‹ Essai sur l'art d'être hereuxChapitre 6 sur 39 · G2 FRAGMENTS · texte numérisé non relu

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a Ne songer qu*à satisfaire tous ses désirs, quel c( travail! et combien de mécomptes! Commençons « par chasser les désirs que la raison condamne ; « puis restreignons les autres dans la mesure de nos c( forces pour les réaliser. »

Je me borne à citer ces idées fondamentales pour qui cherche le bonheur. Souvent la philosophie parle bien, malheureusement elle manque d'autorité pour nous soumettre à ses principes.

Ce que la philosophie morale nous dit de vrai, la religion le proclame au nom de la toute-puissance qui créa les mondes ; refuser d'obéir à sa loi, c'est se mettre en révolte contre Dieu, dont la justice est inévitable. Qu'elle est faible l'autorité de la philosophie comparée à celle de la religion !

Mais des incrédules annoncent avec assurance que la religion révélée n'existe plus. J'ai fréquemment entendu dire et j'entends quelquefois répéter encore : « La religion est usée par le temps et par le pro- « grès des lumières ; ceux qui essayent de la ranic( mer ne remuent que des cendres éteintes. Le c( christianisme est au tombeau ^ sa résurrection est « impossible ; il faut donc lui substituer un enseic< gnement et des écrits philosophiques. » Ajouter foi à ces idées, tenter d'exécuter un pareil projet, en vérité, ce serait s'élever au faite de la niaiserie*

Si, comme des insensés le prétendent, la religion n'existait plus, rien ne pouvant suppléer à ce principe de yie, la société périrait avec lui ; mais c*est folie de s'imaginer que le soleil est éteint , parce qu'on ferme les yeux. Le temps où nous vivons est très-propre à les faire rouvrir aux plus obstinés dans leur aveuglement volontaire. Hommes de foi, philosophes sincères , prenez confiance dans le malheur ; les cataclysmes de Tordre physique et de Tordre moral sont les remèdes héroïques dont se sert TEternel. Quand nous voyons tomber autour de nous les appuis sur lesquels se fondait notre sécurité précaire, ces terribles avertissements nous forcent k réfléchir. Souvent il me semble qu'aujourd'hui beaucoup d'hommes cherchent Dieu : la plupart ont des idées confuses, ils ne savent nullement ni ce qu'ils veulent ni ce qu'ils invoquent ; mais la voie dans laquelle les engage un instinct réparateur est bonne, elle rapproche de Dieu. Espérons! L'homme aura toujours une ressource immense dans la religion que lui conserve la bonté céleste. Dieu, dans sa miséricorde, peut être touché du repentir de ceux qui Tout tant outragé, et de ceux qui Tout tant oublié. A la voix du pardon, le christianisme déploierait encore ses prodiges, et, si de nouveaux barbares inondaient l'Europe, il sou-

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mettrait encore les rayageurs de la société à Tirrésistible puissance de sa loi bienfaisante.

Espérons que Dieu détournera les dangers qui planent sur nos tètes. Une mérité connue maintenant de tous les bons esprits, c'est qu'on ne peut améliorer le sort des peuples qu'en produisant une amélioration dans les âmes. On s'est trop occupé de politique et trop peu de morale. On a tenté de nous réformer par des moyens matériels : les hommes ont empiré, ou, si l'on veut, sont restés les mêmes. On attache une grande importance à briser des for^* mes de gouvernement, à leur en substituer d'autres, parce que c'est ce qu'il y a de plus facile et de plus lucratif pour ceux qui mettent la main à l'œuvre. On nous fait changer fréquemment de costumes ; mais, pour rendre notre sort meilleur , il faudrait élever nos sentimens, adoucir nos mœurs, changer nos habitudes ; hors de là, tout est ignorance et vanité.

Hélas I notre tâche est encore bien peu avancée ; les travaux de plusieurs générations seront nécessaires. En général, on parle de la religion avec respect : c'est un progrès, mais presque stérile. Il y a si loin d'un tribut acquitté par bienséance aux sentimens qui renouvellent les cœurs ! Dans plus d'un écrit où sont célébrées avec talent l'importance et la nécessité de la religion, l'auteur prend soin de glisser quelques phrases dont le but est de faire apcr-

ceToîr qu'il ne croît point. Dans ses entretiens, il déguise fort peu ou déguise fort mal qu'il regarde le christianisme comme un bon instrument inventé pour servir des intérêts très-profanes. Penser ainsi, c'est avilir la religion, c'est la détruire autant qu'il est en soi : et je ne sais si l'athée est plus coupable.

La philosophie doit concourir à la rénovation qu'appelle notre siècle; mais, pour donner à son enseignement toute Tutilité désirable, plusieurs réformes me paraissent nécessaires. Souvent je suis confondu de la foi que de jeunes docteurs ont en eux-mêmes; cette surabondance de vanité est ce que je connais de plus antiphilosophique; il y a de quoi fermer toutes les voies delà science et de la sagesse. Avant de donner un cours de philosophie, il faudrait des leçons pour préparer l'esprit des élèves à cette douce et noble étude. La première vérité qu'on leur présenterait, c'est que l'homme est un être bien faible, et la première conséquence qu'on en tirerait, c'est que l'homme a grand besoin d'appui ; on exposerait ensuite d'une manière générale comment la raison peut aider à nous guider vers la route du vrai, du bon et du beau. Je diviserais volontiers la philosophie en philosophie métaphysique ou abstraite, et en philosophie morale ou pratiqtie: c'est

sur la seconde que je donnerais des notions tout

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