S FRAGMENTS
« prendre d'autres qui les conduiroient sans peine c( à l'honneur et à la gloire, et leur attireroieiit « V affection , V estime et ï admiration de tout le « monde; s'ils ne réussissoient pas par ce moyen « à les rendre utiles, aux autres^ ils les mettroient « dans un chemin qui seroit toujours moins éloigné « du ciel que celui qu'ils prennent, puisqu'ils nau- (i roieiit presqu' à changer de fin et d'intention pour « se rendre aussi agréables à Dieu par une vertu (( vrayement chrestienne qu'Us le seraient aux (( hommes par l'éclat de cette honnesteté humaine à « laquelle on les formerait. »
Tout est vrai dans cet exposé ; si quelque esprit sévère contestait la netteté d'une ou deux expressions, elles seraient suffisamment éclairées par celles qui les suivent. L'auteur des passages cités voit la prééminence de la théorie qui rapporte tout à Dieu sur celle qui rapporte tout à soi. La seconde ne produit que des apparences, et une société réglée par elle, malgré tous ses dehors séduisants n'en serait
pas moins dégradée au dedans. Nicole n'admet pas que les partisans de la doctrine de Tamour-propre connaissent leurs vrais intérêts et se rendent utiles à eux-mêmes ; mais il voit que ces hommes sont utiles à d'autres, qu'ils sont affranchis des vices grossiers, des passions vulgaires, et commencent ainsi à se rapprocher de la voie chrétienne. Per-
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suadé qu'il faut ne priver d'aucun secours notre faiblesse, Nicole ne proscrit point Tamour de soi; il espère, en Téclairant, Tamener à juger son impuissance et à nous conseiller lui-même de suivre un meilleur guide.
Au milieu des illusions de ma jeunesse, quand je traçais YEssai sur l'art d'être heureux, j'étais loin de m'être formé une théorie aussi juste. Ce que le bon Nicole fait considérer comme un lieu de passage était à mes yeux le séjour où doit s'écouler notre vie.
Lorsque je pense aux affreuses doctrines qui se font jour sur tous les points de l'Europe, à la société menacée d'être bouleversée jusqu'en ses fondemens , s'il me vient un souvenir de mon premier essai, sa philosophie me paraît bien légère. Non, cet écrit ne contient pas la véritable morale, celle qui attache l'homme à son appui solide, celle qui peut être comprise des plus ignorans et des plus éclairés.
Ma conviction profonde est que l'Europe n'aura plus que de courts intervalles de repos, et finira par devenir la proie d'une conflagration générale, si ses périls ne sont pas détournés par un noble retour à la religion révélée, qui seule oiîre une morale pure, et seule donne la force de la suivre. La morale phi* losophique, les systèmes que se fortne l'intelligence