‹ Essai sur l'art d'être hereuxChapitre 3 sur 39 · QUELQUES OBSERVATIONS SUR LA PHILOSOPHIE ET SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

QUELQUES OBSERVATIONS SUR LA PHILOSOPHIE ET SUR LA RELIGION

Dans les Aveux d'un philosophe chrétien, j'ai dit, en parlant des philosophes de l'antiquité : « Les écrits sur la morale, tracés par la sagesse humaine, ont une utilité bien digne d'intérêt. Quelquefois ces écrits inspirent de premières réflexions salutaires aux hommes qui repoussent les livres où se trouve la véritable sagesse. Ainsi, dans le tumulte de ses passions, le jeune homme appelé à devenir saint Augustin dédaignait TEvangile, qui ne lui offrait point cette pompe oratoire dont il était avide. Une exhortation à la philosophie, VUortensius de Cicéron,

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tomba dans ses mains ; il lut cet ouvrage, et conçut aussitôt le projet de chercher la sagesse ^ »

L'homme est si faible, qu'il faut craindre de lui enlever aucun secours. Près de la lumière vive et pure que répand l'Evangile, les meilleurs ouvrages de la philosophie antique n'offrent que des lueurs pâles et vacillantes ; et cependant Dieu permit que le fils de Monique reçût d'un livre païen la première impression salutaire.

Nicole me paraît être le philosophe chrétien qui a le mieux senti combien il importe de ne priver d'aucun appui notre faiblesse. Un de ses plus intéressans essais, intitulé de la Charité et de l Amourpropre (l'amour de soi), commence par ces mots : « Quoyqu'il n'y ait rien de si opposé à la charité qui « rapporte tout à Dieu, que l'amour-propre qui rap- « porte tout à soy, il n'y a rien de si semblable « aux effets de la charité que ceux de l'amour-pro- « pre. Car il marche tellement par lesmesmes voyes « qu'on ne sauroit presque mieux marquer celles où « la charité doit nous porter, qu'en découvrant celles c< que prend un amour-propre éclairé qui sçait « connoistre ses vrais inlérests, et qui tend par rai- « son à la fin qu'il se propose. » Après des observations fort justes, l'auteur arrive à cette conclu -

* Confessions de saint Augustin, liv. III, chap. iv et v.

sion : « Pour réformer entièrement le monde, c'est- « à-dire pour en bannir tous les vices et tous les fi désordres grossiers , et pour rendre les hommes « heureux dès celte vie mesmo, il ne faudroit, au « défaut de la charité, que leur donner un amource propre éclairé qui sçeust discerner ses vrais inté- « resls et y tendre par les voyes que la droite raison a leur découvriroit.

« Qmlqtte cofromjme que cette société fust au « dedans et aux yeux de Dieu, il n'y aurait rien ûu a dehors de mieux réglé , de plus civU , de plus li juste y déplue pacifique, deplushonneste, déplus « généreux; et ce qui serait de plus admirabley « cest que n^estant animée et remuée que par la- « mour-propre, Vamour-propre n'y paroîtroit pas, « et questatit entièrement vuide de charité, on ne « verrait partout que la forme et les caractères de la « charité,

« Peut-être qu'il ne seroit pas inutile que ceux « qui sont chargés des grands eussent cela gravé c( dans l'esprit, afin que s'ils ne pouvoient leur in- « spirer les sentimens de charité qu'ils voudroient a bien, ils tâchassent au moins de former leur « amour-propre et de leur apprendre combien les « voyes quils prennent pour se contenter sont « fausses, malentendues et contraires àleurs vérila- « hles intérests, et combien il leur seroit facile d'en

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