‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 2)Chapitre 19 sur 81 · IL · texte numérisé non relu

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lois été tenté de le faire, car il m'est arrivé de trouver dans des ruines, mêlés aux fragments ibériques, des fragments d'époque arabe, de stylegéomé trique ou floral, assez semblables en somme aux premiers, etqui présentaienteette particularité. Un peu d'habitude permet d'éviter la confusion ; la terre, la couleur, le type même du dessin ne sont pas identiques ; mais il n'en est pas moins curieux de constater que les Maures ont remis en usage un procédé que les Ibères n'ont pas emprunté à leurs initiateurs.

Telle est, d'après les documents actuels dont j'ai connaissance, cette céramique dont je ne crois pas avoir négligé aucun élément essentiel, géométrique, végétal ou animal.

Nul peuple, nulle civilisation, ainsi qu'on l'a souvent et justement affirmé, ne peut revendiquer comme un honneur exclusif l'invention du décor géométrique1. L'ornementation des vases, des bijoux, des objets de toute sorte au moyen d'un enchevêtrement régulier de droites et de courbes naît comme d'instinct sous les doigts des artisans primitifs. Aussi ne fais-je point aux indigènes de la Péninsule ibérique l'affront de les mettre sous ce rapport au-dessous des premiers habitants de l'Hellas, des rustiques Kabyles de nos jours ou des barbares Océaniens. Et s'il est vrai, comme on l'a soutenu, que le travail du vannier a inspiré celui du potier, il ne peut sembler étrange que dans la région de Carthagène (Carthago spartaria), de Murcie ou d'Alicante, où la sparterie a toujours été une des industries principales, des vases très anciens reproduisent les dessins naïfs des nattes et des coussins.

Mais il faut, d'autre part, remarquer que le décor géométrique n'est

i. Voy. E. Pottier, Catalogue des vases antiques de terre cuite du Musée du Louvre, Ve partie, p. 196 : « Comme le rectiligne spontané que nous avons observé à Ilissarlik et à Chypre, il y a eu dans les îles et en Grèce un curviligne spontané qui existe en tous lieux, aussi bien dans l'extrême Asie et en Amérique qu'en Europe. Sans quitter le Louvre, il suffira de faire un tour dans les

salles ethnographiques du Musée de marine pour s'assurer que les Chinois, les Péruviens, et les indigènes de la Polynésie ont pratiqué des combinaisons linéaires qui offrent avec le rectiligne de Chypre ou le curviligne de Mycènes des analogies frappantes. » Voy. la comparaison établie par M. Perrot entre le géométrique chypriote et le péruvien (Histoire de l'art dans l'antiquité, III, p. 720 et s.).

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pas partout et toujours le même. Certaines dispositions, qui ne s'imposent pas, naissent de l'invention et de la fantaisie '.

Je suis ici frappé de deux distributions très fréquentes, d'abord la division de la panse des vases en zones parallèles, ensuite et surtout de la subdivision de ces zones en tableaux, en métopes, comme je l'ai dit, au moyen de groupes de traits verticaux jouant le rôle de triglypbes, que le champ de ces métopes soit du reste décoré ou non. Ce système fait immédiatement songer à la Grèce, et pas n'est besoin de citer les innombrables vases de Chypre2, de Théra ', de Rhodes \ du Dipylon ', de Béotie u, d'Italie ', sans compter ceux de Tirynthe et de Mycènes8, où on le voit appliqué avec une ingénieuse variété.

La manière dont sont dessinés les ornements qui séparent les tableaux n'est pas indifférente. Le plus fréquemment ce sont de larges bandes de lignes parallèlement ondulées ; le motif devient même un peu fatigant à la longue. Les Grecs primitifs n'en ont pas fait un moindre abus, et l'on en pourrait relever des centaines d'exemples, à Tirynthe9, àTroie1",àThéra". en Italie, en Sicile '\ dans nombre d'autres villes ou régions encore.

i. « La question devient tout autre quand il s'agit d'un curviligne qui, combiné avec d'autres formules linéaires, donne naissance à un stvle particulier et compliqué, dont la naissance spontanée en plusieurs lieux paraîtrait peu vraisemblable. Tel est par exemple le plafond d'Orchomène, ou la fresque de Tirynthe qui offrent une similitude parfaite avec certains plafonds des nécropoles égyptiennes. » E. Pottier, loc. laud .

2. E. Pottier, Vases antiques du Louvre, pi. 7, nos 100, io3, io5; pi. 8, n° 21 ; Perrot et Chipiez, Histoire de l'art, Ilf, fig. 008; M. Collignon et L. Couve, Catalogue des Vases peints du Musée national d'Athènes, pi. V, n° 54-

3. E. Pfuhl, Der arckaische Friedhofain Stadtberge von Thera, dans Athenische Mitleilungen, XXVIII, Beilage II, n° 2; fig. 19; Beil. III, nos 3, 4; Beil. V, n°s 1. 2, etc., etc.

4. E. Pottier, Vases antiques du Louvre, pi. 10, n°* 28G, 2C6; pi. II, n» 288.

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