‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 2)Chapitre 31 sur 81 · Cean-Bermûdez, Sumario elc., au mot Jumilla · texte numérisé non relu

Cean-Bermûdez, Sumario elc., au mot Jumilla

2. Juan Lozano, Historia antiqua y moderna de Jumilla (Murcie, 1800), p. 106 et ligure. L'auteur dit qu'il y a des caractères phéniciens graves sur l'idole; il faut corriger sans doute en caractères ibériques.

3. La tète de cette figurine, avec ces deux pointes sous le menton, me fait songer à une idole grecque bien connue de la série dite « des lies », où l'on reconnaît d'ordinaire un

joueur de double flûte.

4. Emile Taillebois, Deux objets d art ibériens, Caeu, 1890 (Extrait du Bulletin monumental, 1890). M. Taillebois a aussi parlé de cette figurine dans le Ilolettn de la Collusion de monuinenlos de Xavarra, 189.), p. 77. Les Espagnols donnent à l'objet le nom à: Idole de Larumbe (voy. .1. H. Mélida, Revista de archivos, 1897, p. i5?. et 1900, p. 76). M. Salomon Rcinacli en a donné un croquis dans le Chirac de poche, II, '91.

informes, montrant seulement des rudiments de doigts. L'artiste n'a pas su détacher les bras du corps, auquel ils restent collés en partie; le bras droit, fait comme un boudin, est levé à la hauteur de l'épaule, la main tenant un objet long et rond ; le bras gauche, de même facture, a la main levée, bénissante et largement ouverte en patte de crapaud; les doigts sont détachés, mais informes ; les épaules tombantes et à peine accusées ; un gros cou surmontant un corps massif et carré.

« La tête est ronde comme une boule, avec la chevelure venant en frange au sommet du front ; deux petites excroissances représentent les

FlG. 221 et 222.

Idole de Gulina.

oreilles. La figure est plate, le nez écrasé, deux trous ronds pour les yeux, et une entaille formant la bouche. En somme, une figure barbare et bestiale qui ne manque cependant pas d'une certaine expression. Une coupure ancienne, partant du front, sépare le nez de l'œil droit.

« A quel sexe appartient notre personnage:' Au premier abord, en voyant ses seins fortement accusés, on pourrait croire que c'est une femme, mais un examen plus attentif oblige à reconnaître qu'il s'agit d'un homme dont l'indice viril a été cassé. Du reste la forme générale, la pose, l'expression delà ligure, semblent appartenir plutôt à un homme qu'à une femme...

LES FIGURINES DE BRONZE l5~

(( Quant au personnage, c'est évidemment une divinité, sa pose le prouve. L'objet que la main droite lient levé nous paraît être un bâton de commandement, l'insigne de l'autorité du dieu. La main gauche levée et largement ouverte, c'est la main du dieu qui bénit. »

M. ïaillebois est d'avis, et je suis d'accord avec lui. que ce petit bronze est ibérique. Je suis beaucoup moins sûr qu'il ait subi l'influence de l'art punique, et les arguments que lait valoir en ce sens cet archéologue ne m'ont pas convaincu; tout au plus pourrait-on dire que celte insistance à exagérer les caractères sexuels peut avoir son explication

Frc. 223-226. — Idoles du Musée de Madrid.

dans l'influence de l'Orient. Mais je trouve simplement dans la figurine un nouvel exemple de la rudesse artistique des premiers Ibères.

Le Musée de Madrid possède quatre petites idoles, trois entrées dans les collections avec les objets du fonds Miro et la quatrième avec le fonds du marquis de Salamanca (Fig. 223-2^6), toutes plus hideuses les unes que les autres et déliant toute description autant par la barbarie de la facture que par l'obscénité naïve du sexe. Ce sont les frères de l'idole de (lulina. Les seuls détails bons à noter, c'est que parfois le corps s'allonge depuis le bas ventre jusqu'aux épaules, au lieu de rester court et rond (Fig. 2a V). et que l'on peut constater ici où là le travail de la lime et celui du burin : la lime sert à façonner grossièrement

Ii)c

le visage, en particulier la bouche, qui est formée par une simple coche triangulaire (Fig. 22/i et 226) ; le burin est employé pour indiquer le cercle des yeux et les mamelons des seins (Fig. 226). Trois des idoles ont les bras levés, la quatrième les a ramenés contre la poitrine ; c'est celle que reproduit la figure 22G ; on voit que ces bras sont réduits à l'état de moignons informes.

C'est au même type que se rapportent quelques figurines des Musées d'Evora et de Lisbonne, dont deux ont été publiées par M. E. Cartailhac. Il n'y a guère de différence que dans la façon dont sont figurés les yeux de la première (Fig. 227); ce sont de petites boulettes placées à droite et à gauche de la proéminence du nez ; le procédé est connu par l'industrie des terres cuites de l'Orient et de la Grèce. La seconde a le bras droit replié, et ce qui tient lieu de main est ramené contre la bouche (Fig. 228) '.

La figure 229 dont l'original appartient à D. Antonio Vives, à Madrid, montre cette intéressante variante que les bras pendent et sont collés contre les flancs, à la manière des Apollons grecs archaïques, que rappellent aussi les jambes étroitement serrées. M. Mélida, qui a publié ce bronze, dit que la tête est couverte d'un casque orné par derrière d'un couvre-nuque, et par devant d'un nasal. Je crois plutôt, sans l'assurer, que ce casque n'est qu'une illusion produite par la forme étrange de la tête, l'enroulement des cheveux sur la nuque et la façon dont le nez est construit ; mais, en ces sortes d'oeuvres d'une facture extrêmement barbare et simplifiée, il ne se peut rien avancer qu'avec doute. Je ne pense pas d'ailleurs qu'on puisse affirmer que cette image soit celle du Mars lusitanien, de Neto ; du reste, M. Mélida ne propose cette identification qu'avec des réserves2.

Fig. 227 et 228. — Bronzes portugais.

1. E. Cartailhac, Ages préhistoriques, p. 3oo, fig. 43i, 43o.

2. Hauteur, ora, 062. J. Ramôn Mélida, La coleccinn de bronces antiguos de I). An-

tonio Vives, dans Revista de Archivos, 1900, p. 73, n° 8, pi. V, n° 8. La statuette provient de Villacarillo (Jaén)

LES FIfiUlWNES DF BRONZE

Sans revenir sur l'extraordinaire homme barbu ou joueur de flûte que j'ai signalé plus haut (Fig. 2.V), je retombe à une déplorable caricature avec un petit bronze de la même collection Vives, dont le visage est à peine indiqué, dont les jambes sont bancales, dont les bras s'écartent du corps en anses de panier (Fig. 23i). Cet objet provient de Linares . M. Mélida estime que, comme le précédent, ce dieu ou ce guerrier porte un casque ; mais ici non plus la chose n'est pas certaine1.

Fig. 229. Fig. 23o

(Collection (Musée

Vives.) de Madrid.)

Fig. 201. Fig. :i3:i.

(Collection \ ives.) (Musée de Madrid.)

Fig. 233.

(Collection Vives.)

Dans cette série, je ne vois guère à noter, comme ayant un semblant de valeur artistique, qu'une figurine de la même collection encore, un homme nu, dont le bras gauche pend le long du côté, tandis que le bras droit se replie contre la poitrine et tient un bâton de commandement. L'attitude est déjà assez savante et le mouvement assez juste, bien que l'auteur n'ait pas osé donner un libre jeu aux bras en les séparant du corps, et la tête, toute ronde et sans cheveux, a plus ligure humaine : on distingue tout au moins, assez bien mis à leur place naturelle, les

I. Ibid., p. 70, n" 7, pi. VI, n° 7. lla.11 Provenance: Elche) qui semble faite en (il de

leur om,o8i, patine verte. 11 y a au musée de bronze étiré; seuls la cuisse et le mollet gau-

Madrid une petite statuette analoguc(n° 1750'». ches sont un peu bien modelés (fig. a32).

Fie. a34.

(Collection Blûsquez.)

yeux, le nez et le menlon (Fig. 233)'. On repose presque agréablement le regard sur cette œuvre, encore si barbare pourtant, après la trop longue série de magots répugnants que je viens d'énumérer, et l'on éprouve un sentiment analogue à voir un petit bronze à peu près de même style ; il est cependant encore bien informe (Fig. 234)2.

Il faut pourtant que je passe encore quelques-uns de ces monstres en revue, en particulier une statuette que je ne connais que par un croquis publié par le numismate Delgado (Fig. 2.35), lequel la décrit ainsi : « Nous avons vu de petites idoles trouvées dans les régions orientales de la Péninsule, vers la côte, et qui représentent un être androgyne, imberbe, avec l'indication de seins et de cuisses féminines, et en même temps avec le sexe viril et portant sur l'épaule le disque solaire \ »

Cette idole est androgyne, et cette monstruosité n'est pas exceptionnelle; M. Hiïbner en a catalogué quatre exemples dans ses Antike Bildwerke parmi les bronzes de l'Académie de l'Histoire à Madrid ' ; la plus Bronze d'A. Delgado. importante est celle qui porte un bandeau autour de la tête, 'et un collier, et qui lient un fruit au bout des doigts". Une autre lève la main droite armée d'un foudre ou d'un

i. J. Ramôn Mélida, loc. laud., p. i5q, n° 3o (pi. VI, 3o). Hauteur om,o67. Achetée à Grenade. M. Mélida songe à y voir un gladiateur (?).

2. Trouvé à Oreto, près de Granalula (Ciudad Real). Collection de D. Antonio Blâsquez. Publié par M. Mélida, Rcvista de Archivos, 1897, p. i48 B.

3. Ant. Delgado, Nuevo mclodo de clasificacion de las medallas aulonomas de Espafia, p. cl, fig. à la p. 11. Selon cet auteur, les idoles de ce type (il en a vu plusieurs) se rapportent à la triade phénicienne Baal-

Tanaith-Melkarl qui se répandit parmi les peuples de la côte orientale aux premiers temps de l'immigration phénicienne. La figurine dessinée par lui aurait été trouvée à Grenade. Ce qu'il prend pour le disque du soleil ne serait-il pas tout simplement la figuration naïve du petit bouclier rond des Ibères (cf. les statues de guerriers lusitaniens, t. I, fig. 47-54) porté à l'épaule?

4. E. Hùbner, Die Anlike Bilduerke in Madrid, p. 217, nos 477-480.

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