‹ Essai sur l'art d'être heureuxChapitre 24 sur 35 · DES PLAISIRS. DU COBXJR · texte numérisé non relu

DES PLAISIRS. DU COBXJR

Le Créatq|ir déploie ^ans ses dons une magnificence qui doit toucher notre âme.

Quelle yariété dans les sentimens a^ffectueux dont rhomme est appelé à goûter les délices ! .Sans sortir du cercle de la famille , ]e vois s-'offrir la piété filiale, l'amitié, l'amour et la teijdresse paternelle. Ces divers sentimens peuvent exister à-la-fois dans no| cœurs; . loin ie se nuire > chacun d'eux semhle donner une yie nouvelle à tous les autres ! Ah ! sans doute , le besoin de tant d'affections et d'appuis^ atteste notre faiblesse et notre dépendadce. Mais je conçois à peine le bon-^ h^r qu'un être m6in&' imparfait trouverait en lui-mtee ; et je bénis ma faiblesse , puisqu'elle est la source d'affections si tendres et de plaisirs -si purs.

•> X$8<' BiSAI

Gardons-nous de confondre la sensiBilité qu'exigent les plaisirs du ^ cœur, avec celle qui produit les caractères passionnés.: elles ' diffèrent autant que la chaleur dfe la Me et Tardeur de la fièvre. L'oisiveté , les objets propres à frapper fortement l'imagination , les maximes qui corrompent l'esprit, développent une sensibilité vague et brûlante, qui condujt quelquefois au crime et toujours au maiheur. U en «st une au|;re ^que la raison approuve , que la vertu conserve ; on lui doit ces émotions pures qui donnent sur la terré un sentiment confus des voluptés di|- ciel.

Quelques hommes cepenck^t^la redoutent , et , supposant qu'elle multiplierait leurs peines , s'étudient à l'étouffer dans leur Âme. Oh les présenterait facilement sous un aspect^dieux ; jugeons-les sans partiaUlé.

Le célèbre Hume , dont je pourrais citer plusieurs traits honorables, disait, à quelqu'un* qui li|i confiait des cliagrins secrets : « Vous avez une ennemie qui vous empêchera d'être heureux ; c'est votre âme sensible. — Eh quoi ! lui répondit-on avec une sorte d'effroi, n'avez- vous jpas de sensibilité ? — Non.

SUR l'art d'âtss HsnRBU3(, 169

«— Vous ne 8oaffî>ê2 pag , quand tous royez soufFrir? — Non. Ma raison seule me dit qu'il* est bien d'apaiser la douleur. » *

Si l'on réfléchit siir les réponses de Hume , on est fra|)pé d'a)iord par cette idée que la plupart de ceux qui voudront adopter ses principes ne s'arrêteront pas an même* point que leur modèle. Ils tomberont dans la classe des êtres abrutis qui voient tontes les calamités d'un œil sec , pourvu qu'elles ne retranchent rien de leurs jouissances.

Je suppose qu'ils suivent mieux les leçons du philosophe anglais, et que sans émotion, sans trouble, ils tendent à ceux qui souffrent une main secourable. Cest assez peut-être aux yeux de la raison ; mais l'instinct social repoussera toujours une moraleanstère qui dénature le cœur humain , et le

* Si noai étioM plut 6nil^ariié< avec les dWensyttémeide philMophic f noui trouTenôns moin* étranges eci parotet. Ellet^Mfet conformes aux principes des Sloîeieas. Juste Lipse qui, dans un siècle moderne, a reproduit leur doctrine, veut ^u'on secoure les malbaurews sMif «'attendrir : • Cést

• la preuve , dit>il , qu^n a de mauTaia yen , que de loa-

• cher en regardant ceux qui louclie9t; c'est de même la i marque d*un efprit faible , que de s'affliger à l'aspect de « cans qui s^aOi^t ». Dis i« CaMtones , livre t".

l6o BSSAI . -'

prive, pour ainsi dirp,' de ses faiblesses.

Nous ne voulons pas ndéme qu*u|i bf>ttime' oppose trop de courage à ses proptes malheurs; et les larmes qu'il verse, en éprouvant une. perte cruelle , j^ont une garantie qu'il nous donne de la part qu'il prendrait

-.à nos peines.

De deux conditions qu'un vil provefbe exige pour être beureux , l'une est d'avoir un mauvais cçeur. L'adage de l'é^oïsme est vrai sous ce rapport , qu'étouffer sa sensibilité est un moyen d'éviter des souffrances.

Cyniques pbilosopbes , s'il ne s'agit que d'é*

' cbàpper à la douleur, mourir est un i^oyen plus sûr encore.

Le secret d'être beureux b'est pas celui d'éviter tous les maux , car il faudrait ^6rs ne rien aiùier. S'il est un sort digne d'envie, c'est celui du mortel sensible et bon qui voit son ouvragé dans la félicité de.toi»>ceux qui l'entourent. Ghercbe à t'environner d'étreS beureux. Que le bonbeur de ta famille sdit sans cesse l'objet de tes pensées; préviens les désirs de tes amis , et devine leurs peines. Inspire la fidélité à tes domestiques, en leur assurant une douce vieillesse. Conserve

sua L*A]|T D*ÊTEB HBUIIBUX. l6l

l^s mêmes ouvriers , et donne-leur au hesoin tes secours et tes conseils. Enfin , dans la maison du père de famille , <pie tous les êtres rèsseiltent le bonheur : oui , tous ; et les animaux mêmes, soignés avec vigilance , traités avec douceur , doivent y recevoir le prix de-leurs seryice^. *

^ * J» D'»ifn« point ces charlatani de aensibiliii q^i Tooept aux ani maux leur ten4reiiae; on ne Tante de prèiendus de- ▼oin que Doilr se aingulariser , et rarement on se les impose sans négliger les dcToirs véritables. Mais , ne confondons point NiuniaDi^é afcc une sensibilité factice. Cruel enrers les animaux, on peut le devenir envers les hommes. Souvent des anus de la morale publique ont demandé qu'on défendît ces |«ux )>arbar«s , encom usités dans quelques villages^, où U» paydins prennent pour but un, pauvre animal qui souffre, ^ndant plusieurs heures , avant que d'expirer , meurtri , mu* lilé par les bilons et par les pierres qu'on lui lance. J'ai peine • concevoir que dans tt§ villes on permette de donner en ^eetaele des cqpibats d'animaux : c'est laisser ouvrir de véri^ablef écoles de férocité. Je c^ois que je préférerais encore ces combats auxquels les«Espagnols se portent avec tant de fureur. Li, des hommes hasardent leur vie , on voit du moins des exemples de courage ; mais dans un cirque où des dogues qu'on excite , déchirent , mettent en pièces un malheureux taureaa épuisé ^ar la faim , on n'a devant les yenx qu'un exemple de la plus lâche bvrbape. Sans se repaître de pareils spectacles^, c'est bien assex d'être si souvent témoin 4e l'inhumanité avec laquelle on traite les animaux, de voir frapper sans relâche de ■aisérables chevaux , qui succombent sous les fiurdeaux dont •«D les a charfés, ou d« voir conduire à la boucherie, à

Mon éemtAtk n^^st point de peindra hê pldflîrf de la bienfaisance. Lecteur , de tels âvrjets tous sont familiers sans doute ; jVffnrài, presqne sans saite, dés retenons rapides. * ^'

Pour conserrer purs ces plaisirs , éYi$oD$ que l'orgueil les altère. La bienfaisance rest semble à ramour<; pour enivrer Tâme de ses ibtvurs les plus douces, elle a« besoin ^ conime lui, de Pombre et du mystère.

Cberdier quel est l'emploi le plus^utile 4 faire de ses dons ç^est mnhiplier ses ricbesses. Mais gardons-nous d'imiter>ces bomm^ qui craignent toujourl qu'on ne les trompe en sollicitant leur pitié : dans rinceftitude qu'un secours soit mérité , donnez-le'; c'est ¥ous exposer à l'erreur la .pioins sajene au repentir.

Offrez d'utiles conseils et d'indulgentes eoBsolatÎMis. Saurez du découragement l'infoii:uné qui gémit saps le poids d'une première faute* Renouez les liens que son imprudence a brisé», réveillez pour lui T-a-

fruidi eonpt de bftlon , cm ifovqpeaui Mtoar desqaeh courtnt •M alityavi en obitns wmù féroce* que l«urs mitres.

sua jl'art d'âise heurbux. x63

mour de tes prochesy en loi disimt : Oa ne ri^oa'Vte pas rîiipooence; mais le repentir peut rendre la yertn.

Si l'on a ipi^que accès près des grands , on doit remplir une tâche lioatrarable , mais dtfiScile^ Pour solliciter fréqtïemment, sans perdrejii considération nécessaire au succès, il fa/çt du diademement, de l'esprit et de la digfiité. Surtout il faut du zèle. En voulant <4>liger du fond de son cabinet, on voit iM«BftÂt^.4iBparaitre «on faible crédit : les ' lettres <k. recommandation ressemblent aux assignats , qui valent de l'argent quand ils sont peu Nombreux , mais qui ne sont que du isfipler quand on les multiplie.

.• Tel^st l'attrait de la bienfaisance, que, si nous refusons de la pratiquer , nous aimons . encore ce qui peut en retracer l'image. Un rbman nofts émeut , des scènes pathétiques nous attendrissent; mals^ laissant la réalité pour l!apparence, nous n'embrassons que l'ombre du plaisir. ,

La bienfaisance a des charmes si vifs qu'il suffit, pour être ému, de songer à ceux qui l'exercent. Les cœurs les plus froids paient «m tribut de vénération à ces femmes qui;

x64 >MAI

te consacrant an serylce des pauvres et des malades, supportent les fatigues , lés dégoûts et même les injures, pour épargner une soufFrance à celui qui va mourir. Elles sarent employer là patieuce pour guérir, les maladies du corps, et TespA'ance pour adoucir celles de Fàme. Etres £sibles, qui pratiquez des vertus si , toutHantes , vous ave^ raison d'espérer les récompenses du ciel; elles seules sont dignes de .^vos âmes ' pures : vous ne semblez descendus un instant sur la terre que pour y remplir une mission céleste, et retourner ensuite dans votre patriêl

.SUR L,*àAT D'ixàs âkurbux. i65

Page 1