I.A SClLPTUnË
N'est-ce pas d'ailleurs à hâlioa qu'a clé di'lerrée la très ciuieuso et très instructive l^le virile en pierre tendre graciouscmeiil ofTeite par M. Arlliiir Engol au Mnsi'c Provincial de Sc\iHe, en avril iS()8? C'est une tr< vaille tout à fait inalletidue que celle do celle sculpture nahe, celle It^te carrée à la large face, au nez épaté, au mcnloii crocliu, au\ j('u\ insipides lourdement dessinés, ans courts <Iic\cn\
géométriquement découpés en boules par nu
sjslème de ligiu's creuses (pii se recoupent,
tlonl l'aspect barlnue tranche parmi les virtuosités des marbres romains, les élégances des
grandes Diunes chasse i"esses. et les noblesses des F'<^
empereurs divinisés, nus cl beaux comme les ^
Olympionices de Polvclèle. Mais elle est précieuse
pour l'historien, qui la rapproche lusément d'un très grand nombre de tôle duCerro, tantelle leur ressemble par la l't)rmc et re\|>iession. pari inspiration et le goût, malgré desdiirérences notables de lccbiii(pie(Fig. .*tio)'.
ville).
t. I,( tûle porlc >u m<i5éc le n" 3778. Il est dil sur aae psncarlp ; « Cabczs de pîedra mutilada, curioso cjcmplar de caracirr ibérico. dncubicrto CD Ilâlica. Epaca \isigoila. n Ces dernlen mois, d'ailleurs en conlradlclion aire ce qui précède, doivcnlrlrebilTés sans scrupule.
llj*iu Mu»<e arcliéologî'iuc de Madrid.
)0U« le n° lGt<33, une grosse UUe de marbre dont la provenance ctt lotalonicnt inconnue, la rechercliea qu'à bien voulu raire k fan sujet D. J. R. Milida, pour m'Mrp agréable, ^'lanl Tniéa at^rijes. La coupe de la figure, longue cl large, diflïrc do celle des lûtes du Cerro : maia on retrouve pourtant comme un air de bmille que lui donne un vague sourire ; et surtout les cbevcux me paraissent Irailés suivant la méoio technique conventionnelle drs mMies en virgules ; l'oreille est aussi trî'S mal djooupée, et l'œuvre est digne de riialiter en laideur avec quelques-uns des pires de la série du Cerro. Ainsi me semble justifié le transfert dans la talle du Cerro de ce marbre, qui [irimllivement se trouvait dans le liall réservé k la sculpture grecque et romaine Mais la pa-
I . — Tète de sljle iWrit|UC (Musée arclitologique de .Madrid).
32 4 LA SCULPTUnK
D'autre part, sans me préoccuper maintenanl de rinfluence qu*a pu exercer cet art, en somme très 8|)écial, du Cerro dans des pays plus ou moins lointains, je trouve dans nombre d'autres monuments andalous, persistant même à des époques récentes, sous la domination romaine, le mélange d'éléments orientaux et grecs qui m'intéresse.
J'ai déjà parlé d'un groupe très ancien, découvert à Cartima, un loup déchirant un mouton, que j'ai attribué sans hésitation à Tart ibérique, mais que j'ai dû rapprocher d'un groupe analogue, sans doute d'origine carthaginoise (Fig. loC). Avec ])lus de certitude on peut prouver que les Carthaginois n'ont pas remonté en vain le cours du Guadalquivir et de ses affluents pour en coloniser les rives et les campagnes fertiles, plaines ou monts. Car si dans leurs tombeaux M. Georges Bonsor, l'habile explorateur de celte région, retrouve presque uniquement les produits importés de leur industrie nationale, les monuments indigènes s'inspirent plus d'une fois des idées et des représentations étrangères.
Quiconque a eu riieureuse fortune de visiter la prodigieuse Nécropole de Carmona, et en particulier l'une des tombes les plus intéressantes, la Tombe de Vélépliani, a été certainement frap])é et non moins intrigué, à la vue d'une grande figure taillée en plein dans le roc tendre, mais très mutilée. Je n'ose afTirmer que D. Manuel Fernandez Lopez, qui a écrit une monographie de la Tnmba del Elefanle, ait réussi à préciser l'identité de ce personnage, «figure assise, de grandeur naturelle, vêtue d'une tunique courte sans manches serrée à la lallle par une ceinture ; figure à laquelle, actuellement, manquent la tète et une partie d'une jambe, et qui tient à la main gauche une espèce de fiole (ampuUa.^) oii elle semble verser le contenu de quelque chose qu'elle tient dans la main droite». Mais je suis frappé du rapprochement que l'auteur établit entre cette sculpture et des stèles carthaginoises trouvées ])ar le Père Delatlre, rapprochement sur lequel M. Bonsor insiste en ces termes : « Celle figure serait une réminiscence de répo(|ue punicpie ; elle nous rappelle les stèles trouvées à Carihage, que le R. P. Delallre fail remonter aux derniers tenq)s de la période punique, ou au début de l'occupalion romaine en Afrique. » Il y a surtout ceci de notable que, de même que les figures
que (( ranimai est parfaitemenl conçu et exécuté, surtout les oreilles' ». La figure 3i2 permet déjuger que l'éléphant est plutôt une œuvre très médiocre, sans proportions, et taillée rapidement, par à peu près, par un artiste naïf qui sans doute n'avait vu qu'en image le monstre qu'il découpait. Pour moi, cet artiste est un indigène, qui subit des induences étrangères, que d'ailleurs, le sujet de son œuvre lui ait été ou non imposé.
Il est sinon tout à fait contemporain, du moins compatriote, et tout justement émule, avec un peu plus d'adresse assurément, de ceux qui ont sculpté deux ou trois statuettes de pierre auxquelles je suis étonné que M. de la Ilada, dans sa monographie de la nécropole de Carmona, n'ait pas attaché plus d'attention. Elles représentent sans doute des esclaves ou des Atys, debout, les jambes croisées, le menton appuyé sur le poing, dans l'altitude de la douleur. Ce sont, à mon avis, des imitations ibériques de modèles romains ; il convient de les rapprocher d'autres imitations, faites aussi par les Ibères, de petits bronzes romains, imitations dont je parlerai dans un autre chapitre. Ce sont des œuvres de la dernière l>arbarie, sans doute populaires, mais qui montrent bien que les Espagnols, constamment, ont subi l'influence des étrangers*.
Pour en revenir à Carthage, ce n'est pas non plus, je le crois malgré l'avis ordinaire, une œuvre carthaginoise qu'il faut reconnaître dans un petit cippe trouvé a Marchena, dans la même région que Carmona, on ne sait quand ni dans quelles conditions, et qui appartient maintenant au Musée municipal de Séville (Fig. 3i3, 3i/|). Sans doute le sujet est punique, et le monument a du être exécuté pour quelque colon, puisque sur l'une des faces est sculpté un cheval au galop, sur l'autre un haut palmier, et que justement le chevalet le palmier sont fréquemment, sur diverses monnaies, des symboles carthaginois. Mais il m'est impossible de reconnaître dans les bas-reliefs qui décorent ce petit monument funé-
I. Tumha ilrl Elefdiite, p. .")o. Dans cri I^ecrfipdlis do Carmona, }A^<\T\à, i885, jene
opuscule, accompapnô de plusieurs planche^. Irouvi* (pi'une menlion de l'une de ces laides
il n'y a pas d'iinaf:*' de rélrplianl. M. (i. ébauclw's (cli. iv, p. 1 17), en cos.lcrincs: « pc-
Bonsor a eu la •:ra(i«Mj'i(î libéralité, dont je h; (piena cariatide de piedra, cpie représenta un
remercie, de nie dr)inier une pliolographie roiuano llurando, iigurila ((uc debio partcnecer
d'après lacpitlie (•«•I faite? notre f:ra\ ure. a al^'una urna hov drstrui'da ». On voil qu'il
•1. Dans le lonj; uiénioire de M. de la llada. % a là plu«« d'une erreur.
LA SCL'LPTLKE S»?
raire ou votif le slyle des monnaies qui l'ont certainement inspiré, ni le style des stèles carthaginoises découvertes en si grand nombre dans les ruines de la métropole. Au contraire, j'y retrouve le dessin très incorrect, les formes lourdes et sans modelé, le faire hâtif et incomplet d'un grand nombre des œuvres ibériques que nous connaissons maintenant.
Cippe provenant de Marcliena (Mu^fc
avec un peu plus de fermeté et un sentiment un peu plus juste d'observation — je parle du clieval ou galop — que dans les œuvres d'art carthaginoises, si imprécises et si peu personnelles quant a la forme, et souvent quant au sujet ' .
Et j'insiste d'autant plus sur ce jugement que plusieurs fois le cheval apparaît, sculpté en l>as-relief, sur des pierres dont la facture indigène ne peut Hre mise en doute, par exemple sur deux fragments du Musée