A K ( ' H I T E ( ' T U RE M I LI T A I R E
Tous les sièges entrepris pendant les périodes mérovingienne et carlovingienne rappellent grossièrement les sièges faits par les Romains. Lorsqu’on voulait investir une place, on établissait d’abord deux lignes de remparts de terre ou de bois, munis de fossés, l’une du coté de la place, pour se prémunir contre les sorties des assiégés et leur ôter toute communication avec le dehors, qui est la ligne de contrevallation; l’autre du côté de la campagne, pour se garder contre les secours extérieurs, qui est la lime de circonvallation. A l’imitation des armées ro-
inaines, on opposait aux tours des remparts attaqués des tours mobiles en bois plus élevées, qui commandaient les remparts des assiégés, et qui permettaient de jeter sur les murailles, au moyen de ponts volants, de nombreux assaillants Les tours mobiles avaient cet avantage de pouvoir être placées en face les points faibles de la défense, contre des courtines munies de chemins de ronde peu épais, et par conséquent n’opposant qu’une ligne de soldats contre une colonne d’attaque profonde, se précipitant sur les murailles de haut en bas. On perfectionna le travail du mineur et tous les engins propres à battre les murailles; dès lors l’attaque l’emporta sur la défense. Des machines de guerre des Romains, les armées des premiers siècles du moyen âge avaient conservé le bélier (mouton en langue d’oil, bosson en langue d’oc). Ce fait a quelquefois été révoqué en doute, mais nous possédons les preuves de l’emploi, pendant les x", xr, xii", xiv", xv" et même xvi" siècles, de cet engin propre à battre les murailles. Voici les copies de vignettes tirées de manuscrits de la bibliothèque Impériale, qui ne peuvent laisser la moindre incertitude sur l’emploi du bélier. La première (V) bis) représente l’attaque des palissades ou des lices entourant une fortification de pierre1; on y distingue parfaitement le bélier, porté sur deux roues et poussé par trois hommes qui se couvrent de leurs targes; un quatrième assaillant tient
1 Haimonis ('uniment, m Ezerh . Bibl. Imp , m au use. du xr siècle, F. de •Saint, -Germain, lutin, 303.
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une, arbalète h pied do-biche. La seconde (9 ter ) représente l’une
-'Ïr-ARP s c
des visions d’Ezéchiel ' ; trois béliers munis de roues entourent le prophète 1 2. Dans le siège du château de Beaucaire par les habitants de cette ville, le bosson est employé (voir plus loin le passage dans lecpiel il est question de cet engin). Enfin, dans les Chroniques de Froissard, et, plus tard encore, au siège de Pavie, sous François Ier, il est question du bélier. Mais après les premières croisades , les ingénieurs occidentaux qui avaient été en Orient à la suite des armées apportèrent en France, en Italie, en Angleterre et en Allemagne, quelques perfectionnements
1 Bible, n°6. t. III, Bibl. Imp., ancien F. latin, manusc. du xe au xie siècle.
2 « .... Figurez un siège en forme contre elle, des forts des levées de terre, une armée qui l’environne, et des machines de guerre autour de ses murs.... Prenez aussi une plaque de fer, et vous la mettrez comme un mur
de fer entre vous et la ville ; puis regardez la ville d’un visage ferme » etc.
( Ezéchiel , chap. iv, vers. 2 et 3. ) Ezéchiel tient en effet la plaque de fer, et autour de lui sont des béliers.
à l'art tic la fortification ; le système féodal organisé mettait en pratique les nouvelles méthodes, et les améliorait sans cesse,
par suite de son état permanent de guerre. A partir de la fin du xne siècle jusque vers le milieu du xive, la défense l’emporta sur l’attaque, et cette situation 11e changea que lorsqu’on fit usage de la poudre à canon dans l’artillerie. Depuis lors, l’attaque ne cessa pas d’être supérieure à la défense.
Jusqu’au xiT siècle, il 11e paraît pas que les villes fussent défendues autrement que par des enceintes flanquées de tours, ou par de simples palissades avec fossé, interrompues de distance en distance par des tours (bastilles) de bois : c’était la méthode romaine; mais alors le sol était déjà couvert de châtc Jaux, et l’on savait par expérience qu’un château se défendait mieux qu’une ville. En effet, aujourd’hui un des
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principes les plus vulgaires de la fortification consiste à opposer le plus grand front possible à l’ennemi, parce que le plus grand front exige une plus grande enveloppe , et oblige les assiégeants à exécuter des travaux plus considérables et plus longs; mais lorsqu’il fallait battre les murailles de près, lorsqu’on réemployait pour détruire les ouvrages des assiégés que la sape, le bélier, la mine ou des engins dont la portée était courte, lorsqu’on ne pouvait donner l’assaut qu’au moyen de ces tours de bois , ou par escalade, ou encore par des brèches mal faites et d’un accès difficile , plus la garnison était resserrée dans un espace étroit, et plus elle avait de force, car l’assiégeant, si nombreux qu’il fût, obligé d’en venir aux mains, ne pouvait avoir sur un point donné qu’une force égale tout au plus à celle que lui opposait l’assiégé. Au contraire, les enceintes très-étendues pouvant être attaquées brusquement par une nombreuse armée, sur plusieurs points à la fois, divisaient les forces des assiégés , exigeaient une garnison au moins égale à l’armée d’investissement pour garnir suffisamment les remparts, et repousser des attaques qui ne pouvaient être prévues souvent qu’au moment où elles étaient exécutées.
Pour parer aux inconvénients que présentaient les grands fronts fortifiés, vers la fin du XIIe siècle on eut l’idée d’établir, en avant des enceintes continues flanquées de tours, des forteresses isolées, véritables forts détachés destinés à tenir l’assaillant éloigné du corps de la place, et à le forcer de donner à ses lignes de contrevallation une étendue telle qu’il eût fallu une armée immense pour les garder. Avec l’artillerie moderne, la convergence des feux de l’assiégeant lui donne la supériorité sur la divergence des feux de l’assiégé ; mais avant l’invention des bouches à feu, l’attaque ne pouvait être que très-rapprochée , et toujours perpendiculaire au front attaqué. 11 y avait donc avantage pour l’assiégé à opposer à, l’assaillant des points isolés ne se commandant pas les uns les autres, mais bien défendus; on éparpillait ainsi les forces de l’ennemi , en le contraignant à entreprendre des attaques simultanées sur des points choisis
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par 1 assiégé et munis eu conséquence. Si l’assaillant laissait derrière lui les réduits isolés pour venir attaquer les fronts de la place, il devait s'attendre à avoir sur les bras les garnisons des forts détachés au moment de donner l’assaut, et sa position était mauvaise. Quelquefois, pour éviter de faire le siège eu règle de chacun de ces forts, l’assiégeant, s’il avait une armée nombreuse, élevait des bastilles de pierre sèche, de bois et de terre, ainsi que nous l’avons vu faire aux Romains, établissait des lignes de contrevallation autour des forteresses isolées, et, renfermant leurs garnisons, attaquait le corps de la place. Toutes les opérations préliminaires des sièges étaient longues, incertaines; il fallait des approvisionnements considérables de bois, de projectiles, et souvent les ouvrages de contrevallation , les tours mobiles, les bastilles fixes de bois et les engins étaient à peine achevés, qu’une sortie vigoureuse des assiégés ou une attaque de nuit détruisait le travail de plusieurs mois par le feu et la hache. Pour éviter ces désastres, les assiégés établissaient leurs lignes de contrevallation au moyen de doubles rangs de fortes palissades de bois espacés de la longueur d’une pique (trois à quatre mètres), et, creusant un fossé en avant, se servaient de la terre pour remplir l’intervalle entre les palis; ils garnissaient leurs machines, leurs tours de bois fixes et mobiles, de peaux de bœuf ou de cheval, fraîches ou bouillies, ou d’une grosse étoffe de laine, afin de les mettre à l’abri des projectiles incendiaires. 11 arrivait souvent que les rôles changeaient, et que les assaillants, repoussés par les sorties des garnisons et forcés de se réfugier dans leur camp, devenaient, à leur tour, assiégés. De tout temps les travaux d’approche des sièges ont été longs et hérissés de difficultés; mais alors, bien plus qu 'aujourd’hui , les assiégés sortaient de leurs murailles soit pour escarmoucher aux barrières et empêcher des établissements fixes, soit pour détruire les travaux exécutés par les assaillants; les armées se gardaient mal, comme toutes les troupes irrégulières et peu disciplinées; on se fiait aux palis pour arrêter un ennemi audacieux, et chacun se reposant sur
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son voisin pour garder les ouvrages, il arrivait fréquemment qu’une centaine de gens d’armes, sortant de la place an milieu de la nuit, tombaient à l’improviste au cœur de l’armée d’investissement, sans rencontrer une sentinelle, mettaient le feu aux machines de guerre, et, coupant les cordes des tentes pour augmenter le désordre, se retiraient avant d’avoir tout le camp sur les bras. Dans les chroniques des xir, XIIIe et XIVe siècles, ces surprises se renouvellent à chaque instant, et les armées ne s’en gardaient pas mieux le lendemain. C’était aussi la nuit souvent qu’on essayait, au moyen des machines de jet, d’incendier les ouvrages de bois des assiégeants ou des assiégés. Les Orientaux possédaient des projectiles incendiaires qui causaient un grand effroi aux armées occidentales, ce qui fait supposer qu’elles n’en connaissaient pas la composition, au moins pendant les croisades des xir et xnT' siècles, et ils avaient des machines puissantes1 qui différaient de celles des Occidentaux, puisque ceux-ci les adoptèrent en conservant leurs noms d’origine d’engins turcs, de pierrières turques.
On ne peut douter que les croisades, pendant lesquelles on fit tant de sièges mémorables, n’aient perfectionné les moyens d’attaque, et que, par suite, des modifications importantes n’aient été apportées aux défenses des places. Jusqu’au xme siècle, la fortification est protégée par sa force passive, par la masse et
1 « Ung soir advint, que les Turcs amenèrent ung engin, qu’ils appelaient la pierriere, un terrible engin à mai faire : et le misdrent vis-à-vis les chaz-chateilz, que messire Gaultier de Curel et moy guettions la nuyt. Par lequel engin ilz nous gettoient le feu gregois à planté, qui estoit la plus orrible chose, que onques jamés je veisse. . . . La maniéré du feu gregois estoit telle, qu’il venoit bien devant aussi gros que ung tonneau, et de longueur la queuë enduroit bien comme d’une demye < canne de quatre pans. Il faisoit tel bruit à venir, qu’il sembloit que ce « fustfouldre qui cheust du ciel, et me sembloit d’ung grant dragon vol- « lant par l’air, et gettoit si grant clarté, qu’il faisoit aussi cler dedans « nostre ost comme le jour, tant y avoit grant flamme de feu. Trois foys . cette nuytée nous getterent ledit feu gregois o ladite perriere, et quatre • foi z avec l’arbaleste à tour. (Joinville, Histoire de saint Louys, édit Du Gange, 1668. )
la situation de ses constructions. 11 suffisait de renfermer une faible garnison dans des tours et derrière des murailles hautes et épaisses, pour défier longtemps les efforts d’assaillants qui ne possédaient que des moyens d’attaque très-faibles. Les châteaux normands, élevés en si grand nombre par ces nouveaux conquérants, dans le nord-ouest de la France et en Angleterre, présentaient des masses de constructions qui ne craignaient pas l’escalade à cause de leur élévation, et que la sape pouvait difficilement entamer. On avait toujours le soin, d’ailleurs, d’établir, autant que faire se pouvait, ces châteaux sur des lieux élevés, sur une assiette de rochers, sur des mottes faites à mains d’homme, de les entourer de fossés profonds de manière à rendre le travail du mineur impossible; et comme refuge en cas de surprise ou de trahison, l’enceinte du château contenait toujours un donjon isolé, commandant tous les ouvrages, entouré lui-même souvent d’un fossé et d’une muraille [chemise), et qui pouvait, par sa position souvent voisine des dehors et l’élévation de ses murs, permettre à quelques hommes de tenir en échec de nombreux assaillants, et de s’échapper si la place n’était plus tenable. Mais, après les premières croisades, et lorsque le système féodal eut mis entre les mains de quelques seigneurs une puissance presque égale à celle du roi, il fallut renoncer à la fortification passive et qui ne se défendait guère que par sa masse, pour adopter un système de fortification donnant à la défense une activité égale à celle de l’attaque , et exigeant des garnisons plus nombreuses. 11 ne suffisait plus (et le terrible Simon de Mont-fort, l’avait prouvé) de posséder des murailles épaisses, des châteaux situés sur des rochers escarpés, du haut desquels on pouvait mépriser un assaillant sans moyens d’attaque actifs, il fallait défendre ces murailles et ces tours, et les munir de nombreuses troupes, de machines et de projectiles, multiplier les moyens de nuire à l’assiégeant, déjouer ses efforts par des combinaisons qu’il ne pouvait prévoir, et surtout se mettre à l’abri des surprises ou des coups de main ; car souvent •les places bien munies tombaient au pouvoir d'une petite troupe
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hardie de gens d’armes, qui, passant sur le corps des défenseurs des barrières, s’emparaient des portes, et donnaient ainsi à un corps d’armée l’entrée d’une ville. Vers la fin du xile siècle, et pendant la première moitié du xme siècle, les moyens d’attaque et de défense, comme nous l’avons dit, se perfectionnaient, et étaient surtout conduits avec plus de méthode. On voit alors, dans les armées et dans les places, des ingénieurs ( ingegneors ) spécialement chargés de la construction des engins destinés à l’attaque ou à la défense. Parmi ces engins, les uns étaient défensifs et offensifs en même temps, c’est-à-dire construits de manière à garantir les pionniers et à battre les murailles; les autres offensifs seulement. Lorsque l’escalade (le premier moyen d’attaque que l’on employait presque toujours) ne réussissait pas, lorsque les portes étaient trop bien armées de défenses pour être forcées, il fallait entreprendre un siège en règle; c’est alors que l’assiégeant construisait des beffrois roulants en bois ( baffraiz ), que l’on s’efforçait de faire plus hauts que les murailles de l’assiégé, établissait des chats , gats ou gates , le musculus romain que décrit César au siège de Marseille, sortes de galeries en bois, couvertes de mairins, de fer et de peaux, (pie l’on approchait du pied des murs, et qui permettaient aux assaillants de faire agir le mouton , le bosson (bélier des anciens), ou de saper les tours ou courtines au moyen du pic-hoyau, ou encore d’apporter de la terre et des fascines pour combler les fossés.
Dans le poëme de la Croisade contre les Albigeois , Simon de Montfort emploie souvent la gâte , qui , non-seulement semble destinée à permettre de saper le pied des murs à couvert, mais aussi à remplir l’office du beffroi, en amenant au niveau des parapets un corps de troupes. — « Le comte de Montfort commande : « .... Poussez maintenant la gâte, et vous prendrez Toulouse. . . . « et (les Français) poussent la gâte en criant et sifflant; entre « le mur (de la ville) et le château elle avance à petits sauts, « comme l’épervier chassant les petits oiseaux. Tout droit vient « la pierre que lance le trébuchet, et elle la frappe d’un tel coup « a son plus haut plancher qu elle brise, tranche et déchire les
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« cuirs et courroies — Si vous retournez la gâte, disent les
« barons (au comte de Montfort), des coups vous la garantirez. « — Par Dieu, dit le comte, c’est ce que nous verrons tout à « l’heure. Et quand la- gâte tourne, elle continue ses petits pas « saccadés. Le trébuchet vise, prépare son jet, et lui donne un « tel coup à la seconde fois, (pie le fer et l’acier, les solives et « chevilles sont tranchés et brisés. » Et plus loin : « Le comte « de Montfort a rassemblé ses chevaliers, les plus vaillants pen- « dant le siège et les mieux éprouvés; il a fait (à sa gâte) de « bonnes défenses munies de ferrures sur la face, et il a mis « dedans ses compagnies de chevaliers, bien couverts de leurs « armures et les heaumes lacés; ainsi on pousse la gâte vigou- « reusement. et vite; mais ceux de la ville sont bien expérimen- « tés : ils ont tendu et ajusté leurs trébuchets, et ont placé « dans les frondes de beaux morceaux de roches taillés, qui, les « cordes lâchées, volent impétueux , et frappent la gâte sur le « devant et les flancs si bien, aux portes, aux planchers, aux « arcs entaillés (dans le bois), que les éclats volent de tous côtés, « et que de ceux qui la poussent beaucoup sont renversés. Et « par toute la ville il s’élève un cri : Par Dieu! dame fausse « f/ate, jamais ne prendrez rats 1 . >»
Guillaume Guiart, à propos du siège de 1 loves par Philippe Auguste, parle ainsi des chats :
Devant Boves fit l’ost de France,
Qui contre les Flamans contance,
Li mineur pas ne sommeillent.
Un chat bon et fort appareillent,
1 Hist. de la croisade contre les hérétiques albigeois, écrite en vers provençaux, publ. par C. Fauriel. Collect. de docum. inéd. sur l’Hist. de France, lre série, et le manusc. de la Bibl. Imp. (fonds La Vallière, n° 91). Ce manuscrit est d’un auteur contemporain, témoin oculaire de la plupart des faits qu’il raconte; l’exactitude des détails donne à ce poëme un grand intérêt; nous signalons à l’attention de nos lecteurs la description de la gâte et, de sa marche par petits sauts « entrel mur el castel ela venc de > sautetz, » qui peint avec énergie le trajet de ces lourdes charpentes roulantes s’avançant par soubresauts. Pour insister sur ces détails, il faut
avoir vu
DU MOYEN AGE
Tant eurent dessous, et tant cavent,
Qu’une grant part du mur destravent.
Ig t, en l’an 1205 :
Un cliat font sur le pont atraire,
Dont pieça mention feismes,
Qui lit de la roche meisine,
Li mineur desous se lancent,
Le fort mur à miner commencent,
Et font le chat si aombrer Que riens ne les peut encombrer.
Afin de protéger les travailleurs qui font une chaussée pour traverser un bras du Nil, saint Louis « tist faire deux battrai z , « que on appelle Chas Chateilz. Car il y avoit deux chateilz « devant les chas , et deux maisons clairière pour recevoir les « coups que les Sarrazins gettoient àengis; dont ils avoient >< seize tout droiz, dont ils faisoient merveilles1. » L’assaillant
' Le sire de Joinville, Hist. du roy saint Louys, édit. 1668, Du Gange, p. 37. Dans ses observations, p. 66, Du Gange explique ainsi ce passage : Le roy saint Louys lit donc faire deux beffrois, ou tours de bois pour « garder ceux qui travailloient à la chaussée : et ces beffrois él oient « appelés chats chatcils, c’est-à-dire cati castellati, parce qu’au dessus de
■ ces chats, il y avoit des espèces de châteaux. Gar ce n’étoit pas de - simples galeries, telles qu’estoient. les chats, mais des galeries qui étoient.
■ défendues par des tours et des beffrois. Saint Louys, en l’épistre de sa prise, parlant de cette chaussée . Saraceni autan è contra totis resistentes
'.< conatibus machinis nostris qucis ercxeramus, ibidem machinas opposuerunt x quamplurcs , quibus castella nostra lignca, quæ super passum collocari fecc- « ramus cundcm, conquassata lapidibus et confracta combusserunt totaliter .< igné græco.... Et je crois que l’étage inférieur de ces tours (chateils) estoit à usage de chats et galeries, à cause de quoy les chats de cette « sorte estoient appellés chas châtels, c’est-à-dire, comme je viens de le remarquer,, chats fortifiés de châteaux. L’auteur qui a décrit le siège qui fut mis devant Zara par les Vénitiens en l’an 1346, lib JT, c. vi, apud < Joan. Lucium de regno Dalmat. , nous représente aussi cette espèce « de chat : Aliud erat hoc ingenium, unus cattus ligneus satis debilis erat confectionis , quem machinæ jadræ sæpius jactando penetrabant, in quo erat « constructa quæ dam eminens turris duorum propugnaculorum. Ipsam duæ • niarimæ carrucæ supportabant. Et parce que ces machines n’estoieut pas
■ de simples chats, elles furent nommées chats- faux, qui avoient figure de beffrois et. de tours, et. néanmoins estoient à usage de chats. Et c’est ainsi
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appuyait ses beffrois et chats par des batteries de machines de jet, trébuchets (, tribuquiaux ), mangonneaux (mangoniaux), calabres, pierriers, et par des arbalétriers protégés par des boulevards ou palis terrassés de claies et de terre, ou encore par des tranchées, des fascines et mantelets. Ces divers engins (trébuchets, calabres, mangonneaux et pierriers) étaient mus par des contrepoids, et possédaient une grande justesse de tir ' ; ils ne pouvaient toutefois que détruire les créneaux et empêcher l’assiégé de se maintenir sur les murailles ou démonter ses machines.
« que l’on doit entendre ce passage de Froissard : Le lendemain vindrent deux ■< maistres engigneurs au duc de Normandie, qui dirent que s’ on leur v oui oit livrer du bois et ouvriers, ils feroicnt quatre chaffaux (quelques exemplai- « res ont chats ) que l'on meneroit aus murs du chastel, et seroient si hauts
• qu’ils surmonteraient les murs. D’où vient le mot d ’eschaffaux, parmi nous,
• pour signifier un plancher haut élevé. » ( Vo y le Recueil de Bourgogne, de M. Perard, p. 395. )
i Yoy. Études sur le passé et l’avenir de l’artillerie, par le prince Louis- Napoléon Bonaparte, présid. de la Républ., t. II. Cet ouvrage, plein de recherches savantes, est certainement le plus complet de tous ceux qui s’occupent de l’artillerie ancienne ; voici la description que donne du trébuchet l’illustre auteur : - Il consistait en une poutre appelée verge ou « flèche, tournant autour d’un axe horizontal porté sur des montants. A l’une ■ < des extrémités de la verge on fixait un contre-poids, et à l'autre une fronde qui contenait le projectile. Pour bander la machine, c’est-à-dire « pour abaisser la verge, on se servait d’un treuil. La fronde était la partie « la plus importante de la machine, et d’après les expériences et les calculs que le colonel Dufour a insérés dans son intéressant Mémoire sur l’artil— « lerie des anciens (Genève 1840), cette fronde en augmentait tellement la « portée qu'elle faisait plus que la doubler, c’est-à-dire que si la flèche eût « été terminée en cuilleron, comme cela avait lieu dans certaines machines <■, de jet en usage dans l’antiquité, le projectile, toutes choses égales d’ailv leurs, eût été lancé moitié moins loin qu’avec la fronde. »
« Les expériences que nous avons faites en petit nous ont donné les mêmes résultats. »
Une machine de ce genre fut exécutée en grand en 1850, d’après les ordres du président de la République, et essayée à Yincennes. La flèche avait 10m,30, le contre-poids fut porté à 4500 kilog., et après quelques tâtonnements on lança un boulet de 24 à la distance de 175 mètres, une bombe de 0m,22 remplie de terre à 145 mètres, et des bombes de 0m,27 et 0™,32 remplies de terre à 120 mètres. ( Yoy. le rapport adressé au ministre de la Guerre par le capitaine Favé, t. II, p. 38 et suiv.)
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l)e tout temps la mine avait été en usage pour détruire des pans de murailles et faire brèche. Les mineurs, autant que le terrain le permettait toutefois, faisaient une tranchée en arrière du fossé, passaient au-dessous, arrivaient aux fondations, les sapaient et les étalonnaient an moyen de pièces de bois enduites de poix et de graisse ; puis ils mettaient le feu aux étançons, et la muraille tombait. L’assiégeant, pour se garantir contre ce travail souterrain , établissait ordinairement sur le revers du fossé des palissades ou une muraille continue, véritable chemin couvert qui battait les approches, et obligeait l’assaillant à commencer son trou de mine assez loin les fossés; puis, comme dernière ressource, il contreminait, cherchant à rencontrer la galerie de l’assaillant, il le repoussait, l’étouffait en jetant dans les galeries des fascines enflammées, et détruisait ses ouvrages. 11 existe un curieux rapport du sénéchal de Carcassonne, Guillaume des Ormes, adressé à la reine Blanche, régente de France pendant l’absence de saint Louis, sur la levée du siège mis devant cette place par Trencavel en 1240 L A cette époque la cité de Carcassonne n’était pas munie comme nous la voyons aujourd’hui1 2 ; elle ne se composait guère que de l’enceinte visigothe, réparée au xtD siècle, avec une première enceinte ou lices, qui ne devait pas avoir une grande valeur (voy. tig. 9), et quelques ouvrages avancés (barbacanes) . Le bulletin détaillé des opérations de l’attaque et de la défense de cette place, donné par le sénéchal Guillaume des Ormes, est en latin ; en voici la traduction :
« A excellente et illustre dame Blanche, par la grâce de Dieu, « reine des Français, Guillaume des Ormes, sénéchal de Car-
1 Voy. Bibh'oth. de l'école des Chartes , t. VII, p. 363, Rapport publié par M. Douët, d’Arcq. Ce texte est reproduit dans les Etudes sur V artillerie , par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, prés, delà Républ., ouvrage déjà cité plus haut, et auquel nous empruntons la traduction fidèle que nous donnons ici.
2 Saint Louis et Philippe le Hardi exécutèrent d’immenses travaux de fortification à Carcassonne, sur lesquels nous aurons à revenir.
« cassonne, son humble , dévoué et lidèle serviteur, salut.
« Madame , que votre excellence apprenne par les présentes « que la ville de Carcassonne a été assiégée par le soi-disant « vicomte et ses complices, le lundi 17 septembre 1240. Et « aussitôt, nous qui étions dans la place, leur avons enlevé le « bourg Graveillant, qui est en avant de la porte de Toulouse, « et là, nous avons eu beaucoup de bois de charpente, qui nous « a fait grand bien. Ledit bourg s’étendait depuis la barbacane « de la cité jusqu’à l’angle de ladite place. Le même jour, les « ennemis nous enlevèrent un moulin, à cause de la multitude « de gens qu’ils avaient 1 ; ensuite Olivier de Termes, Bernard « Hugon de Serre-Longue, Itérant d’Aniort, et ceux qui étaient « avec eux se campèrent entre l’angle de la ville et l’eau2, et, « le jour même, à l’aide des fossés qui se trouvaient là, et en « rompant les chemins qui étaient entre eux et nous, ils s’en- « fermèrent pour que nous ne pussions aller à eux.
« D’un autre côté, entre le pont et la barbacane du château, « se logèrent Pierre de Fenouillet et Renaud du Puy, Guillaume « Fort, Pierre de la Tour et beaucoup d’autres de Carcassonne. « Aux deux endroits, ils avaient tant d’arbalétriers , que per- « sonne ne pouvait sortir de la ville.
« Ensuite ils dressèrent un mangonneau contre notre barba- « cane; et nous, nous dressâmes aussitôt dans la barbacane une « pierrière turque3, très-bonne, qui lançait des projectiles vers « ledit mangonneau et autour de lui; de sorte que, quand ils « voulaient tirer contre nous , et qu’ils voyaient mouvoir la « perche de notre pierrière, ils s’enfuyaient et abandonnaient « entièrement leur mangonneau ; et là ils firent des fossés et des « palis. Nous aussi, chaque fois que nous faisions jouer la pier-
1 C’était le moulin du roi probablement, situé entre la barbacane du château et l’Aude.
2 A l’ouest (voy. fig. 9).
3 « Postea dressarunt mangonellum quemdam ante nostram barbacanam,
et nos contra ilium statim dressavimus quamdam petrariam turquesiam valde bonam infra
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« rière, nous nous retirions de ce lieu, parce que nous ne pouce vions aller à eux, à cause des fossés, des carreaux et des puits « qui se trouvaient là.
« Ensuite, Madame, ils commencèrent une mine contre la « barbacane de la porte Narbonnaise 1 : et nous aussitôt, ayant « entendu leur travail souterrain, nous contre-minâmes, et nous « fîmes dans l’intérieur de la barbacane un grand et fort mur « en pierres sèches, de manière que nous gardions bien la moitié « de la barbacane ; et alors, ils mirent le feu au trou qu’ils fai- « salent, de sorte que, les bois s’étant brûlés, une portion anté- « rieure de la barbacane s’écroula.
« Ils commencèrent à miner contre une autre tourelle des « lices2; nous contre-minâmes, et nous parvînmes à nous eni- « parer du trou de mine qu’ils avaient fait. Ils commencèrent « ensuite une mine entre nous et un certain mur, et ils détruite sirent deux créneaux des lices; mais nous fîmes lit un bon et « fort palis entre eux et nous.
« Ils minèrent aussi l’angle de la place, vers la maison de
1 A l’est, (vov. fig. 9).
2 Au sud (fig. 9 y On appelait lices une muraille extérieure ou une palissade de bois que l’on établissait en dehors des murailles et qui formait une sorte de chemin couvert : presque toujours un fossé peu profond protégeait les lices, et quelquefois un second fossé se trouvait entre elles et les murs. Par extension on donna le nom de lices aux espaces compris entre les palissades et les murs de la place, et aux enceintes extérieures mêmes lorsqu’elles furent plus tard construites en maçonnerie et flanquées de tours. On appelait encore lices les palissades dont on entourait les camps :
Liciæ, castrorum aut urbium repagula. » Epist. anonymi de capta urbe CP., ann. 1204, apud Marten., t. I. Anecd., col. 786 : « Exercitum nostrum
grossis palis circumcinximus et liciis. » Will Guiart ms. :
.... Là tendent les tentes faitfees,
Puis environnent l’ost de lices.
Le Roman de Garni :
Devant les lices commencent li hustins.
Guill. archiep. Tyr. contiuuata Hist. gallico idiomate, t. Y, Ampliss. Collect. Marten.. col. 620: Car quant li chrestiens vi mirent, devant
« Alixandre, le bail li t les H s t herbergier. et faire boues lices entor eux, etc.
( Du ( 'ange, Gloss. )
A H C H I T E C T U R E MILITAI R E
« l’évêque1, et, h force (le miner, ils vinrent, sous un certain « mur sarrasin 2, jusqu’au mur «les lices. Mais aussitôt que nous « nous en aperçûmes, nous fîmes un bon et fort palis entre eux « et nous, plus haut dans les lices, et nous contre-minâmes. « Alors, ils mirent le feu à leur mine, et nous renversèrent à « peu près une dizaine de brasses de nos créneaux. Mais aussitôt « nous fîmes un bon et fort palis, et au-dessus nous fîmes une « bonne bretèche 3 (10) avec de bonnes archières 4 : de sorte, « qu’aucun d’eux n’osa approcher de nous dans cette partie.
« Ils commencèrent aussi, Madame, une mine contre la bar- « banane de la porte de Rhodez 5, et ils se tinrent en dessous, « parce qu’ils voulaient arriver à notre mur6, et ils firent, mer- « veilleusement, une grande voie; mais, nous en étant aperçus, « nous fîmes aussitôt, plus haut et plus bas, un grand et fort
1 A l'angle sud-ouest (voy. lig. 9).
2 Quelque ouvrage avancé de la fortification des Visigoths probablement.
' hrctaclüu’ . castella lignea, quitus castra et oppida muniebantur ;
gai 11 ce bretexq-ues. breteques, breteches. » (Du Clange, .Gloss. )
Lu ville fit mult richement garnir,
Les fossés fore, et les murs enforcir,