‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 2)Chapitre 13 sur 81 · Ibid., pi. 10, nos 2GG · texte numérisé non relu

Ibid., pi. 10, nos 2GG

Fig. 5i. — Meca.

Fig. 5o. — Elche. (Collection P. Ibarra.)

Fig. 52, — Meca.

Fig. 53. — Meca.

Fig. j'i. — Meca.

l'Italie'. Enfin une petite cruche conservée à Madrid, et heureusement

intacte a pour principal décor une métope quadrillée (Fig. 55).

Que les zones soient ou non divisées en cadres carrés ou oblongs, elles reçoivent d'ordinaire, comme je l'ai dit, une décoration soignée dont les éléments sont très variables. Les plus intéressants motifs que j'ai notés sont, sur des tessons trouvés à l'Amarejo, et dont j'ai pu recoller ensemble quelques-uns, des signes semés dans le champ et où l'on reconnaît des swasticas ou croix gammées, des soleils formés d'un cercle et de lignes rayonnantes, et une sorte d'astre dont

une spirale ornée de crêtes forme la tête, et qui se termine en queue

Fig. 55.

Musée de Madrid.

Fig. 56. — Àmarejo. (Musée du Louvre.)

i. E. Pottier, Vases antiques du Louvre, pi. 3i. Cf. Goell, Nécropole de Vulci, PL I, n° 7

LA CERAMIQUE

serpentante; c'est peut-être la représentation fantaisiste d'une comète. Ces symboles, si ce sont là des symboles, courent entre une ligne supérieure de coins disposés en dents de scie (je parlerai plus bas de ce motif) et une ligne d'arceaux en ogives qui s'entre-croisent et dessinent un treillis (Fig. 56).

Une autre grande jarre de l'Amarejo, dont j'ai recueilli plusieurs morceaux et que j'ai déjà signalée (Fig. [\\ ), est divisé par zones dont les rubans de séparation sont bordés soit de demi-cercles concentriques accostés, soit de simples traits obliques ; le champ est divisé en

Fig. 57. — Alberca de Murcie.

Fig. 58.

Meca.

métopes par des groupes de lignes ondulées, verticales ou horizontales, ou de simples bâtonnets.

C'est du reste le cercle qui fournit le plus souvent les éléments de la décoration des zones.

Quelquefois, comme nous venons de le voir, et comme on peut le voir encore dans un fragment de l' Alberca de Murcie, et un autre de Meca, il y a simplement une succession de cercles concentriques dont le centre est marqué par un point (Fig. 5~, 58), mais ce modèle semble encore assez rare.

Au contraire très fréquemment apparaissent des groupements variés de demi-cercles concentriques. Ils s'appuient sur les plates-bandes

Fig. 59, 60 et 61. — Albcrca de Murcie.

Fig. 62 et 63. — Meca,

Fig. 64, 65 et 66. — Alberca de Murcie, Elche.

horizontales qui leur servent de cordes, et se juxtaposent, tantôt tangents, tantôt nettement séparés1.

Un vase qui s'est conservé intact, et qui est passé de Montealegre, probablement du Cerro de los Santos ou du Llano de la Gonsolaciôn, au collège des PP. Escolapios d'Yecla, est décoré d'une zone de ces demicercles opposés de part et d'autre d'un ruban circulaire sur lequel est marqué le centre commun2 (Fig. 28).

Mais la disposition la plus intéressante se trouve sur un fragment d'Elche et un autre del'Alberca de Murcie: deux rangées de ces demi-cercles concentriques sont placées de part et d'autre d'un ruban entourant la panse, de telle sorte que le centre de chaque groupe supérieur, par exemple, corresponde aux points de contact de deux groupes inférieurs. Il y a donc opposition alternée, et l'aspect général de l'ornement courant est celui d'un serpent sinueux (Fig. 64 et 65). On retrouve ce motif sur un fond de coupe appartenant à M. P. Ibarra(Fig. 66),etsur un assez volumineux fragment de vase cylindrique trouvé à l'Amarejo, où ce méandre est aussi dessiné ; mais chaque élément n'est formé que de quatre cercles concentriques (Fig. 67).

A Elche encore je trouve ce joli dessin : des demi-cercles concentriques complets se continuent par une série de demi-cercles concentriques interrompus, de manière à réserver comme des coins ; l'ornement ressemble au plan d'un théâtre antique avec des gradins en cunei (Fig. 68). Un autre spécimen d'invention non moins ingénieuse (il provient aussi d'Elche) montre les demi-cercles flanqués de quarts de cercles concentriques qui sont disposés en dents de scie circulaire (Fig. 69).

L'urne déjà mentionnée de l'Amarejo, dont j'ai pu recoller ensemble six fragments, offre sur une de ses zones une disposition spéciale : il n'y a plus de rangées de demi-cercles, mais une ceinture de groupes de demi-cercles se recouvrant en partie les uns les autres, suivant un dessin très régulier3 (Fig. \i).

1. Fig. 23 (Amarejo) ; 23 (Alberca de la Revue archéologique, 1896, II, p. 22.Ï, Murcie); 36, !\i (Amarejo); 09, 60, 61 (Al- ou pour mieux dire M. Engel a pris note berça de Murcie); 62, 63 (Meca) ; i!\ (Acadé- de deux vases de ce type; je n'en ai retrouvé mie de l'Histoire), etc. Les nos 62 et 63 cpj'un seul.

représentent les deux faces du même tesson. 3. La figure ne donne qu'une partie de

2. Ce vase a été signalé par M Engel dans l'ornement courant.

58 LA CERAMIQUE

C'est à ce genre de décor qu'il faut rattacher une disposition assez

Fig. 67. — Amarejo.

heureuse, bien que très simple : de petits cercles non tangents, dont les

fP

Fig. 68 et 6g. — Elclic.

centres sont situés sur une même ligne, sont enveloppés de cercles con-

LA CÉRAMIQUE 5q

centriques à plus long rayon, de telle façon que chacun de ces derniers

Fig. 70. — Amarcjo.

soit en même temps tangent aux deux petits cercles voisins. Les grands

votoioifiï

Fig. 71 et 72. — Amarejo et Meca.

cercles se recoupent alors, formant de jolis secteurs curvilignes (Fig. 70,

Fig. 73 et 7/»- — Amarejo.

Amarejo). Assez souvent le peintre n'a figuré que la moitié ou les deux

tiers de l'ornement, qui s'appuie sur un ruban ; la disposition rappelle alors d'assez près ces cordons de cerceaux que l'on plante en bordure dans les jardins (Fig. 71, 72, Amarejo et Meca). Les cercles peuvent aussi se recouvrir en partie les uns les autres, ou être simplement tangents (Fig. 73, 7/i, Amarejo).

Enfin il faut ajouter que les deux systèmes de décor rectalinéaire et curviligne peuvent s'amalgamer l'un a l'autre, comme en font foi la plu-

Fig. 75. — Collection P. Ibarra. (Elche.)

part des figures jusqu'ici données. Ces images me dispensent d'une description qui pourrait être fatiguante. Je crois pourtant devoir attirer l'attention sur un petit plat de l'Alcudia d'Elche (collection Pedro Ibarra), où la liaison des triglyphes qui forment la première zone, près du pied, avec les demi-cercles de la zone suivante dessine une sorte de crosse assez ingénieuse (Fig. 75). On le retrouve, mais indiqué avec une mollesse maladroite sur la grande urne qui a passé de Saragosse au Cabinet de l'Académie de l'Histoire, à Madrid (Fig. i4).

LA CÉRAMIQUE 6l

J'ai gardé pour le décrire en dernier lieu le plus fréquent peut-être

Fig. 76, 77, 78. — Amarejo.

des ornements géométriques, celui qui prête, dans la poterie que j'exa-

Fie. 79, 80, 81 , 82. — Cerro de l'Amarejo.

mine, aux groupements les plus variés. Il s'agit d'un véritable coin

Ga

LA CERAMIQUE

formé d'un secteur de cercle dans lequel sont enfermés des segments de circonférences concentriques. Ce coin s'applique d'ordinaire par un des cotés de l'angle sur un autre ornement; quand il s'appuie sur l'un des rubans qui déterminent les zones, et cela est fréquent, il a donc deux côtés curvilignes. Je n'ai pas constaté qu'il fût jamais employé isolément. Presque toujours il y en a des séries disposées en dents de scie !

Fig. 83. — Fuente-Tojar. (Musée de Madrid )

(Fig. i3, n° 17/1, 1/4, 2/1, 28, 3a, 33, 5G, Ga, G3, 75, 7G, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 8G).

On l'a très souvent fait servir à la décoration de fonds de coupes, à l'intérieur, au revers ou sur les bords. Quelquefois les deux bords d'une même zone en sont garnis (Fig. 80) et quelquefois encore ils flanquent

1. Fig. i3, (Carmona); i4i (Arsc); 2 4 (Elche); 28 (Yccla) ; 3a, 33 (Madrid); 50 (Amarejo) ; C>2, C3 (Meca) ; ^5 (Elche) ; 76, 77, 78 (Amarejo); 79 (Alberca de Murcie) ; 80, 81, 82 (Amarejo); 83 (Fucnte-Tojar- Madrid); 84 (Elche); 85, 8G (Alberca de

Murcie).

Le Père Lozano, dans son Histoire de Jumilla (pi. n° 11 11) donne, comme je l'ai dit, le dessin d'une œnochoé trouvée à Archena, près de Murcie ; ce motif en fait le principal ornement.

LA CERAMIQUE

les rubans qui séparent deux zones, et courent de chaque côté dans un sens opposé (Fig. 2/4, 62); on les voit aussi groupés trois par trois, chaque groupe étant séparé du suivant par un intervalle (Fig. 28).

Il peut y avoir du reste des complications heureuses. Par exemple il arrive que les coins se recouvrent en partie les uns les autres, de façon que les plus petits arcs de cercles de l'un, en se prolongeant, forment les plus grands de l'autre.

Fig. 84. — Elche. (Louvre.)

Les variantes, d'autre part, sont nombreuses et parfois délicates. Par exemple, sur un bord de coupe, les pointes des dents sont émoussées et arrondies (Fig. 82), ou bien les côtés de l'angle sont supprimés, et l'or-

Fig. 85 et 8<>.

Alberca de Mincie.

nement en paraît plus léger (Fig. 2/1, 32, G2 et 63, 75, 76, 77, 78). J'aurais pu ramasser des milliers de tessons où il était fait usage de ce motif, sous ses différents aspects; j'en ai récolté un grand nombre, mais je n'en présente que quelques-uns, pour ne pas fatiguer le lecteur. Tous les débris énumérés jusqu'ici sont de style géométrique pur, c'està-dire que les éléments peuvent en être tracés avec la règle et le compas.

LA CERAMIQUE

Est-ce un progrès, esl-ce au contraire un signe de fatigue ? Toujours est-il que sur quelques vases la ligne droite s'infléchit, s'incurve, comme tremblante, et la circonférence, au lieu d'être nettement tracée au compas, est formée de traits à main levée, irrégulière et sans souci de parallélisme. Le plus frappant spécimen est le vase presque intact de la collection Canovas, à Lorca, qui a été trouvé dans une mine à Herrerias de Vera (Fig. 35). D'ailleurs le style de la décoration de ce vase et la teinte de la couleur comme de l'argile indiquent une fabrique spéciale.

Après la décoration géométrique, en voici une plus souple et plus

Fig. 87, 88, 89, 90. — Elche, Amarejo, Alberca de Murcie,.

hardie: après les circonférences concentriques voici les enroulements,

que nous montrent très nettement des tessons d'Elche, de l'Alberca de Murcie, de l'Amarejo (Fig. 87, 88, 89, 90). L'irrégularité des spirales, l'épaisseur du trait, prouvent que l'exécution n'a rien de mathématique. D'ailleurs tous les documents que j'ai recueillis ou notés semblent concourir à prouver que ce motif ne s'est pas suffi à lui-même, comme il faisait à Mycènes. On voit partir de quelque point de la volute des traits

Fig. 93. — Mcca.

qui la raccordent avec d'autres ornements, et l'on peut affirmer, je crois, que ce motif se rattache le plus souvent à la décoration végétale et peut-être aussi animale1. Mais il y a pourtant des exemples où il reste plus géométrique et se réduit à de simples et ingénieuses combinaisons de rinceaux2.

Du reste la plante, feuilles, fleurs, vrilles, tiges, joue un rôle impor-

1. Fig. 87, 88 (Elchp) ; 89 (Amarejo) ; 90 (Alberca Je Murcie).

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