‹ Essai sur l'art d'être heureuxChapitre 25 sur 35 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

DE8 PLAISIRS DE l'eSPRIT.

Dai^s Vhomme saurage, les facultés intellectuelles dorment. Dès que ses appétits sont satisfaits, il n'aperçoit ni plaisir qu^il puisse désirer, ni peine qu'il doiye craindre; il se couche et sommeille. Ce bonheur négatif désolerait rhomme civilisé. Toutes ses facultés ont' pris Fessor; il éprouve un besoin nouveau, que des occupatipns graves ou futiles , tnais promptement renaissantes , peuvent ^ules apaiser. S'il est entre elles des intervalles qui ne^ soient remplis ni par un repos nécessaire , ni par les souvenirs , l'ennui vient , et Bait tristement mesurer la longueur de ces lacunes de la vie.

Après le vice , ce qu'il faut éviter avec ie plus de soin c'est l'ennui. Quelques hom-

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mes réioîgnént sans beaucoup de (bleuis.

Mon Yoisin lit chaque matin yingt gazetiers qui se sont copiés. Prolongeant à plaisir sa lecture , prenant grayement du repos , il communique tantôt avec finesse , tantôt gyec emphase, ses réÇexiou^' à ceux qui Fentourent, et sort' enfin du café, avec autant d'importance que s'il venait d^ payer sa dette À la société. .

Aux théâtres du boulevard , ce n'est pas la seèae qu'il f«uf regarder, c'est le parterre. Quels transports y quand, un coup de poignard, précédé d'une pompeuse maxime, renverse le tjran ! et , dans tMit. le cours de ]» pièce, quelles anxiétés! quelle» larmes sincères! Se défend-on d'envier le sort de ect bonnètç boui^eois qui ni rîuvraiserabhince des situations ni l'absuréfté du dialogue ne sauraient distraire du plaisir c^u'il prend à |Jeurer sur les dangers de Finnocenoe?

On pourrait écrire des observlitions nomhr em s m sisr les plaisirs des sots. /N'a pas qui veut ces plaisirs : examinons Iles moyens moins simples y mais plus sûrs d'édiapper à l'ennui.

SVB. £'art d'êtrb heuj^ux. 167

Dèf qu'un hofnme se plaît à cultiver soti eâprît y il .né. cjraint plus le poids du temps; ses plaisirs sont à ses ordres ; et <ieux dont il iouit au sein de la retraite sont, en quel* que sorte, mitgiques. Il vit dans le siècle qu'ij préfère; il franchit la distance qui le sépare des lieux qu'il yeut connaître ; il io» terroge les grands hommes de tons les Ages, de' toutes les contrées ; et ses 'entretiens avee eux cessent *ou changent^ d'objet aussitôt quille vent. Combien il doit rendre grâces à la nature d'imprimer aji génie tant d'impul* sion^, différentes! Avec Platon ^ il est parmi les sages de la Gsèce, il enten^leurs leçons, il s'associe à leurs vœux pour le bonheur des hoôiiïies. Desire4-il du repos? les poètes s'empressent de le distraire, Horace l'envia ronne d'épicurleiis aimables ; et , partageant leurs dolkees rêveries, il applaudit f|ax cbaki» très de l'insouciance et du plaisir.

C'eçt gr^de pitié qu'un homme, parce qu'il a des ponnaissances , fatigue les autres dé ^n amour-propre 1 Si l'on pouvait contpter, tout œ. qu'ignore le plus savant, on verrait qu'entre un ignorant et lUi la différenee est de bien* peu de chose. Mais faut-il s'é-

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tonner si les amis des muses fuient les petits débats, les tristes fêtes et les ennuyeuses cérémonies de nos sociétés bruyantes ? Celle qui les attend a des charmes si doux.

Parvenir à la vérité est le but de l'étude.

Dans une telle rectiercbe tout enflamme , tput enchante l'esprit. La volonté d'y réussir suffit

pour qu'on éprouveNcette noble émotion que don)kent un zèle ardent et de^ i&tentioùs pures. Le succès , alors même qu'op lue songerait point aux résultats qu'il peut dvoir, inspirerait une sorte de volupté , parce que la vérité convient à hotbe esprit , commfc use couleur brillante et douce convient à notre vue, comme un son flatteur convient à not^ (Maille. Mais ce plaisir est accompagné d'un autre pltts vif : la vérité doit produire des effets salutaires; et chaque fois que notre intelligence en découvre quelques étincelles, notre âme s'élève, pénétrée 4.c hautes espérances. •

Un des principaux avantages de l'étude est d'affranchir l'esprit des préjugés qui troublent la vie. Que de tourmens ont causés ceux qui se mêlent aux idées religieuses!

Après ces grandes calamité»^qui fiisjpnt per«

SUR l'aET D^jIniA HBUBJSUX. I^

drela trace «des sciences et des ai^s, les hommes, poiiTSuiyis par la terreur, croyident voir des génies malfaisans voler sur les nuages , d'autres evrer dans la 'profondeur des bois.

Le bruit d^ yeiits et du tonnerre leur paraissait être la voix des divinités infernales; et proàternés avec effroi , ils . cherchaient , par d^ sanglans sacrifices , à satisfaire leurs 4ieux courroucési Un* petit ncfmbre d'homines édairés par Tobsenration ^ssipèrent enfin Tépouvante, en révélant quelques-unes .' des loij^ les plus simples de la pkysique : les fantômes s'évanouirent, un Dieu juste régna sur la nature consolée. On croit qu*un intervalle immense nous sépare de ces temps de désastres et d'alarmes. Gon^ien d'êtres malheureux par leurs faiblesses supposent en** core lin Dieu jaloux, implacable, qui commande la haine , et punit des fautes légères par d'horribles supplices? Uhomme exendpt d,e préjugés est le seul qui se prosterne avec amour, et dont la prière, soumise et confiante, s'adresse aux nobles attributs du pouvoir , la justice et la clémence.

U est d'autres erreurs que dissipe l'^étude.

L'homme épris du commerce des muses ne

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00118U1116 poltut se» belles années dans de triste^ intrigues; on ne le rencontre pas sur les rontes que l'ambition a tracées. Aussi les Qrecs » féconds en ingénieuses ^légoricsi Taisaient-ils présider la même dÎTiaité aux sciences et à la sagesse.

L'habitude de yivre an milieu des chefsd'œuvre produit l'élération d'àroe; et celui dont l'âme est élevée est heureux et bon.

Exempt de- vaines faiblesses, libre de turbulentes passions, il cultive les vertus nobles isi généreuses é pour le plaisir de les pratiquer. Dédaignant une foide d'objets qm troublent la vulgaire , il offre peu de prise au malheur; et si cependant l'adversité le frappe-, il a contre elle des ressources d'autant |>jius sàres qu'il les trouve en lui-même.

Toutefois oh ne s'enivre du chaf itaé heu* rtux des lettres et des arts qu'au sein de la retraite. Si c'est pour occuper la renomimée qu'on lit et qu'on médite, les amusemens se changent en travaux. Si l'on veut parcourir une lice , devancer des émules , diriger 'un parti, on est bientôt agité de petites pas* sâons, de grandes inquiétudes. Le ciel, voulantqu'aucun bien ne f(it parfait sur la terre.

/* SUB I«*ABT D'iimB HEUEEUX. fj t

près de TAinour de Pétudé plaça la- «otf de la eéléUHté. *

Mais la nofele ambition d'être utile ,^rardeur de reii4fe d'immortels services /faut-il donc r^u^Ier ? n'est-elle plus la source de •plaisira aossi^purs qu'eniyrans ?.... Je vois vue république immeni^^ indefitliictSble,^'' composée de tous les hommes qui se dé- Toueiit au bonheur de l'humanité. Occupés saps^làche ae continuer l'ouvrage que leurs prédécesseurs ont commencé , ils légueront à leurs successeurs lé soin de poursuivre et d'achever leurs travaux. Les hommes de -j[énie sont les chefs àt cette république.

Comfrie ils ont des talens qui les f^arent du reste des humain^ , ils ont aussi des peines et des plaisirs réservés pmir etoof, seulsi. O Newton ! quel sentiment sublime s'éleva dans votre âme, alors que vous découvrîtes une partie des mystérieuses loié de l'univers ?

Fénelon ! quel sentiment plus dout^ encore vous animait , lorsque vous méditiez les plus belles leçons queja '^gesse ait fait entendre aux roisl Cest^à ces êtres privilégiés qu'il appartient d'imprimer une grande impulsion aux esprits , et de traccF^uoe route nou-

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velle.^ux' générations qu'ils étonnent. Pour nous, hommes vulgaires, bornon8-nou# à la suivre. Ce n'est point par d'ambitieux écrits, c*est par de modestes yertus qye nous pou-o YoYis nous associer aux travaux du génie. Si, dociles à la voix des sages , )^ous mettons leurs leçons en pratique, nous ne vivrons pas inutilçs; nous aurons aussi ,»malgré notre faibiess* ; contribué à dissiper* la nuit des préjugés et des vices.

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