‹ Essai sur l'art d'être heureuxChapitre 16 sur 35 · ES84.I · texte numérisé non relu

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combien cet homine' laisse écRapper de plaisirs, refuserait sa fortune au prix dont il la, paie. ' ► •«. ^

D^autres riclies, àï-jè dit,* 11^. songent qu'à dépenser. C'es^ bien pis encore : le travail laisse aux ^premiers ^uelaues intervalles , l'oisiveté n'eu4aisse point à ceux-ci.

'Quelques-uns sont victimes d'une éducation ridici^e. Autrefois, surtout , on voyait des hommes qui , fatigués d'amusemens frivoles et sans ressource en eux-mêmes, tombaient dans cette situation désolante où Ton ne sait pas même désirer. Dès leur enfance, on avait préventi leurs moindres souhaits :

par ens faibles, instituteurs dociles, valets avides , c'était à qui s'empresserait de blaser leur goût , ei»- de les hébéter de plaisirs.

Je suppose le fils du* riche élevé avec autant de soin que s'il n'eût pas fallu lui plaire. Le sort le place dans une étrange alternative. S'il résiste à ses désirs ^ que tout excite et fa- , vorise, ^quelle^ luttes pénibles! et» s'il leur cède , quel ressort conservera son âme ? Il ne ré^stera point : tant d'amis le lui conseilleht ! La cause du présent contre l'avenir trouve ejd nous un si purss[i|nt défenseur !

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Enfin , lés plaisirs des sens dnt^e dangereux avantage que ,. sans les ayoir goûtés , on sait qu'on leur devra des émotions yiies ; au lieu, qu'on, n^est certain que les plaisirs d'un ordre plus élevé ont un charme enivtant ; qu'après en avoir fait l'heureusç expérience. Ainsi tout prépare aux hommes opulens la triste satiété ; dégoût mof al, ennui^sans fin , açule souffrance de la vie que n'adoucisse pas l'espérance.

Vous voyez quelqtiefois. au théâtre des hommes, qui , da^ le foild de ^eurs loges , sommeillent , et ne donnent sign#â'e^xistence que par de longs bâillemens : ce sont des riches. Cherchez des yfeux les .spectateurs qu'agite le plus vif enthousiasme, vos regards s'arrêteront snr quelques jeunes gens studieux qui, pendant huit jours, économisent pour aller un soir au parterre.

C'est dans Un petit ménage , bien dirigé , que tous les plaisirs sont* Tifs,, pai*ce qu'on ne les obtient qiTavec de l'ordre et des soins. On projette une fête, on veut réunir ses amis, on veut passer toute une journée à la campagne avec eux. De légènes économies sont nécessaires pour subv^r aux modiques &ai^'de la réunion; on calcule à quelle

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époque elle peut avoir lieu , et Ton fait les in* Titations d'avance. Quand l'intervalle qui nous sépace du plaisir n'est pas trop long, cet intervalle même a des charmes. '

Quels délicieux soupers Jean-Jacques faisait avec Condillac. Tous deux étaient pauvres , ils ne dépensaient que quinze sous par tête; mais la conversation prolongeait le frugai repas, et des heures enchanteresses s'écoulaiei^t avec rapidité. Le* génie, les vastes connaissances ne sont pas, nécessaires pour jouir de soirées aussi, douces; l'amitié et l'amour des lettres suffisent.

Pans un ipénage où l'aisance est modeste, ceux qui le composent se quittent rarement; c'est pour eux que semblent créés tous les plaisirs qu'on trouve au sein d'une famille aimée.' Donnez-leur des richesses; sans qu'elles changent leurs cœurs , ils goûteront moins ces plaisirs. Des devoirs et des amuse^ mens nouveaux enlèveront une partie du temps qu'ils leur consacraient. Plus répandus dans la société , ils seront moins ensemble ; recevant plus de monde, ils verront moins leurs amis. Transportés dans une sphère nouvelle, où mille o)>jet8 de comparaison exci-

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tent les désirs, peçt-étr^ connaîtront-ils pour la première fois les privations et les regrets.

En général, les femmes, les jeunes gens' ne peuvent goûter les avantages que leur offre une situation douce, mais peu brillante, qu'en évitant de comparer leur sort avec celui des personnes que la fortune favorise. U faut porter dans le monde une haute philosophie , ou ne quitter jamais sa retraite.. Celui-là même dont la raison exercée , le noble caractère , assurent Tindépendimce , peut être un moment étourdi- par Téclat et je ne sais quel bruit dont l'opulence est accompagnée, l^ais remontant aux causes d'un^ trouble dont il rougit , bientôt il le dissipe '; bientôt il accroît le senti^nt de son bonheur, en portant autour de lui ses regards. Il éprouve un légitime orgueil en se disant, au milieu d'une foule brillante: Que de soucis et de regrets je me suis épargné^! Que de futilités dont je n'ai pas besoin !

L'opulence, s'écrie-t<»n | l'opulence a du moins cet avantage qu'elle attire la considération. Ah! sans doute, ^aucoup de gens calculent sur. vos richesses l'estime qu'ils vous doivent; on ne leur persuadera jamais

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que le mérite ya souvent à pied, et que la stupidité monte quelquefois en voiture r mais , un homn^e^enj^é peut-il slnformer de l'opiilion que de t^s sots ont de lui?

Lorsque dans un cercle, où Vojj^ étale à l'envi l'opulei^ce ,. yous éprouve^ *• quelque • honte en tous apercevant que la simplicité de votre habit est remarquée , demahdez- * vous si vous changeriez , avec ceux qui vous entourent , de genre de vie , de earactèpe , de talens; et jeprenez la n^rté qui sied à Thonnête homme. ^

Se contenter d'une fortune" médiocre est la meilleure preuve de philosophie ; toutes les autres me semblent douteuses. Celui qui sait vivre de peu donne seul une haute garantie de la probité et du courage qu'il saurait conserver dans les situations difficiles. Geluirlà seul a mis, autant qu'il est possible, sa vertu, son repos, son bonheur à Tabri des vicissitudes du sort et des éaprices de ses semblables.

Il est des instans où le désir des richesses pénètre dans la retraite du sage ; non avec le puéril et dangereux projet d'éblouir les hommes , mais avec la séduisante espérance de

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,« leur être uti|e. Quand rimagination crée de riante's chimères , on pense quelquefois aux riche'ssesj et l'emploi qu'on en fait dans ses rêves les rend dignes d'envie. Quel vaste champ est ouvett à ceux qui les possèdent!

lU peuvent hâter les progrès des sciences- et concourir. à la gloire dés lettres. Qu'ifs offrent uii appi^i aux jeunes gens dont'les premiers essais annoncent des dispositions heu« reus;as ,*^t don( le caractère , peu propre à teussiry'se compose d'indépendance et de ti- ^midité. Qu'ils ^'honorent en prenant soin d'emhellir la^retraite du vieillard qui consacra sa vie à l'étude , et qui négligea la fortune pour. enrichir lea^ hommes* de quelques découvertes. Ih peuvent-, sans même accroître leurs dépenses , donner aux arts u^e noble imp|tlsion; un groupe. qui perpétue le - souvenir d'une action héroïque ne coûte pas plus qu'un groupe insignifiant de faunes et de bacchantes. Une carrière plus belle encore est ouverte à l'opulence. De combien' de vices et de pleurs il est en son pouvoir de tarir la source ! Ah ! le riche pour être heureux , n'a besoin que de vouloir le devèhir ; il peut faire immortaliser son nom par les

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arts ; et , ce qui vant mieux , le faire bénir parles inlfortanés. De tels plaisirs sont durables ; et l'on ^oit se ranimer encore pour les. goûter, même après s'être lassé de tous les autres.

Qu'un réye séduisant ne nous laisse cependant iàu réveil aucun désir ambitieux.

C'est 4ans la sphère où l'on est placé par le sort qu'il faut chercher les moyens d'être utile ; et , s'il en est qui n'appartiennent qu'à l'opulence , il en est aussi que la médiocrité fait mieux découvrir. Peut-être , en nous donnai^t des richesses , ne ' réalisei*ait-on que la moitié du songe. II. semble , dit Platon , que l'or et la yertu soient placés des deux o6tés d'une balance ; et qu'on ne puisse ajouter au poids du premier , sans que l'autre devienne au n^ême instant plus léger.-

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