‹ Essai sur l'art d'être heureuxChapitre 34 sur 35 · HOTES · texte numérisé non relu

HOTES

efttiBipltfires raturés. Sa filmille s'est^Ue trompée Mr la manière de remplir ses ifitentions?'GeIà me semble dif;^cile à croire , surtout en songeant ^e mademoiselle de Gournay a connu ces différens exemplaires , et qu'elle portait une vénération presque religieuse à la mémoire de Montaigne. H B^est pas impossible cependantt qu'une erreur ait été commise. Pour décider la question, il faut examiner, sous le rapport littéraire, les éditions de i635 et de 180a. Cest aux hommes de lettriés à comparer les phrases qui se trouvent différentes dans les deujt éditions, et à juger quelle est la dernière version de l'auteur. Je ferai un petit nombre de rapprochemens.

Un peintre voulut représenter la douleur des personnages témoms du sacrifice d'Iphigénie , « selon le degrez de l'interest que chacun appor* « toit à la mort de cette belle JtUe innocente. «< Ayant espuisé les derniers efforts de son art , « quand ce vint au père de la vierge , il le pei- « gnit le visage couvert v. (Edition de i635 , Liv. I, Chap. II.)

« . . . . selon le degrez de l'interest que chacun « apportoit à la mort de cette heVLe JUle inno- « cente. Ayant espuisé les derniers efforts de son « art , quand ce vint au père de la JîUe , U le « peignit le visage couvert». (Edition de 1802.)

Comment Fauteur eût-il voulu substituer au inQt vierge celui àejille, qui a moins d'élégance

KOTES. 2^1

et qui produit une répétition qu\in écolier même éviterait? M. Naig^on aurait pu répondre qu^ existe un exemplaire des Essais sur lequel Montaigne a efhicé le mot vier^ pour y substituer Fautre. Mais un auteur occupé de la correction d'un ourrage fait quelquefois des cfaangemens défectueux; et s'il laisse plusieurs exemplaires raturés , on a besoin de savoir quel est celui qu'il préférait , ou de suppléer à son silence par une saine critique.

Montaigne termine une espèce de dialogue fort animé , par ces interrogations : « Arez-vous sc'eu (c composer vos mœurs ? vous avez bien plus faict « que celuy qui a composé des livres. Avez- vous « sceu prendre du repos ? vous avez plus faict « que celuy qui a pris des empires et des villes ». (liv. m, Cbap. XIII, édition ée ï635.) Dans l'édition de i8oa , le dialogue se termine froidement par ces mots : « Composer vos mœurs est «< votre office , non pas composer des livres ; et « gaigner non pas des batailles et jprovinces , « mais l'ordre et la tranquillité de vostre con- <cc duicte n. Jamais un écrivain , si ce n'est par une eireur qu'il reconnaît bientôt , ne fait disparaître lainsi une figure vive de la fin d'un morceau qui doit être animé.

Je pourrais faire un grand nombre de rapproichemens semblables auxprécédens ; mais je crains fie prolonger cette note.

27a JrOTES.

M. Naigeon , eu indiquant les changemens que renferme son édition , prend celle de iSgô poar point de comparaison. Il donne ainsi , comme de véritables découvertes, plusieurs corrections qui se trouvaient déjà dans la dernière édition de mademoiselle de Gournay. Par exemple, il met à la préface de Montaigne plusieurs notes pour indiquer des mots qui ne sont pas les mêmes dans rédition de iSgô; mais, à l'exception d'un seul mot , la préfacé qu'il a fait imprimer est conforme à celle de i635«

Si M. Naigeon eût pris pour point de comparaison ^'édition de i635 , la sienne aurait encore le grand inconvénient d'obliger le lecteur à conliulter les notes pour avoir le texte pur ; mais du moins le livre renfermerait exactement les Essais. Il n'en est pas ainsi , puisque, les variantes ne sont tirées que de l'édition de iSgS, et qu'il en existe aine meilleure. Je me bornerai à citer l'exemple «uivant. Montaigne (éditions de i5g5 et de 1802) termine ainsi sa description de la prise de Thèbes« « jVul ne fut veu si abbattu de bleceures qui n'es- « seyast en son dernier soupir de se venger en- « cores ; et à tout les armes du désespoir , contf soler sa mort en la mort de quelque ennemy. Si Cl ne trouva l'affliction de leur vertu aucune pitié, » et ne suffit la longueur d'un jour à assouvir sa « vengeance : dura ce carnage jusques à la der- « nière goutte de sang qui se trouva espandable >

m et ne s'arrêta qa'aux personnes désarmées , yieil- « lards, femmes et enfants, pour en tirer trente « mille esfjlaves ». (Liv. I , Chap. I.)

Qh^oit, par l'édition de i635, que Montaigne a voulu rendre ce morceau encore plus animé, plus rapide. Il a effacé les mots qu'on vient de lire en lettres italiques. Ces différences ne sont pas fort importantes; mais c'est souvent par de légers détails qu'une édition est plus correcte qu'une autre.

tiOrsqu'on réimprime Itfs Essais , il faut suivre l'édition de i635. Celle de i8oa peut fournir des variantes , et mérite aussi d'être consultée sous un autre rapport. La ponctuation rend obscurs plusieurs passages de Montaigne. M. François-Ambroise Didot l'aîné qui a donné beaucoup de soins à l'édition de i8oa , s'est occupé- d'éclaircir ces passages , par une manière nouvelle de les ponctuer.

rrif.

aj4 TkBLK.

Page 1