CHAPITRE XXL
DB ItA. MOATi
Si nous formons te souhait de ne jamais mourir , souhait absurde que tout homme a laissé quelquefois échapper , les moralistes nous disent ; Où serait lé, terme des dissensions et de% haines ? où se reposerait-il , Tinfortnné que poursuit Tinjustiœ?. Vains sophismes! Si Ton accuse la nature de nous avoir soumis à la mort , on ne Taccûse pas moins de Favoir rendue quelquefois désirable : au lien de se montrer avare d'instan9 heureux, que n'épar^nait-elle à la faible humanité le dernier des maux et' ceux qui le précèdent? îl est, je crois, pour la justifier, dès raisons plus solides. Lorsque, dans mes songes , réformant Tunivers , je rends* notre existence éternelle , mon imagination fait ai^ séttxent disparaître h?s maux qui nous affligeât; mais elle est impuissante potir créer
des plaisirs qui remplacent ceux que ue peut admettre cet prdre nouveau. Que la mort soit bauùie du glohe, il ne faut plus que des générations s'élèvent pour succéder à d'autres générations. Les ^lémes ^tr^s couvrent à jamais la terre : plus d'amour, de tendresse paternelle, de^iété filiale! Espérances flatteuses , sou?enir8 enchanteurs , voluptés enivrantes* vous avez dispara ;. toutes les affections qui donnent, un prix à la vite doivent leur e^stence à la mort.
!No8 préjugés la transformait en un spectre qu'acpompagnent des .songe;^ jeffrayaj^s. ' Ces sombreS: pensées que ce monde est un ^Ueu d'exil , et qu'il faut sans cesse attacher ses regards sur U tottihe; cette doctrine J>izarre,' sinistre, antispciale^, fut imaginée par des fourbes, qui , pour s'approprier la terre , eu. prêchaient le dédain.' Le ,sa|ge ne sacrifie point le don de l'existence, et c'e«t en apprenant à vivre qu'il s'ipstruît i mpurir.
Il faut quelquefois envi^ger la mort pour jugei^comment on soutiendra son approche; mais renouvelons rarement un examen qui présente des idées son^bres même auj^ meilleurs esprits. Une autre manière de songer
ftoa i.*AHT d*â*Ae H;Bua£Ux. aii
au dernier momèikt offre les résultai» titileis delà pnelnièré, et n'a rien d'affligeant. Ëlk consiste à voir quelle influence la mort doit exercer sur la yie. Ce'terme inconnu , mais i prochain^ doit rendre nos devoirs pl^s sacrés, noA affections plus tendres et nos plai<sirs plus vifs. £n voyant la rapidité du temps qui s'eufnit, le sage saisit les idées qui troublent les heures du Vulgaire , pour ^ajouter imx charmes des siennes» Ainsi les disciples d'une ingénieuae philosophie placent daiis la salfe du festin une téee de 'mott , sur làquelle ils effeuillaient des roâe$.
Ceux qui disent : la mort n'est rien, paraistont affecter du oompage; et cependant ils disent la vérité la plus simple. La mort est un instant impossible à tneserer^ elle n*est pas encore ^ ou elle n*est plus.
rSans doutie les circonstances qui là précèdent peuvent être cruelles; et les morts proknpies devraient, moins qtle les autres, nous ooâter dès larmes. J'entends dire en gémissiaBt : cet infortuné n'a sonfïert que trois jours. Que cet espacé eét long, quand là douleur en fait compter les mmutes ! Nte vàettons pas' d'égoïsme dans nos plaSnt.ed>
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nous sentîroiis qa*un jnotif de consolation y c'est que l'être, qu'on r^rette n'ait pas tu la mort s'approcher^ et qu'il l'ait reçue sans déttleur.
Une telle fin est digne d'envie , c'est le dernier bienCait du ciel. Ces mots dirigent vers yous ma pensée, 6 mon père! Tous les fils reconnaissans disent qu'ils ont eu le mdiileur des pères; mais à peine quelques amis complaisans répétent-ilé avec eux une.hy^ perbole commune, et j'entends toutes les^ personnes ' qui connaissaient mon père en parler comme moi. Cette sup^orité remarquable que le talent ou la force de caractère doQue à quelques hommes , il l'obtenait par «a douceur et sa sérénité. Ces qualités ayaient en lui quelque chose d'idéal y que l'imagination concevra difficilement, et que la langue ne peut exprimer. Quiconque passait un quart-d'béure ayec lui gardait toujours son souvenir. U ne yous avait ébloui ni par là irivacité de son esprit ni par la variété de ses connaissances; mais en vous disant les choses les plus simples -, il vous avait rendu meilleur. Pendant soixante-cinq ans il partagea les peines des autres , et ne leur en fit
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jamais. Un jour, éprouvast une fatigue inaccoutumée» il secoUchade bonne heore; et quelques momens après» s'endormit pour toujours. O mon père ! je ne devrais pleurer ' que sur moi t Votre mort sans alarmes fut digne de votre vie , de cette vie si pure que , pour vous rendre heureux dans un monde nouveau , il suffit peut-être de vous laisser le souvenir de ce que vous avez été sûr la •terre 1 •
Un fait recueilli par tous les médecins oj^serVateurs, c'est qu'il est rare que l'agonie de l'homme de bien soit violente. Peut-étrte même avons-nous de très fausses idées sur #es momëns qui terminent la vie. Le vnU gaire , embrassant lés opinions qui l'efiîraient, croit jque tous les tourmens accom- < pagnent la dissolution de notre être physique. Il est plus probable au contraire qu'en touchant à i'éternel repos, on goûté des sensations analpgnes à celles d'un homme fatigué qui sent couler dans ses veines le calme et le sommeil. *
* ■ Lorsque l'àmc c<in»«rTe fusqu'à m fln Mt fereea dan* un BÊêei haut degré, elle peut tant douta qurlquefoii éprouvar
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Ces sensatioiift, il est vrai, n'a^paitièii* aent qa'anx de^rnièrs' instaiis , et des maladies cruelles peuvent les précéder; mais il semble que là natiire ait toujours quelque moyen d*adoucir les maux qu'elle euToie.
Parmi les maladies mortelles , celles qui sont «tgisës sont rapides; celles qui sont lentes sont, en général, peu douloureuses Nielles laissent le temps de s'accoutumer à l'idée
Îu'il faut sortir de la vie; et souvent les hommes qui la perdent ainsi finissent an milieu ^es rêves d'une philosophie mélancolique , bereés tantôt par la résignation, tantôt par Fespérance. * .
Un spectacle déchirant, et malheureuse
ment trop commun dans la province, où je
suis né , est celui que présente une jeune
', personse attehite d'une maladie de poitrine.
« danfc l'agonie iiel Matiméin de douleur et d'auf ointe qtte h « caiMe de la mort peut produire « ou se litref «Ue-nfme à ■ des afiectiont trisles et inquiètes. Mais celle sorte d'agonie « est la plus rare , et elle est toujours séparée de la mort ab- (■ solue par quelques inslans qui peuvent Cire beiireux.
« , Il nie parait très vialseiqbiable qu'en général «'^ans les « momens qui précédent immédiatement la mort , lorsqu'elle tt n'est pa« subite, l'homme goûte un certain plaisir à mourir. » ];>«BJaàs, N ouveaux Elémtiii ie la Sciertc» dé rAnmme.
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L'igiiora9ce absolue du danger peut accompagner la malade jusqu'à son dei^pier rao^ ment. On sait que rhiyer la Terra périr; on FiSntepd parler des' projets qu'elle veut' exécuter, ayec ses compagnes, au retoiir de sa SABté et du printemps. Le contraste de sa faiblesse' et de ses. espérances , de sa douce gaîté et des approches de la mort , foUt saigner le cœur. Chacun gémit sur elle ,^ excepté elle-même. La nature, poui^ s'absoudre de la faire' mourir si jeune , lor donne la sé^ curité, l'endort, sur la terre et ne Té veille qoe dans le -ciel.
Sans doute les douleui's physiques ne sont pas celles qui peuvent répandre le plus d*^amertUQie sur la mort; et les . sensations qu'elle fait éprouver dépendent surtout def^ affections qui nous attachent à la terre. Mé- ^nsons ces êtres ambitieux qui s'écrient qu'ils allaient exécuter leurs vastes projets , que leurs instans enssent ensuite i^oUlé paisibles et sereins. Toujours la mort les eût surpris se tourméntjsmt à poursuivre des ombres. D'autres, moins insensés, gémissent parce qu'ils sont frappés au sein dés plaisirs. Ils oubliaient la rapidité de ces heureuses
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cbimères , ils ne savaient pas leur'donner un charme plos vif, en se disant : nous les pcMsédons pour un jour! Mais, si Ton ne regrette ni projet ambitieux ni plaisir frivole ; si c'est pour ses eufans qu'on voudrait vivre encore ? Je n'essaie point de soutenir un va^l systètlie ; dans cette situation , la uiprt peut être affreuse. Il est un &ge où Ton devrait ne pas mourir \ il commence quand on est père, et finit ^uand on n'est plus nécessaire à sa famille.
S'il faut la quitter avant cette époque, les consolations ressemblent aux remèdes qui pallient les maux des mourans sans pouvoir les guérir. Toutefois , ne faisons pas à la ' Providence cet outrage de croire qu'il existe une situation où l'homme de bien ne trouve plus d'adoucissement ^ *^^ peines. £n quittant une vie qa'il voudrait conserver encore pour le . bonheur des autres , il puise des forces dans la pexisée qu'il doit donner l'exemple du courage , dans de pieuses espérances, et dans rhabitnde de cette haute philosophie qui lui apprit k. ne jamais lutter contre la destinée.- - La mort a quelque chose 4c siiîîstre,
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quand elle vient, ayant Tâge, détruire de tendres affections. Plus tard, elle est un acte aussi simple que les actes ordinaires de la vie. Hélas ! poi^r peu que nos jours se prolongent, nous voyons tomber autour de nous des êtres qui nous sont chers. Bientôt nous en conservons moins ici-bas qu'il n'en existe dans un autre univers. La famille est . divisée : je serais peu surpris qu'il devînt indifférent au sage de rester avec les amis présens ou d'aller réjoindre les amis absens.
Aussi long-temps que nos enfans ont besoin d'un appui , nous ressemblons au voyageur chargé d'affaires d'une extrême importance ; dès que nos soins leur sont devenus inutiles, nous ressemblons à celui qui peut marcher au hasard , et s'arrêter où le surprend le coucher du soleil. Je vois la' seconde époque approcher pour moi; si je l'atteins, je bénirai le ciel de m'avoir donné des années assez longues, et semées de si peu de douleurs.
Nous n'accusons point de faiblesse un homme qui part pour des contrées lointaines , s'il laisse voir dans ses adieux quelque attendrissement; doit-on exiger davantage
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de celui que 1^ mort va conduire dans un monde îÀconnu ? Je n'afFecteriàî point un austère courà^ : mais, libre delà seule in- ^iètiiide''décliir^Jte, J*espère garder assez deVranguillité d'esprit pour faire sentir aux étrés (|^e j'aim^e qu*il'*£aut nous soumettre à des lois imliu|ab||es ; qup la plainte serait inutile et 1« murmure injuste; qu'il faut, avec rattendnssement léger de la réug&ation , nous embrasser et ^ilus dire : j4u re-
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