‹ Essai sur l'art d'être heureuxChapitre 7 sur 35 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

YUSS GéKÉBAULS.

, L'homhe est né pour être heureux : ses désirs, la sagesse du Créateur m'offrent les preuves de cette assertion; et» cependant, de toutes parts des cris s^élèvent contre la destinée ! Nous gémissons enyironnés> de ricliesses dont nous ne connaissons ni le prix ni l'usage; semblables au voyageur qui souffre entouré de végétaux précieux, dont la vertu qu'il ignore ranimerait ses forces défaillantes.

BS8AI*

Qu'ai-je vu en entrant dans le monde?

Des hommes qui ne croient plus* au Éoi^ieur.

J'allais, avec toutes les illusions de la jeunesse, vers ceux dont les paroles, les actions annonçaient un cœur droit. En les interrogéant sur les moyens d'être heureux, je fis sourire les i¥hs avec dédain , les autres avec amertume. Persuadés que les plaisirs de Texistence ne dédommagent pas de ses peines, ils considéraient la vie avec une sorte de résignation; et, parce qu'ils étaient découragés , ils se disaient détrompés.

Alors, je voulus connaître ces , hommes dont Téclat et^ Tagitation éblouissaient la multitude. J'approchai d'eux, quelques-uns dissimulaient peu leurs principes. Le vil égoïsme rétrécissait leur âme , une ambition sans fin- la tourmentait; en voyant leur sort, je fus consolé d'avoir entendu leurs maximes.

Las du spectacle qui m'environnait, j'eus recours aux plus austères moralistes. Us me représentèrent le monde comme une vallée mystérieuse et mélancolique, où l'homme passe en gémissant pour se rendre au tombeau. Leur doctrine m'inspira la tristesse et l'effroi ; mais je me rassurai , et je leur

SUR l'aut d'Être heureux. 3

dis: Non, je ne' croirai point qu'il veuitle notre malheur, celui qui place la volupté dans, une âme tranquille et pure ; celui qui forme nos cœurs pour goûter les chastes amours et la^ sainte amitié; celui qui nous donne l'innocence avant que nous puissions pratiquer la vertu , et qui nous ofïre le repentir après que nous avons commis des fautes.

J'avais confondu la sagesse avec. la sombre austérité, je fus bientôt près de l'excès contraire. Je vis des hommes , légers par caractère, iusoucians par système, dédaigner les erreurs communes pour y substituer déplus douces folies. Je leur demandai le bonheur :

sans me comprendre, ils m' offrirent des plaisirs. Heureuk encore s'ils en écartaient les dangers, et si, moins prodigues de la vie, ils n'avaient en peu de jours dissipé des années.

Je fus enfin éclairé par tant de fautes et ^ d'erreurs , et chaque jour mes ' réflexions m'affermirent dans la route nouvelle ou je portai mes pas. Gomment les hommes qui nous entourent s'oocuperaient-ils du bonheur ? Si j'en crois ceux qui tolèrent qu'on

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