CHAPITRE XVIIÏ
DK Lk BtEIJLirCOlJS.
L'iTTSVDRissRMXHT ge mêle à nos plaisirs dès qu'Us sont très Tifs. La naissance d'un enfant, la convalesoenoe d'un père, le retour d'un ami, humectent de pleurs notre paupière. La nature donne à là joie quel* qoes-uns des signes de la tristesse ;' il semble que nous destinant à éprouver tout-à-tour ces deux genres d'émotions, elle ait tovIu rendre moins sensible le passage de l'un à l'autre. .
.Les souyenirs les plus cbers sont ceux que l'attendrissement accï^mpagne , . ceux ^.des jeux de l'enfance, des pjsemières amours, des périls qu'on n'a plus à craindre, et des fautes qu'on a su réparer. Lecteur^ rappe-
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lez-YOus l'instant le plus heureux de votre vie : dans cet instant vous étiez attendri
Mais il est deux sortes de mélancolie , 'eu 'plutôt il faudrait ne pas confondre les idées roélancoliqaes avec lés idées sombres. Uattendrissement léger qui donne un noiïveau charme aux plaisirs fugitifs sera-t-il jamais inspiré par ces ouvrages lugubres .Qu'on a ^ voulu mettre à la mode ; par ces romtos effrayans et ces drames bizarres, danS&l^lescjuels des personnages bideu3f représentent des scènjes révoltantes ? Eh quoi ! cette grande fî^re hâve et décharnée qui s'enveloppe d'un linceul, c'est là, selon vous, la mêlant colie ? Détrompez • vous , les traits de la mélancolie sont ceux de Finnocence; de douces jréveries Foccupent ; elle a des larmes dans les yeux, et 'le sourire est sur ses lèvres.
Èes hommes qu| cherchent à rendre les tpmbeaikx mémeplus sinistres^ en attendant la nuit pour les visiter, en tourmentant leur imagination pour les peupler de fantômes, ces hommes, ont une âme froide :
s'ils étaient sensibles , auraient -ils biesoio de tant d'efforts pour tf émouvoir?
SU1& I.'AllT«p'iTRE HBURBUX. iSt
'' J'entrai TaiiQée dernière ^'dans un des cinietièi<es de Paris ; je yis Ifeaucoup de mon numens, dont je parcourus les touchantes inscriptions. Dans Tune , un père dit qu'il avait cinq' enfans, et' que la tombe sur la guelfe on lit ces mots rçnferme le dernier .qui restait pour sa consolation. Dans une autre, un père et une mère disent que leur iille unique est morte, h l'âge de dix-sept ans, victime de leur faiblesse et de nos modes imprudentes.Ce séjour du repos et des pleurs, ces paroles écrites dans le lieu du silence , ces souvenirs qui font^imer ceux qui n'ei(istent plus et éeux qui les regrettent , pénétraient mon âme d'une émotion qui n'était pas sans charmes, A la vue des tqmbeaux, ou pensç bientôt à soi-mém'e. Je marquais ma place dans ces paisibles dêmêtTres; mon ima- ^gination me transportait au jour que je ne veinai pas, et me faisait eiHendre quelques adieux de l'amitié prononcés sur ma totnbe.
Je m'éloignai trop tard ; -une. obsei*vatio»
changea le cdurs de mes rêveries , et je h*emportai qu'un sentiment douloureux. Je. r^-
marquai qile beaucoup de tombes çtaienê érigées par des^parens à leurs enfant, js^r des maris à leurs femmes, par des femmes à leurs époux, ~ mais qu'il ^'y eu avait que deux élevées par des éUfatis à leurs pères*
On peut goûter qi^elquefois la mélancolie près de9 ruines et des tombeaux; maisTlia-^* bitude de voir .des objets lugubres est dangereuse; elle émousse la sensibilité, elle oblige à, chercher des ." émotipns toujours plus fortes , et nouriût l'âme, d'idées sombres qui ^ne s'allient point avec le bonheur. Ah 1 sans doute, il est des malheureux qui ,' n'aspirant plus qu'à la mort, trciiivènt quelque soulagement dans un spectacïe sinistre.
Youjig , après avoir perdu «a fille unique , après avoir inutilement sollicité un peir dé terré pour cette ipJPortunée, après s*étre vu réâdit à^ Tien terrer lui-méçie, Young dyt fuir ses semblables,, et né plus aimer que la nuitf la solitude et les tombeauxv Amsi quelques hommes sont condamnés par leurs revers à nourrir une /éternelle et noire mélancolie; iti'ais leurs froids imitateurs, en youlapt se sing^arisèr, ne deviennent que (les étyes fatigans et ridicules.
SUR l'art d'êtbs heureux. xÇ?
Je voîSf avec douleui* , consacrer > des taleas' distingués à célébrer }a mélancolie; non celle qui sotirit et donne au plaisir un -char- me pins doux ; mais celle' qui naît des tombeaux, et nous abreiîve de tristesse. Les scènes décbirakiteff et les tableaux lugubr'es ont, daps ce siècle, je ne sais quel attrait qui les fait recbercber avec avidité. Un £omme , dont le génie dcjt rendre les erreurs séduisantes, s'est plu à ^considérer la religion chrétienne comme une source intarissable d6 mélancolie; c'est surtout quand elle s'offre à lui sous un aspect funèbre qu'elle exalte son Ame.
li peint cette religion, née dans les bois d'Oreb et de Sinaî, entourée d'une tristesse*, formidable ,' offrant à qo« afdorations ùil Dieli qui mourut pèui^ les hommes. Il peint l'invasion des bai'bares, les persécutions dçd premiers fidèles , lels clottres s'élevant de toutes parts, et la mélancob'e s'accroissant encore par les règles jmposèes aux< pieux cénobites.
«1 lA , dit-il , des religieux bêchaient leurs • tombeaux , à la luënr de la lune , dans 1e.< ««cimetières des cloîtres; ici ils. n'avaient
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<t pour lit qu^ùn cercueil. Plusieurs erraient « suir les débris de Mémphis et de Babylooe , « accompagnés par des lions qu'ils âVaient « apprivoisés au son de la harpe dé David.
« Les/ uns se condamnaient à un perpÀuel « silence; les autres répétaient dans un éter» «nel cantique , ou lés soupirs de Job, ou les K plaintes de Jérémie, ou les pénitences du.
« roi-prophète, ^fin les monastères étaient K bâtis dans les sites les plus sauvages : on « lés trouvait dispersés sur les cimes du Li' « ban, dans l'épaisseur des Torét^dès Gau- « les , et sur les ~^èves des mers britannî- « ques. Oh ! comme ils devaient être tristes, « les tintemens de la cloche religieuse qui , «>dans le calme. des nuit^ , appelaient les ves* «I taies aux veilles et aux prières, et semé- *d laicnt s'bus les voûtes du temple , aux der- « niers sons dès cantiques, et aux faibles bruis- « semeiis des flots lointains ! Combien elles « devaient étrfe profondes, les méditations dà « solitaire qui, à travers les barreaux de la « fenêtre , rêvait à l'aspect de la mer , peut- «• être agitée par l'orage ! La tempête Air les « flots , le calme dans sa retraite ! Des hom- « mes brisés sur des écueils, au pied de
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« FasUe de la paix ! Uinfiai de l'autre c6té « d'une cellule , de même <Ju'il n'y a que la « pierre dfi tloimbeau entre réternité et la « yie.... Toutes ces diverses puissances 'du « malheur , de la religion , des sdtiyenirs , «des mœurs, des scènes de la nature , se « réunirent pour faire du génie chrétien le « génie même de la mélancolie..»*
Eh quoi!. des gémis^emens sans fin, l'amôur des déserts, Tesp^ance du tombeau, serait'ce là tout te qu'une religion divine apporterait à l'homme sur la terre? Votre imagination s'égare et tous abuse: La religion des chrétien? n'est pas triste , elle est 'sérieuse^ moins brillante que l'ingénieux paganisme, elle est moins amie du pU^sir, mais elle est plus favorable au bonheur.
' Nos opinions ne sont pas seulement différentes , elles sont opposées. Une religion pure fait 4^lore les douces joies, la con- £ance et la sérénité; c'est l'oubli des idées religiei|ses qui produit, avec le décourage*ment, une vague tristesse, une sombre mélancolie.
*J'exiraî«ce morceau d'une lettre publiée dan* le Mercure, il j a quelques annéee.
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Des tableaux lugubres, tracés avec enthousiasme y ne penvent que grossiif lenom-* bre des homines atrabilair|es, las du monde et fatigués d'eux-mêmes. Si la religion in-* spirait np ipsatiable besoin de rêveries fané» bres, loin d'être diviiie pïh serait antisociale. Oh! peigueK-la, plus active que le malheur, donnant un vêtement au pauvre / un Ut au malade , une mère à l'orphelin , essuyant d'une main céleste les pleurs dé rmnocence, et faisant verser au coupable des larmes cons(dantes. Qu'une pieuse reocom^issance environiie ses modestes héros, ce Vincent de Paul^ apôtre et martyr de Isr charité, ce Jean Hennuyer *, dont le palais s'ouviit aux protestans , quand des ordres impies, commandaient leni* mtlssabre, et cette âme si pure , ce divin Fénelon qu'inspirait le génie même de la vertu. Voilà les hoilimes dont il faut multiplier les disciples et les émules ; mais craigfnez de répandre de mé^ lancoliques erreurs et de sombres folies :
l'éloquence vous fut donnée pour un plus digne usage ! '
'^Têquede Lineux , en 1673.
* SUR l'^RT U*£Ta£ HBUBEUX. 187