‹ Essai sur l'art d'être heureuxChapitre 15 sur 35 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

DB l'aisaucb.

Dr prétendus sages au tou sentencieux nous annoncent que la yertu doit être Tuni- . que objet de nos désirs, qu'affermi par elle on supporte sans peine les priTations et la misère. Inutiles moralistes ! croirai-je à des principes que l'expérience dément tous les jours ? *

Il agit ayec sagesse, celui qui, sans ambition , examine quelle fortune lui serait nécessaire pour jouir de l'aisance , et cbercbe h l'acquérir. . Mais , «quand il la possède , s'iK

* La vertu est le teul bien , U vice est le seul mai^ disent les Stoïciens. Ce pi;iDoipe est fanz : je m'en rapporte k tout bon- Déle homme qui s'est cane la jambe , ou qui toit souffrir la laim à ses enfaas.

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veut Taccroître, s'il fait un pas au-delà du terme qu'il a fixé, le jour où, plus raisonnable , il ne voulait qu'être heureux ^ sacri^imt , le bonheur, il J'échange contre un moyen incertain d'acheter des plaisirs.

Ainsi, l'aisance est inutiles à la plupart de ceux qui l'ont reçue; yictimes de la folie commulie, ils perdent à s'enrichir le temps qu'ils devraient^employer à jouir. Partout on ▼oit des spéculateurs habiles, rarement trou- ▼e-t-on des hommis qui sachent user en épicuriens d'une fortuné médiocre V ce n'est pas l'art d'acquérir, c'est l'art de dépenser qu'il faudrait nous apprendre.

I(otre but dans la vie doit être le bonheur. Idée trop simple, qu'on dédaigne ou qu'on oublie! A Toir tant de gens s'agiter, on croirait que l'homme fut placé sur 'la terre, non pour être heureux, mais pour •• devenir opulent.

Ehl pourquoi tant de soucis et de peines?

Ce ^personnage, dit-on avec emphase, a cinq cent mille livres de rentes I Dans sa position rare , brillante, enviée , s'il ne végète pas sous le poids de l'ennui, je je tiens pour un homme d'un mérite étonnant.

SUR l'art l^âTRB HXURBUX. 77

On peut diviser les riches en deux classes.

Les uns veillent à l'adiidnistration de leurs biens , les «autres ne songent qu'à ,'dissiper leurs revenus. ' *

Pourrais-je détailler les soins et les ennuis qu'entraîne l'administration d'uiie grande fortune ? On cesse de discuter arec ses fermiers, pour réprimander des ouvriers, que l'on quitte pour disserter avec des procureurs. Jamais un ami du plaisir n'accepterait ime fortune immense, à charge de l'administrer lui-même. Viens , honnête agent , fais mes affaires et les tiennes; je ne saurais trop acheter le repos et l'indépendance. Qu'on m'enlève une partie de mes richesses , et que je puÎ9Se disposer en paix des, débris que m'auront laissés les fléaux du ciel et les soins de mpd intendant !

Assurément , l'homme qui 9e voue à des.

travaux lucratifs n'est pas accablé d'ennuis perpétuels. Ce banquier respire , lorsqu'il a pâli sur ses livres de compte ;.le succès d'une opération l'enchante , et lui fait oublier ses alarmes, ses fatigues et son esclavage. Mais celui qui veut saisir dans la vie le plus d'instans heureux qu'il est possible , et qui voit

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