstacle « impénétrable aux traits et aux projectiles lancés par les « machines. Une partie de la tour étant achevée et mise à « l’abri de toute insulte , ils transportèrent les mantelets dont « ils s’étaient servis sur d’autres points des ouvrages d’at- « taque. Alors, s’étayant sur le premier plancher, ils com- « mencèrent à soulever le toit entier, tout d’une pièce, et « l’enlevèrent à une hauteur suffisante pour (pie les nattes de « câbles pussent encore masquer les travailleurs. Cachés der- « rière cette garde, ils construisaient les murs en brique, puis « élevaient encore le toit, et se donnaient ainsi l’espace néces- « saire pour monter peu à peu leur construction. Quand ils « avaient atteint la hauteur d’un nouvel étage, ils faisaient un « nouveau plancher avec des solives dont les portées étaient « toujours masquées par la maçonnerie extérieure ; et de là «■ ils continuaient à soulever le comble avec ses nattes. C’est « ainsi que, sans courir de dangers, sans s’exposer à aucune blessure, ils élevèrent successivement six étages. On laissa des
« meurtrières aux endroits convenables pour y placer des mate chines de guerre.
« Lorsqu’ils furent assurés que de cette tour ils pouvaient « défendre les ouvrages qui en étaient voisins, ils commencèrent « à construire un rat (musculus)1, long de soixante pieds, avec « des poutres de deux pieds d’équarrissage, qui du rez-de-chaussée « de la tour les conduiraient à celle des ennemis et aux murailles. « Ou posa d’abord sur le sol deux sablières d’égale longueur, « distantes l’une de l’autre de quatre pieds; on assembla dans « des mortaises faites dans ces poutres des poteaux de cinq « pieds de hauteur. On réunit ces poteaux par des traverses en « forme de frontons peu aigus pour y placer les pannes desti- « nées à soutenir la couverture du rat. Par-dessus on posa des « chevrons de deux pieds d’équarrissage, reliés avec des chevilles « et des bandes de fer. Sur ces chevrons on cloua des lattes de « quatre doigts d’équarrissage, pour soutenir les briques formant « couverture. Cette charpente ainsi ordonnée, et les sablières « portant sur des traverses, le tout fut recouvert de brique et « d’argile détrempée, pour n’avoir point à craindre le feu qui « serait lancé des murailles. Sur ces briques on étendit des cuirs, « afin d’éviter que l’eau dirigée dans des canaux par les assiégés « ne vînt à détremper l'argile; pour que les cuirs ne pussent « être altérés par le feu ou les pierres, on les couvrit de mate* « las de laine. Tout cet ouvrage se fit au pied de la tour, à « l’abri des mantelets, et tout à coup, lorsque les Marseillais « s’y attendaient le moins, à l’aide de rouleaux usités dans la « marine, le rat fut poussé contre la tour de la ville, de manière « à joindre son pied.
« Les assiégés, effrayés de cette manœuvre rapide, font avancer, « à force de leviers, les plus grosses pierres qu’ils peuvent trouver, « et les précipitent du haut de la muraille sur le rat. Mais la « charpente résiste par sa solidité, et tout ce qui est jeté sur
1 Isidorus, libro duodevigesimo Etymologiarum, capite de Ariete : Musculus, inquit, cum'culo similis sit, quo murus perfoditwr : e.r quo et appellatur, quasi marusmlus. (Godese. Stewec. comm. ad lib. IV Veget. 1492. )
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« le comble est écarté par ses pentes. A cette vue, les assiégés « changent de dessein, mettent le fen à des tonneaux remplis « de poix et de goudron et les jettent du haut des parapets. « Ces tonneaux roulent, tombent à terre de chaque côté du rat « et sont éloignés avec des perches et des fourches. Cependant « nos soldats à couvert sous le rat ébranlent avec des leviers « les pierres des fondations de la tour des ennemis. D’ailleurs le « rat est défendu par les traits lancés du haut de notre tour de « briques : les assiégés sont écartés des parapets de leurs tours « et de leurs courtines'; on ne leur laisse pas le temps de s’y « montrer pour les défendre. Déjà une grande quantité des « pierres des soubassements sont enlevées, une partie de la tour « s’écroule tout à coup 1 . » Abu d’éclaircir ce passage nous donnons (fig. 1)’) une coupe perspective de la tour ou bastille décrite ci-dessus par César, au moment ou les soldats romains sont occupés à la surélever à couvert sous le comble mobile. Celui-ci est soulevé aux quatre angles au moyen de vis de charpente, dont le pas s’engage successivement dans de gros écrous assemblés en deux pièces et maintenus par les premières solives latérales de chacun des étages, et dans les angles de la tour; de cette façon ces vis sont sans fin , car lorsqu’elles quittent les écrous d’un étage inférieur, elles sont déjà engagées dans les écrous du dernier étage posé ; des trous percés dans le corps de ces vis permettent à six hommes au moins de virer à chacune d’elles au moyen de barres, comme à un cabestan. Au fur et à mesure que le comble s’élève, les maçons le calent sur plusieurs points et s’arasent. Aux extrémités des solives du comble sont suspendues les nattes de câbles pour abriter les travailleurs. Quant au rat ou galerie destinée à permettre aux pionniers de saper à couvert le pied des murailles des assiégés, sa description est assez claire et détaillée pour n’avoir pas besoin de commentaires.
Si les sièges entrepris par les Romains dénotent chez ce peuple
Cæs., Ve Bello civ., Jib II, cap. vin, ix, x, xi
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une grande expérience , une méthode suivie, un art militaire poussé fort loin, l’emploi de moyens irrésistibles, un ordre parfait dans les opérations, il n’en est pas de même chez les barbares qui
envahirent l’< )ccident, et si les peuplades germaines de l’Est et du Nord pénétrèrent facilement dans les Gaules, cela tient plutôt à la faiblesse de la défense des places qu’à l’habileté de l’attaque; les errements romains étaient à peine connus des barbares. Le
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peu de documents qui nous restent sur les sièges entrepris par les peuplades qui envahirent les Gaules accusent une grande inexpérience de la part des assaillants.
L’attaque exige plus d’ordre, plus de régularité que la défense, et si les peuplades germaines avaient quelqu’idée de la fortification défensive, il leur était difficile de tenir des armées irrégulières et mal disciplinées devant une ville qui résistait quelque temps; quand les sièges traînaient en longueur, l’assaillant était presque certain de voir ses troupes se débander pour aller piller la campagne. L’organisation militaire des peuples germains ne se prêtait pas à la guerre de sièges. Chaque chef conservant une sorte d’indépendance, il n’était pas possible d’astreindre une armée composée d’éléments divers à ces travaux manuels auxquels les armées romaines étaient habituées. Le soldat germain n’eût pas daigné prendre la pioche et la pelle pour faire une tranchée ou élever un terrassement, et il n’est pas douteux que si les villes gallo-romaines eussent été bien munies et défendues, les efforts des barbares se fussent brisés devant leurs murailles, car en considérant les moyens offensifs dont leurs troupes pouvaient disposer, les traditions de la défense romaine l’emportaient sur l’attaque. Mais après les premières invasions les Gallo-Romains comprirent la nécessité de se défendre et de fortifier leurs villes démantelées par suite d’une longue paix ; les troupes barbares acquirent de leur côté une plus grande expérience et ne tardèrent pas à employer avec moins d’ordre, mais aussi avec plus de furie et en sacrifiant plus de monde, la plupart des moyens d’attaque qui avaient été pratiqués par les Romains. Une fois maîtres du sol, les nouveaux conquérants employèrent leur génie guerrier à perfectionner la défense et l’attaque des villes; sans cesse en guerre entre eux, ils ne manquaient pas d’occasions de reprendre dans les traditions romaines les restes de l’art militaire et de les appliquer, car l’ambition des chefs francs jusqu’il Charlemagne était toujours de conquérir cette antique prépondérance de Rome, de s’appuyer sur cette civilisation au milieu de laquelle ils s’étaient rués, de la faire revivre à leur profit.