À. Engel, art. cité, p. 222 (p. 21 du tirage à part
de sparte qu'Hasdrubal avait préparé pour sa Hotte, en l'an 536 de la fondation de Rome, quand elle appartenait à la région des Bastitans. 11 \ a encore quelques restes de l'antique cité '. » Je ne suis pas allé jusqu'à Guardamar, où l'on m'a affirmé qu'il n'y a pas de restes antiques : mais sur le bord de la Sbgvc, non loin de son embouchure, j'ai visité Cabeza Lucero, sorte de haut plateau rocheux faisant suite à une chaîne de Cerros élevés qui s'avance en contrefort jusqu'au fleuve. La surface et les lianes du plateau ne sont qu'un vaste monte teslaccio. Aracil y a fait, jadis, un essai de fouilles ; il a percé deux profondes tranchées en croix, et les parois des tranchées ne montrent, comme à l'Alberca et à Monteagudo, qu'un énorme amas de tessons. Aracil m'a dit ne pas y avoir trouvé de vases complets. Les débris appartiennent à toutes les catégories que j'ai signalées jusqu'à présent; les fragments grecs et les fragments sagonlins, ceux-ci plus rares, se mêlent aux fragments de style indigène, dont j'ai réuni une assez grande collection.
Pour visiter ce Gerro, il faut aller par le chemin de fer de Albatera- Catral à Torrevieja (embranchement de la ligne de Murcie à Alicante), jusqu'à la situation de Rojales-Benijofar, et du village de Rojales, assez éloigné de la station, vers l'Est, gagner la Casa Paliares et les bords de la Sègre). Je ne crois pas que des fouilles donnent plus de résultat que n'en a obtenu Aracil ; il faudrait pouvoir retrouver la nécropole, comme à Rcdobàn ou à Monteagudo, mais je n'ai pu obtenir aucun renseignement à ce sujet".
Elche.
En continuant la roule de Murcie à Orihuela, avant d'atteindre Ali-
i. Cean-Bermûdez, Sumario, p. 82. Ces sépultures doivent être préhistoriques, et
•>.. Sur le chemin de Rojales à la Casa dans tous les cas l'emplacement de cette nécro-
Paliares, à droite, on m'a montré toute une pôle est trop éloigné de la Caheza Lucero pour
série de tombeaux taillés dans la roche tendre cpi'on puisse la rapporter à ce Cerro. Il y a
et fort curieux. J'en ai même ouvert un qui des tombeaux analogues à Osuna, au bord de
était inviolé. Ce sont des fosses longues et la vereda de Grenade, dans la région des
très étroites, où le mort était étendu sur le grottes funéraires, côté. On ne trouva aucun objet avec le cadavre.
cante, on s'arrête à Elchc. La loma de l'Alcudia, l'ancienne Ilici, a déjà livré des quantités de vases de toutes époques et de toutes fabriques, indigènes, grecs, romains, en particulier sagontins ; elle renferme certainement encore de véritables trésors céramiques. Il est passé au Musée de Madrid, avec la collection de feu D. Aurcliano Ibarra, des vases complets et des fragments de premier ordre.
D. Pedro Ibarra en possède encore de fort intéressants dans son artistisque maison d'Elche, et la moindre promenade dans les haciendas du Dr Campello et de ses voisins permet de faire une ample moisson de débris de toute espèce. Je ne veux ici que noter l'importance d'Elche, où nous verrons que l'industrie semble avoir, comme 1 art, fleuri avec plus d'éclat que partout ailleurs, et dont la céramique, comme l'architecture et comme la sculpture, se distingue par une richesse et un goût tout à fait rares. Le Musée du Louvre, comme le Musée de Madrid, possède nombre de tessons qui représentent tous les types les plus intéressants et les plus originaux de la série ilicitane.
Le Cerro de la Puebla.
Revenons sur nos pas et dirigeons-nous vers le Sud-Ouest de Murcie. Sur le bord de la route qui conduit de cette ville à Caravaca, avant d'arriver aux bains de Mula, à gauche, au lieu dit la Puebla, se dresse un Cerro assez haut, en forme de cône tronqué et dont la silhouette générale rappelle de fort près celle de l'Amarejo. La plate-forme du sommet est vaste et irrégulière. Il y reste une porte et des pans de murs, sans doute arabes, dont l'un se lève comme un mat, des casemates, des citernes voûtées, sur le flanc nord. Cet ensemble s'appelle le Castillo de la Puebla. A partir de mi-hauteur à peu près, la céramique est assez dense, mais pas autant toutefois qu'à l'Alberca de Murcie et à Monteagudo. Sur le côté Sud, il y en a fort peu ; la pente est d'ailleurs plus abrupte. Toutes les classes habituelles y sont représentées, depuis la poterie à la main, noire, rouge, ou grise, avec des grains de sable et de mica, jusqu'au barro saguntino. Ce qui domine c'est une sorte de poterie rouge à surface peu polie et peu brillante, qui provient probablement
ih
d'une industrie locale ; il y a aussi, quoiqu'on petit nombre, des tessons à décor de style géométrique.
Je regrette de ne pouvoir même proposer une hypothèse au sujet du
Fie 10. — Cerro de la Puebla.
nom antique de cette importante station ; les documents me font absolument défaut, et je ne crois pas que ce Cerro ait été jamais signalé1 (Fig. 10).
Lorca.
Lorca, grande et populeuse cité voisine de Murcie, à l'Ouest, et qui
i . Il ne faut pas confondre le Cerro de la Puebla avec le Cerro qui s'appelait au xvne siècle Cabezo de la Muela, et qui s'appelait en 1879 Cabecico de lioenas (de las ruinas) lequel se trouve à 2675 mètres au S.-E. de Cehegin. C'est là que se trouvait l'ancienne Begastri, siège d'une petite confédération (voy. Deitania y su cdtedra episcopal de Begastri, par D. Aureliano Ferndndez-
Guerra, Madrid, Fortanet, 1879, broch. in-4° de 53 p.). J'ai visité en septembre 189g les ruines de Begastri, que l'on m'a désignées à Bullas, petite ville voisine, à mi-chemin entre Mula et Cehegin, sous le nom de Loma de los Canlos. C'est une petite colline peu élevée audessus d'une plaine fertile, sur la rive droite du Bio Quipar ; je n'y ai pas trouvé de poterie ibérique, du moins de celle dont je m'occupe ici.
rivalise d'importance avec elle, est couronnée par un des plus superbes castillosde cette région fortunée. C'était l'antique Ehocroca. Les Romains y ont laissé leur trace, et aussi les Ibères. D. Luis (îabaldôn et moi avons ramassé plus d'une fois dans l'enceinte et sur les lianes de l'acropole des tessons à décor géométrique. Mais la population de Lorca a toujours été si dense, et l'acropole a si bien conservé son caractère de forteresse dans la succession des siècles, que les souvenirs des civilisations superposées se sont régulièrement anéantis ou ne subsistent qu'à l'état de débris infimes. Rien de complet ne s'est conservé, que je sache, de l'époque purement ibérique (Fig. 1 1).
COTO FoRTUNA, OU CoïO MlNERO, PRES DE MaZZARON.
A une heure et demie à l'Ouest de Mazzaron (province de Murcie) les ingénieurs qui ont repris l'exploitation des mines antiques dans la montagne appelée Coto minero, ou Coto Fortuna, en particulier M. Axel Bœth, ont recueilli les antiquités qu'ils ont trouvées en assez grand nombre soit dans les galeries anciennes, soit dans les ruines de la ville qui s'était élargie et dispersée autour des puits. La collection de M. Axel Bœth a été vendue par sa veuve à l'étranger. La maison qu'il habitait tombe en ruines ; on y a abandonné une grande amphore romaine, dont les deux anses portaient les marques vehiliani et astor1, d'autres amphores romaines et jarres de différentes dimensions, un couffin en sparterie comme on en conserve au Musée de Murcie, a Garthagène et ailleurs, des briques et tuiles romaines, les débris d'une grande statue antique en plâtre. Dans les jardins se voit encore un bassin curieux qui servait aux mineurs au lavage du minerai, et que l'on a fait restaurer avec précision. En parcourant la montagne jusqu'au sommet, j'ai relevé les ruines de petites maisons formées de pièces carrées et étroites, avec de beaux seuils en pierre, et des parquets en ciment; des degrés en demi-cercle paraissant des assises de gradins, et en avant une
i. Ch. Dubois, Inscriptions latines d Espagne, dans Bulletin hispanique, 1901, p. 2i5, n° i^.
LA CERAMIQUE 2 7
sorte de plate-forme, le tout donnant l'idée d'un théâtre très petit. Tout au sommet, sur une esplanade, est une espèce de large citerne où débouche la cheminée d'aéragc de quelque puits antique.
Partout, et surtout à mesure qu'on s'élève vers la cime, les tessons de poteries sont très nombreux, et d'espèces très variées ; je n'ai rien recueilli de grec, mais du barro saguntino et surtout des débris indigènes, décorés géométriquement. Os derniers proviennent à mon sens plutôt d'une importation étrangère que d'une fabrique locale, car tout semble indiquer que l'exploitation des mines et l'établissement auquel elle a donné naissance datent d'une époque récente.
VlLLARICOS (BaRIa).
J'ai déjà eu l'occasion de parler du misérable hameau de Villaricos, situé à très courte distance au Nord de l'embouchure du Rio Almanzora, et qui, avec La Garrucha, sert de port à la plupart des mines de la Sierra de Almagrera. Il eut il y a quelques années une vie intense, alors que les usines établies pour traiter les minerais des puits voisins étaient en activité. Aujourd'hui ces usines ne sont plus qu'un amas de hideuses ruines où des machines mortes tordent leurs bras rouilles et disloqués. La vie s'est retirée à quelques kilomètres à l'intérieur, à Ilerrerias de Vera. Mais le temps assez court où l'industrie était là florissante a sulfi au ravage lamentable d'un des plus beaux champs de fouilles de l'Espagne.
Villaricos occupe l'emplacement de l'antique Baria, et cette ville, assez connue à l'époque romaine, avait une précieuse nécropole gréco-phénicienne dont il est à craindre qu'il ne reste plus rien. J'ai dit en un autre chapitre que par bonheur M. Louis Siret qui, avant de se fixer à Ilerrerias, a habité Villaricos, a pu faire quelques fouilles sérieuses et prendre des notes précises, a recueilli un grand nombre d'objets grecs ou phéniciens qu'il a dessinés avec talent dans un magnifique album. Je puis, d'après ses renseignements, inscrire la nécropole de Baria comme ayant renfermé un grand nombre de vases ibériques. J'en ai d'ailleurs recueilli des débris parmi les tombes éventrées et dans les chambres funéraires. M. Louis Siret en possède des spécimens, et le B. P. V. Paulino Qui-
rôs, professeur, en 1898, au collège des Dominicains de Cuevas de Vera, ville voisine de Yillaricos, en a réuni d'autres dans le cabinet de physique de cet établissement1.
Je dois aussi signaler que D. Francisco Canovas Cavefio, ancien professeur à l'Institut de Murcie, qui a formé dans sa belle maison de Lorca construite à la romaine, un riche cabinet d'histoire naturelle et d'antiquités, garde une urne très intéressante de style ibérique trouvée dans la mine Petronilla, àHerrerias.
Remontant maintenant vers le Nord de Murcie, dans la région du Cerro de los Santos, je rencontre d'abord le Cerro lui-même.
Cerro de los Santos.
La céramique du Cerro de los Santos n'a d'intérêt que parce qu'elle prouve la longue existence de ce centre archéologique de premier ordre. On y a recueilli, comme on peut le voir au Musée de Madrid, un assez grand nombre de petits vases communs, de forme et de facture très primitives, que l'on pourrait aussi bien appeler préhistoriques, mêlés à des fragments de barro sagunlino et de poteries grecques de l'âge classique, mais aussi des tessons du style ibérique qui m'occupe particulièrement ici, et parmi lesquels je distingue une anse formée d'une torsade (n° 1^868) et un fragment orné d'un décor géométrique au pinceau (n° 1^872).
Llano de la Consolacion.
On se rappelle que le Llano, cette plaine située à côté de Montealegre, tout près du Cerro de los Santos, se rattache à la célèbre colline par
I. Le R. P. Fr. Paulino Quirôs, passionné Au sujet de l'identification de Villaricos
pour les antiquités de sa région, a écrit un avec Baria, voyez le mémoire de Ch. Dubois
intéressant mémoire sous ce titre : Hallazgos cité plus haut.
de Villaricos, y luz que arrojan sobre nues- Cean-Bermûdez (Sumario, p. 70) dit que
ira geografîa histôrica al sudeste del les paysans appelaient couramment Villaricos
litoral del Medilerrâneo (Madrid, Fortanet, Ciudad del Garbanzo.
LA CERAMIQUE 29
tout son passé archéologique. Après MM. Pascual Serrano et Engel, j'y ai fait des sondages en août 1899, dans un champ qui m'avait été signalé comme semé de grosses pierres taillées, et j'ai constaté que la céramique du Llano était parfaitement apparentée à celle de l'Amarejo ; on y retrouve les mêmes éléments indigènes et grecs, mais rien de romain. J'ai recueilli, comme il était naturel, les spécimens les plus notables, y compris deux petites urnes funéraires entières, mais sans aucun mérite de décoration.
Fig. 12. — Vue d'Yecla el de la chaîne de l'Arabî.
Les RR. PP. Escolapios, dans le petit musée de leur collège d'Yecla (Fig. 12), possèdent un vase entier, de style indigène, trouvé, dit-on, à Montealegre. Par ce mot de Montealegre, il faut entendre sans doute soit le Cerro de los Saatos, soit plutôt le Llano de la Consolaciôn.
La mata de la Estrella.
A gauche de la station de Bonete, en se dirigeant au Nord-Ouest vers
3o LA CERAMIQUE
le village d'IIigueruela, on arrive aux premières portes de la Sierra de Carcelén. Lorsqu'on a atteint l'importante exploitation agricole de la Casa de Aparicio, si l'on incline sa route vers l'Est et si l'on dépasse le ravin que dominent plusieurs petites fermes, entre autres celles de la Mata de la Estrella, on arrive dans des champs où la céramique est très fréquente1. C'est que les ouvriers chargés de défoncer le terrain pour y planter de la vigne y ont maintes fois brisé du choc de leurs pioches des urnes funéraires dont le sol était semé. C'était l'emplacement d'une assez vaste nécropole à incinération. On plaçait simplement les vases renfermant les cendres dans la terre, à peu de profondeur. J'ai fait faire quelques sondages, pour essayer de trouver des urnes intactes, mais je n'ai pas réussi. Partout beaucoup de tessons, d'os, de cendres noires et des charbons mélangés à la terre, quelques débris de verre et de fer. Les tessons appartiennent à toutes les époques et à tous les styles ; mais le barro saguntino y est fort rare ; il y a d'assez nombreux fragments décorés de lignes géométriques, mais beaucoup plus fréquente est la poterie grossière et primitive 2. J'ai remporté de mes deux visites à ces lieux l'impression d'une nécropole très ancienne et depuis très longtemps dévastée.
Quant à ville à laquelle appartenait ce cimetière, l'emplacement en est nettement marqué sur les premières assises de la montagne, mais sauf une sorte de chambranle de porte où bute un mur, je n'ai remarqué aucune pierre travaillée, ni aucune ruine de construction. Ce devait être une pauvre bourgade sans édifices.
Coimbra.
Quand on a parcouru la jolie petite ville de Jumilla, à deux heures de voiture à l'est de Yecla, et les ruines audacieuses de son castillo, il est rare qu'on ne soit pas sollicité à visiter le couvent de Santa Anna, perdu dans un repli des montagnes qui barrent l'horizon à quelques kilomètres
i. C'est à la Mata do la Estrella qu'on a 2. Terre noire entremêlée de grains de
découvert un corps de sphinx accroupi dont mica,
j'ai parlé plus haut, t. I, p. ia3.
LA CÉRAMIQUE 3l
au Sud. Le vieux monastère, enfoui dans sa verdure — la verdure est rare dans cette région — vaut la peine qu'on affronte les cahots de la route, et l'eau de ses sources est d'une fraîcheur réconfortante. Mais si l'on veut jouir d'un spectacle admirable, tout à la fois sauvage et grandiose, il faut escalader la Sierra, et par des chemins de chèvres, gagner les vieilles ruines connues sous le nom de Coimbra, dont j'ai déjà parlé et donné quelques vues au chapitre de l'architecture \
Le chanoine Lozano, historien de Jumilla2, signale cette acropole et y reconnaît l'emplacement d'une ville ibérique ; il y a remarqué des fragments de barro saguntino. Plus récemment, en 1 89 1 , M. Vilanova a reconnu l'importance de celte station, et en a donné une notice rapide a propos de trouvailles d'objets très anciens à Jumilla; il nous apprend que la plate-forme, ce que les Espagnols appellent la rnesa ou mesita, porte le nom de Cerrajo de la buitrera (endroit pour la chasse aux vautours), et manifeste l'intention d'y faire des fouilles. Il s'en est tenu à l'intention 3. Sans vouloir décrire le site à mon tour, ni faire valoir le merveilleux spectacle qui s'étend à perte de vue du haut de la pointe vertigineuse du rocher coupé à pic, je me contenterai de dire que la ville est certainement une des plus antiques de la région, aussi primitive que Meca ou que ces Castillares de Carcelén que j'ai eu l'occasion de reconnaître le premier, je crois, parmi les archéologues étrangers à l'Espagne \
La céramique, qui m'occupe ici, se compose :
i° D'une poterie très grossière, faite à la main, noirâtre, renfermant beaucoup de petits cailloux, épaisse d'un centimètre ;
20 D'une poterie jaune, faite au tour, plus fine et moins dure ;
3° D'une poterie gris-jaune ; quelques fragments sont ornés de raies rougeâtres.
Moins heureux que Lozano, je n'ai pas trouvé de barro saguntino, et j'incline même un peu à croire que le bon chanoine s'est trompé. Coimbra, à mon avis, a cessé d'être habité avant l'époque romaine.