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autre bronze du même musée (Fig. 238) semble la transcription grotesque du précédent ; la tête surtout est prodigieuse, taillée carrée, ayant un nez comme un bec et une bouche en encoche triangulaire.
Fig. 237 et 238. — Musée de Madrid.
Mais une seconde figurine du général Ezpeleta, trouvée aussi à Linares, est un peu moins ridicule \ Les proportions delà tête, des épaules, delà taille, du bassin, des jambes sont meilleures ; mais quelle barbarie encore dans les bras sans mains, dans le visage qui n'est pas d'ensemble, dans l'indication des seins et du sexe ! M. Mélida lui-même, qui montre d'ordinaire une certaine indulgence pour tous ces petits monuments qu'il
l. Iievista de Avchivost li
pi. IV, à gauche; 1900, p. 76, n° l5.
EES FlGLMNES DE BRONZE
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met un zèle si méritoire à faire connaître, n'ose pas la louer (Fig. 23q et 2/10). En somme, ces quatre Vénus ibériques, si j'ose les nommer ainsi,
sont les dignes sœurs de l'idole de Culina
Fig. 23g et a4o. — Bronze trouvé à Linares.
Je connais une cinquième figurine que M. Mélida a cataloguée sous le nom de Venus ibérica (Collection Vives, p. i5f), n° 3~, pi. IX). Elle
Fig. a^i. — Collection Vives.
Fig. a'ia. — Figurine portugaise.
a été trouvée à Almendralejo (Badajoz). Hauteur : 55 millimètres. Mais l'image qui a été publiée et que reproduit la figure 2 \ 1 ne permet pas de voir exactement si la femme est nue ou vêtue, ni d'identifier la position
l64 LES FIGURINES DE BRONZE
qu'elle avait et l'attribut qu'elle portait à la main gauche. Ce qui frappe surtout, c'est la dimension des oreilles proéminentes. Enfin, M. Cartailhac a dessiné une idole féminine très primitive, trouvée en Portugal (Musée d'Evora ou de Lisbonne) qui est de type tout à fait semblable à celui de l'idole masculine que reproduit la figure 227; seulement le fabricant a indiqué les seins très nettement (Fig 2/12)1.
Toutes ces statuettes ont un caractère commun, en dehors de leur triste laideur, c'est une rondeur et une mollesse de facture qu'on ne trouve nulle part ailleurs, je le crois, dans les plus primitives productions de ce genre. Cela me décide à reconnaître comme ibériques un certain nombre de figurines qui ont été léguées au Musée de Madrid par D. Eulogio Saavedra et que les conservateurs de ce Musée ont cataloguées comme bronzes sardes et, à ce titre, reléguées hors de la salle consacrée aux antiquités nationales. Elles représentent des guerriers nus ou vêtus, coiffés d'un casque, tenant de la main gauche, au-devant du corps, un petit bouclier rond et brandissant un javelot ou une lance de la main droite élevée ; quatre d'entre eux (Fig. 2^3, 2^6, 2A7, 25o) ont en outre un poignard à la ceinture ou, pour mieux dire, un sabre court à manche recourbé. Le plus grand de ces hommes armés (Fig. 2/17)2 est nu, ithyphallique. Sa tête, que surmonte un casque à aigrette en forme de crête de coq, est aplatie par devant en bec d'oiseau ; tel est aussi le cas d'un bronze d'exécution plus rudimentaire encore que le premier (Fig. 2^3) 3. Celui-ci est vêtu d'une sorte de tunique serrée à la taille ; ainsi que celui que reproduit la figure 25o, le moins barbare de tous *. En effet, tandis que, sauf une exception, tous les autres n'ont que des
1. E. Cartailhac, Ages préhistoriques, português, I, p. 79. fig. 432. Le petit bronze à très peu près sem- 2. N° i854o du Musée.
blable reproduit par Salomon Reinach, La 3. N° i8546. Cf. J. Lozano, Historia de
sculpture en Europe etc., fig. 267, n'est pas Jumilla, une figurine analogue, mais sans
celui-ci, mais celui de notre figure 227 ; il re- tête et sans bras gauche, trouvée à Jumilla
présente un homme et non plus une femme. Cf. (appelée Marte par l'auteur). J. Leite de Vascpncellos, dans O archeologo 4- N° i8544-
Fig. 344 à 35o. — Bronzes de la collection Saavedra (Musée de Madrid) et de la collection \ ivcs.
l66 LES FIGURINES DE BRONZE
visages de forme absolument conventionnelle et hors nature, son visage est modelé et ressemble enfin à quelque chose d'humain ; il a un front, un nez, des yeux, une bouche à peu près dessinés. Les proportions de son corps sont plus fortes ; sa taille serrée, ses jambes aux cuisses et aux mollets galbés, ses pieds n'ont plus rien de monstrueux, et il est à penser que si la main droite n'avait pas été brisée elle aurait la forme d'un poing fermé, tandis que la main droite des autres était figurée seulement par un aplatissement du bronze avec un trou rond percé pour l'assujettissement de l'arme brandie. Le sculpteur a fait de son mieux pour marquer l'épaisseur de la tunique autour du cou et au bord inférieur, à mi-cuisses, et donner sa forme exacte au fourreau du sabre et à la poignée. Enfin la figure 245 \ l'une des pires pour la forme du corps, est intéressante pour le type de la tête, incomparablement mieux étudiée malgré la naïveté grossière des traits.
Tous ces bronzes me paraissent, je le répète, certainement ibériques, d'abord et avant tout par le style, bien différent du style sarde, qui produit des figures longues, minces et comme étirées, avec tout un luxe étrange de casques cornus, de vêtements ornés, de jambières, de doubles boucliers et d'armes, lances ou arcs, de formes très spéciales. On en peut juger par les images que donnent MM. Perrot et Chipiez d'un grand nombre de bronzes sardes, au tome IV de leur Histoire de l'Art. Ensuite, les boucliers ronds à umbo que portent les guerriers Saavedra sont les mêmes que j'ai décrits à propos des statues lusitaniennes de Lisbonne, par exemple2; leurs sabres sont d'une forme caractéristique, que j'ai déjà décrite à propos d'un fragment de statue trouvée à Elche3, et sur laquelle je reviendrai dans un autre chapitre. Enfin on sait que M. Saavedra a recueilli tous les bronzes qu'il a légués au Musée de Madrid dans la région de Murcie*. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que parmi ces prétendus bronzes sardes existe cette étrange figurine dont j'ai parlé plus haut (Fig. 23o). Elle est tout à fait de même style et de
i. N° i85^3. 247, par exemple, a la bouche formée par
2. Voy. t. I, fig. 47 et s. une coche à la lime, comme tant d'autres des
3. Voy. t. I, fig. 307. figurines que je viens d'étudier. 4- Je puis ajouter que le guerrier de la figure
même art et ne peut pas avoir été trouvée hors de l'Espagne, car elle répond exactement à la description que Cean-Bermûdez a donnée de l'idole de plomb de Jumilla. Cet être au sexe extraordinaire, barbu comme un homme, a de petites mamelles placées de la façon la plus singulière.
Je ne sais s'il faut reconnaître dans toutes ces figurines des images du Mars lusitanien Neto, qui avait des dévots dans toute l'Espagne, en particulier en Bétique, mais les représentations de guerriers brandissant la lance ne sont pas rares en dehors de la collection Saavedra. J'en ai noté trois : deux au Musée de Madrid et un chez M. Antonio Vives. Ceux de Madrid (Fig. 2/18 et 2/19) ! n'ont pas d'autre intérêt que leur costume, ici une tunique bouffante à la taille, là une draperie faisant écharpe de gauche à droite, laissant l'épaule et le bras droits à découvert. Mais le troisième mérite qu'on s'y arrête (Fig. 2^4)-
Voici la description qu'en donne M. Mélida : « Dieu guerrier, nu, avec un casque conique ; il marche avec la main droite levée pour brandir une arme qui manque, et de la gauche, qui est brisée, il devait porter un bouclier. Par derrière, en travers des jambes, du torse et du casque, courent des fentes ou des sillons. Hauteur : 12 millimètres. Patine noire. Provenance ignorée2. » M. Mélida hésite un peu sur la valeur archéologique de l'objet, certains détails le faisant songer aux guerriers sardes, d'autres, comme le bonnet conique, à des figures héléennes, d'autres à des figures ibériques. Pour moi, je ne vois aucune raison de douter de l'origine espagnole, mais je ne puis m'empêcher de faire un rapprochement avec quelques statuettes mycéniennes, en particulier avec celle qu'a publiée M. Arthur-J. Evans et qui a été trouvée en Crète !. Non seulement elle est dans la même attitude et porte le même casque pointu, mais elle est vêtue d'une tunique serrée à la taille par une ceinture et
1. Collection Miro, nos 3828 et 3837. Sybrita, en Crète). Cf. 'Eçr^zol; àp/ato-
2. Revista de Archivas, 1900, p. 72, Xoy./'.Tf, 1891, pi. II, 1 (Tirynthe), et pi. II, 'i n° 6, pi. IV, n° 6. (Mycènes) = Pcrrot et Chipiez, Histoire de
3. Arthur J. Evans, Mycenxan tree and l'art, VI, fig. 353 et 35'i. Cf. une statuette pillai- cuit, dans Journal of hellenic Stu- phénicienne du Louvre, dans Perrot et Chidies, 1901, p. ia5, fig. i5 (bronze trouvé piez, Ibid., III, fig. 277.
dans la grotte d'Hermès Kranaios, près de
lombant à mi-cuisses que nous avons déjà vue plus d'une fois en Espagne, et que nous verrons encore.
Bien qu'il me tarde autant qu'au lecteur d'en finir avec des œuvres si rudimentaires et d'aspect si peu artistique, je dois m'arrêter encore à de nombreuses statuettes tout aussi laides ou plus laides, s'il est possible, car rien n'est plus instructif, rien ne permet mieux de comprendre certains côtés du génie propre d'une nation que ces menus produits d'une industrie populaire, destinés aux petites gens dont ils reflètent les idées et les croyances religieuses. Ce n'est, je crois, que lorsqu'on aura établi le Corpus des bronzes ibériques, dont j'apporte ici quelques éléments, qu'on pourra s'attaquer au redoutable problème de la mythologie et de la religion de l'Espagne primitive. Ce problème, on le voit, je n'ose pas m'en occuper encore, et pas plus en ce chapitre qu'en celui de la sculpture je ne cherche à interpréter les œuvres que je décris et que j'essaie d'expliquer en tant qu'oeuvres d'art.
En dehors de celles que j'ai cataloguées plus haut, les figures de femmes très primitives sont rares. Je n'en cite qu'une de certaine, appartenant à M. Vives (Fig. 25i)'. Elle est du reste d'un grand intérêt. Nue, les jambes étroitement serrées, elle se presse les seins avec les deux mains. Sa tête, mal modelée, est ornée d'une sorte de diadème;. ses hanches et tout le bassin sont amplement développés. Sans aucune hésitation possible on y voit une imitation très précise des images de déesses nourrices si fréquentes dans l'art oriental, et que les Phéniciens ont empruntées aux Chaldéens. On sait avec quel soin et quelle élégante érudition les figures très naturalistes de ce type ont été étudiées par M. Léon Ileuzey, dans son Catalogue des figurines antiques de terre cuite du Louvre2. Après avoir lu les pages si pleines de faits qu'il leur consacre et vu quelques-uns des modèles originaux, on ne doute pas
i. Revisla de Archivos, 1900, p. 75, Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans
n° i4; pi. IV, n° 1/4. l'antiquité, II, fig. 16; III, fig. 3ai, 375,