‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 3)Chapitre 32 sur 80 · I. G. Bonsor, /. /..fig. ^a, 43,44.4î>, .'4O · texte numérisé non relu

I. G. Bonsor, /. /..fig. ^a, 43,44.4î>, .'4O

a. 11 existe au iiuisécdc Tarragone un petit sphinx de bronze trouvé à Tarragone même (^Catalogue du musée de Tarragone t p. 36, n" 371). Je ne le crois pas ibéritjue, mais plutul dV'|>oquc rriinaino, à condition toutefois qu'il soit vraiment antique. Voici comment le décrit le catalogue: v Kslinge de bronce, con losojos de plata y un collar de esmallo. Kste prccioso ejemplar fue cnconlrado en las excavaciones de la Cantera dcl puerto; jkto debe suponerse que fue traîdo por los primeros pobladores griegos o elruscos do Tarragona. Midc o'".ia de ultura. »

Un certain nombre d'animaux fantastiques ont été trouvés, dit-on, au Cerro de los Santos. L'un d'eux serait fort intéressant, un lion à tète humaine, mais il faut le tenir pour une des pi6ces les plus manifestement fausses de la collection.

i^. Le Salohral n'est signalé, & ma connaissance, que par Cean-Bermùdez (A'Mmflrio, p. 87. s. V. Vlbacetc) en ces termes : « Tanibicn cerca de esta villa (Albacete) esta el pueblo do Salobral, que conserva minas de ediftcios romanos, donde se encuentran monedas. »

138 l'A SCULPTURE

tout le corpH des traces de couleur rougp, aujourd'hui très pâle

(Fis- 96)-

a° L'animal est accroupi exactement dans la m^me position que l'autre, mais lounié vers la droite, l-a partie antérieure est mieux conservée, car il reste le cou presque tout entier, le poitrail et un peu de la patte de devant -, au contraire l'arrière- Ira in est coupé de telle façon qu'une partie de la queue, de la cuisse et du genou a dis|iaru. Mais la surface du corps et des ailes est en meilleur étiit : les traces de la coloration rouge sont

Salol-ml. (\1us«. du l.mn

partout plus apparentes. Ce qu'il y a de plus intéressant, c'est que tout le long du cou on aperçoit comme une longue bandelette plaie et striée, dessinant une courbe assez pure, (pii. partant du pU formé par la patte allongée, tout contre la naissance «le l'aile, allait rejoindre la tète (Fig- 97)- Il saule aux yeux que les deux spliinx étaient destinés à une décoralion arcliitectui-ale et qu'ils élaietil placés syniélriquemeut, qu'ils se faisaient pendant, comme on dit. Il faut même remarquer qu'ils étaient situés de pari et d'autre d'une porte ou d'une baie, parce que le cou et le poitrail du 11" 2 sont très arrondis et presque en haut relief, faisant

l3o LA SCULPTURE

Le taureau à tète d'homme, le sphinx ailé h t^te de femme ou d'animal ne sont pas les seuls monstres qui aient séduit l'imagination des Ibères et le ciseau de leurs sculpteurs. A ce titre, il convient d'attacher un haut prix à la tête en pierre tendre du pays que M. A. Engel a acheta à Itedobân, près d'Orihuela, et qu'il a donnée au Musée du Louvre'. L'état de cassure où elle est parvenue est profondément regrettahle. car tout devait en être intéressant, le type et le style. Celui qui l'a trouvé, Valeriano Aracil, d'Orihuela. a aflîrmé à M. Engel que la gueule de l'animal (l'inclinaison du palais prouve qu'elle était largement ouverte) se terminait en une sorte de groin. De plus il reste en arrière la trace d'oreilles autour desquelles s'enroulaient dcK cornes. Je me demande si ce prétendu groia

ne sérail pas un bec et si l'être chimérique n'était pas un griffon. Quoi qu'il en soit, une palmelle qui décore son front et que surmontait quelque aigrette dont le trou d'insertion se voit encore, est la preuve indéniable d'une imitation phénicienne. Mais un bandeau, qui part de celle palmetle à droite el à gauche et se termine par un onroulemenl en spirale, rappelle assez directement l'arl mycénien avec quelque rhose de plus forme, de plus pur el de |ilus classique cl, comme le dit M. Engel « les yeux gros et saillants .sont archaïques ». Arc/iaïi/iu; est équivalent ici de grec orcfini'iiif. .le ne puis ni'cmpècher. à la vue de ce curieux débris, de songer à ces lêles si caractéristiques de grifTcms au large bec crochu, aux oreilles droites ni poirilues. au cnu ondulant, au crâne surmonte d'une

i8<jfi, i. 11. ,,.

de Valence, oii il est i-onnu sous le nom de Spliirix de Rocaiienle. 11 a en effet H6 trouvé à la Loma de (lalbts, près de Cocairenle, |)elite ville extrêmement pittoresque située dans la sierra sauvage, entre Elda et Ontc- . niente. à peu près sur la limite des provinces de \alence cl d'Alîcanlo (Fig. loi). Bocairenle a été le st^jour d'une très antique population qui a laissé les plus curieux souvenirs. Les grottes hiibitablcs ou les chambrer funt^raires (alliées partout, autour de la ville et clan^ les environs immé-

diats, dans les hautes parois roclieiiscB qui enserrent le rourant InrrenliieiW du Vinalopo (c'est le même lleuve qui [lasse à Elclic) dalcrit d'une tri'S lointaine époque. Elles sont par malheur absolument vides aujourd'hui. Les habiljints les appellent Ifx Ctiiçcles dcls Moros\ ÏjH sculpture (|ut m'occupe provient d'un champ où le propriétali'e, D. Vicente Calahiiig y Carra, professeur a l'Université de Valence, se proposait en i8<)Gdcralre i

. l'ig. ios-tu4>

l34 LA BCILPTLUK

des fouilles. Je ne sais s'il s'y esl décidé' . Ce n'est pas un sphinx, mais plulôl une lionne accroupie. Toul le museiiu manque, ainsi que les palli-s de devant, qui devaient iHie allongées sur le sul el non repliée» sous le corps. Les oreilles ont disparu : le corps a été brisé en deux, en arrière du ventre. Le style est lourd cl rond : cependant la Wte devait flre traitée avec quelque soin et quelque idée de copier la nature, si l'on en juge par la fuv'Jn dont le sculpteur a essayé d'e\|u-iiner le rîelns du fauve h h

commissure des lèvres et de modeler les eûtes. l,e cou long, la tcte grosse et droite, ta postlion ramassée plulôl que couchée de lu bi''(e. donnent

1. Iniilô par D. Vicente Calabuig. M, Tramojsrei BIbsco, lecretaire de l'AcBdéiuiD de< neaux-ArU de Valence, a ïisili^ avec soin Bocatrciile el ses cliai»bres creuspe» dans le roo. Il a publié un inlùretuiil article i»r ce qu'il I observé dans la Hevisla dp Avehivos.

190c, p. i38 {Las caeyai de Socairrnle).

Il Y a uliliïc quel qu es-un en des l'Iiotographies que je danne ici, et qui m ont été commiiiii- (|UFe> ain»i qu'b lui (pi. V et Vi, et Bg. dani le leilc, n"* ï et 3), L'article ne canlienl rien

de iimiveau eur la Lmna de Halbis. nfi a eu lieti la dêiouierle de la tculplnre en que;-

LA aCULl'TL'RE 1 35

une certaine idée de force. Ici encore l'impression est plutôt grecque, à cause de la simplicité de la conception, qui n'aïmc pas la surcharge (PI. V et Fig. io5).

Mais l'animal qui u eu toute la faveur des tailleurs d'images ibères, c'est le taureau. Si l'on eu croit Dîodore de Sicile, la tradition vituluit que les vaches eussent élé importées en Ibérîe par Héraclès, qui fil cadeau de quelques-unes à un roi du pays en r(^compcnsc do sa pii5té et de sa

justice, el que depuis lors cet animal fùl sacré dans le pays '. Quoi que vaille la légende, il est certain que les bœufs ou les taureaux, sous forme de plaques estampées pour appliques, de petits ex-voto de bronze, de tessères, se rencontrent presque jiartoul en Espagne et en grand nombre. J'aurai l'occasion d'en signaler beaucoup dans la suite. Quant aux monnaies, le taureau est un des types préférés par les villes de l'Esigne. Dans le seul ouvrage de Delgado j'ai noté trente cités éparses sur

iDîod. Sicul.. IV.

l36 LA SCULPTURE

tout le sol de l'Ibérle, depuis Gades jusqu'à Indica (Emporia;), depuis Carthago nuva jusqu'à CHuiiia, qui ont adopté le taureau, debout ou agcuouillé, iiumohilc ou galopant, représeiilé tout entier ou réduit à la U'te, pour orner le revers de leurs pièces.

Hcste uu curieux fragment de sculpture décorative qui donne lieu à d'intéressantes cuni|)a rainons et me semble assez instructif. On sait quelle riche moisson de statues romaines a été faite dans les ruines de Carttnia, près de Mâlaga et quelle luxueuse hospitalité leur a offerte, dans le parc de sa riche villa de la Concepeiôn, M"' la marquise de Casa

Fir.. io5. — Le Spliiiii Je Boeairenlc (Mnsôn de V«lenco.)

Loring'. Or. parmi toutes les antiquités du munictpe, on est étonné de trouver une sculpture en pierre grossière (une sorte de conglomérat sans dureté), de style tout différent et d'aspect barbare, qui jure étrangement auprès du gracieux petit tenq)lc autour duquel elle est groupée avec les empereurs romains et les \ énus pudiques. Le sujet est un loup dévorant un bélier. L'illustre arcliéologue de Mâlaga, M. de ïïerlanga, a bien voulu

.antiquités,-

•îAe Itild^verte. p. 3of| el ».; cf. Butlet- . lUl hiKtlIiilo /irrki-iîl. d, liomn. iRfii,

- E. lliilmiT.

i".ll,I).'4«;

LA scluj'ïihe iSy

Fferireque l'œuvrelulrenconlrôeà la sortie de Cârlaiiia, la viUe moderne qui a remplacé l'anliquc Cartima. Le loup, qui ressemble plutôt à un ours, a par nialheur les pattes couples, sauf la patte gauche de devant, qui est relevée et posée sur le bélier qu'il lient à pleine gueule. Il était sans doute assis sur son derrière. Quant à la victime, elle retourne la tête vers la droite, d'un mouvement trts peu naturel. Le sculpteur n'a pas trop mal réussi à rendre le prolil caractéristique du bélier et le robuste

enroulement de ses cornes ; mais le corps du loup est mauvais, lourd, massif, ressemblant à celui d'un porc gras, plutôt que d'une bête des bois ; sur son ventre les cotes sont naïvement indiquées et l'enserrent comme des cercles de barrique. L'ensemble de ce groupe décoratif n'a aucun charme, et, par la massiveté des formes et je ne sais quel aspect d'ensemble, rappelle la lourde fabrication des toros de Guisaitdo. Sans discussion, je crois, il faut y reconnaître la main d'un Ibère, mais l'inspiration est presque sans aucun doute phénicienne (Fig. 106"). En elTet. il existe au Musée de Palerme un fragment de groupe en pierre calcaire

l38 L\ SCLLPTt'BB

(|ui a plus d'une nnulo^îi* avec ci-lui de Curtima. C'est lu renie duo lîoo accroupi en train de dévoi-er une lête de Uiureau. [>e fau^e a saui sa proie soii!t les grilles de ^a [tattcs de devant. Il est fort remarquable i|ue la cjueutt du lion se rcpKe «ou» le ventre et s*enroulc autuur de la (Mjisse droite. di»pii»ilîoii qui se reln>u*e ù peu pK's identique dans la Vîclia de liidaiole. le Spliin\ de ituruireiite, etc. ; (juf le» cûte^ s«inl indiquées par des iiortes de eereles réjniliers et eu ucen triques, comme les eûtes de l'animul de ClaHinia. cl que les veux du taureau sont cernés de paupières In^s semblables a celles des tries de bronie de Costij;. dont il sera ques-

tion plus loin. Or le gmupe de Païenne protient de ranlî<|ue tille d\utcs- Iraloe. aujounriiui Ml»trrtla, <ur U o>le \ont île b Sïeïle el l'on v m:t>nuatl uu4> «eut re datant de b domination pliénieienne ilaos celle Ile' (KisT- 107). Le motif ne s'est pus perdu. puis4]uc Ion a retiré de Taniphitbéàtr^ <le l'Mip^Hie toute une ?4'ric <k' seulptuivs dn»ratites. d'époque très posléneuf^et de ^vle plutOil ^rev.'. parmi tes<juelles on tuit an moînâ deux lioos acharnés «le m<^me $ur on t^ de mouton et une %He de elieval ou d'an*- \

Les plus tmp>.>rtanl> détrî^ de taureaux samiptés en pierre que je coniwisse ont été trviutés au IJam> delai(\Hisolacii.>n. L un a été donné parle

LA BCULPTUtte IBq

curé de Montealegreau Musée de Murcïe, Il ne reste que la croupe de l'animal: mais cela su(Tîl à fiiiiecoinpicndrcquc la figure élait d'assez grande taille, que le tiurcau était roprcsrntc debout cl qu'il t'iait traité avec

assez d'ampleur et de IVruicti.'. Il semble hien que la fjirlurc soit plutôt grecque qu'asiatique mais il serait téméraire (le rien allrrmcr (Kig. 108). L'autre est un rragiuciit di> ti'tc, trouvé par I). Paseual Serrano, et donné par lui à D. Antonio Vives, de Madrid. H eu existe des moulages, au Musée de reproductions artistiques de Madrid, au Louvre, au Musée

IJO LA SCtLPTl'RE

de moulages de la Faculté des Lettres de l'Université de Bordeaux. La pierre est mal conservée ; les oreilles, les cornes, une partie du mufle sont brisés. Autant qu'on en peut juger, l'animal avait des bandelettes ou des courroies autour du front et du cou. Donc, ou tiïen il repréî>entait une victime parée pour le sacrifice, ou bien une béte de travail sous le joug. L'œil droit, seul bien conservé, est très gros et saillant ; la paupière est indiquée par une triple raie gravée parallèle au contour du

lu LIano He II ConMilacioii.

'. à Madrid.)

globe. Sans avoir l'heureuse netteté d'une tête de cheval de même provenance, dont j'aurai l'occasion de parler, l'œuvTe n'est pas sans quelque mérite de pureté et de finesse (Fig. log).

Au contraire, la part de la Crrcce à côté de celle de l'Orient est très apparente et très impoilunle dans les trois grandes iêles de bronze du Musée dp Madrid. Trouvées à Coslig, dans l'Ile de Majorque, et achetées grAcc au zèle éclairé de I). José Raniôn Mélida et du regretté Canovas del Custillo. elles sont l'un des plus précieux ornements de la collection nationale. Très bien présentées dans lasalleduCerrodelos Santos, elles attirent vivement l'attention des archéologues par le rare intérêt de leur style, et l'admiration des arlisles par leur ampleur et leur majesté

lAl

décorative*. Ces trois têtes méritent d'être décrites Tune après Tautre avec beaucoup de précision ' (PI. VI).

La plus grande — je la désignerai par la lettre A ^ — du bout du mufle au sommet du front, entre les cornes, mesure o'",52 ; elle pèse 33''«',77. Les cornes qui, vues de face, afleclent la forme d'une lyre, sont hautes et largement écartées (o",6o au point le plus bas de la courbe), les pointes légèrement ramenées en arrière. Elles sont fortes à la naissance et ne s'eflîlenl que peu a peu pour se terminer en pointes très aiguës : Tune d'elles, celle de gauche, est malheureusement époinlée. La tête est large et forte : le mufle, en particulier, avec toute la mâchoire supérieure, est rond et massif; les narines sont petites et peu creusées. La charpente osseuse du crâne est indiquée très solidement et très nettement par une bosse longue et saillante d'une corne à Tautre, d'où se détache par deux angles arrondis une arête vive qui descend verticalement entre les yeux. Le front se trouve ainsi franchement partagé en deux plans raccordés à angle obtus. Les yeux étaient des amandes de matière brillante, vitreuse sans doute, inserties dans le bronze évidé. Ces pièces de rapport ont disparu, laissantvoir les creux où elles étaient enchâssées. Notons, d'ailleurs, que la forme de l'orbite est mal observée : peut-être le globe de Tœil était-il gros et saillant, comme le voulait la nature ; dans tous les cas l'ovale de l'orbite s'allonge et s'étire vers le point lacrymal pour finir en

I. L*achat a été négocié par D. Alberto Bosch, alors ministre de Fomento, au prix do 3 5oo pesetas. Aux léles étaient joints 67 autres objets, parmi lesquels des cornes de taureaux ou de vaches, en bronze. L'inventaire a donné à la collection les numéros i8.'i5l^ et suivanU. Dans le Roleiin de la Sociedad arqueolôgica Luitana* qui s'édite à Palma de Majorque, D. Barlolomé Femi a publié une relation de la découverte et un catalogue des objets, avec des dessins sommaires (n®» de juin 189,5, p. 85 et s., lam. CV, CVI, CVII. ffallazgos arqueologicos en Costig) ; la même revue a donne ensuite une lettre d'K.

Hûbner k D. Gabriel Llabrés (n» do septembre 189,')), et un peu plus tard un article de D. Joêé Ramon Mélida sur le même sujet

(n» de mars 1896). EnGn j'ai étudié les Bronzes de Costig dans la Re^'ue archéologique. 1897. t. I, p. i38, pi. IV et V.

1. En mcme temps que ces télés et que les cornes et les oreilles dont je parlerai plus lias, on a trouvé au même endroit :

N" i8'irr». l'u bras droit terminé par une main pli<V. en bronze fortement ox^dé.

Des clous et des tenons de bronze.

L'ne sorte de bout rie sceptre, au sommet duquel était un oiseau dont il reste seulement les griffes.

Une plaque avant servi de socle; des clous et des tenons de bronze, des rondelles.

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