Ibid., pi. V, 28 B xii. (Amarejo); 27, 3 (Elche-Madrid
4. Schliemann, Mycènes. fig. 202, 233= 6. Schliemann, Tirynthe, pi. M et Ml.
122 LA CERAMIQUE
suivre pour s'accrocher l'une à l'autre ' ; si d'autres fois l'on n'y rencontre que des tracés plus ou moins purs de spirales (Fig. 120, 121, 12 4), ou des essais plus ou moins heureux de stylisation florale (Fig. 10/1 , 100, 106, 107, etc.), on y trouve aussi des motifs plus ingénieux, comme l'imbrication (Fig. i3q, 1^2) ou la bordure de petites crosses peintes à plein pinceau (Fig. 17/i), et même un ornement qu'il serait téméraire de reconstituer dans son intégrité, mais qui ressemble beaucoup, dans la partie conservée, à cette sorte de torche étoilée que l'on voit entre les mains de quelques images archaïques d'Artémis sur des vases grecs (Fig. 112)2. La figure 199, qui a sans doute la prétention de représenter un œil, a ceci de notable qu'elle est peinte sur un fragment de bec d'œnochoé.
Les figures 161, 162, i63, i64, 160, 166, 167. sont toutes copiées d'après des fonds de petites coupes recueillis exclusivement à Meca. Le décorateur, sans s'appliquer à tracer des dessins très réguliers et précis, y a fait pourtant un assez heureux usage à la fois du décor géométrique et du décor floral stylisé. Tantôt il se contente de tracer un ou plusieurs cercles concentriques au centre de l'ustensile, et de faire rayonner de fines lignes droites, assez éloignées les unes des autres (Fig. i63), mais qu'il rapproche aussi, à l'occasion, en faisceau plus serré (Fig. 16A), ou qu'il dirige dans divers sens pour obtenir un élégant lacis de losanges (Fig. 167) ; tantôt il fait usage de festons dont la convexité est opposée au centre de la coupe (Fig. 162), tantôt enfin il occupe l'espace à décorer au moyen de larges marguerites à plusieurs pétales (Fig. i65). Il sait même, quand il le veut, réunir et combiner ces divers éléments (Fig. 161, 162, 166); mais aucun de ces trois fragments n'est assez précis pour permettre de compléter graphiquement le motif.
J'arrive aux figures d'animaux. Elles se réduisent jusqu ici à un petit
1. Gel ornement est très fréquent dans la n° 3 (Théra); XXX, n° 3 (Eubéc?).
céramique grecque. Aoy. par ex. Athenischc 'i. Voy. par ex. Daremberg et Saglio, Dic-
Milteilungen, iSc)-], j>. 3oi,l\g. 2b, 26(Égine). tionnaire des antiquités, art Diana, lig.
Ibid., p. i38, fig. 6; p. ^88, fig. i4, et sur- 3369. *^e n'insiste pas sur ce rapprochement,
tout Journal of hellenic studies, ioo3, pi. La ressemblance est peut-être tout à fait
\ , n<> 3; VI, 11» 4; VII, nos 9, 11 (Gnossos) ; fortuite. Athenische Mitteilungen, 1903, Beilage VI,
nombre de types, chiens ou loups, oiseaux, poissons, plus un lièvre. Aucune de ces bètes n'a de similaire exact dans la poterie de l'Europe orientale, des îles ou de l'Asie. Les poissons avec le dos rond ressemblent aux jolies dorades qui se jouent aux bords ilicitans, dans l'écume des vagues déferlantes ; mais d'ailleurs 1 identification n'est pas certaine, et l'on comprend que le décorateur s est inspiré de la nature sans la copier ; il en est de même pour les poissons de la figure 1 84 et celui de la figure 188, qu'on ne saurait nommer. Ceux qui ont été peints sur un vase d'Elche, ne sont que de simples petits ornements de remplissage, mais leur mouvement est juste et vrai '.
Par une amusante fantaisie, les dorades, si dorades il y a, sont ornées d'une queue et de nageoires dorsales qui se développent en rinceaux fleuris. Le succès de cette stylisation d un nouveau genre a été assez grand, car si je ne me trompe, et si sur les fragments d'Elche 87 et 88 on doit reconnaître des restes d'ailes d'oiseaux, les enroulements et les fleurons qui les décorent se rattachaient directement aux figures vivantes. La même remarque s'applique au grand tesson que reproduit la figure 181, et peut-être aux débris moins importants représentés par les figures ig3, 19 A; l'observation est certaine pour un des débris les plus intéressants de la collection, provenant d'Elche (Fig. 180). celui où le peintre a dessiné un lièvre. La queue de l'animal se rattache curieusement à une fleur placée par derrière ; mais ici la main de l'artiste n'a pas été très légère et le raccord est exécuté sans adresse.
Je ne connais en dehors de ces tessons espagnols que de rares exemples d'une fantaisie analogue ; ils ont été signalés par M. Salomon Reinach dans son étude sur La Sculpture en Europe avant les influences yrécoorientales. Le plus curieux est un fragment de fourreau d'épée découvert à La ïène, et où l'on voit gravés d'abord un cerf dont les cornes se développent en rinceaux, el au-dessous de lui deux monstres affYonlés donl les pattes de derrière et la queue s'allongent et se courbent en vrilles \ L'art de la Tène étant très nettement caractérisé, il n'y a pas lieu, je crois, de tirer des conclusions de ce rapprochement: mais il est bon lou-
1. Madrid, n° 17649» Fig. 190. 33o (Gazette des Beaux-Arts, iSy3, II, .
2. L'Anthropologie, 1895, p. 6~3; fig. 371), fig. 33i, 33a, 333, 334.
tetois de rappeler que ce n'est pas la première fois que l'étude des monuments ibériques suggère une comparaison de ce genre.
Des oiseaux je distingue plusieurs espèces, d'abord des oiseaux de proie au long bec crochu, aux serres fines et acérées, d'humeur batailleuse, puisqu'on les voit aux prises avec des carnassiers, ensuite des volatiles plus doux, des oies ou des cygnes, puis des pigeons peut-être, à en juger d'après la forme de leur col et le soin que le céramiste a pris de marquer les reflets nuancés des plumes. Des premiers on peut rapprocher un oiseau peint sur une gourde chypriote du Louvre, bien que son cou ait la flexibilité d'un cou de cygne1, et les grands oiseaux peints sur quelques-uns des plus beaux vases mycéniens2. Il faut noter que l'un des oiseaux du grand fragment d Elche (PI. I) tient au bec une sorte de tige en zigzag.
C'est encore à Mycènes que fait songer le petit lièvre dont je viens de parler. Sur les planches XXXIX et XL de l'album de MM. Furtwaengler et Lœschcke, se trouvent groupés un grand nombre de fragments ou l'on voit des animaux de petites dimensions dessinés avec une naïveté nialadroite; ce sont des oiseaux, des poissons, des lièvres, des quadrupèdes cornus dessinés en des attitudes pittoresques. La forme de quelques-uns est simplement indiquée au trait ; mais la plupart ont le corps entièrement colorié, se détachant en rouge, brun ou noir sur le fond clair du vase. Ils ont une frappante analogie de style et d'exécution avec le lièvre d'Elche, bien que celui-ci soit représenté avec un peu plus de finesse et de précision. Je citerai surtout les fragments reproduits pi. XXXIX, n0$ 4oo, 4oi, 4oq.
Restent les carnassiers des grands fragments d'Elche. La vue de ces animaux, si l'on ne considère que leur forme, éveille plus d'un souvenir précis, mais ce n'est ni à Mycènes ni à Chypre que nous sommes conduits: il faut aller en Béotie et surtout en Attique. Sur quelques-uns des vases proto-attiques qu'a publiés M. Bœhlau3 apparaissent des chiens
i. E. Pottier, Vases antiques du Louvre, 3. Jahibuch des deut. kais. arch. Insti-
pl. 8, n° i5i. tuts, 1887,10. 32cts. ; pi. 3, 4, 3. (=M. Cot-
2. Mykenischu Vaseti, XXXVII, n° 38o ; lignon et L. Couve, Catalogue des Vases
XXXVIII, 3g3. peints du Musée national d'Athènes, pi
sauvages ou des loups dont les corps ont la même sveltesse de lévriers héraldiques, la même gueule armée de crocs, le même rictus féroce; dont les pattes se haussent de même sur de longues griffes pointues ; tels les loups de la planche III et de la figure 8. Il faut noter sur le premier vase la présence, à côté des carnassiers, de grands oiseaux dont le cou. la têle et le bec rappellent ceux des fragments d'Elche. Dosmonslres analogues se retrouvent souvent non seulement dans la céramique attique1, mais aussi dans l'art béotien. On connaît la fibule publiée par Bœhlau9, et surtout le vase acquis en 1897 par le Louvre et qu'a publié M. E. Potticr '. Si, après ces analyses, je veux encore signaler un rapport'frappant entre les céramiques primitives de l'Espagne et celles de la Méditerranée orientale, il m'est facile de faire remarquer en Ibérie le même souci de remplir les vides laissés entre les images principales au moyen de fleurettes, de rinceaux, de lignes zigzaguées, d'ornements à forme d'arêtes de poissons ou de petits branchages à courtes feuilles alternées, quand ce ne sont pas d'autres animaux, des poissons, par exemple, qui viennent se placer entre les pattes des quadrupèdes ou des oiseaux 4. L'abus, du reste, n'a pas manqué de se produire ; la tendance fatale des imitateurs est l'exagération, et c'est ainsi que sur un fragment d'Elche (Fie;. i8\) on voit le reste du ventre et d'une patte d'un gros oiseau, sous ce ventre les pattes d'un autre oiseau plus petit et dans les trois vides que laisse
XIX, n° 462 ; pi. XX, n°s 464, 468). Voyez aussi l'animaldessiné sur un tesson proto-attique d'Égine, publié par L. Pallat, Athenische Mitteilungen, XXII, p. 266, fig. 1, cl celui qu'a fait connaître M. E. Poltier, /{evue archéologique, 1898, Nouvelles acquisitions du Musée du Louvre, pi. III à gauclie.
1. J'ai noté, par exemple, ceux qui déchirent un guerrier, Archseologische Zeitung. i885, pi. VIII.