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est donc nécessaire pour goûter un plaisir très vif, et, en général, très difîGcile à se procurer ? Des hommes , plus zélés qu'éclairés ont prétendu que la morale éyangélique est la seule qui prescrive de rendre le bien pour le mal. Ils ont commis deux fautes :
Tune, c'est d'énoncer une erreur; l'autre, c'est d'éloigner de la vertu qu'ils prêchaient, en faisant supposer qu'elle exige des forces plus qu'humaines. Je présume qu'on ne lira pas sans intérêt le morceau suivant. *
« La vérité de notre divine religion est as- « sez fortement établie pour n'avoir pas be- « soin de l'appui que veulent lui prêter cer- « taines personnes, en affirmant que les plus « sages et les plus éclairés des hommes , an« « térieurement au christianisme , avaient ' « ignoré ces deux maximes fondamentales :
« jp'ais aux autres ce que tu voudrais qui te fut •fait à toi-même^ et rends le bien pour le mal,
m La premi^e de ces maximes est implici- « tement dans un discours de Ly sias ; elle est
* Il eat élirait d*an diaeoura de feu William Jones , préndent de la Mtiété de Calcutta. Voyes lea Rtehêrcheê atiati^uêê ■ tome iT.
SUR lUbT D*âTRB HBURBUX. IO9
« énoncée d'une manière expresse djàna Tha- « lès et Fittacus, et je Tai trouvée mot à mot « dans^ }*original de GoAfucius. S'il arrivait « que des missionnaires, entreprissent dans « rindostan. la conversion des Pandits et des « Maulavis, il faudrait que ces missionnaires « se gardassent d'avancer des assertions dont « les Pandits et les Maulavis pourraient dé- « montrer la fausseté. Les premiers leur ci- « terai^nt ce beau pasiage de'Vyfrya, écrit •^ plus^de Soo ans avant notre ère^^t dont le « sens est que le , devoir d'uu homme bon , « même à l'instant de sa mort, consiste non- « seulement à pardoïkier â celui qui fui ôte « la 'ue , mais encore à lui souhaiter du bien : « Semblable à V arbre de Sanâàl qui, dans le « moment oà il est akpttu ^ couvre de parfums »la hache qui le frappe. Lés Maulavis triom- « pheràient des missipnn^res , en leur réci-
<c'tant les vers de Sâdi où l'action de Tendre
« le bien pour le bien est qualifiée de retour «c facile et peu n\éritoIre ; et où il est dit que « rhomme vertueux fait du bien à celui qui ««l'a offensé. Ces vers ne |ont que la répéti- « tion d'une maxime des Arabes'^ et selon « toute apparence , /les anciens Arabes. Les
X TO têSKt
« musult^ans ne manqueraîetit pas de entier ce les quatre di^iques de Hafiz , où la inéme « tnaxime se trouve développée sous des « images bizarres,, mais ingénieusç^ :' Jp- « prenifs de la coquille des mers de V Orient à €€ aimer tontnnemi, et à remplir iie perles la « main tendue pour te nuire. Ne sois pas moins « géhéreux que le dur rocher; fais resplendir ce de pierres précieuses le bras qui déchire tes *if. flancs, Voîs'tu éet arbre assailli d'un nuage « de cdillcM; ? Une laisse tomber sur ceux qui « les lancent que des fruits délicieux ou des u fleurs parfumées, La voix de la nature entière ce . nous erie z Vhomme sera^t^il le seul à rejuser «c de guérir la main qui s'est blessée en l^fireq^- <c pant , étë bénir celui qui Voutrdge ?» *
* Ce' mot binlt cM suBcepiible de reeeroir ànvx fena. Il doit Bignificr faire plu» que pardonner , appeler eur \e$kennej»U lei lumiiret et ta faveur du ciel; s'il signifiait s'humjlier , rendre grâce» ,' il renferronrait un précepte absurde et funeste è I* société. En disant à l'homme de rendre le Bien pour le niaU on lui inspire l'élévaiion d'âme , source de toutes les vertus ; en lui prêchant l'abnégation de soi-même , on produit leffel opposé. Trop .sooTcnt les moralistes ont dépassé le but qu'ils toula ieni atteindre : jmais les maximes qu'ils ont débitées aWrs, ne peurent être sérieusement répétées que par quelques moines mendians , hébétés au profit de leur ordre."" Socrale pardonne à ses accusateurs, et Jésus prie pour ses Aourreaiik:
sur' l'art D*âTRE HEUREUX. IXZ
Si telles sont nos obligations, quels de- * voirs n' ayons-nous pas à remplir envers, les hommes qui s'empressèrent de nous être utiles, de prévenir nos dangers ou de réparer nos malheurs? Cherchons sans cesse à nous acquitter , et ne croyons jamais avoir atteint le but de nos efforts ; la reconnaissance prolonge le plaisir que le bienfait a causé.
L'indulgence et le désir d'obliger, voilà les deux premiers moyeus de nous concilier l'affection de nos semblables. Une vertu qui commande au moins leur estime, c'est la loyauté. Non-seulement un homme loyal est fidèle à ses engagemens, et nulle promesse n'est légère pour lui ; mais la droiture se fait senjtir dans toutes ses actions, la franchise dans tous ses discours. S'il commet des fautes, prompt à les reconnaître, il les avoue sans faste , et ne songe pas plus à les e^tagérer
qu'à les affaiblir. Dans les intérêts qqi lui sont communs avec d'autres personnes , il décide pour la justice, et ne ci^oit jamais se nuire en prononçant ainsi ; le premier des
ili n« ilianiilieM pas dcfant eux , ils ne ^ les bénisMot pai dag» le acua «bieei qa*on peut donner i ce mol.
biens étant à ses yeux Testime de soi-même.
Sans lAe rendre de service positif^ il m'o- ' blige; il me procure un des plaisirs les* plus vifs que je puisse goûter, celui de contempler run noble caractère.
Parmi les vertus (pli doivent attirer la bienveillance , donnons à la modestie un rang éminent. L'homme simple et modeste vit ignoré , jusqu'au moment où des circonstances, qu'il ne prévoyait pas , révèlent ses qualités estimables , ses actions généreuses : on l'a comparé souvent à ces fleurs qui, nées surtl'humbles tiges, échappent à la vue, et que leur parfum seul fait découvrir. ^ L'orgueil attire promptement les regards ; mais qui fait toujours son éloge dispense de le louer jamais. Un jour l'homme modeste, sortant de son obscurité passagère, obtiendra ces douces louanges que le cœur prodigne fians effort. Sa supériorité , loin d'être importune, paraîtra séduisante : la modestie donne aux talens , aux vertus , un charme pareil à celui ^ue la pudeur ajoute à la beauté. *
lie portons dans le monde ni curiosité' ni indiscrétion. La curiosité est le défaut d^un petit esprit qui, ne sachant pas s'ocoaper, a
SUR l'art d'Être. hb3{rbvx. zt3
besoin de s*amu8%r dès océupationb des ai^-.
très. Relatiye à des objets minutiéiix , elle est ridicule ; daD]p les affaires important y^elle deyient odieuse. *Ne chercbons à connaître que les débats et les cbâgrins qu'il est en notre pouvoir d'apaiser.
Une qualité si précieuse qu'à mes yeux elle deyient une yertu, c'est la douce et constante égalité d'humeur. Elle exige non « seulement une âme pure, mais encore une force d'esprit qui résiste aux contrariétés légères qu'excite chaque jour une multitude d'objets. Quel attrait elle donne à la société de l'homme qui la possède! Comment ne pas chérir celui qiron est certain de trouver toujours avec. la sérénité sur le front , et le sou* rire sur les lèvres.
Mais, si je m'abusais, si je traçais une vaine • théorie ! Qu'un de nos brillans observateurp ' parcoure ce chapitre , il me dira :^ « YôÛs ressemblez à ces philosophes qui créent dés plans de république, sans considérer les passions de^ hommes ni l'état de la société; mille fois plus déraisonnables que les. romanciers qui, dii*moins, ne donnent leurs rêves que pour 4^ rêves. Quelle pitié vos
' • lO.
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maximes sur rindulgence ^exciteraient dans le monde! Soyons habiles à saisû^Jes défauts, à juger les faiblesses des hommes , afin de subjuguer ceux qui peuyent 9ous, servir, et de liyrer au ridicule ceux qui ne peuvent que nous amuser. Exprimez le^ désir d'obliger ^ prononcez avec grâce des phrases sentimentales , faites des dupes , et gardeztvous de le devenir en pratiquant vos maximes :1e crédit n*est pas un révenu , c'est une somme qui s^épuise à.mesure qu'on la dépense. Fautil être modeste , lotsque tant d'exemples prouvent que les talens sont peu de diose , si Ton n'y joint Theureux talent de les faire valoir ? L'homme qui parle de lui-même avec modestie est cru sur sa parole ; et , quand je cherche les causes de l'admiration qu'obtiennent certains personnages, je n'en trouve pas d'autres que la longue obstination et l'intrépidité qu'ils ont mises à se louer eux-mêmes. Il en est des éloges qu'on se donne ainsi que des calomnies qu'on essuie, quelques traces en restent toujours. Enfin, l'opinion seule rend nos qualités estimables ; et celui qui, pour réussir, s'obstinerait à cultiver fes fades vertus que vous cèlerez , serait aussi
SUR l'art p'êtbe hbu&evx. 1x5
ridicule que s'il paraissait dans le monde avec le costume qu'on portait au siècle de fienrî. » Peut-être de tels principes conduisent ^ils au but vers lequel se dirigent la? plupart des hommes: que m'importe? ils éloignent dii mien. Si l'intérêt que nous inspirent^os semblables, si quelques vertus ne peuvent nous garantir de leur injustice, dédaignons l'opinio»; et, laissantle vulgaire, ne lui permet- ' tons pas de troubler notre bonheur. Parmi les biens essentiels, j'ai compté l'attachement de quelques personnes, mais'^on l'afTectiôn des hommes..
Il5 .ESSAI
CHAPrrftjsxi.
DÙ M^lilAGB.
Puisqu'on ne peut sji^ssurer de TafFection, ni même de lajustice des Eommes , il falit , ku miliem de ce monde vulgaire, parvenir à se créer un monde au gré de sa raison. Oublions, dans une douce retraite , les chimères que la foule poursuit; et si les hommes s'en étonnent, que leurs n^urmures soient pour noù^ ce que Içbtuit lointain desrflots est pour . le voyageur , quapd sous l'abri du toit hospitalier il n'a phis à redouter Forage.
C'est d'une famille que doit se composer
' d'^ibord le nouvel univers. Une femme est le
meilleur enfd qutr nous destiné la nature;: celui-
SUR 2»'a&t d*ztrb heureux. 117
là reste, quand la fortune a dispersé tous les autres. Combien d'hommes , rappelés à l'espérance par le déyoument d'une compagne vertueuse , ont dit ayec effusion : Je n'ai rien perdy, puisque ton cœur me reste. Mesreyeris me détrompent de vaines illusions ; je les bénis : ils m*ont ramené vers toi, et m'ont fait connaître Jtout ton amour. Mais, sf nous voulons que l'héroïsme d'ûné femme brille de Téclat le plus pur, supposons son époux au dernier degré du malheur; supposons-le coupable , rejeté de la Société ; le repentir n'a pu voiler ses fautes. Seule , elle ne l'accuse point , et lui prodigue des consolations. Embrassant des devoirs aussi grands que ses revers, elle va pai'tager la captivité ou l'exil de celui qui l'a privée du bonheur : il ttouve encore, sur le sein de l'innocence, un refuge où ses remords s'apaisent; comme autrefois les proscrits trouvaient au pied des autels un asile contre la fureur des hommes. «
Le mariage est en général un moyen d'accroître son crédit , sa fottune , et d'assurer ses succès dans le monde : qu'il soit pour nous un moyen de vivre heureux loin du monde.
Je voudrais que, jeune encore, on eût as-
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sez do raison et d'expérieiice pour choisir la femme dont un jour on deyiendra l'époux. Je -voudrais qu'épris de ses qualités naissantes^ désirant son^bonheur, obtenant sa. tendresse^ on se plût à l'élever soi-même.
Son jeunç caractère appelle ^s premiers soins. La femme, en naissant, reçoit d'heureux dons qui souvent tempèrentjpMDS d^autSk 'Elle corrige notre sévérité par sa .douceur, notre-impétuosité par sa patience , ikotre orgueil par ^modestie , quelquefois par sa légèreté. Ses gfâces nous éloignent de la trbte pédanterie , et ses exemples ^ouchans. nous rappctient aux vertus paisibles et dobces. Il suffit » pour former le caractère d'une femme, de développer en elle les qualités qu'elle doit à la nature ; et pour toujours on lui rend chères ces qualités aimables , si l'on réussit i lui faire considérer des mêmes yeux que soi les plaisirs du monde, leurs d^gers et leur qh^rme éphémère.
Cultivez la raison plus que l'esprit de votre jeune élève. Elle doit un'jour, modeste, aimable et respectée, gouv$|;ner sa- maison, diriger sa famille; que les romans et la métaphysique ne rendent pas à^ ses yeux de tels
sua l'art D*âTBE HBURBUX. II9
soins importuns et vulgaires *, Ils ne peuvent exiger tous les instans. Quelques heuries s^oonlent dans des réunions peu nombreuses qu'animent la gaité» l'amitié, la frandiise et les plaisirs inexplicables qui naissent du plaisir d'être ensemble. Il est aussi des' amusemens frivoles que les femme^ne doivent point négliger. J'aime à les voir quelques momens occupées d'une toilette élégante et simple , essayer ce goût enchanteur qui sert à développer leurs grâces, et pour ainsi dire, à varier leur beauté. Enfin , les talens agréables multiplient pour elles les moyens d'échapper toujours à l'ennui ; mais elles sortent d'une bibliothèque avec du pédantisrae sans instruction et de la coquetterie sans amabilité. Je ne douterais point des forces de leur es* prit , que je leur dirais encore : Préférez les grâces à la science ; pour ceindre les lau^ riers , il faut quitter la couronne de roses.
* Une question moiat ridicule qvc ne le croirait une académie, serait celle de ravoir ti une fenune qui fait des liTres peut être une Bonnête femme. Je toaiiendrais l'afifirmatite , et l'aurait an ou deux ezempl< • à dter en fareur de ndli opinion. Ce qu'on ne peut révoquer eif'4oute, c'eit que les femmes les plus faieiles à séduire sont les dévotes « après le> femmes philosophes.
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Quand deux époux , unis par la tendresse , ont un bon cœur et des goûts simples , tout leur présage un. riant avenir. QuUls vivent loin du monde ^ qu'ils existent pour eux, qu'ils cachent leur bonheur, et leur vie sera le plus heureux des songes.
C'est peut-être de votre mariage que vous parlez , m'a-t-on dit ; mais vous ne peignez point le mariage. Tandis que vous placez le bonheur dans la maison , les peines au-dehors, que de gens trouvent chez eux des ennuis sans fin , et ne saisif^seut des plaisirs qu'en fuyant leur demeure ! Il y. a peu de femmes si parfaites , dit La Bruyère , qu'elles empêchent un mari de se repentir , du moins une fois le jour, it avoir une femme, mu de trouver heureux celui qui n'en a point.
Cette phrase ne renferme pas une observation , c'est une épigramme. Les bons ménages sont moins rares qu'on ne se l'imagine, en considérant un cercle d'individus , ridiculement appelé le monde. Ensuite , il serait injuste de compter parmi les ainions malheureuses toutes celles qui ne sont pas exemptes d'orages passager» Non-seulement la félicité parfaite est chimérique , mais on
sua i.*ART d'êt&s hsurbux. lai
rencontre des gens qui s'eniuiieraient d'un calme absolu, et qui pensent qu'un peu de contrariété met de la' variété dané la vie. Je ne me soucierais nullement de leur existence; mais il est des manières d'être singulières qui , sans donner le bonheur , procurent des plaisirs. Enfin , le nombre des mariages malheureux serait immense, que pourrait-on en conclure? Les hommes ayant pris une route opposée à la mienne, il ne faudrait s'étonner que s'ils arrivaient au but dont j'ë^taie d^ peindre les charmes.
^L'initérét décide la plupart dés parens; ' «t, ce qui doit révolter davantage encore, des jeunes gens savent ^ussi calculer. Quand un homme se marie par spéculation, s'il voit sa f6rt^ne s'accroître ou son rang s'élever > quelque désordre qui naisse dans sa 'nftiiscà , il est plus heureux «icoré qu'il ne le méritait. Nos mariages d'inclination garantissent aussi peu le bonheur que nos mariages d'intérêt. Je suis d'avis de n'épouser une femme qu'après avoir obtenu sa tendresse; car il serait douteux que l'amour lui fût inspiré par son mari , et il est hors de doute qu'un sentiment si naturel ne res-
I2a EfiSAI
terait- pas toujours étranger à son cgbut.
Mais l'amour, tel qu'il passe des. roman»
dans les mœurs du jeune âge, est une fièvre funeste. Des enfans ne se croient amoureux que lorsqu'ils soat en délire ; ils ^'imaginent que la yie doit être un'b extase perpétuelle , et les songes des amans gâtent la réalité pour les époux. J'ai supposé rhomine plus âgé que la femme à laquelle il veut unir sa destinée, je l'ai supposé formant le caractère de sa jeune compagne, et pour ainsi dire, l'élevant lui-même $ * alors, un mélange de raison et d'amour leur assure , autant qu'il est posiâtile , un heureux avenir. ^
L'infidélité des hommes est une cause fréquente de la désunion aes époux ^ En voyant combien peu de maris sont fidèles , on est tenté de croire que le seul parti qu'il y aurait à prendre serait de prémunir les ftmmea contre la jalousie , et de leur persuader que nos plaisirs n'excèdent jamais nos droits; mais je l|iisse à penser quelle morale leur donneraient de pareilles leçons. On a t^ès bien prouvé que leur fidélité est plus importante que la nôtre : je ne répéterai point les vérités dites éloquemment à ce sujet ; je
SUR I.'arT d'être heureux. 123
ferai plutôt observer qu'on n'a> pas assez montré le danger de l'infidélité des' hommes. C'est celle qui reste le moins ignorée. En généi*al, un bandeau couvre les yeux des maris trompés; ils vivent en repos , protégés par leur vanité ou par leur bouhomie.
Les femmes , au contraire , sont ingénieuses à se tourmenter ; elles saisissent des détails qui semblent fugitifs; et si l'on ajoute que nous mettons moins d'intérêt , ou moins d'adresse à cacher nos actions, on jugera que notre* conduite est facilement dévoilée. Ne nous abusons pas sur- l'inâuence de nos torts. Les femmes s'obstinent à croire notre iniSdélité aussi coupable que la, leur. Elles jugent avec leur cœur plus qu'avec leur raison ; et , comme il est un point où les délits se confondent et. n'admettent pas de degrés entre eux , elles croient la violation de notre engagement équivalente à celle dont lés suites sont cependant plus graves. Toutes n'emploient pas une vengeance aisée : elles se vengent y -au moins, par leurs reproches, leurs plaintes, leur tristesse; et le bonheur s'enfuit.' .
Une autre cause de désunion est l'humeur
ia4 BSSAI
altîère de quelques femmes : il en est de tarop persuadées que la fidélité renferme tous leurs deToirs. Plus d'un» homme tourmenté chaque jour car un être impérieux et bisuirre, se sent près quelquefois d'enyier le sort du mari bénin qu'endorment doucement de trompeuses caresses. De même quUl ne suffit point, pour être un honnête homme, d'éyi^er les délits , on deyrait réseryer le nom d'honnêtes femmes à celles qui non-seulement sont chastes, mais qui sayent encore, par des soins attentifs, répandre le bonheur autour d'elles.
J'ai pensé, d'abord, que l'humeur des femmes acariâtres était produite par la contrainte que nos lois sur la fidélité leur imposent. Je me trompais : plusieurs sont acariâtres et coquettes. S'il faut mépriser Thomme qui, plein d'amabilité chez les autres , deyient maussade ou brusque chez lui, quel sentiment doit exciter la femme qui tyrannise impitoyablement un trop faible mari, et qui, charmante dans le monde, prodigue aux étrangers son enjouement et ses grâces ?
Je pqis affirmer que des hommes, très sensés sur tout autre sujet , sont conyaincus
SUR l'art d'ât&x hsurbux. ii5
que les Orientaux ont établi dans leurs maisons la seule police raisonnable. J'ai douté long-temps cp*une pareille idée fut sérieuse. Quand Pesclayage existe dans la famille, il existe aussf dans Fétat. Le despote qui fait trembler ses femmes ne prendra pas d'autres habitudes avec des êtres moins dignes de rintéresser. Les chaînes s'étendent de.
proche en proche, et le despotisme domestique enfante le despotisme politique. Mais des dangers non moins réels menacent la société, aux époques de galanterie et de mollesse , où Topinion s'égare , et nous prescrit la,soumis8ion envers les femmes.
L'homme doit exercer l'autorité, et la femme doit obtenir sur lui de l'influence.
Eclaircissons ces idées qui peuvent paraître contradictoires on du moins obscures. La force de l'homme, son aptitude à la contention d'esprit, indiquent assez que la nature lui destine l'autorité. Pour l'en déposséder, il faudrait que l'être faible apprît k se livref aux méditations politiques , à vaincre \ei fatigues, k manier, des ^ armes, et Gondami^ât l'être fort om^ soin^ pliisibles du ménage. U faudrait, en. un -mot, que la
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femme devînt homme ; ce qui djéraontre à quel sexe appartîeiit le pouvoir.
Mais je vois les défaiits deTbomme naître, en général, de l'abus de la 'force; et jnrès de lui, je vois sa compagne douée de (pialités qui peuvent tempérer Ce^ dé£aut8. Je désire qu'elle les adoucisse ; et les moyens qù^elle a reçus poror y parvenir annonceàt que telle est rééUement sa destination. Pour nous, captiver, la femme a ses charme»^, son caractère » mâange beureux de sensibilité, de courage et de légèreté, enfin, son adresse ^pt'elle doit à la nature même , et qu'excite la réserve constante que réducation lui impose. Ainsi, les imperfections et les ^alités des deux sexes concourent à left xapprocber ; ainsi, pour leur bonbeur mutuel, Tbomme doit avoir Pautorité , et la femme doit exer^ cer sur lui de l'influence.
Quand la femme ordonne, je cesse d*apercev<Hr deux époux; je vois un esclave ridicule et un tyran plus ridicule' encore.
Vainement supposerait-on ses ordres* conformes à la sagesse^ à la justice; ils sont absurdes, pai^ cela même qu'ils sont dés or-^^ dres. Les vertus que Thomafie peut devoir à
SUR l'art d'âtrb heureux. 127
sa compagne ont du rapport avec Famour , qui yeut être inspiré et qui fuit la contrainte. Dajxs uùe seule circonstance , la femme s'honore en pienant l'autorité. C'est celle où des revers désolent , accablent soiï époux. Il n'est plus son appui , elle devient le sien ; mais, soit qu'elle réveille en lui l'espérance, soit qu'elle le fasse rougir de recevoir l'exemple du courage , elle doit aspirer toujours à lui rendre le rang d'où le malheur l'a fait descendre.
Une vérité peu contestable, c'est que souvent les époux s'aiment plus qu.'ils ne le croient. S'ils paraissent indifférens bu près de se haïr, qu'un d'eux soit atteint d'une majadie grave , l'autre se livre à des alarmes sincères : l'habitude lui ferait regretter même les peines auxquelles il est accoutumé. Quand des époux commencent à se plaindre dé leur sort, je conseillerais à chacun d'eux, aa heu de' vouloir corriger l'autre, de lui donner l'exemple, et d'acquérir d'aboM l'indulgence. Le mari peut n'être coupable que d'une erreur passagère, il peut se trouver infidèle sans être inconstant; et quel tort pour celle qui l'accuse, si les soupçons
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étaient faux, si, tourmentée par de& chimères , elle seule troublait la paix du ménage ? La femiùe peut a^rôir une humeur inégale, sans mériter moins d*étre chérie. La santé des. femmes est faible; son influence sur leur caractère est sensible ; leurs torts peuvent être indépendans de leur yolonté. Oh !
que deux époux, ayant de renoncer au bonheur qu'ils avaient espéré et qu'ils s'étaient promis, é|)uisent tous leurs soins pour le réaliser , pour le fixer près d'eax ! Le bonheur le plus pur est celui de deux êtres qu'unissent l'estime et l'amour* Quel tableau touchant présentent ces lignes! « J'ai tu, «pendant mon séjour en Angleterre, un « homme du plus rare mérite , imi depuis « vingt-cinq ans à une femme digne de luL « Un -jour, en nous promenant ensemble, « nous rencoiftrâiûes ce qu'on appelle en % anglais des gypsies , des bohémiens, errant « souvent au mil^ett des bois, dans la situa- « tionla plu^déplorable ; je les plaignais de « réunir ain^ tous les maux physiques de la « nature. Eh bien , me dit alors M. L. , si , « pour passer ma. vie avec elle, il avait fallu « me résigner à cet état , j' aurais mendié depuis
suB l'art D'irss heureux. lag
« trente ansy et nous aurions encore été bien « heureux. — jih ! oui, s'écria sa femme , nous « aurions encore été les plus heureux des êtres/ • *
* Ih rinfiumee de» pasêûm» , par madamo d« StaSL
iSo ESSA.I