‹ Essai sur l'art d'être heureuxChapitre 28 sur 35 · DES SJBKTIMENS HEI.I6IEUX · texte numérisé non relu

DES SJBKTIMENS HEI.I6IEUX

Cmt dans 1^ espérances religieuses qu'il faut ohercher le complément dé laphiloso** phie du bonheur. L'homime persuadé qu'une Providence, éternelle Teille sur Tuniy^rs, s'abandonne doucement à ses lois;- comme « dans un sentiet»- ténébretix ^. on suit avec confiance un guide dont la prudence est cohoue.

, Au milieu du tumiilte de nos plaisirs

''b^yass^ la ttfix de la sagesse est à peine

enlendue; h. peut-être faut-il avoir connu

le n^lheur pQui^sen|ir tout le cbaroie-des

'^peosées religieuses. Semblables à ces *amis

'que nos fêtes élqignent , et q^ rappelle

* notre infortune , ^*est . dans les . jo|irs d'adversité qu'elles viennent offrir leitrs secours

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les plus doux. Ah! cependant, les plaisirs funestes sont Içs seuls qui ne puissent s'unir à ces idées augustes : dans le bonkeur, on se recueille , et l'bn a besoin d'immortalité. :Toutes les ^affections généreuses et tendit» acquièrent un nouveau charme en s'alliant aux idées religieuses ; ainsi qiie des objets , beaux par eux-mêmes, reçoivent uil nouvel éclat lorsqu'une lumière pure les éclaire.

La piété filiale devient plhs touchante dans ces enfans qui prient avec*^ ferveur pour .conserver les jours de leur mère. Qu'un pfieux courage guide une femme charitable, c'est l'ange des consolations visitant les demeures de la misère et des souffrances. La vertu même ne reçoit son plus grand caractère que de son alliance avec les sentimens religieux. Socrate , Platon , Jtfarc-Aurèle , FéUelon , Franklin contemplaient dans la divinité le modièle infini de la perfection ; ils essayaient de seconder ses vues d'ordre et d'harmonie, en dirigeant constamment vers le bien leurs actions, leurs pensées , et c>st ainsi "qu'ils s'élevèrent à la plus haute sa^sse dont l'humanité s'honore. Des sentimens qui donnent à toutes nos facultés une* direction

SUE l'art D^iraB heureux. 189

û noble, fécoQdent le. génie ainsi que la yertu. Les cbefs^'ceuTre cesseraient d'édore sur une terre où l'on n'apercerrait que la matière, les comlnQ^jsons fortuites, et la .

dissolution des êtres» Laissons un^instant ^es considérations morales : apôtred de l'athéisme , Yos froids calculs attristent la yie , et font disparaître le beau idéal !

On doit,disent^ils, répandre la vérité. Si les espérances religieuses sont fausses, ne parlons plus de chercher, d'aimer, de propager là vérité. C'est à son utile influence que , dans toutes les contrées , dans tous leis siècles, les sages voulurent la recbnnaî- , tre : si nos idées les plus élevées et les plus consolantes sont d'absurdes chimères , l'erreur, et la vérité se confondent; il ne reste aucun signe pour les^distinguer.

Les athées se vantent d'être seuls les antagonistes francs et hardis de la'^^stiperstition : ' ils la servent. Les superstitieux enfantent des athées , et les athées enfantent des supersti- ^ tieux ; comme dans les révolutions , la résistfiDce produit l'çxagératipn, et l'exagémtion centuple là résntance.

Il est des hommes intéressans qui , paisi^

btes et de bonne foi , chefrcbent en vain à se former une conviction, qu'ils^ scHibaitênt. Leur cœur la désire, leur esprit s'y refusé.

Ik vôudraieut embrayer une opinion consolante, et s'affligeraient en nous 6tant des espérances qu'ils regrettent de n'avoir pas pour eux-mêmes.

Que ne puis-je porter une beureuse persuasion dans leur àftie ! Je ne connais que des argumens très simples; mais jV pense, avec Bacon, qu'il faut autant de crédulité pour adopter l'opinion des atbées, que pour ajouter foi aux réteries du Coran ou du Talroud. Plus j'essaie d'éclaircir cette opinion, de voir dans les êtres qui m'environnent le résultat des combinaisons du hasard, des efforts dé la matière , du jeu des atomes , plus les 'ténèbres s'accroissent. Je veux en vain' donner à cette hypothèse une apparence de ptobabilité. La matière n'a pu réfléchir sur l'ordre qu'exigeaient ces diverses parties ; elles n'ont pu raisonner , discuter entre elles; un atome, un globe n'a pu dire aux autres : Voilà les routes qu'il faut suivre. Simplifions les difficultés autant qu'il est possible; admettons que la matière a toujours

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existé ^ supposons que le mouyement lui est essentiel ; une supcéme intelligence est encore nécessaire à l'harmonie de l'univers, et sans un ré|;ulateur des mondes , je ne con^ çois que le néant ou le chaos.

De cette pensée qu'il existe un Dieu / je vois naître toutes les vérités que mon coeur espérait. Le système le plus ahsurde est celui des déistes qui rejettent le dogme de l'im* mortalité ; et les opinions des athées sont moin^ inconséquentes. Des divers argumei^is ' contre Texistence de Dieu , le seul frappant . est celiij qu'on a tiré des maux répandus sur la terre. J'en appelle à fout homme sensible et bon, s'il avait le pouvoir de créer un ^onde , n'en banniraitfil pas le malheur ?

L'existence y sçrait une ^o^^^ succession d'instans marqués par un bonheur sanîs mélange. Cependant les infirmités, les yices, les préjugés et la misère nous poursuivent!

Comment concilier l'infortune, des créatures avec le pouvoir du Créateur? Gomment résoudre cet étrange problème, expliquer cette contradiction révoltante ?'' Ah l l'immortalité est le mot de l'énigme de la yie.

Un bizarre mélange de déisme et de ma-

ta

térialisme forme, cepenctant, aajofird'hm le système le plus répandu parmi les incrédules. Leur dieu semble n'avoir qu'une puissance physique : au milieu des nuindes qu'il anime y il reste indifférent au crime, à la Tei^u ; sons son œil immobile , les générations passent, et les héros tombent confondus avec les tyrans. Ainsi, les pensées de l'homme pieux auraient une sublimité que V n'ont point les vues de l'Eternel ? Socrate à 'c^s derniers momens rassure. ses disciples; il leur montre au-delà du tombeau les lieux où le sage respire i où l'infortune serépare. S'il fait briller un Vain espoir à 4eurs yenxf il surpasse en équité, dans ses rêves, la puissance infinie. Osons soutenir que de fai« blés créatures peuvent avoir des idée» d'ordre plus justes que celles de leur auteai- , ou reconnaissons qu'il est une autre vie, puisque l'homme en conçoit l'espérance.

La destinée de tous les êtres qui nous entourent se termine évidemment sur la terre ; la nôtre seule n'y paraît point accomplie.

L'arbuste ,' sans réfléchir sur lexislence , nail, s'élève et périt. L'animal, exempt de vice , incapable de vertu , p'éprouve en ces-

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sant de yiwp ni les regrets ni l'espérance ; il meurt toS entier , mais il meurt sans yoir la mort. L'homme, dans le cours d'une yie a^tée, s'avilit par des fautes ou »'honore par d'utiles actions; à ses* derniers momens, il se sépare avec douleur des êtres qui lui promettent un étemel amour : persécuté pour sa vertu , proscrit pour son courage , il tourne vers le ciel un long regard de confiance et d'espoir. N'a-t-ii donc plus qu'à mourir? La nature n'aurait-elle oublié sa justice qu'envers son plus parfait ouvrage?

Notre immortalité est une conséquence nécessaire 4^ l'existence de Dieu. Qu'on ne s'égare poibt en vaines discussions sur l'impénétrable nature de notre âme : mes espérances né dépendent point d'une obscure métaphysique; l'orgueilleux traité d'un sophiste ne peut les affaiblir , ni la puérile dialectique d'un pédant les accrottre. C'est assez qu'iUMpste un Dieu, tout ne finit pas au tomfiam pour la vertu malheureuse.

- Un des mots les plus sublimes qui soient sortis de labouche des sages est ce mot de Socrate : Prenez confiance dans la mort. Mais les i^écompenses supposent du mérite, et le

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mérite exige la liberté; rhommMst-illibre? Ôa petit ramener à des termes simples cette qiiefltion tant de fois obscmrcie; et voici le grand argument contre la liberté'*. Deux objets nouç attirent en sens contraires; aussi long-temps qu'ils produisent des impressions à-pen-près égales , notre esprit incertain flotte de l'un à Pautre, et nous croyons délibérer. Enfin, un des objets nous frappe d*une impression plus foite; nous sommes entraînés , et nous, croyons vouloir. Ainsi rhomme', toujours passif, cède toujours à la seosation la plus vive ; et comme l'enseignait une secte fameuse, les actions libres seraient des effets sans^ cause. Ce roman n'est point notre histoire. Lorsqu'il faut me déterminer entre deux objets dont chacun offre des avantages, à moins que les.passions ne troublent ma raison et ne .subjuguent ma volonté , j'examine^ je discute , je juge. Si j^ai le sentiment de ces dif6|f^ actes, je ne pui» douter de ma liRne; et ■j , , ,

. *.Ii«b}>ei r* lA-éBenbi arec force àxo» a» logique^ Vil apôtre du despotisme et de l'athéisme, Hobb<*s semble «voie tchiIu propager toutes les doctrines pernicieuses., et réunir en lui tout ee qui mérite l'exécration des hommes.

sua l'art o'btrb beuaeux. igS

j'ai ce tentimeiit d-iuie manière aussi nette qde celui de mon existence même. Par un dernier acte, j'agis a&si que le commande mon jugement : est-ce cesser d'être libre ?

non, c*est à moi que j'obéis. • ■

Oh! combien les discussions métaphysiques, arides et scolastiques sont puériles, quand «il s'agit de vérités morales! Quel monstre pourrait être conséquent au syS' tèmp des fatalistes , et qu'est-ce qu'un système auquel on ne peut être conséquent?

Toi qui le préconises, si l'ou n'agit que sous l'inévitable empire de la fatalité, pourquoi le crime t'indigne^-il ? Vois du même œil Socrate et ses bourreaux , Antonin dictant de pieuses leçon^ à son fils, et Néron assassinant sa mère. Ce rapprochement te révolte?

Homme pusillanime ! Dans ton système , les gens de bien doivent nous inspirer mcHns d'intérêt que les mécfaabs. L'aveugle fatalité ^onne aux premiers cette volupté pure qui suit les actions vertueuses; sans avoir eu de mérite , ils sont récompensés ; tandis que les aut^ft sont en proie aux remords , en butte à la haine publique : puisqu'ils sont innocens , combien tu dois les plaindre et ' les

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chérir ! Mais à quoi te servent ta doctrine et tes lumières ? Tu chercliçs à faire le bien, tu délibères sur le parti' qu'il, conyient à ton honneur de prendre; tes principes sont démentis par la voix de ton cfsur ; quand tu as (ait le mal, elle te dit que .tu pouvais choisir le parti contraire, et quand tu as fait- une bonne action, elle t'assure que tu en es Palpeur.

D'intarissables émotions, naissent des espérances religieuses. Ranimé par elles, je ne vois plus dç larmes sans consolation , je n'entends plus d'éternel adieu. La tombe est la faible barrière qui sépare les voluptés réelles des ombres de plaisirs que nous offre une vie fugitive.

Jamais, non jamais des hommes n'auraient échangé leurs lumières naturelles contre les vaines lueurs que jettent de funestes doctrines, si l'on n'eût altéré les idées religieuses en y mêlant des préjugés. U en est deux qu'on doit s'attacher à détruire , et dont il faut purger la terre.

L'un est celui qui nous fait voir dans le ciel un juge menaçant, implacable, avide d'exercer la vengeance. Chimère atroce!

SUE Z.*ABT D'âTBE HBUEBUX. I97

▼ision ndicnle ! La yieillesse, l'enfance , les deux âges dont la faiblesse appelle nos soins les plus tendres , sont ceux qu'on persécute avec ce préjugé barbare ! Souvent une ineptie cruelle choisit des idées effrayantes pour les présenter au mourant, l'obsède d'images épouvantables , s'empare du lit funèbre , et voudrait l'éclairer avec les flammes de Tenfer. La même indignation ' fait battre mon cœur, lorsque je vois troubler par des idées sinistres la faible raison d'un enfant. Poursuivi jusque dans ses rêves par des menaces terribles , il ne sait ce que c'est que le crime, ef déjà il en a senti les tourmens. O démence des hommes! avec les idées qui devraient être les plus douces et les plus consolantes , ils sont parvenus à donner des remords à l'innocimce !

L'autre préjugé est celui qui nous fait trouver des coupables dans les personnes dont la^Toyance diffère de la nôtre. Tandis que la religion nous enseigne à couvrir du voile de l'indulgence les fautes de nos semblables y l'intolérance nous apprend à transformer leurs opinions jen crimes; la religion élève des asiles au malheur « l'intolé-

rancc; dresfte des écbafauds $ l'une vent pour œinistrefi des hommes charitables , et Taulre des bouri«aax; Tuue essuie les larmes , et rautre^verse le saug.

L'intolérant aans puissance n'est que ridi- Gule;^ mais il devient l'être le j^lus odieux, quand il est armé du pouvoir. Le cri de rhutnanité est paix, avec touB lés hommes , hoEsles intolérans. Toutefois, ils se, punissent par leurs plrppres fureurs. lié peuvent dans leur délire igaorer lea ' temords , et compter même leurs vertus par leurs forfaits; mais cette étrange exaltation, cette horrible ivresse repousse le bonheur ; il fuit Vkùïe, aussitôt que les sentimens haineux y pénètrent.

Ahi dans une autre vie, la mesure de notre félicité sera celle du bonheur que noiU aurons donné, dans cette vie passagère, aux êtres qui nous entourent. L'hbmmè reUgîeax essaie de rendre le séjotfr de la terre moins différent de oelui vers lequel s'élèvent ses pensées. Il s'occupe sans cesse d'adoaeir iios maux , d*éloigner les préventions et les haines, de calmer les fureurs dès partis; tontes ses relations sont de paix et d'amour. Hom;

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me* iatol«'aa»! quel e«t («lui d« voiii dont oa pauiTB dire : Or lui a beaucoup remii , part» au' il a beaucoup aimé /

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