Ibid., fig. ii
à l'art grec primitif, et les traiter comme de purs objets d'importation ? Je ne le crois pas. D'abord, s'ils étaient grecs, et de l'époque et de l'art du Dipylon, il y aurait en eux plus d'unité ; on n'y retrouverait pas ces détails phéniciens, puis mycéniens que j'ai relevés, et qu'il ne faut pas négliger. Ce mélange de traits de diverses époques et de divers styles ne peut facilement s'expliquer que par une imitation plus récente en pays lointain. Mais surtout il faut bien se garder de ne pas donner son attention aux rapprochements précis qu'ont établis mes prédécesseurs entre ces objets et d'autres objets qui ne sont pas grecs.
Je ne m'occuperai pas de contrôler les rapports que trouve M. Salomon Reinach entre les bandeaux du Louvre et « l'art des Lybiens, Ibères, ïamahou, Machouacha », car on peut s'en fier à sa vaste érudition, d'autant que M. Schlumberger se dit presque convaincu. En effet, M. Reinach a écrit : « Remarquez que les hommes de vos plaques n'ont point de casques, mais des plumes divergentes plantées sur le sommet de la tête, et comparez-les avec le guerrier du bas-relief rupestre de Moghar-el-Tahtania , figuré p. 491 de la Province romaine d'Afrique, de ïissot, et aussi avec le chef Libyen à la tête ornée de deux grandes plumes divergentes, représenté dans une peinture égyptienne reproduite par Rosellini (Monum. storici, pi. GLX). Comparez aussi le bouclier de la stèle d'Abizar (Tissot, Prov, rom. d'Afrique, p. /I92) aux petits boucliers de vos plaques, l'oiseau placé auprès du cheval de cette stèle à ceux qui sont représentés sur vos bandeaux. Le monument de Karnak (Rougé, Rev. archéoL, 1867) énumère parmi les objets enlevés par les Egyptiens aux Machouacha, tribu libyenne, de Vor, des coutelas en bronze (vos guerriers en portent), des arcs (vos cavaliers en portent peut-être) et des vases de bronze (vos plaques en sont couvertes). L'inscription de Médinet-Abou, énumérant les trophées conquis sur les Machouacha par Ramsès III, cite 1 15 coutelas en bronze de cinq coudées, des carquois, des javelots (trois de vos guerriers portent à la main une paire de javelots). Voyez aussi les trois javelots que porte le guerrier de la stèle d'Abizar. Hérodote (IV, 176) constate les particularités dans l'arrangement de la chevelure particulière aux Libyens. ^ oyez pour tout cela Tissot, Province romaine d'Afrique, p. \3] et suiv. »
« Tout en se gardant de conclure », M. Schlumbergcr admet que « les analogies signalées par M. Reinach sont frappantes » et que « les dessins rupestres des Lybiens présentent certainement avec les plaques de Caceres de curieuses analogies1 ». Bien que quelques-unes d'entre elles me paraissent, à moi, assez superficielles, je ne me fais pas scrupule de les admettre.
J'admets aussi, avec M. Taillebois, que sur quelques monnaies des Elusates, en Novempopulanie (actuellement Eauze, dans le département du Gers) sont représentés des chevaux qui rappellent un peu les chevaux des bandeaux espagnols2; et qu'il en est de même pour des monnaies des Sequani et d'autres monnaies gauloises, que cet auteur énumère3. Surtout il me plaît de retrouver sur un grand nombre de monnaies ibériques des cavaliers, le Jinete que nous connaissons déjà, certainement apparentés avec les cavaliers de Caceres4 ; il m'est agréable de voir aussi des personnages certainement ibères, comme les cavaliers de ces mêmes monnaies et d'autres encore, porter la courte épée, le javelot, le bouclier rond", de même que j'aime à retrouver la torsade dont il a été plusieurs fois question sur des pierres des Citanias (Voy. T. 1, fig. ai, 22). Plus les raj}prochements de ce genre se multiplieront, plus il résultera clairement que le caractère essentiel des bandeaux du Louvre est d'être le produit d'un art composite habilement amalgamé, et cet art, où l'élément grec domine, est un art ibérique; entes fabriquant et les décorant, le joailler espagnol a travaillé dans le même sens et sous les mêmes influences que les sculpteurs du Gerro de los Santos ou d'Elche, que les céramistes de l'Amarejo ou de Meca. S'il s'est trouvé que sur les monuments grecs qu'il