chapitre' XXII
. , c0irci.i7siQir. '
J'aurais atteint mon but, fi cet Essai faisait penser que Thomme |. eu. exerçant ses facultés , peut adoucir ses peines , multiplier ses plaisirs , et , par consé^ent , se créer un art d'être hçureux. Nulle opinion , ie le sais , n'est plus' contraire a^^^ idées Reçues parmi nou| : les étrés moroisbês et -les élres frivoles sont d'accord, quand^.il fau^ Tattaquer : cette opîîiion leur parait absurde ,• et les plus indulgens douten^ de la bonne foi de celui qui l'énonce. .
A d« si -gravjçs , à 4e si doctes autori(éj^ , j'oserais e opposer d'autres. Dçpuis^Sopi^ate jusqu'à Franklin y, je: yois' des ^philosophes qui tous on^ jugé qiie Phommé peut iliriger, perfectionner ses facultés, et s'instruire dans
la science du boiiheur. Quels hommes ont ainsi pensé ? ceux qui forment l'élite de l'espèce humaine. Chacun d'eux était-il environné d'heureuses circonstances qui dussent inspirer la même philosophie ? Us connurent toutes les situations de' la yie ; et comme si la nature eût touIu ^ par de grands exemples , prouver que notre bonheur dépend de notre raison plus que des circonstances , Ëpictète vécut dans les fers et Marc-Au^'èle sur le trône.
On rend hommage kux philosophes de la Grèce. Leur gloire est-elle fondée sur leur physique pleine d'erreurs, ou sur leur métaphysique souvent puérile ? Non ; ils ont mérité la vénération des siècles, en traçant des principes dont la pratique nous rendrait meilleurs et plus heureux. Quelles sciences estimait le divin Socrate ? une seule, celle qui peut nous apprendre à bien vivre. Qu'on ne dise point que je substitue une science à une autre science; que Socrate enseignait la morale, 'non cet art prétendu, ce vain art d'être heureux. Chez les Grecs , la morale avait un but parfaitement déterminé , et c'était an bonheur que '^les sages conduisaient
SUR l'art d'Être hburbux. aai
leurs disciples. Hommes illustres , dont nous dédaignons les niaximes, mais dont nous réTérons encore les noms, quel résultat nous ayons obtenu du progrès des lumières! Nous parlons avec enthousiasme des sciences que TOUS jugiez friToles, et nous traitons de chimérique la seule qui tous parût vraiment digne de Thomme. ;
Oh ! si l'on eût dit à ces philosophes qu'ils ne réformeraient pas Iç genre humain , qu'au lieu de réyer à la sagesse, au bonheur, ils devaient quitter des sujets si futiles , et consacrer leurs veilles à des sciences plus dignes de nous occuper, ne pensez-vous pas que la pitié les eût fait sourire , et que, s'ils eussent daigné répondre , ils auraient dit ? « Nos traités ne réformeront point le genre humain ; nous n'arracherons du cœur des méchans , ni l'orgueil, ni la cupidité, |ii l'envie; mais n'aurons-nous pas la gloire d'affermir l'homm^ die bien dans sa ca^ièreP.Au milieu des orages , il sentira ses forces renaître , en voyant que nos âmes étaient d'accord avec la sienne. Quelque faible que soit l'influence des écrits, ne faites pas cet' affront- à l'hunianité de croire que les nôtres , partout
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répandttSy ne trouveront nulle part des hommes dignes d'en profiter. "Peut-être enflammeront-ils d'un saint amour pour la vertu quelques-uns de ceux qui 'les liront dans l'âge des résolutions généreuses. Peu de lecteurs pratiqueront notre doctrine dans toute son étendue , presque tous lui devront quelques principes salutaires. Il est possible que nous n'ayons jamais des disciples nombreux ; mais nous en aurons dans toutes les contrées et dans tous les siècles ». Je me fais sans doute illusion, car je n'aperçois ni exagération ni rêveries dans ce discours.
La sciencei^du bonheur est chimérique, si l'on veut qu'elle donne des charmes à toutes les situations où l'on peut être jeté par le sort. Mais au lieu de vouloir lious conduire au bonheur idéal , si^ l'on dissipe les erreurs qui voilent à nos yeux les vrais biens, si l'on nous apprend à réunir de faciles plaisirs, à rendre plus rapides les instans douloureux, on nous enseigne un art qu'il est possible .4^ démontrer et de perfectionner.
Cet art parait-il encore difficile ? qu'on me nomme celui qui n'exige aucuo «effort. Penset-on qu'il ne peut être d'une ^lité générale ?
siiK l'aht d'être beureuH. ai3
vos habites instituteurs cèsseut-ils d^enseîgner. l'éloquence parce qu'ils ne foraient pâb autant d'orateurs qu^ls ont d'élèves T Plus je réfléchis sur l'art d'être heàreux , / plus je vois qu'on peut l'assimiler aux * liutfél 'arts. Toutefois il en diffère par' son e;Ltréme importance ; c^es{ d'après leurs rapports plus ou moins directs avec ce preàiier des arts qu'on devrait juger le degré d'intérêt qu'ils méritent. Pour apprécier une sqjicpce, une loi, une entreprise, une action^ îf^^ c^^' nais d'autre "moyea (fie- d'observer leur influetïce survie bonheur des hommes.
Si les leçons de mar^eiie. laisseiit qu'une impression' fugitive ^ il le fatêit.at|p1buer sans doute à deux' causes principales : la faiblesse de notre^a|ure /^t ly contagioii de l^Bxemple. Maif ùne^.autr,e cause appartient à peux qui novi»«^e^gn/^nt fei mdhile : c^est Te^gératibn de leur dii^rine. Ils élèvj^t sur des muBtS'escarpésK' l'autel d^Ua sag^iss^: ch !
pourquoi tentçrjiitfon^l^ouf y '^ai^enir, de «pénibles effbtt$f A«lajtrî a l 0b B e dis ministres^ oh juge ^ue leur.tUvinité n^est pas celle cfJRi. dispensé- le» douces joies^^ l'oubli des peines . etl'e^éit^e. ; '
aa4 * essai'
Croire ^u'ii est utile d'exagérer la morale est une des plus funestes erreurs. C'est ainsi qu'on^ excite la répugnance pour la sagesse, et qu'on fait repousser la vérité. A l'époque dû les kommej^ jugent par «eux-mêmes, reconnaissant qu'ils ont été .trompés, impatiens dé secoueic un joug ^ui leur pèse, ils rejettent, avec des préjugés ridicules, les plus sages p^ncipes. Pour être écoutés , soyons vrais : présentons avec force les maux que l'homme , en abusant de ses facultés , appelle sur sa courte carrière ; mais disons , avec une égale franchise , qu'il commet une faute , s'il refuse ou néglige de tirer de ses facultés autant de parti qu'il est possible pour embellir, sa vie.
Morale est un mot qu'on a trop souvent employé pour' propager des principes exagérés et faux. A ce mot usé , et d'un seps équivoque , on devrait sul^^tuer uqc déçàr mination qui moiurât nettement le%tit vers lequ^ il faut se*dirigçr. £a. morale est l'art d'être heureux, ou la morale n'est qu'une soieùce d^^convention, tuitét inutile et tantôt dangereuse. * ^ ^ *
Oui, n^est l'art d'étrè l^ureux -qu'il faut
SUR l'aht d'êtrb heureux. aa5
enseigner ; et l'austérité doit être bannie de la forme des discours , ainsi que du fond des pensées. Ils sont les plus utiles précepteurs du genre humain, ces hommes dont l'âme tendre veut bien moios commander qu'inspirer la yertu, et dont l'imagination brillante sait offrir de sages principes sous des formes qui charment l'esprit et flattent la curiosité. Sayez-Tous quel est le meilleur ouvrage de morale qui soit jamais sorti de la main des hommes ? C'est le Ministre de fFethe» field. Montrer un père de famille en butte à tous les genres d'infortune , leur opposant toujours son courage ou sa résignation , c'est présenter un tableau sublime : le génie et la yertu réunis ont pu seuls en concevoir l'idée. Tous les hommes de bien doivent à son auteur un tribut de vénération et de reconnaissance. On demande quelquefois , si vous ne pouviez avoir qu'un livre, quel est celui que vous conserveriez? Je conserverais le Mi' nistre de Wakefield,
La puissance de l'éducation, celle des in* stitutions publiques seraient nécessaires pour rendre générales les habitudes conformes au bonheur : mais les livres , dont je n'ai point
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exagéré Tinfluence , sont utiles , surtout à rfaomme que sa raison élèye au-dessus du Tulgaire. Heureux celui <pii sait ajouter de bons liyres au petit nombre de ses amis! qui souTent s'éloigne du monde , pour jouir de leur paisible entretien ; et toujours en rapporte plus de sérénité , de courage et d'espoir. En soutenant qu'il est impossible d'accroître la somme des biens, de diminuer celle des maux , on ne remarque pas que , cette opinion fût-elle yraie, il faudrait suivre encore mes principes. Prêchez à Thomme de bien votre doctrine décourageante, vous l'affligerez; mais vous n'obtiendrez sur ses mœurs aucune influence. Il cherchera toujours à se perfectionner ; il essaiera toujours de calmer lés peines de ceux qui l'entourent, de nous rendre plus humains et plus heureux. Ses nobles efforts ne sauraient être entièrement perdus : les intentions pures, les vœux sincères qu'on forme pour ses semblables, donnent à l'âme une douce sérénité; et c'est assurer son bonheur que de rêver à celui des autres.
riif oi l'ismi idb l'ut D'ârai hicbipz.