‹ Essai sur l'architecture militaire au Môyen âgeChapitre 30 sur 34 · A H CH I TECT U HE M I LIT AIRE · texte numérisé non relu

A H CH I TECT U HE M I LIT AIRE

multiplier les obstacles, de bâtir réduit sur réduit, de morceler les défenses, parce qu’il fallait attaquer et défendre pied à pied, en venir à se prendre corps à, corps; autant il était dangereux, en face des puissants moyens de destruction de l’artillerie à feu, de couper les communications, d’encombrer les défenses, car le canon bouleversait ces ouvrages compliqués, les rendait inutiles, et en couvrant les défenseurs de leurs débris, les démoralisait et leur ôtait les moyens de résister avec ensemble.

Déjà, dans la fortification antérieure à- l’emploi des bouches à feu, on avait reconnu que l’extrême division des défenses rendait le commandement difficile pour un gouverneur de place, et même pour le capitaine d’un poste ; dans les défenses isolées, telles que les tours, ou donjons ou portes, on avait senti la nécessité, dès les xi* et xir siècles, de pratiquer dans les murs ou à travers les voûtes des conduits ou des trappes , sortes de porte-voix qui permettaient au chef du poste placé au point d’où l’on pouvait le mieux découvrir les dehors de donner des ordres à chaque étage. Mais lorsque le fracas de l’artillerie vint s’ajouter à ces effets matériels , on comprendra combien ces moyens de communication étaient insuffisants; le canon devait donc faire adopter dans la construction des fortifications de larges dispositions, et obliger les armées assiégeantes et assiégées à renoncer à la guerre de détails.

La méthode qui consistait à fortifier les places en dehors des vieux murs avait des inconvénients : l’assiégeant battait à la fois les deux défenses , la seconde surmontant la première ; il détruisait ainsi les deux obstacles, ou au moins, bouleversant le premier, écrêtait le second, réduisait ses nierions en poussière, démontait à la fois les batteries inférieures et supérieures (voy. la fig. 64). S’il s’emparait des défenses antérieures, il pouvait être arrêté quelque temps par l’escarpement de la vieille muraille; mais celle-ci, étant privée de ses batteries barbettes, ne présentait plus qu’une défense passive que l’on faisait sauter sans danger et. sans être obligé de se couvrir. Aussi Machiavel recommandait-il, de son temps déjà, d’élever en arrière des

DU MOYEN AGE

vieux murs des villes des remparts fixes avec fossé. Laissant donc subsister les vieilles murailles comme premier obstacle pour résister à un coup de main, ou pour arrêter l’ennemi quelque temps, renonçant aux boulevards extérieurs et aux ouvrages saillants qui se trouvaient exposés aux feux convergents des flatteries de siège, et étaient promptement bouleversés, on établit quelquefois en arrière des anciens fronts qui, parleur faiblesse, devaient être choisis par l’ennemi comme point d’attaque, des remparts bastionnés, formant un ouvrage à demeure, analogue à l’ouvrage provisoire que nous avons représenté dans la fig. 57. C’est d’après ce principe qu’une partie de la ville de Metz avait été fortifiée, après la levée du siège mis par l’armée impériale, vers la fin du xvie siècle, du côté de la porte Sainte-Barbe (73) 1 . Ici les anciens murs A avec leurs lices étaient laissés- tels quels; des batteries barbettes étaient seulement établies dans les anciennes lices B. L’ennemi faisant une brèche dans le front C D qui se trouvait être le plus faible puisqu’il n’était pas flanqué, traversant le fossé et arrivant dans la place d’armes E, était battu par les deux demi-bastions FC, et exposé à des feux de face et croisés. Du dehors, ce rempart, étant plus bas que la vieille muraille, se trouvait masqué, intact; ses flancs à orillons présentaient une batterie couverte et découverte enfilant le fossé.

Le mérite des ingénieurs du XViU siècle et de Vauban surtout, ç’a été de disposer les défenses de façon à faire converger sur le premier point attaqué et détruit par l’ennemi les feux d’un grand nombre de pièces d’artillerie, de changer ainsi au moment de l’assaut les conditions des armées assiégeantes et assiégées, de simplifier l’art de la fortification et de laisser de côté une foule d’ouvrages de détails fort ingénieux sur le papier, mais qui ne sont que gênants au moment d’un siège et coûtent fort cher. C’est ainsi que peu à peu on donna une plus grande superficie aux bastions, qu’on supprima les orillons d’un petit diamètre qui, détruits par l’artillerie des assiégeants, encombraient de

1 Topog. de la Gaule, Mérian. Topog. de la France, Bib. Imp.

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leurs débris les batteries destinées à enfiler le fossé au moment de l’assaut, qu’on apporta la plus grande attention aux profils

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