I. Monument Piot, 1901, p. lao
LA SCULPTl RE 121
Reste à savoir si les sculpteurs Ibères ont connu directement les œuvres asiatiques auxquelles se rattache si nettement la Vicha de Balazote, je veux dire par l'importation des Phéniciens, par exemple ; je ne le crois pas, et je pense que les intermédiaires ont été les (îrecs. M. Heuzey dit, en jugeant Texéculion de la \ Ichn de Balazote : « L'exéculion, sans doute, a singulièrement baissé : sans indiquer une époque très ancienne, elle est pauvre, malîidroite. enlachéc de barbarie locale : elle donne l'impression de la bizarrerie plulol que de la majesté et de la force. L'intervention du travail grec ne l'a point ravivée... » Cela est fort juste, et pourtant on sérail tenté do voir dans les sinqilificalions qu'a si bien notées M. Heuzey les marques de l'esprit grec plutôt qu'un retour vers l'art oriental primitif. Dans tous les cas, il ne faul pas oublier que les Mycéniens — et ce livre prouvera, je l'espère, que leur art a élé connu en Ibérie — ont maintes fois représenté des taureaux dans les deux altitudes familières aux imagiers orientaux, ou les (jualre pattes pliées sous le ventre, ou trois seulement pliées et la quatrième relevée, le sabot posant sur le sol : que les Grecs archaïques ont adopté le taureau à tête humaine pour figurer Achelous. et que ce type s'est retrouvé plusieurs fois en Espagne. A Emporia* une monnaie d'argent à légende grecque porte au revers un taureau androcéphale représenté debout, de prolil ' ; le même monstre symbolique figure sur le roers de quelques monnaies d'Arze- Gadir* et d'Arze-Egara ^ : enfin il existe au Musée de Gérone un vase extrêmement curieux dont le récipient ressemble à un corps d'oiseau monté sur trois pattes, mais un oiseau à queue de quadrupède, et dont la tête est une tête d'homme à cornes et à oreilles de taureau : il a été probablement trouvé à Emporia» \
J'ajoute, comme argument de grande importance, que la Vicha de
I. La monnaie est publirc par M. Ileuzev, Vicha de Ralazole n'indique pas une ('|>oque
/. / , p. laS, d'après M. A. lïeiss; M. lïeuzev très ancienne.
remarque qu'elle est d'un stvie grec assrz vt. Delpado, \ue\'0 inêlodo etc., pi.
avancé, mais n'est pas relalivrinont très an- (iLWI. n"* 7, 8, 9, 10.
cienne, et ne remonte jamais à l't'iwque du 3. Ibtti., pi. GWIl, n*"* i, 3.
véritable archaïsme. Cette constatation n'est \. L. Heuzev, /. /,, p. ia3. La gravure est
pas faite pour aflaiblir ma théorie, car M. Heu- exécutée d'après une photographie que j'ai
zej a reconnu aussi que l'exécutiou de la prise à Gérone en 1898.
L\ SCI'LPTIBE
Balazote n'esl pas un spécimen unique. On a retrouvé dans un terrain appelé U champ du sculpteur à Agosl, près de Novelda, dans la province dAlicante, un corps de taureau en grès du pays qui a été donné par D. Francisco Caslello. propriétaire du cliamp de la découverte, à D. Pedro Ibarra, le distingue arcliéologuc et historien d'Elche'. L'animal est accroupi absolument de la mt^me façon que celui de Balazote, ayant de même la queue en sautoir, et il est modelé avec la même mollesse ronde. I.a tète manque, par malheur ; mais il ne semble douteux ni à M. Engel ni à moi, qui avons vu la sculpluie à Elchc, que cette tête devrait être
Pedro Ibarra. ï Elcht.)
restituée semblable à celle de la Vicha (Fig. g3). Or, dans le même terrain, ont été trouvés tout à côté du taureau deux débris de sphinx, actuellement au Musée du Louvre, qui, comme la Vicha, ont le type orienta), mais se rapportent plus encore à l'art hellénique. Nous y reviendrons tout à l'heure.
M. Engel a signalé encore comme venant du Llano de la Consolaciôn un « animal cliiméricpie se ra|iprochant de celui de Ualazotc et à peu prts de mûmes dimensions. La tète, lu poitrine et la queue manquent'. »
I. \. F.»f!o\. /t^,'Hr 'irrhéolngliii-: iS.jli. |i, iiiTt pt ao(i. Le fragment inrsiirc o"'.3o ,.; o"'.().'>. Li' doB eti litsc, ce qui M-mbIc iridL- (|uer que le U lires u, coDime b fichu, servait
■1. A. Knfrcl, /la/ipvrt etc., p. 19^, n" q.
Je parkrai plus loin de celte importante sUlion ibcriquo cjuc j'ai déjimonlionnée plusieurs foia.
Je note encore, a propos de ce fragment, que j'ai trouvé au LIano beaucoup de débris de céramique grecque, mais absolument aucun de provenance orientale.
A côté des taureaux androcéphales il serait intéressant de pouvoir placer ce Pégase que M. Serrano, de Bonele, a découvert au Llano de la Consolaciôn et qui fut signalé en 1891 à M. Engel ' ; mais co connaisseur avisé a émis des doules sur cette allribulion, et il a bien faif. Le prétendu Pégase, que j'ai vu, est un corps de taureau accroupi, en fort mauvais état ; rien ne nous dit s'il avait une tète humaine. 11 en est de même d'une sorte de béte, peut-être de sphinx à poitrine de femme, que j'ai trouvée abandonnée dans un mur, au milieu d'un despohlado situé à quelques kilomètres au Nord de Ronde, dans la province d'Albacete, près de la ferme appelée La Mata de la Esfrclla. La sculpture est si mutilée qu'il est même diflîcile d'en donner un croquis : ceux que j'ai pris sur mon carnet de notes permettent seulement de se figurer quelle était l'attitude et quel était le style de l'animal. Un renseignement a son prix : l'efBgie était placée, quand les paysans l'ont déterrée, au-dessus d'un tombeau : le fait ma été plusieurs fois confirmé par les paysans de la Mata *.
On peut douter que le monstre en question soit un sphinx ; il n'en est pas de même pour les deux statues d'Agost auxquelles j'ai fait plus haut allusion. Leur découverte, en décembre 1898, est à mon avis aussi importante que celle de la Vicha de Balazote et l'on doit une grande reconnaissance à D. Pedro Ibarra, à M. Arthur Engel et à M"** Marthe Mallié, d'Alicante, qui les ont fait connaître et en ont assuré la conservation'. Ce n'est pas ici le lieu de rappeler l'origine asîati([ue des animaux et des monstres ailés, ni leur diffusion dans l'art de l'Flgyple, de la
I. A. Engel, ibid.y p. 86. de Taulre. On ne pcul rêver une plus grande
a. Pierre Walt/, Trois s'illes ihérif/nes, maladresse,
dans Bulletin hispanique. Jl, p. i5'». 3. Arthur Engel, lievue archéologique^
D*aprcs mes croquis, on voit que l'animal 1896, p. "io."), avec deux vignettes. Cf. L.
avait la patte de devant, à droite, r('[>liée sous Heuzey, Monuments Piot, 1901. p. i3!i. Les
le corps, et la patte de devant, à gauche, re- originaux sont actuellement au Musée du
pliée en avant. Il est donc agenouillé, si on le Louvre, regarde d*un c6té, et couché si on le regarde
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Phénicie el de Chypre, cl de la Grèce. Les Ibères durent de très bonne heure en connaître des images par l'importation, comme le prouvent par exemple les îvoii-es phéniciens, ou plus précisément carthaginois, qu'a si heureusement déterrés M. Bonsor dans la vallée du Bctis, et où apparaissent très souvent des griffons'. Mais si l'on veut trouver des similaires aux deux sphinx d'Agnst, il faut chercher dans l'art grec, non pas même à l'âge mycénien, qui est plus près des origines orientales, mais ù l'époque archaïque.
L'un d'eux, long de O'.go, a conservé sa tète, bien que très mutilée ;
d'Agost. (Muï
mais il a perdu les quatre pattes et toute la partie saillante des ailes qui se dressaient au-dessus du dos et sans doute se retournaient au bout, vers la tête. Mais ce qui reste de la tétc suiTit à reconnaître qu'elle est féminine, qu'elle portait un diadème, d'où s'échappaient à droite el à gauche du visage deux longues papillotles eu loisadc. Toute la poitrine est couverte de plumes : lu queue est repliée, revient par devant les jambes et s'enroule contre la cuisse gauche. Le sphinx était non pus accroupi, mais assis, comme l'on dit, sur les pattes de derrière et son cou et son visage
sont plutôt des aîles de sirène ; mais il ne faut pas oublier que bien des animaux ou des monstres ailés figurés par les artistes d*Orient portent des ailes droites. C'est le cas, pour prendre un exemple en Espagne même, de presque tous les griffons gravés sur les objets d'ivoire retrouvés en Bétiquc par M. Bonsor\ Mais ce détail, qui affirme très nettement l'origine orientale du type, n'infirme en rien l'idée d'intermédiaires grecs (Fig. 95) -.
Au contraire, il me semble que nous restons surtout près de l'Orient si nous examinons deux fragments de sphinx qui sont tout récemment entrés au Musée du Louvre, et qui ont été trouvés dans la même région que la \ icha de Baiazote. On doit à mon infatigable ami, D. Pascual Serrano, maître d'école à Bonelc, très versé dans l'archéologie de sa province, de les avoir sauvés de la destruction. Ils ont été trouvés il y a deux ans, au Salobral, à i*{ kilomètres au Sud-Ouest d'Albacete ; c'est un petit village dépendant de cette capitale, et où D. Pascual après Cean-Bermùdez, a reconnu des ruines très étendues, couvrant trois ou quatre kilomètres carrés de superficie, c'est-à-dire deux fois la superficie d'Albacete \ Le Heu exact de la trouvaille, due à un paysan, Roque Garcia, est à un kilomètre et demi du champ dit (( de Roque », au Nord- Ouest de la maison.
Ce qui frappe tout d'abord, dans ces deux corps d'animaux accroupis, ce sont les ailes qui prennent naissance tout au bas de l'épaule, la couvrent presque tout entière, puis s'infléchissent un peu en arrière pour s'ap-