FRAGMENTS
d'abord, attendu que rintelligence ne saurait s'approcher de la vérité, ni même aspirer sincèrement à la connaître, que lorsque Tâme est dégagée des passions grossières et désabusée des intérêts vulgaires. Dans le cours entier, je ne perdrais aucune occasion de faire sentir combien la philosophie qui forme les âmes à la droiture, au désintéressement, à Tabnégation de soi-même, quand il s'agit de servir ses semblables, est plus haute que celle dont le but est d'enrichir Tesprit. Attachons- nous à la philosophie pratique : ce qui nous manque, ce sont des hommes.
Les philosophes grecs doivent la plus belle part de leur renommée aux efforts qu'ils ont faits constamment pour donner aux âmes de nobles et sages habitudes. Oh I que ces philosophes étaient supérieurs à la plupart des nôtres ! Lorsque l'on compare les déistes de l'antiquité et les déistes du siècle dernier, on porte bientôt un jugement glorieux •pour les uns, flétrissant pour les autres. Les pre^ raiers, au milieu des fables du polythéisme, en s'élevant à l'unité de Dieu, ont montré jusqu'où peuvent atteindre les forces de la raison ; les seconds, entourés des vérités de la révélation, en les méconnaissant, ont fait voir dans quels égaremens tombe l'intelligence humaine quand elle est ingrate envers son auteur.
Établir une séparation absolue entre la philosophie et la religion, cela est impossible, du moins dans ridée que je me forme d'une saine philosophie : elle consiste à reconnaître que Fhomme est trèsfaible, et à chercher quels sont les plus utiles secours qu'on puisse offrir à sa faiblesse. On voit bientôt que les secours apportés par la philosophie sont insignifians pour les masses populaires, et qu'ils laissent beaucoup à désirer même pour les intelligences les plus cultivées. Ces observations doivent nécessairement conduire un ami de la vérité, non pas à se jeter dans des controverses, mais à déclarer de la manière la plus nette et la plus formelle que nos plus sûrs appuis ne se trouvent que dans la religion, dans sa morale soutenue par ses dogmes et par ses pratiques.
Je^e crois pas pouvoir achever.