‹ Essai sur l'armée royale au temps de Philippe AugusteChapitre 27 sur 201 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

connaître une organisation dont on ne soupçonnait pas l'existence à cette époque1. »

Le Compte général de 1202 atteste qu'une organisation de ce genre existait déjà sous Philippe Auguste et fournit à ce sujet des données précises-,

Si l'on analyse les renseignements que renferme le Compte général de 1202 sur les dépenses des garnisons entretenues, cette année -là, notamment dans les places de la frontière de la Normandie, on peut arriver à déterminer la solde attribuée à chaque catégorie d'hommes d'armes, chevaliers, sergents à cheval, arbalétriers à cheval, arbalétriers à pied et sergents à pied.

Le Compte nous renseigne parfois d'une manière explicite à ce sujet : on y lit, par exemple'', qu'à Gaillefonfonlaine, du 28 mai au 2 juillet, 32 chevaliers avaient 7 sous par jour ; que, sur 31 sergents à cheval, 6 avaient 4 sous et les 25 autres, 3 sous, et que la solde journalière était de 5 sous pour 4 arbalétriers à cheval, de 18 deniers pour 15 arbalétriers à pied et de 9 deniers

1. Tome XXI du Recueil des Historiens de France, p. 222 et suiv. — Le général Kôhler, dans son grand ouvrage intitulé : Die Entwickelung des Kriegswesens und der Kriegfùhrung, t. III, 2, p. 8, 40, 162, ne parait avoir connu le Compte général de 1202 que par la courte citation qu'en donne Boutaric.

2. Nous avons extrait du Compte général de 1232 les passages concernant : 1* la garnison de Lyons-la-Forét ; 2* celles de Gaillefontaine, Gournay, La Ferté et Driencourt ; 3* celles de Gisors, Neuf-Marché, Longchamps ; 4* celles de Vernon, Pacy Le Goulet, Gaillon, Grossœuvre et Evreux ; 5* celles de Nonancourt, Avrilly, Anet ; 6' celles de Sens, Bray-sur-Seine et Montereau ; T celles de Bourges et d'Issoudun, et nous les publions plus loin, Pièces justificatives, IV — X. Nous avons corrigé un certain nombre de passages, où le texte de Brussel est manifestement fautif.

pour 130 sergents à pied. Ailleurs la solde individuelle se déduit aisément de la solde totale indiquée pour un nombre déterminé d'hommes d'armes avant servi pendant un temps donné. Ainsi, l'on voit qu'à Lyons-la- Forêt, du 15 au 22 juillet, 40 chevaliers ont reçu 84 livres pour 7 jours1 : on en conclut que chacun avait

6 sous par jour. Mais il arrive souvent que la solde totale n'est pas divisible par le nombre des hommes d'armes : par exemple, à Lyons-la-Forêt, du 28 septembre au 12 octobre, 15 chevaliers reçoivent 75 livres 12 sous pour 14 jours2, c'est-à-dire 108 sous par jour ; cette somme n'est pas divisible par 15. Cette anomalie ne peut s'expliquer que si l'on suppose que ces 15 chevaliers n'avaient point tous la même solde : il est vraisemblable que 14 avaient 7 sous par jour, solde indiquée explicitement pour les chevaliers de Gaillefontaine dans le passage cité plus haut ; si l'on soustrait leur solde journalière (98 sous) de 108 sous, il reste 10 sous pour le 15e chevalier, qui était sans doute le chef du détachement, un chevalier banneret.

L'analyse du Compte de 1202 présente bien des problèmes de ce genre, souvent plus compliqués encore. Ainsi le texte indique seulement qu'à Lyons-la-Forêt, du 9 au 23 novembre3, 15 chevaliers, 20 sergents à cheval,

7 arbalétriers à cheval, 10 arbalétriers à pied, 1 sapeur et 140 sergents à pied ont reçu en tout 214 livres 18 sous (ou 51.576 deniers) pour 14 jours, c'est-à-dire 3.684 deniers par jour. Comme la solde de chaque catégorie d'hommes d'armes varie souvent, on peut être embarrassé pour

savoir ce qui revient à chacune dans ce total. Nous pensons que celte solde journalière se décompose ainsi' :

1 chevalier (banneret) à 10 s. ou .... 120 dcn.

14 chevaliers à 7 s. ou 81 d 1 . 176 —

20 sergents à cheval à 3 s. ou 36 d. . . . 720

7 arbalétriers à cheval à 15 s 252

3 arbalétriers à pied à 18 d 54

1 sapeur à 18 d 18 —

140 sergents à pied à 9 d 1.260

Totm 3.684 den.

Nous ne nous flattons pas d'avoir résolu toutes les diflîcultés qui se rencontrent dans ce Compte de 1202. Un certain nombre de dépenses, indiquées en bloc, ne peuvent être analysées. Nous pensons, cependant, que l'étude minutieuse de ce document, à laquelle nous nous sommes livré, nous a amené à des résultats probants, permettant de se rendre assez bien compte des variations qui se sont produites, en 1202-1203, à la l'ois dans la composition des principales garnisons et dans la solde de chacun de leurs éléments.

En ce qui concerne tout d'abord les chevaliers (milites), les tableaux suivants permettront de constater que leur solde journalière varie de 5 à 10 sous et qu'elle est le plus souvent de 0 ou 7 sous.

I. Cette hypothèse s'appuie sur des renseignements fournis par les articles précédents du même compte, dans lesquels les éléments de cette garnison sont indiqués séparément.

Nombre Durée Soldi

Lyons-la-Forét

Du 1" au 8 juillet1. . .

id.

Du 8 au 15 juillet2. . .

id.

id. . .

id.

id. . .

id.

Du 15 au 22 juillet' . .

Du 22 juillet au 5 août4.

id. . .

id.

id.

Du 5 au 12 août' . . .

id.

Du 12 au 19 août'1. . .

id. . .

id.

id.

Du 19 au 2G août7. . .

id.

Du 26 août au 2 sept.8.

id.

Du 2 au 28 septembre. :'

id.

Du 28 sept, au 12 oct.10

id. . .

id.

Il) s.

1. Pièces justificatives, IV, n 1. - La solde totale (119 1. 8 s. ou 2.388 s.) n'étant pas divisible exactement par le nombre des chevaliers (E8), nous supposons ((lie, pour 8 d'entre eux, la durée du service n'a été que de 6 jours. Nous mettons entre parenthèses ce nombre de jours (6), pour indiquer qu'il ne doit pas s'ajouter au total.

2. Ibid., n" 0. — D'après le texte de Brussel, 39 chevaliers auraient servi pendant 7 jours et 22 pendant 4 jours. Mais le compte ne sciait pas exact : il manquerait 6 sous. Si Brussel n'a pas omis ces 6 sous, on peut supposer que l'un des 22 chevaliers a servi seulement pendant 3 jours.

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