P. 3a, no* 32 à 63; PI. 2> fig. 4- Cf. 379, 38o, etc
LES FIGURINES DE BRONZE t6f)
que le petit bronze de M. Vives ne soit une copie espagnole d'un de ces modèles étrangers, copie très fidèle en ce qui concerne l'attitude et les formes, mais très simplifiée en ce qui touche l'ornementation de la tête et du torse et le réalisme quelque peu lascif des hanches et du ventre.
La figure 252 représente un bronze de la même collection dans lequel M. Mélida reconnaît un guerrier casqué ', et il semble avoir raison ; mais il est curieux de noter que si l'auteur a donné aux bras cette forme, c'est qu'il avait sans doute le souvenir de figurines du genre de la précédente, et peut-être en doit-on dire autant de la petite amulette destinée à être suspendue, trouvée à Elche et appartenant au Musée de Madrid, dont
Fig. a5i et 35a. — Collection Vives. Fig. 253. — Musée de Madrid.
je donne l'image curieuse. Mais j'avoue qu'ici l'idée première est absolument transformée ; le geste, pour ainsi dire hiératique, n'existe plus et, s'il y a imitation, elle ne porte plus, très superficiellement, que sur l'apparence des bras arrondis en anses (Fig. 2,53) \
J'en ai fini avec les figurines représentant des personnages nus. Mais la préoccupation d'indiquer le sexe même lorsque sont modelés des hommes vêtus, a donné naissance à quelques statuettes curieuses, dont
i. RevistadeArchhos, 1900, p. 7'4,n°i3. enanses. Voy. La sculpture en Europe etc.,
PI. VI, n° 13. dans l' Anthropologie, i8g5, p 3o6, fig. 276
2. N° i75o3. M. Salomon Reinach a réuni (Domèvre); 377 (Thorn) ; 279 (Caucase),
les images d'un assez grand nombre de figu- 380 (Perm); 378 (Poméranie) ; a8'j Klein-
rines de bronze, trouvées un peu partout en Zastrow (bronze); 286 (Troie); 287 (Chypre) ;
Europe, dont les bras sont de même disposés 290 (Bologne), etc., etc.
les figures 2 54, 256, 258, 25g nous offrent de bons spécimens. Ce sont des hommes debout, les jambes étroitement jointes ; les bras pendants et collés aux flancs, et qui semblent découpés, comme les anciens xoana des Grecs, dans une lame plate. Les organes sexuels font une forte saillie et sont modelés dans leur vérité naturelle bien que tout le corps, des épaules jusqu'aux pieds, soit enveloppé dans une longue robe sans plis, semblable à une gaine. Le bronze delà figure 254 a plus particulièrement marqué cet aspect de planche ; les bras mêmes sont enveloppés et disparaissent sous la soi-disante étoffe, de sorte que la figurine ressemble à un hennés1. Au contraire, les figures 255 2, 258 \ 25o\ laissent voir les bras en saillie contre les côtés ; les mains ne sont indiquées que comme des spatules plates et larges. Tout cela est d'une facture détestable ; mais les visages sont pourtant traités avec quelque soin ; les figures 256, 258 sont remarquables par la courbure de leur nez, la figure 209 par la disposition des cheveux roulés sur la nuque. Une fois pour toutes, je rappelle que j'hésite à reconnaître dans les bronzes dont la tête est ainsi agrémentée des images de guerriers ou de dieux casqués.
Deux importantes statuettes de la collection Vives ont encore cet aspect de xoanon. La plus rudimentaire (Fig. 257) a été trouvée avec une monnaie phénicienne de Gadir à Puente-Genil (Cordoue) et a d'abord été la propriété de D. Rafaël Moyano Gruz, collectionneur de cette ville '"'. M. Mélida propose d'y voir une Minerve. Je ne crois pas qu'il faille espérer prouver une telle identification ; mais il est probable que l'idole est féminine, comme l'indique la largeur saillante du bassin. La forme la rapproche très près des plus antiques représentations humaines de l'époque troyenne ou mycénienne. La seconde est un peu supérieure à la première, en ce sens que si la silhouette générale est la même, l'auteur a essayé de modeler les bras et que sous l'étoffe on retrouve, très sommai-
1. Revista de Archivos, 1900, pi. VII, une divinité guerrière féminine, iVe/a,parèdre n° 32. Collection Vives, hauteur om, 080. Pa- de Neto. Hauteur om,o565. Achetée à Grenade, tine verte, provenance inconnue. Collection Vives.
2. Musée de Madrid, n° 3ooi (provient de 4- Musée de Madrid, n° 3ooo (ancienne la Bibliothèque Nationale). collection Miro).
3. Revista de Archivos, igoo, pl.VI,n° 10, 5. Revista de Archivos, 1897, p. i46, p. 73. M. Mélida, dont je m'explique mal A; Ibid., 1900, p. 71, n° !\\ ph VI, n° 4l'erreur, y reconnaît — avec doute du reste —
rement indiquées et mal placées d'ailleurs, les courbures des cuisses et des mollets (Fig. 255)'.
Fig. 254-259. — Idoles de bronze. (Collection Vives et Musée de Madrid.)
Même lorsque l'art des fabricants de petits bronzes s'est développé et
1. Revista de Archivos, 1900, p. i5g, pi. VU, n° 3i ; hauteur om,og8. Patine verte. Achetée à Séville. — Les figurines plates ne sont pas rares dans l'art primitif de l'Europe ;
M. Salomon Reinach en a réuni cpielques-unes dans sa Sculpture en Europe etc., fig. 33i, 264, 265, 266, 267 (Todi), 2G8 (Norcia), 2O9 (France centrale), etc.
que les artistes ne se sont plus contentés de ces informes ébauches, le type du xoanon n'a pas disparu. Une des figurines les plus précieuses du Musée de Madrid est certainement celle que lui a léguée D. Eulogio Saavedra et que reproduit la planche II (u° i). C'est une femme dont la grosse tête coiffée d'une mitre et tout le corps étroit et court sont enveloppés dans une ample étoffe. Depuis le haut de la mitre jusqu'aux pieds, la largeur de la figurine est la même ; on ne distingue aucune saillie des épaules ni des hanches, aucun modelé de la poitrine, des bras ni des jambes. Pour tout agrément, on ne voit que les plis très réguliers et symétriques, à la mode grecque archaïque, dont les angles sont nettement tracés le long des deux bords de l'étoffe rapprochés par devant, juste au milieu du corps. La finesse du travail contraste avec tout ce que nous avons vu jusqu'ici de barbare, et le visage surtout, dont les traits sont peu corrects, assez mal d'ensemble et un peu vagues, a une vérité jusqu'à présent inconnue, même une expression de gravité mélancolique. Tout cela dénote une époque beaucoup plus récente et d'incontestables influences grecques. Mais je devais parler ici de cet objet pour nettement le rattacher à sa véritable série et montrer la force et la survivance des traditions1.
Cette série, du reste, n'est pas close et ne le sera pas de longtemps ; je n'y veux faire rentrer pour le moment que cinq statuettes très primitives qui sont de très ancienne fabrication : les autres que je connais sont plus modernes et, par leurs caractères essentiels, se rattachent à d'autres modèles.
Dans la première (Fig. 260, face et profil), qui a une grosse tête, avec les cheveux coupés sur la nuque et un profil sémite très accentué, qui a de longs pieds démesurés et au contraire le corps plat comme une mince galette, M. Mélida songe à reconnaître Neta2. La seconde (Fig. 262). avec les deux trous carrés percés dans l'épaisseur de la plaque de bronze qui lui sert de corps, ressemble à une clef surmontée d'une tête ; ce n'est peut-
1. Musée de Madrid, n° 18537. Voy. P. 2. Revista de Archivas, 1900, p. 73, n° 9,
Paris, Revue archéologique, 1898, I, p. pi. V, n° 9. Collection Vives. Provenance:
210, Bronzes espagnols, fig. 5. Hauteur Villacarillo (Jaén). Hauteur om, 069. om,o8. Trouvé dans la région bastitane.
être qu'un instrument orné1. La troisième (Fig. 261) n'est pas plate, mais ronde ; elle représente une femme vêtue d'une longue robe qui emprisonne étroitement le torse et les jambes. La têle, qui a la forme d'une poire, est énorme ; le nez mince s'allonge démesurément; les arcades sourcilières sont très surélevées elles ycu\ tout petits, Iracés au burin, s'y perdent ; la bouche est une simple encoche ; les épaules sont
Fig. 2t>o.
(Collection Vives.)
Fig. 261.
(Musée de Madrid.)
Fig. 2G2.
(Collection Vives.)
très larges et les bras, brisés un peu au-dessous du coude, devaient se ramener devant la poitrine, comme pour tenirun attribut. Celte idole est, on le voit, d'un type très spécial et nouveau2. La quatrième est d'un aspect tout différent. Elle provient de Palencia et semble bien de fabrication locale, car elle est décorée sur le ventre, à la place du nombril, d'une série de petits cercles concentriques et de raies qui se retrouvent sur des fibules recueillies dans la même ville et sur lesquelles je reviendrai
I. Hevista de Archivos, 1900, pi. VII( miroir ou «le quelque objet analogue.
n° 3G. Hauteur om, 076. Patine verte. Provient 2. Musée de Madrid, n° 3ooo. Ancienne
de Palencia. M. Mélida y voit un manche de collection Miro.
Notre figure a 63 montre bien la barbarie de cette statuette à qui sa tête en losange, ses bras coupés en courts moignons donnent une apparence très singulière ; on sent évoqué à sa vue un vague souvenir d'amulettes orientales et de ces personnages fantastiques qui décorent les cachets cbaldéens '.
Fig. 263-2Ô6. — Musée de Madrid.
Quant à la cinquième, qui provient d'Elche, elle est de facture et de type encore plus extraordinaire. On voit bien qu'il s'agit d'un homme ou d'une femme debout, les bras collés au corps ; mais il faut beaucoup de bonne volonté pour donner le nom d'yeux, de nez, de bouche, d'arcades sourcilières aux traits de lime qui balafrent le devant de la tête, et on s'explique mal les trois cordons parallèles qui font saillie sur la poitrine. Cependant je ne puis m'empêcher de rapprocher ce petit bronze, en ce qui regarde ces détails bizarres de technique, de quelques œuvres de la glyptique mycénienne, et je n'hésite pas à dire que cet art lointain a exercé ici son influence (Fig. 2G4)2.