Ibid., p. 187, fig. 5, n
5. M. E. Pottier a très nettement posé et résumé la question dans son Catalogue des vases du Louvre, p. 280 et s., et je ne puis résister au plaisir de citer les lignes suivantes : » Le rôle de l'Italie en face de la Grèce con-
tinentale a été longtemps celui d'un véritable concurrent. Elle a bénéficié au début des mêmes apports : i° ceux de la civilisation européenne, venus surtout par voie de terre, confinés dans l'étude du géométrique et des combinaisons abstraites de lignes, probablement sous l'empire de la métallurgie ; 2° ceux de la civilisation orientale, venus surtout par voie de mer, transmis fidèlement ou déjà altérés par les Pbénicions, Syriens, Egéens et Grecs d'Asie, ouvrant aux artistes la vue sur le monde vivant, sur les végétaux, les animaux, les hommes. »
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prouvé sans conteste que non seulement l'art grec archaïque a pénétré on Espagne et qu'il a exercé une notable influence sur l'art indigène, mais qu'à une époque encore plus ancienne l'art mycénien ou égéen, comme on voudra l'appeler, en même temps que l'art oriental, a répandu son influence plus loin que la Sicile morne, jusqu'en Espagne. L'élude de la céramique des Ibères confirme par des laits plus nettement établis encore cette théorie nouvelle, et ce n'est peut-être pas là un des moindres résultats des recherches que j'ai pu faire. Mais ce fait acquis, et bien acquis, suscite plus d'un problème.
D'abord notre poterie, que j'ai toujours appelée indigène, mérite-t-elle vraiment l'épithète et ne serait-elle pas plutôt importée en Espagne? Sur ce point le doute ne me semble pas permis. Si j'ai, au cours des descriptions précédentes, relevé mainte et mainte similitude d'ornementation entre la céramique ibérique et Tégéenne, jamais je n'ai eu à signaler d'identité absolue. 11 est même fort remarquable que les exemples de céramique importée soient extrêmement rares. Je ne parle, bien entendu, que de la céramique la plus ancienne, à laquelle puisse s'attribuer l'épithète de mycénienne ou phénicienne, car pour les vases grecs proprement dits et romains, on en a toujours trouvé un grand nombre dans les nécropoles d'Espagne. Pour ma part, je ne pourrais citer que très peu de documents ; d'abord les
vases qui ont été recueillis dans les colonies agricoles pré-romaines do la vallée du Bétis par M. Bonsor, et qu'il désigne sous lo nom de poterie orientale1. 11 faudrait employer, je crois, lo mot carthaginoise, si Ion en juge par le vase dont notre figure ai i reproduit la forme et le mot il
ig. 2 i i . — Urne carthaginoise (Carmona).
i. G. Bonsor. Colonies pré-romaines, p.
m et s., fig. 81 à 10G, 107 à 1 1 G, 117 à
M. Bonsor dit orientale et celtique, mias
j'ai fait remarquer plus haut (|>. \->) que \[. Bonsor a renoncé à reconnaître pour celtiques une grande partie des vases qu'il a trouvés ; ils >ont indigènes et préhistoriques. 11 - 9
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décoratif, et aussi pour les objets certainement puniques qui se groupent autour de ce récipient et des récipients analogues trouvés dans les mêmes fouilles ou dans celles, toutes récentes et inédites, d'Osuna.
Ensuite je signalerai un petit plat qui m'a été donné à Redoban (actuellement au Louvre), dont la terre et la coloration se distinguent très netlemenl. L'ornement caractéristique de cet ustensile est formé par des petits groupes de traits ondulés parallèles, 1res courts ; ces motifs alternent avec des groupes d'accents circonflexes ou de chevrons superposés. La céramique primitive de Grèce et d'Italie en offre des exemples innombrables. On peut citer en particulier le dessin de nombreux vases sicules publiés par M. Orsi1, par exemple celui que représente, dans son mémoire, la figure 20. Le vase si original figurant un oiseau à tête de bœuf qui, trouvé à Ampurias, est conservé au Musée de Gérone et qu'a publié M. Léon Ileuzey", est d'origine orientale ; il a été importé par les Grecs, avec bien d'autres sans doute du même genre qui n'ont pas été recueillis. Je ne doute pas, d'autre part, que M. l'ingénieur Siret n' ait trouvé encore d'autres vases phéniciens ou puniques dans la nécropole de Yillaricos- Baria. Mais somme toute, et jusqu'à plus ample informé, il est surprenant que l'importation de céramique ait laissé si peu de trace, car elle fut à coup sûr considérable puisqu'elle a exercé une influence si nette et si certaine sur l'industrie ibérique.
Quant aux différences, elles portent d'abord sur l'ornementation qui jamais ne se confond absolument, je l'ai dit plusieurs fois, avec l'ornementation grecque ou italiote, et ensuite sur la nature de l'argile, sur les formes des ustensiles et, ce qui a plus d'importance encore, sur l'aspect de la couleur et la manière dont elle est appliquée sur les vases.
Je n'aurais pour l'établir qu'à reproduire ici les remarques que j'ai faites sur ces divers sujets. Je rappellerai seulement que les récipients très peu nombreux qui nous sont parvenus intacts, ou qu'il est possible de restituer, n'ont que très exceptionnellement des similaires dans les séries orientales, mycéniennes ou grecques archaïques.
1. Rœmische Mitteilungcn, 1900. Voyez 2. Monuments Piot, 1901, Le taureau
surtout p. 7G, fig. 20 (Gava di S. Aloe). chaldéen à tête humaine, fig. 5 et 6.
D'autre part, si des ressemblances ou des différences dans la couleur et la densité de deux pâtes céramiques ne prouvent pas grand'chose sur leur communauté ou leur diversité d'origine, du moins en ce qui concerne le choix et l'application des couleurs, en un mot la technique de la peinture ornementale telle que je l'ai analysée en son lieu, les vases que j'appelle ibériques ne donnent jamais la même impression que ceux auxquels on peut les comparer pour le style du décor.
Par exemple, en aucun cas, quelle soit peinte directement ou sur engobe, la couleur n'est lustrée; elle est toujours mate, je dirai même terne, et l'on sait que c'est le contraire qui se produit le plus souvent en Grèce. Seulementquelqucs vasesehyprioles, thérécus et mycéniens, ceux-ci même très rares, tous appartenant à la plusloinlaine époque, manquent de cette glaçurc qui donne aux couleurs, noir, jaune ou rouge, une résistance et un éclat exceptionnels. Ceux mêmes des tessons ibériques qui semblent de fabrication récente, comme je le dirai, diffèrent en cela des céramiques fabriquées dans les pays de la Méditerranée égéenne. C'est bien la preuve que les vases primitifs d'Espagne sont de fabrication espagnole ; les potiers de ce pays ont bien su imiter le décor, il n'ont pas connu le secret précieux du lustre et de la glaçure ; leurs couleurs restent perpétuellement mates et quelquefois sans solidité ; un lavage un peu prolongé peut effacer, je l'ai dit, les dessins des plus beaux vases de l'Amarejo.
De même, les exemples d'engobe sont la très rare exception en Espagne, et jamais je n'en ai observé un seul de retouches ou de rehauts en couleur différente, comme on en voit souvent dans la plus ancienne fabrication, en pays classiques.
Je ne manquerai pas de noter aussi que l'imagination des potiers ibères est beaucoup moins vive et riche que celle de leurs maîtres. On sait l'extrême difficulté qu'a la critique à classifier nettement les vases primitifs de la Grèce: à quelles nombreuses subdivisions sont obligés de recourir ceux qui veulent écrire l'histoire du style géométrique et du style mycénien depuis ses lointains débuts en Troadeou àïhérajusqu au seuil de l 'âge classique à Athènes ou en Béotie, tant il y a de variété dans un même pays ou d'un pays à l'autre, et aussi à la même époque et
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dune époque à l'autre. Les céramistes ibères sont pauvres et monotones ; leur décor géométrique se traîne en des motifs peu nombreux, très simples et toujours les mêmes. La circonférence leur a fourni quelques combinaisons heureuses, mais les dessins rectilignes sont mesquins et sans variété ; ils n'ont pas utilisé, par exemple, la souplesse de la grecque, dont les Hliodicns, les Attiques, les Béotiens ont tiré de si ingénieux ornements, et se rapprochent en cela des Ilalo-Grecs. Le décor floral de Mycènes est parfois d'une véritable splendeur, que les peintres copient ou qu'ils interprètent la nature. Tel vase mycénien porte des fleurs d'une élégance raffinée ; l'art décoratif a rarement dessiné et disposé la plante avec plus de souple richesse. En Espagne, jusqu'ici, ne s'est révélé rien de tel. Les fragments de l'Amarejo ne sont qu'un essai assez maladroit ; les plantes sont dessinées confusément ; leurs tiges enroulées ou droites ne témoignent que d'une facture conventionnelle et routinière. Et quant aux animaux, qui dénotent plus de goût et d'habileté, on voit sans peine qu'ils n'ont rien de réel ; les peintres les représentent selon une formule acquise ; la faune de leur pays ne les a pas plus inspirés que la flore ; leurs oiseaux, leurs poissons, leurs quadrupèdes sont de purs êtres imaginaires et, jusqu'à nouvel ordre, il faut avouer que rien ne vaut ici ces heureuses figures des vases mycéniens, les pieuvres d'Ialysos, de Chypre ou de Mycènes, dont l'air fantastique et féerique n'empêche pas l'identification précise.
Je viens d'écrire les mots de convention, de routine et de formule ; je dois insister sur ces reproches, dont la portée est particulièrement grave en ce qui concerne l'industrie des Ibères. La question, fort délicate, se joint d'elle-même à la question de dates, qui ne l'est pas moins.
Quelques-uns seulement des débris ou des vases dont j'ai parlé proviennent de fouilles scientifiques et même de sondages plutôt que de fouilles. Ce sont ceux que j'ai rapportés de l'Amarejo et de Meca. Tous les autres, du moins ceux que j'ai recueillis personnellement à l'Alberca de Murcie, à Elche, à Lorca, à Rojales, à Monteagudo, étaient à la sur-
face de sols maintes fois remués : ils étaient dispersés pcle-mêlc avec une infinité de morceaux dont les uns, faits à la main, représentent l'industrie la plus grossière et la plus reculée, celle que les Espagnols appellent proto-historique, dont les autres sont incontestablement d'époque romaine, je parle de la vaisselle samienne, du barro saguntino.
A l'Amarejo, j'ai fait plusieurs tranchées en croix au sommet du mamelon ; je n'y ai trouvé aucune trace de construction, mais seulement des fragments de poteries mêlés avec beaucoup d'os d'animaux, par exemple des mâchoires de chiens et de sangliers et des dents de chevaux, avec cela beaucoup de cendres. Au ilanc de la montagne, qui semble étagée par terrasses, j'ai trouvé en grande majorité des tessons de vaisselle très rude et primitive ; la terre en est noire, avec des petits cailloux blancs amalgamés, et très épaisse : puis venaient confusément, et non par couches, des tessons plus soignés, d'une terre grise et peu compacte ; plusieurs petits plats et petits pots sans valeur de cette classe ont même été retrouvés intacts ; enfin, un grand nombre de débris du style de ceux que j'ai déposés au Louvre, à décoration géométrique ou florale. Le butin le plus important consiste dans les restes de deux grandes jarres ; elles étaient enfouies à près de deux mètres de profondeur, tout à côté d'un foyer à l'air libre qu'abritait seulement la paroi verticale au pied de laquelle il était situé. Le sol en était formé d'un dallage de briques crues, en terre rouge vif, que la chaleur avait fondues et soudées ensemble. Sur ces briques reposaient une épaisse couche de cendre, puis des ossements calcinés et des fragments de poteries communes, tous brûlés, quelques-uns couverts encore de suie. Ces détails sembleraient indiquer une époque très ancienne, et de fait je crois que la céramique de l'Amarejo est plus ancienne que celle de l'Alberca de Murcie ou d'Elche, comme je l'établirai tout à l'heure. Cependant, je ne dois pas dissimuler que j'ai recueilli au môme endroit, dans la même couche de terre, deux petits débris que j'ai conservés avec soin comme deux précieux témoins, ce sont deux morceaux de vases grecs (Fig. 2 et 0). 1). Paseual Serrano, deBonete, m'avait bien dit avoir trouvé dans des tombeaux, tout au pied de l'Amarejo, des vases qu'à la deseriplion qu il m en laisait je
devais tenir pour grecs ; mais le fait me paraissait peu vraisemblable. Il n'y a plus maintenant à le mettre en doute. Mais ce qu'il y a de déconcertant, c'est que les débris recueillis par moi n'appartiennent pas même à l'âge archaïque ; tous les deux proviennent de vases à figures rouges. Sur l'un on voit une palmette, sur l'autre est peinte une guirlande de myrte, en blanc. En somme, ils peuvent remonter l'un et l'autre au ivc siècle avant notre ère. Des lors, je n'ose plus faire de conjecture sur l'âge des vases de l'Amarejo, et par suite sur l'âge de la céramique espagnole à influences helléniques en général, surtout si je me rappelle que M. Pedro Ibarra a trouvé une monnaie romaine, un as, dans un vase à décor géométrique de l'Alcudia d'Elche. Son témoignage ne peut être mis en doute.
Un fait sans plus me parait hors de discussion, et c'est celui même qu'ont établi, je l'espère, les deux premiers chapitres de ce livre. C'est que longtemps avant la fondation des comptoirs phocéens sur la côte orientale de l'Espagne, les habitants de ce pays ont reçu la visite des marchands, les productions industrielles des peuples occupant le monde devenu plus tard le monde hellénique. Le style mycénien s'est répandu dans les ateliers des potiers espagnols à une époque certainement bien antérieure à l'établissement des Grecs à Emporia?. Les Grecs du vn° siècle, en allant coloniser les rivages de l'Espagne, n'ont pas ouvert des débouchés nouveaux à leur commerce, ni frayé des chemins inconnus ; ils n'ont fait que suivre un mouvement depuis longtemps commencé. Ils n'ont été, comme importateurs de vases et d'ustensiles de terre cuite, que les successeurs des Mycéniens (on sait dans quel sens j'emploie ce mot, faute d'un meilleur) et de tous les peuples dont les arts découlent, avec plus ou moins de rigueur, de l'art des Mycéniens.
Mais il faut faire ici une constatation imprévue et très curieuse. Les Grecs, ceux du vie siècle, ceux du v° et des suivants, les archaïques et les classiques, n'ont pas eu sur les céramistes de l'Espagne la même influence que leurs lointains prédécesseurs.
Les Ibères ont connu les vases grecs proprement dits, à figures noires ou à figures rouges, aussi bien que les vases mycéniens, ioniens ou italiotes; cela ne fait aucun doute, puisqu'on en a trouvé d'innombrables
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spécimens disséminés un peu partout dans le sol de la Péninsule, mêlés à la poterie indigène, à Redobân, à Elche, à l'Amarejo, tout autant qu'à Ampurias ou à Villaricos ; ils les ont connus et appréciés, ils les ont achetés au même titre que les statuettes archaïques de bronze qu'ils aimaient à conserver. Mais cette industrie nouvelle, si originale et si parfaite, n'a eu sur l'industrie traditionnelle qu'ils cultivaient qu'un effet superficiel, j'allais dire nul. Ceux qui avaient subi l'autorité d'arts encore primitifs, qui s'étaient complu dans l'emploi de thèmes décoratifs empruntés à des modèles très naïfs, hésitants encore, ne se sont pas laissé aller au charme d'images nouvelles, bien faites pourtant pour séduire et s'imposer.
Depuis l'apparition du style mycénien en Espagne jusqu'à l'époque romaine, il ne semble pas que les formes céramiques se soient modifiées, qu'elles se soient étirées, amincies, galbées avec plus d'élégance et de délicatesse. Les Ibères n'ont adopté, en fait de type gracieux, que l'œnochoé à bec trilobé, mais lœnochoé n'est pas une invention des Grecs proprement dits ; elle est extrêmement ancienne, puisqu'on la trouve déjà par exemple dans la plus ancienne poterie chypriote1. Mais ni la cylix à. pied élevé et à anses horizontales, ni le cantharc, ni lamphore, ni l'hydrie ne les ont inspirés ; ils n'ont pas compris limportance du lustre et du vernis, qui rendent les dessins plus brillants et plus solides : et en ce qui concerne la technique, ils sont arrivés tout au plus, à l'exemple des Grecs, à mieux préparer leur argile, à rendre leur pâte plus fine, plus serrée, plus légère et de très mince épaisseur. Quant à l'ornementation elle-même, il faut avouer, quelque étonnement que cet aveu nous cause, que les progrès accomplis par les Grecs n'ont presque pas servi aux Ibères. La figure humaine, dont le rôle décoratif devient prépondérant dans les ateliers helléniques, reste le plus ordinairement en dehors des thèmes ibériques. Je n'ai pu signaler, on se le rappelle, que deux très primitifs essais de représentation humaine \ l'un (Fig- 197).
1. E. Pottier, Vases antiques du Louvre, personnages vêtus, et »c tenant par la main,
pi. 8, A n4- Le vase est authentique — j'en ai eu sous les
a. On m'a signale un vase, trouvé dans les yeux un fragment — mais je ne puis en parler
environs de Orihuela ou de Murcie, où semble avec compétence, n'en ayant vu qu'un som-
dessinée sur la panse une sorte de ronde de maire et imparfait croquis.
très ancien sans doute, antérieur à l'époque classique, l'autre plus récent peut-être, ou Ton retrouve un débris de silhouette noire (Fig. 198). Et en dehors de ces très humbles tessons je n'ai réussi jusqu'ici à noter comme témoignages de l'influence de la céramique classique que cinq fragments, deux où restent quelques lettres d'une inscription ibérique (Fig. 202 et 2o3), un autre, trouvé à l'Amarejo, où sont tracées des oves du plus pur dessin (Fig. 209), un quatrième où sont accolés des rinceaux peints avec une légèreté, une précision, une élégance de contour qu'auraient admirées les plus ingénieux des décorateurs attiques (Fig. 177), un dernier enfin où l'anse se rattache au corps du vase derrière une tête chevelue de style assez avancé, modelée en relief (Fig. 2o4).
Certes, il est fort possible que des découvertes ultérieures viennent ébranler, sinon détruire mes conclusions. Plus que personne je désire que la trouvaille de quelque vase largement inspiré des plus beaux vases grecs prouve bientôt que, comme les sculpteurs, les céramistes ont été les heureux disciples et à la fois les émules des Grecs ; qu'à côté du buste d'Elche on puisse dresser un vase qui témoigne du même talent à la fois original et tout imprégné du génie grec. Mais je crains bien qu'il n'en soit pas ainsi. L'Alcudia d'Elche n'a pas sans doute révélé tous ses secrets, mais on peut dire que depuis de si longues années qu'on en retourne la surface, que des milliers et des milliers de tessons y ont été recueillis, ibères, grecs et romains, tous les types céramiques qu'elle renfermait nous sont connus par quelque débris. C'est là cependant qu'il y aurait eu le plus de chances de trouver le chef-d'œuvre rêvé ; Elche, plus que toute autre ville semble avoir eu le privilège d'une culture artistique raffinée.
Les choses étant ainsi, je me crois en droit d'affirmer que l'histoire de la céramique des Ibères n'a qu'un chapitre, un chapitre long et intéressant, à coup sur, mais unique. Pendant de longs siècles, jusqu à la conquête romaine, après même cette conquête, ils sont restés fidèles au style qu'ils avaient emprunté à leurs premiers fournisseurs orientaux et qu'ils avaient du reste marqué de leur empreinte personnelle. Ce style, pendant une longue période, s'est modifié à mesure que se modifiaient de
leur côté les styles qu'il imitait, et si les vases à décor floral font surtout songer à Mycènes, les vases géométriques rappellent plutôt les vases italiotes, et les vases à figures animales sont proches parents par certains côtés des vases proto-attiques et proto-béotiens.
Mais bientôt, quand le style primitif a fait place dans les régions orientales au style archaïque, et le style archaïque au style classique, il y a eu comme un brusque arrêt de développement parallèle dans la Péninsule occidentale. Le style céramique d'Ibérie s'est figé, et c'est là surtout que l'on peut parler de la longue survivance du style mycénien et du style géométrique.
Que si l'on recherche les causes d'une si fâcheuse aventure, peut-être est-il facile de l'expliquer. Bien que les historiens de la céramique grecque réussissent sans trop de difficultés à montrer que les fabricants sont passés par une suite de transitions logiques des œuvres primitives aux œuvres classiques, et qu'ils établissent une filiation toute naturelle des vases de style mycénien aux vases à figures rouges, il n'en est pas moins vrai que si, supprimant les intermédiaires, on place brusquement en face l'une de l'autre une grande hydrie proto-attique et une coupe d Euphronios, un spectateur non prévenu aura peine à reconnaître leur parenté et sa surprise sera grande lorsqu'un archéologue la lui fera comprendre. La même surprise a dû saisir les Ibères : les premières peintures de vases archaïques à figures noires, lorsqu'ils les ont vues d abord, les ont étonnés, sans doute, et ne les ont pas ravis, parce que vraiment elles ne sont pas d'une telle beauté que l'effet en puisse être irrésistible. Habitués à leur décor géométrique ou floral, habiles à dessiner leurs agencements de raies, de cercles et de spirales, leurs plantes chimériques, leurs fantastiques monstres conventionnels, ils n'ont pas pensé qu'il valût la peine de rien changera leurs habitudes. La clientèle achetant avec plaisir des ustensiles dont les ornements aussi bien que les formes satisfaisaient depuis longtemps son goût et plaisaient à ses regards, ils n'ont pas cru prudent d'essayer de changer ses habitudes et de lui imposer des créations nouvelles. La routine, en art et en industrie, sort à la fois de la paresse et de la timidité des artistes et des fabricants et de la patience et de l'indifférence du publie. D'ailleurs, les rapports entre la Grèce et l'Espagne
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devenant de plus en plus faciles et fréquents, les importations de vases grecs se multipliant avec plus d'aisance, il était plus simple d'acheter directement ces produits et d'en faire usage que de demander aux ateliers locaux d'en fournir d'aussi beaux et d'aussi décoratifs, faits à leur imitation. Toute la poterie de luxe fut désormais de la poterie fabriquée en Grèce.
11 faut bien dire aussi que sous sa forme nouvelle la poterie grecque était plus difficile à imiter. Si Euphronios, parexemple, est arrivé à exécuter ses chefs-d'œuvre, c'est sans doute avant tout parce qu'il avait un merveilleux talent ; mais c'est aussi parce que le potier avait su lui préparer la surface admirablement unie et polie de l'argile la plus fine ; c'est parce qu'il avait à sa disposition une couleur dune fluidité parfaite, que le plus ténu brin de pinceau pouvait déposer en lignes minces sans crachures ni bavures ; c'est, en un mot, parce que le potier et lui-même, le peintre, avaient des procédés, peut-être des secrets de métier et d'art qui les servaient au mieux de leurs efforts et de leurs désirs. Mais ces procédés, ces secrets ne se devinent pas à la simple inspection des vases ; il faut, pour les connaître, les apprendre ou les surprendre dans les ateliers ; et probablement jamais les potiers ibères n'ont songé à aller se mettre à l'école à Athènes ou à Corinthe.
Enfin, s'il est en somme assez aisé d'acquérir une souplesse, une dextérité de main suffisante pour reproduire avec de légères variantes, qui ne demandent pas grande imagination, des combinaisons de lignes droites et de lignes courbes, pour dessiner élégamment des rinceaux et des plantes selon des types depuis longtemps connus: si un décorateur un peu versé dans son art et formé par une longue tradition doit arriver sans peine à peindre agréablement des animaux de pure invention, dés monstres de rêve ; si l'exécution de toute cette imagerie de convention, hors de la nature et de la vérité, n'exige point du tout d'imagination et exige très peu de qualités de facture, il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de dessiner et de peindre la figure humaine dans sa réalité vivante. Je comprends que les décorateurs espagnols aient hésité à suivre les Grecs dans cette voie nouvelle, toute hérissée d'obstacles, et que, ne se sentant pas capables de les imiter et de les suivre, même de loin, ils
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aient préféré ne pas tenter cette nouvelle fortune et s'endormir dans la sécurité tranquille de leurs habitudes. Du reste, les Grecs ont marché d'un tel pas à Ta conquête de la forme parfaite, si peu d'années séparent les plus simples vases archaïques des chefs-d'œuvre des maîtres du ve siècle que, si l'on admet que les Ibères ont eu à un moment une hésitation à suivre les progrès de la céramique grecque, on doit en conclure qu'ils devaient forcément renoncer à cette poursuite : ils furent trop vite dépassés et distancés de trop loin.
Avouons d'ailleurs que les Ibères n'avaient pas de dispositions très marquées pour l'étude et la représentation de la figure humaine. Je ne l'ai pas dissimulé dans le chapitre précédent ; si l'on met à part le buste d'Elche, si l'on excepte un certain nombre de têtes du Cerro de los Santos, toutes les œuvres de sculpture sorties de la main des Ibères que nous connaissons jusqu'à présent sont d'un art maladroit ; on ne doit pas même exclure de ce jugement la grande statue du Musée de Madrid. L'auteur du chef-d'œuvre du Louvre a un génie si exceptionnel qu'on a soutenu qu'il était grec ; quelle preuve plus frappante de la médiocrité de la plupart de ses émules. L'art du Cerro vaudrait bien peu, s'il ne rachetait par l'originalité de son caractère la faiblesse de sa technique. Presque toujours, en s'attachant à reproduire les formes d'un corps ou l'expression d'un visage, les sculpteurs n'ont réussi qu'à façonner des statues dont la valeur archéologique l'emporte sur le mérite d'art ; ils ont donc assez mal profité, en général, des leçons et des modèles que leur fournissaient les Grecs ; il a fallu l'admirable découverte d'Elche pour relever et réhabiliter les premiers artistes espagnols. Dès lors, qu'y a-t-il d'étonnant à ce que d'humbles peintres de vases, de simples ouvriers dont l'éducation devait être bien plus rudimentaire. n'aient pas osé s'attaquer à la représentation de l'homme et de la femme et peindre, comme les Grecs, des dieux, des héros ou de simples mortels, des scènes de la vie mythylogique ou de la vie réelle? Faut-il leur en vouloir de s'en être tenus aux leçons apprises, aux sujets, aux motifs de décoration que leurs ateliers s'étaient transmis à travers les âges ?
Soit, dira-t-on ; ainsi s'explique la rouline, si elle ne s'excuse pas. Mais comment se fait-il que les traditions routinières se soient conservées si
longtemps? Une loi fatale, et d'ailleurs fort heureuse, veut, quand un art ou une industrie ne progressent pas, qu'ils végètent peu d'années et meurent, ou bien qu'ils se rénovent par un effort vigoureux. La céramique des Ibères devait se régénérer ou périr.
Le fait est qu'elle n'a pas su se refaire une jeunesse et une force ; elle n a pas été sauvée par une heureuse réaction, ni par une invention féconde de génie, et de ce fait je ne puis pas deviner la cause. La vérité est encore que, malgré les apparences, elle est morte de bonne heure, car durer ce n'est pas toujours vivre. Remplacer l'étude des bons modèles et l'observation de la nature par une simple habileté de métier ; se satisfaire à bon compte de ce qui plaisait à de nombreuses générations antérieures et répéter à satiété, d'un pinceau blasé, les mêmes ornements mille et mille fois vus, c'est s'enlizer pour disparaître.
Et c'est bien la fatalité à laquelle n'ont pas échappé les potiers ibères. Un détail que j'ai signalé nous le montre parmi bien d'autres. Qu'on se rappelle ces nageoires de poissons se déroulant en fantaisistes spirales, ces corps d'oiseaux accostés de rinceaux et de fleurs, cette invraisemblable queue de lièvre tortillée en vrille : tous ces détails dessinés sur des fragments trouvés à Elche sont de style et de facture très poussés et sans aucun doute de date récente. Mais où faut-il qu'un art en soit tombé pour s'amuser à ces jeux bizarres? Les animaux les plus fantastiques de l'art grec primitif et archaïque, les monstres qui semblent le moins conformes à la réalité vivante nous intéressent et peuvent nous charmer, malgré leur étrangeté, parce qu'ils sont sincères et qu'on y découvre nettement une inspiration de nature : mais la plaisante invention des Ibères nous laisse froids et désappointés et nous fait à peine sourire ; elle n'est que le stérile effort d'une industrie perdue. Du jour où les décorateurs de vases ont renoncé à la recherche de formes et de thèmes nouveaux, où ils se sont contentés, en guise de progrès, de tracer leurs dessins et leurs images conventionnels avec plus de netteté, de fermeté, d'une main qui ne tremblait plus, mais sans que leur esprit fût en rien engagé dans l'affaire, ils ont pu répandre les vases par milliers dans toute l'Espagne et en assurer pour de longues années le débit, ils ont pu gagner beaucoup d'argent ; mais du moment qu'ils cessaient de
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créer, ils cessaient d'exister pour l'art : ils avaient mis le point final à la page de leur histoire. Les produits de leurs ateliers, qu'ils datent en réalité du Ve siècle ou de l'époque romaine, sont toujours pour la critique antérieurs à ces dates.
Que si l'on veut maintenant établir une chronologie des vases ibériques comparés entre eux, la chose n'offre pas une très grande difficulté, et d'après les analyses que j'ai faites des plus importants exemplaires, je crois que l'on peut proposer un ordre de succession assez probable.
Il me semble que si je place un des fragments à décor floral de l'Amarejo à côté du fragment d'Elche reproduit par la figure 87 (c'est à dessein que je ne choisis pas le fragment de la PI. I. par exemple), ce dernier paraît d'un art plus récent et plus habile. Au lieu de traits, de tiges et d'enroulements imprécis, tracés comme au hasard, sans fermeté, avec un désir évident d'aller vite, je vois un dessin sur de lui, une spirale irrégulière, certainement, comme on peut l'attendre d'un pinceau conduit à main levée, mais nette et bien détachée ; je devine aussi une composition étudiée, aisée et ferme. A plus forte raison, les grands morceaux d'Elche, malgré leurs maladresses, paraissent-ils d'un style plus mûr, d'une technique plus assurée. Je note d'autre part que le grand tesson d'Elche au Musée de Madrid (PL I) porte, au-dessous des animaux, les restes d'une zone de cercles concentriques dont le motif est fréquent partout. Ces dessins sont formés avec une régularité et une précision mécaniques, au moyen du compas, dont l'emploi paraît vraiment exclusif. L'ornement est très ancien, mais il s'est perpétué en s'affînant et pour ainsi dire en se rajeunissant.
Si je compare ce procédé savant avec la maladresse du décor rectiligne toujours tracé à la main sans le secours de la règle et sans grande recherche de symétrie ni de correction, nesuis-jc pas autorisé à dire que notre céramique se divise en trois grands groupes qui se sont ainsi succédé dans l'ordre du temps :
i° Poterie à décor géométrique et à décor floral irrégulier : 2° Poterie à décor géométrique et à décor floral régulier: 3° Poterie à décor animal, avec persistance d'importants éléments linéaires et floraux de style régulier.
Il va sans dire que tous ces groupes ont certainement empiété l'un sur l'autre et qu'un grand nombre de vases tiennent à la fois des trois systèmes et des trois époques.
Un fait d'ailleurs se dégage, c'est que cette céramique, jusqu'à présent si peu connue, à trouvé son expression la plus complète et la plus parfaite dans celte même ville d'Elche que déjà la découverte de la Dame d'Elche nous a montrée douée de véritables privilèges artistiques et qui prendra, j'en suis sûr, une place exceptionnelle dans l'histoire de l'art antique le jour où l'on pourra sérieusement explorer le sol de l'Alcudia.
Cette étude delacéramiqueprimitivedel'Ibérie ne seraitpas complète si je ne cherchais pas à faire une enquête sur la fabrication des figurines de terre cuite qui, dans les pays de l'antiquité classique, a toujours accompagné l'industrie des vases. Mais il est fort curieux qu'ayant eu en abondance de l'argile excellente, et passés maîtres en l'art de façonner et de décorer les vases, les Ibères n'aient montré aucun goût pour la coroplastie. Ces imitateurs ne semblent pas s'être appliqués à cet art ingénieux et lucratif
I . Le lecteur s'étonnera peut-être que je ne parle pas, clans ce chapitre de la céramique, du fameux plat celtibérien à umbo, à figures et inscriptions en relief, dit vase de Ségovie qu'a publié M. À. Heiss dans la Gazette archéologique, 1888, p. 3i2 et pi. ko, et auquel le professeur si regretté E. Hiibner a donné une place dans ses Monumenta linguse ihericx, n° XXXIV. C'est que la bonne foi de ces deux hispanisants, malgré leur compétence, a été surprise. Le plat est faux, et ne peutqu'ètrc faux. M. A. Kngel, dans la Revue archéologique (1896, p. 226, 227 et pi. XVII) l'a établi aisément. On a signalé actuellement quatre exemplaires de cette ultra moderne antiquité; M. Engel et moi-même avons vu plusieurs de ses congénères, tout à fait dignes de la famille. On connaît admirablement aujourd'hui les lieux de fabrication, les fabri-
cants, les vendeurs et les courtiers. Il a été très aisé de démasquer cette coupable, mais lucrative industrie, et cela a été fait plusieurs fois, en dernier lieu par l'illustre D. M. R. de Berlanga dans le Bulletin hispanique (1904), à propos de falsification de monnaies antiques (Fig. 212). Ce sont les mêmes faussaires de Totana (près de Murcie) qui ont inondé l'Espagne et voudraient inonder la France de ces Aases prodigieux dont on ne sera pas fâché de voir ici trois spécimens — et non pas des plus grotesques — pour se mettre en garde contre toute mystification (Fig. 21 3). On a déjà vu des vases de Totana chez des brocanteurs, à Paris ; le musée de Marseille, mieux inspiré que le musée municipal de Barcelone, a su s'en préserver grâce à l'heureuse défiance du conservateur, mon ami Michel Clerc.
Vie 21 a, — Plat ibérique faux, dit de Ségovie.
Fie. 2i3. — Vases ibériques faux de la fabrique de Tulana.
que les Grecs ont cultive avec passion, car il plaisait aux pauvres qui pouvaient contenter leurs divinités à bon compte, grâce à lui, et les riches, amateurs de fins et délicats bibelots, y trouvaient aussi leur compte.
M. E. Hûbnér déclare bien qu'il y eut en Espagne des fabriques indigènes de terres cuites, mais il avoue qu'on en connaît bien peu d'exemplaires, et il ne cite que quelques idoles très simples et de caractère local assez antique au Musée de Tarragone '. Au Catalogue du Musée, publié par M. Ange! del Arco y Molinero, je ne trouve aucune trace de ces figurines. Il n'y est indiqué, sous le numéro 2584, qu'une tête de taureau ayant deux lettres gravées sur le sommet du crâne. J'ai vu ce fragment; le taureau, qui a la tête couverte de bandelettes, me semble de travail romain2. Je ne serai pas plus aiïirmatif pour un bucrâne qui se trouve au Musée archéologique de Madrid, et qui provient, paraît-il, de Palencia 3. Je me défie aussi d'une femme nue, ayant les deux bras levés et les mains posées au-dessus de la tête. Elle est indiquée à l'inventaire comme provenant de Triedra, dans la province de Valladolid ; mais elle me semble bien mexicaine, ainsi qu'un petit torse féminin enveloppé dans un manteau dont l'étoffe est décorée d'un semis de petits cercles gravés et d'un autre torse de femme nue, sans bras4.
Ce qui m'incite à n'accepter que sous toutes réserves ces minces débris comme ibériques, c'est que je n'ai aucun moyen de contrôler leur authenticité, et que je suis frappé d'ailleurs de ce fait que les archéologues espagnols, comme Cean-Bermûdez, si attentifs à signaler les moindres fragments de statues, d'inscriptions, les moindres objets de bronze, ne parlent jamais, que je sache, de trouvailles de figurines de
i. Arqueologia de Espaiïa, p. 267, § 167. terre cuite ont été trouvées récemment à
A la page suivante, M. Hûbner ajoute :« Dans Gonsuegra (Boletin de la Academia, XII,
beaucoup d'histoires locales, dans l'œuvre du 1898, p. 340).
comte de Lumiares et dans quelques publications 2. L'objet est classé sous la rubrique Cera-
particulières, aussi bien que dans le livre du mica griega, p. 168, n° 2584. Les lettres
mèmeauteur, Barros Saguntinos, il a été pu- sont les suivantes IN. Il n'y a pas de raison
bliédes objets de terre cuite de diverses classes. pour les dire ibériques. Mais il n'existe pas une monographie de ces 3. N° i4o6q.
nombreux monuments, si intéressants pour 4- Ces deux objets sont aussi au Musée de
l'histoire de l'industrie et du commerce... Une Madrid, amphore romaine et une petite figurine de
terre cuite. Si l'on en trouve si peu. ou pour mieux dire si l'on n'en trouve pas, on peut, jusqu'à nouvel ordre, penser que c'est parce que la fabrication n'en fut jamais active.
Cependant il y a eu des ex-voto d'argile au Cerro de los Santos ; j'ai vu dans l'armoire où sont exposés les menus objets recueillis en ce lieu, au Musée de Madrid, une petite tête d'homme à très grandes oreilles, dont la face est à peine modelée et où se détache seulement un longiez proéminent; le style s'accorde assez avec celui des bronzes primitifs. C'est bien là une terre cuite indigène; je suis tenté d'en dire autant d'une figurine qui se trouve au Cabinet de l'Académie de l'Histoire, à Madrid. Elle est d'assez grandes dimensions et ne ressemble que peu aux statuettes orien laies, grecques ou romaines de type analogue que je connais (Fig. 2I4)1. C'est une déesse-mère assise sur un vaste trône à large dossier. Elle i: a les bras allongés le long des côtés et „ , ... ., , . , . .
o c1 I'ig. 214. — I erre cuite. (Académie
des cuisses et dissimulés sous l'ample robe <lp l'Histoire, à Madrid.)
qui la vêt depuis le cou jusqu'aux pieds. Un
grand voile qui s'évase en une sorte de large auréole est maintenu audessus de la tête par un haut polos cylindrique. Les pieds sonl posés sur un tabouret, ou plutôt sur une plinthe qui fait corps avec le trône. Celui-ci est très large et n'a pas de bras. Le personnage est assez sommairemenl modelé, mais non sans adresse : on seul les jambes, les bras, les seins sons
I. Hauteur: om,35. Pas de numéro, .le dois dire cependant que nombre de terres cuites grecques peuvent être rapprochées de celle-ci. Par exemple je citerai Slac.kclbcrg, Grseber der Hellenen, p. '\?> (la déesse du milieu) et surtout PI. LVII, LV1II. Ces figurines sont d'un art beaucoup plus avancé que celles de Cabeza del Griego. D'autre part le Père De-
lattrc a trouvé dans îles tombes de Cartilage des déesses mères du même type que celle de Madrid; mais est-il bien sur qu'elles soient puniques ? (H. P. Delattre, Xéctopole Punique voisine de Sainte-Monique, ■>'■ sem. des fouilles, 1898, p. 8, lig. i.\, et p. ij (Extrait du Cosmos).