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décoratif, et aussi pour les objets certainement puniques qui se groupent autour de ce récipient et des récipients analogues trouvés dans les mômes fouilles ou dans celles, toutes récentes et inédites, d'Osuna.
Ensuite je signalerai un petit plat qui ma été donné à Redohan (actuellement au Louvre), dont la terre et la coloration se distinguent très nettement. L'ornement caractéristique de cet ustensile est formé par des petits groupes de traits ondulés parallèles, très courts ; ces motifs alternent avec des groupes d'accents circonflexes ou declievrons superposés. La céramique primitive de Grèce et dltalie en offre des exemples innombrables. On peut citer en particulier le dessin de nombreux vases sicules publiés par M. Orsi', par exemple celui que représente, dans son mémoire, la figure ao. Le vase si original figurant un oiseau à Icte de bœuf qui, trouvé à Ampurias, est conservé au Musée de Gérone et qu'a publié M. Léon Heuzey^ est d'origine orientale ; il a été importé par les Grecs, avec bien d'autres sans doute du même genre qui n'ont pas été recueillis. Je ne doute pas, d'autre part, que M. l'ingénieur Siret n ait trouvé encore d'autres vases phéniciens ou puniques dans la nécropole de Villaricos- Baria. Mais somme loiile, et jusqu'à plus ample informé, il est surprenant que l'importation de céramique ait laissé si peu de trace, car elle fut à coup sûr considérable puisqu'elle a exercé une influence si nette et si certaine sur l'industrie ibérique.
Quant aux différences, elles portent d'abord sur l'ornementation qui jamais ne se confond absolument, je l'ai dit plusieurs fois, avec l'ornementation grecque ou italiote, et ensuite sur la nature de l'argile, sur les formes des ustensiles et, ce qui a plus d'importance encore, sur l'aspect de la couleur et la manière dont elle est appliquée sur les vases.
Je n'aurais pour l'établir qu'à reproduire ici les remarques que j'ai faites sur ces divers sujets. Je rappellerai seulement que les récipients très peu nombreux qui nous sont parvenus intacts, ou qu'il est possible de restituer, n'ont que très exceptionnellement des similaires dans les séries orientales, mycéniennes ou grecques archaïques.
I. livemische Milleiliiiigcn, 1900. Voyez 3. Monuments Piol, 1901, [.e taureau
surtout p. 76, fig. ao (Cava di S. Aloe). chaldéen à tête humaine, fig. 5 et (5.
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D'autre part, si des ressemblances ou des différences dans la couleur et la densité de deux pâtes céramiques ne prouvent pas grand'chosc sur leur communauté ou leur diversité d'origine, du moins en ce qui concerne le choix et l'application des couleurs, en un mot la technique de la pointure orncmenlalo l(?llc ([uc je lai analysée en son lieu, les vases que j'ap[)ollc ibériques ne donnent jamais la même impression que ceux auxquels on peut les comjxirer pour le style du décoi*.
Par exemple, en aucun cas, qu'elle soit peinte directement ou sur engobe, la couleur n'est lustrée; elle est toujours maie, je dirai même terne, et Ion sait que c'est le contraire qui se produit le plus souvent en Grèce. Seulemeiitquelquesvaseschyprlotes, théréens et mycéniens, ceux-ci même très rares, tous appartenant à la plus lointaine époque, manquent de cette glaçure qui donne aux couleurs, noir, jaune ou rouge, une résistance et un éclat exceptionnels. Ceux mêmes des tessons ibériques qui semblent de fabrication lécentc, comme je le dirai, diffèrent en cela des céramiques fabriquées dans les pays de la Méditerranée égéenne. C'est bien la preuve que les vases [)rimitifs d'Kspagne sont de fabrication espagnole ; les potiers de ce pays ont bien su imiter le décor, il n ont pas connu le secret précieux du lustre et de la glaçure ; leurs couleurs restent perpétuellement mates et quelquefois sans solidité ; un lavage un peu prolongé peut effacer, je l'ai dit, les dessins des plus beaux vases de l'Amarejo.
De même, les exemples d'engobe sont la 1res rare exception en Espagne, et jamais je n'en ai observé un seul de retouches ou de rehauts en couleur differenle, comme on en voit souvent dans la plus ancienne fabricalion, en pays classiques.
Je ne manquerai pas de noter aussi (juc l'imagination des potiers ibères est beaucoup moins vive et riche que celle de leurs maîtres. On sait l'extrêitie difficulté qu'a la critique à classifier nettement les vases primitifs de la Grèce ; à quelles nombreuses subdivisions sont obligés de recourir ceux qui veulent écrire l'histoire du style géomélri(pie et du style mycénien depuis ses lointains débuis en Troadeon àThérajusqu'au seuil de l'Age classique à Alhènesou en Béolie, tant il y a de variété dans un même pays ou d'un pays à l'autre, et aussi à la même époque et
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d'une époque à l'autre. Les céramistes ibères sont pauvres et monotones ; leur décor géométrique se traîne en des motifs peu nombreux, très simples et toujours les mêmes. La circonférence leur a fourni quelques combinaisons heureuses, mais les dessins rectilignes sont mesquins et sans variété ; ils n'ont pas utilisé, par exemple, la souplesse de la grecque, dont les Rhodiens, les Attiques, les Béotiens ont tiré de si ingénieux ornements, et se rapprochent en cela des Italo-Grecs. Le décor floral de Mycènes est parfois d'une véritable splendeur, que les peintres copient ou qu'ils interprètent la nature. Tel vase mycénien porte des fleurs d'une élégance raffinée ; l'art décoratif a rarement dessiné et disposé la plante avec plus de souple richesse. En Espagne, jusqu'ici, ne s'est révélé rien de tel. Les fragments de l'Amarejo ne sont qu'un essai assez maladroit ; les plantes sont dessinées confusément; leurs tiges enroulées ou droites ne témoignent que dune facture conventionnelle et routinière. Et quant aux animaux, qui dénotent plus de goût et d'habileté, on voit sans peine qu'ils n'ont rien de réel ; les peintres les représentent selon une formule acquise ; la faune de leur pays ne les a pas plus inspirés que la flore ; leurs oiseaux, leurs poissons, leurs quadrupèdes sont de purs êtres imaginaires et, jusqu'à nouvel ordre, il faut avouer que rien ne vaut ici ces heureuses figures des vases mycéniens, les pieuvres dialysos, de Chypre ou de Mycènes, dont l'air fantastique et féerique n'empêche pas l'identification précise.
Je viens d'écrire les mots de convention, de routine et de formule ; je dois insister sur ces reproches, dont la portée est particulièrement grave en ce qui concerne l'industrie des Ibères. La question, fort délicate, se joint d'elle-même à la question de dates, qui ne l'est pas moins.
Quelques-uns seulement des débris ou des vases dont j'ai parlé proviennent de fouilles scientifiques et même de sondages plutôt que de fouilles. Ce sont ceux que j'ai rapportés de l'Amarejo et de Meca. Tous les autres, du moins ceux que j'ai recueillis personnellement à l'Alberca de Murcie, à Elche, à Lorca, à Rojales, à Monteagudo, étaient à la sur-
face de sols maintes fois remués : ils étaient dispersés pêle-mêle avec une infinité de morceaux dont les uns, faits à la main, représentent l'industrie la plus grossière et la plus reculée, celle que les Espagnols appellent proto-historique, dont les autres sont incontestablement d'époque romaine, je parle de la vaisselle samienne, du barro sayaiilino.
A l'Amarejo, j'ai fait plusieurs tranchées en croix au sommet du mamelon : je n'y ai trouvé aucune trace de construction, mais seulement des fragments de poteries mêlés avec beaucoup d'os d'animaux, par exemple des mâchoires de chiens et de sangliers et des dents de chevaux, avec cela beaucoup de cendres. Au flanc de la montagne, qui semble étagée par terrasses, j'ai trouvé en grande majorité des tessons de vaisselle très rude et primitive ; la terre en est noire, avec des petits cailloux blancs amalgamés, et très épaisse ; puis venaient confusément, et non par couches, des tessons plus soignés, d'une terre grise et peu compacte ; plusieurs petits plats et petits pots sans valeur de cette classe ont même été retrouvés intacts ; enfin, un grand nombre de débris du style de ceux que j'ai déposés au Louvre, à décoration géométrique ou florale. Le butin le plus important consiste dans les restes de deux grandes jarres ; elles étaient enfouies à près de deux mètres de profondeur, tout à côté d'un foyer à l'air libre qu abritait seulement la paroi verticale au pied de laquelle il était situé. Le sol en était forme d'un dallage de briques crues, en terre rouge vif, que la chaleur avait fondues et soudées ensemble. Sur ces briques reposaient une épaisse couche de cendre, puis des ossements calcinés et des fragments de poteries communes, tous brûlés, quelques-uns couverts encore de suie. Ces détails sembleraient indiquer une époque très ancienne, et de fait je crois que la céramique de l'Amarejo est plus ancienne que celle de l'Alberca de Murcie ou d'Elche, comme je l'établirai tout à l'heure. Cependant, je ne dois pas dissimuler que j'ai recueilli au même endroit, dans la même couche de terre, deux petits débris que j'ai conservés avec soin comme deux précieux témoins, ce sont deux morceaux de vases grecs (Fig. a et 3). D. Pascual Serrano, deBonete, m'avait bien dit avoir trouvé dans des tombeaux, tout au pied de l'Amarejo, des vases qu'à la description qu'il m'en faisait je
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devais tenir pour grecs ; mais le fait me paraissait peu vraisemblable. 11 n'y a plus maintenant à le mettre en doute. Mais ce qu'il y a de déconcertant, c'est que les débris recueillis par moi n'appartiennent pas même à l'âge archaïque ; tous les deux proviennent de vases à figures rouges. Sur l'un on voit une palmette, sur l'autre est peinte une guirlande de myrte, en blanc. En somme, ils peuvent remonter l'un et l'autre au iv" siècle avant notre ère. Des lors, je n'ose plus faire de conjecture sur l'âge des vases de l'Amarejo. et par suite sur l'âge de la céramique espagnole à influences helléniques en général, surtout si je me rappelle que M. Pedro Ibarra a trouvé une monnaie romaine, un as, dans un vase à décor géométrique de l'Alcudia d'Elche. Son témoignage ne peut être mis en doute.
Un fait sans plus me paraît hors de discussion, et c'est celui même qu'ont établi, je l'espère, les deux premiers chapitres de ce livre. C'est que longtemps avant la fondation des comptoirs phocéens sur la côte orientale de l'Espagne, les habitants de ce pays ont reçu la visite des marchands, les productions industrielles des peuples occupant le monde devenu plus tard le monde hellénique. Le style mycénien s'est répandu dans les ateliers des potiers espagnols à une époque certainement bien antérieure à l'établissement des Grecs à Emporia?. Les Grecs du vu' siècle, en allant coloniser les rivages de l'Espagne, n'ont pas ouvert des débouchés nouveaux à leur commerce, ni frayé des chemins inconnus ; ils n'ont fait que suivre un mouvement depuis longtemps commencé. Ils. n'ont été, comme importateurs de vases et d'ustensiles de terre cuite, que Us successeurs des Mycéniens (on sait dans quel sens j'emploie ce mot, faute d'un meilleur) et de tous les peuples dont les arts découlent, avec plus ou moins de rigueur, de l'art des Mycéniens.
Mais il faut faire ici une constatation imprévue et très curieuse. Les Grecs, ceux du vi^ siècle, ceux du v' et des suivants, les archaïques et les classiques, n'ont pas eu sur les céramistes de l'Espagne la même influence que leurs lointains prédécesseurs.
Les Ibères ont connu les vases grecs proprement dits, à figures noires ou à figures rouges, aussi bien que les vases mycéniens, ioniens ou italiotes; cela ne fait aucun doute, puisqu'on en a trouvé d'innombrables
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spécimens disséminés un peu partout dans le sol de la Péninsule, mêlés à la poterie indigène, à Hedobân, à Elchc, à l'Amarejo, tout autant qu'à Ampurias ou à Yillaricos ; ils les ont connus et appréciés, ils les ont achetés au même titre que les statuettes archaïques de bronze qu'ils aimaient à conserver. Mais cette industrie nouvelle, si originale et si parfaite, n'a eu sur l'industrie traditionnelle qu'ils cultivaient qu'un effet superficiel, j'allais dire nul. Ceux qui avaient subi l'autorité d'arts encore primitifs, qui s'étaient complu dans l'emploi de thèmes décoratifs empruntés à des modèles très naïfs, hésitants encore, ne se sont pas laissé aller au charme d'images nouvelles, bien faites pourtant pour séduire et s'imposer.
Depuis l'apparition du style mycénien en Espagne jusqu'à l'époque romaine, il ne semble pas que les formes céramiques se soient modifiées, qu'elles se soient étirées, amincies, galbées avec plus d'élégance et de délicatesse. Les Ibères n'ont adopté, en fait de type gracieux, que l'œnochoé à bec trilobé, mais l'œnochoé n'est pas une invention des Grecs proprement dits ; elle est extrêmement ancienne, puisqu'on la trouve déjà par exemple dans la plus ancienne poterie chypriote'. Mais ni la cylix à pied élevé et à anses horizontales, ni le canthare, ni l'amphore, ni l'hydric ne les ont inspirés ; ils n'ont pas compris l'importance du lustre et du vernis, qui rendent les dessins plus brillants et plus solides : et en ce qui concerne la technique, ils sont arrivés tout au plus, à l'exemple des Grecs, à mieux préparer leur argile, à rendre leur pâte plus fine, plus serrée, plus légère et de très mince épaisseur. Quant à l'ornementation elle-même, il faut avouer, quelque étonnement que cet aveu nous cause, que les progrès accomplis par les Grecs n'ont presque pas servi aux Ibères. La figure humaine, dont le rôle décoratif devient prépondérant dans les ateliers helléniques, reste le plus ordinairement en dehors des thèmes ibériques. Je n'ai pu signaler, on se le rappelle, que deux très primitifs essais de représentation humaine", l'un (Fig. 197),
1. E. Pollicr, Vases anlifiues du Louvre, personnages velus, et se tenant par la main, pi. 8, A 114. Le vase est autlienliquo — j'en ai eu sous les
2. On m a signale un vase, trouve dans les yeux un fragment — mais je ne puis en parler environs de Oriiniela ou de Murcie, où semble avec compétence, n'en ayant vu qu'un somdessinée sur la panse une sorte de ronde do maire et imparfait croquis.
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très ancien sans doute, antérieur à l'époque classique, l'autre plus récent peut-être, où l'on retrouve un débris de silhouette noire (Fig. 198). Et en dehors de ces très humbles tessons je n'ai réussi jusqu'ici à noter comme témoignages de l'influence de la céramique classique que cinq fragments, deux où restent quelques lettres dune inscription ibérique (Fig. 209 et 2o3), un autre, trouvé à l'Amarejo, où sont tracées des oves du plus pur dessin (Fig. 209), un quatrième où sont accolés des rinceaux peints avec une légèreté, une précision, une élégance de contour qu'auraient admirées les plus ingénieux des décorateurs attiques (Fig. 177), un dernier enfin où l'anse se rattache au corps du vase derrière une tête chevelue de style assez avancé, modelée en relief (Fig. 2o4).
Certes, il est fort possible que des découvertes ultérieures viennent ébranler, sinon détruire mes conclusions. Plus que personne je désire que la trouvaille de quelque vase largement inspiré des plus beaux vases grecs prouve bientôt que, comme les sculpteurs, les céramistes ont été les heureux disciples et à la fois les émules des Grecs ; qu'à côté du buste d'Elche on puisse dresser un vase qui témoigne du même talent à la fois original et tout imprégné du génie grec. Mais je crains bien qu'il n'en soit pas ainsi. L'Alcudia d'Elche n'a pas sans doute révélé tous ses secrets, mais on peut dire que depuis de si longues années qu'on en retourne la surface, que des milliers et des milUers de tessons y ont été recueillis, ibères, grecs et romains, tous les types céramiques qu'elle renfermait nous sont connus par quelque débris. C'estlà cependant qu'il y-aurait eu le plus de chances de trouver le chef-d'œuvre rêvé; Elche, plus que toute autre ville semble avoir eu le privilège d'une culture artistique raffinée.
Les choses étant ainsi, je me crois en droit d'affirmer que l'histoire de la céramique des Ibères n'a qu'un chapitre, un chapitre long et intéressant, à coup sûr, mais unique. Pendant de longs siècles, jusqu'à la conquête romaine, après même cette conquête, ils sont restés fidèles au style qu'ils avaient emprunté à leurs premiers fournisseurs orientaux et qu'ils avaient du reste marqué de leur empreinte personnelle. Ce style, pendant une longue période, s'est modifié à mesure que se modifiaient de
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leur côté les styles qu'il imitait, et si les vases à décor floral font surtout songer à Mycènes, les vases géométriques rappellent plutôt les vases ilaliotes, et les vases à figures animales sont proches parents par certains côtés des vases proto-attiques et proto-béotiens.
Mais bientôt, quand le style primitif a fait place dans les régions orientales au style archaïque, et le style archaïque au style classique, ily a eu comme un brusque arrêt de développement parallèle dans la Péninsule occidentale. Le style céramique d'Ibérie s'est figé, et c'est là surtout que l'on peut parler de la longue survivance du style mycénien et du style géométrique.
Que si l'on recherche les causes d'une si fâcheuse aventure, peut-être est-il facile de l'expliquer. Bien que les historiens de la céramique grecque réussissent sans trop de difficultés à montrer que les fabricants sont passés par une suite de transitions logiques des œuvres primitives aux œuvres classiques, et qu'ils établissent une filiation toute naturelle des vases de style mycénien aux vases à figures rouges, il n'en estpas moins vrai que si, supprimant les intermédiaires, on place brusquement en face l'une de l'autre une grande hydrie proto-altique et une coupe d'Euphro- 'iiios, un spectateur non prévenu aura peine à reconnaître leur parenté et sa surprise sera grande lorsqu'un archéologue la lui fera comprendre. La même surprise a dû saisir les Ibères ; les premières peintures de vases archaïques à figures noires, lorsqu'ils les ont vues d'abord, les ont étonnés, sans doute, et ne les ont pas ravis, parce que vraiment elles ne sont pas d'une telle beauté que l'eflet en puisse être irrésistible. Habitués à leur décor géométrique ou floral, habiles à dessiner leurs agencements de raies, de cercles et de spirales, leurs plantes chimériques, leurs fantastiques monstres conventionnels, ils n'ont pas pensé qu'il valût la peine de rien changera leurs habitudes. La clientèle achetant avec plaisir des ustensiles dont les ornements aussi, bien que les formes satisfaisaient depuis longtemps son goût et plaisaient à ses regards, ils n'ont pas cru prudejnt d'essayer de changer ses habitudes et de lui imposer des créations nouvelles. La routine, en art et en industrie, sort à la fois de la paresse et de la timidité des artistes et des fabricants et de la patience et de l'indilï'érence du public. D'ailleurs, les rapports entre la Grèce et l'Espagne
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devenant de plus en plus faciles et fréquents, les importations de vases grecs se multipliant avec plus d'aisance, il était plus simple d'acheter directement ces produits et d'en faire usage que de demander aux ateliers locaux d'en fournir d'aussi beaux et d'aussi décoratifs, faits à leur imitation. Toute la poterie de luxe fut désormais de la poterie fabriquée en Grèce.
11 faut bien dire aussi que sous sa forme nouvelle la poterie grecque était plus difficile à imiter. Si Euphronios, par exemple, est arrivé à exécuter ses chefs-d'œuvre, c'est sans doute avant tout parce qu'il avait un merveilleux talent ; mais c'est aussi parce que le potier avait su lui préparer la surface admirablement unie et pohe de l'argile la plus fine ; c'est parce qu'il avait à sa disposition une couleur d'une fluidité parfaite, que le plus ténu brin de pinceau pouvait déposer en lignes minces sans crachures ni bavures : c'est, en un mot, parce que le potier et lui-même, le peintre, avaient des procédés, peut-être des secrets de métier et d'art qui les servaient au mieux de leurs efforts et de leurs désirs. Mais ces procédés, ces secrets ne se devinent pas à la simple inspection des vases ; il faut, pour les connaître, les apprendre ou les surprendre dans les ateliers ; et probablement jamais les potiers ibères n'ont songé à aller se mettre à l'école à Athènes ou à Corinthe.
Enfin, s'il est en somme assez aisé d'acquérir une souplesse, une dextérité de main suffisante pour reproduire avec de légères variantes, qui ne demandent pas grande imagination, des combinaisons de lignes droites et de lignes courbes, pour dessiner élégamment des rinceaux et des /plantes selon des types depuis longtemps connus; si un décorateur un peu versé dans son art et formé par une longue tradition doit arriver sans peine à peindre agréablement des animaux de pure invention, des monstres de rêve ; si l'exécution de toute cette imagerie de convention, hors de la nature et de la vérité, n'exige point du tout d'imagination et exige très peu de qualités de facture, il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de dessiner et de peindre la figure humaine dans sa réalité vivante. Je comprends que les décorateurs espagnols aient hésité à suivre les Grecs dans cette voie nouvelle, toute hérissée d'obstacles, et que, ne se sentant pas capables de les imiter et de les suivre, même de loin, ils
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aient préféré ne pas tenter cette nouvelle Ibrtune et s'endormir dans la sécurité tranquille de leurs habitudes. Du reste, les Grecs ont marché d'un tel pas à la conquête de la forme parfaite, si peu d'années séparent les plus simples vases archaïques des chefs-d'œuvre des maîtres du v*" siècle que, si l'on admet que les Ibères ont eu à un moment une hésitation à suivre les progrès de la céramique grecque, on doit en conclure qu'ils devaient forcément renoncer à cette poursuite ; ils furent trop vite dépassés et distancés de trop loin.
Avouons d'ailleurs que les Ibères n'avaient pas de dispositions très marquées pour l'étude et la représentation de la figure humaine. Je ne l'ai pas dissimulé dans le chapitre précédent ; si l'on met à part le buste d Elche, si l'on excepte un certain nombre de têtes du Cerro de los Santos, toutes les œuvres de sculpture sorties de la main des Ibères que nous connaissons jusqu'à présent sont d'un art maladroit ; on ne doit pas même exclure de ce jugement la grande statue du Musée de Madrid. L'auteur du chef-d'œuvre du Louvre a un génie si exceptionnel qu'on a soutenu qu'il était grec ; quelle preuve plus frappante de la médiocrité de la plupart de ses émules. L'art du Cerro vaudrait bien peu, s'il ne rachetait par l'originaUté de son caractère la faiblesse de sa technique. Presque toujours, en s'attachant à reproduire les formes d'un corps ou l'expression d'un visage, les sculpteurs n'ont réussi qu'à façonner des statues dont la valeur archéologique l'emporte sur le mérite d'art ; ils ont donc assez mal profité, en général, des leçons et des modèles que leur fournissaient les (iirccs; il a fallu l'admirable découverte d'Elche pour relever et réhabiliter les premiers artistes espagnols. Dès lors, qu'y a-t-il d'étonnant à ce que d'humbles peintres de vases, de simples ouvriers dont l'éducation devait être bien plus rudimenlaire. n'aient pas osé s'attaquer à la représentation de l'homme et de la femme et peindre, comme les Grecs, des dieux, des héros ou de simples mortels, des scènes de la vie mvthylogique ou de la vie réelle.^ Faut-il leur en vouloir de s'en être tenus aux leçons apprises, aux sujets, aux motifs de décoration que leurs ateliers s'étaient transmis à travers les âges ?
Soit, dira-t-on ; ainsi s'explique la routine, si elle ne s'excuse pas. Mais comment se fait-il que les traditions routinières se soient conservées si
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longtemps? Une loi fatale, et d'ailleurs fort heureuse, veut, quand un art ou une industrie ne progressent pas, qu'ils végètent peu d'années et meurent, ou bien qu'ils se rénovent par un effort vigoureux. La céramique des Ibères devait se régénérer ou périr.
Le fait est qu'elle n'a pas su se refaire une jeunesse et une force ; elle n'a pas été sauvée par une heureuse réaction, ni par une invention féconde de génie, et de ce fait je np puis pas deviner la cause. La vérité est encore que, malgré les apparences, elle est morte de bonne heure, car durer ce n'est pas toujours vivre. Remplacer l'étude des bons modèles et l'observation de la nature par une simple habileté de métier ; se satisfaire à bon compte de ce qui plaisait à de nombreuses générations antérieures et répéter à satiété, d'un pinceau blasé, les mêmes ornements mille et mille fois vus, c'est s'enlizer pour disparaître.
Et c'est bien la fatalité à laquelle n'ont pas échappé les potiers ibères. Un détail que j'ai signalé nous le montre parmi bien d'autres. Qu'on se rappelle ces nageoires de poissons se déroulant en fantaisistes spirales, ces corps d'oiseaux accostés de rinceaux et de Heurs, cette invraisemblable queue de lièvre tortillée en vrille : tous ces détails dessinés sur des fragments trouvés à Elche sont de style et de facture très pous.sés et sans aucun doute de date récente. Mais où faut-il qu'vm art en soit tombé pour s'amuser à ces jeux bizarres.^ Les animaux les plus fantastiques de l'art grec primitif et archaïque, les monstres qui semblent le moins conformes à la réalité vivante nous intéressent et peuvent nous charmer, malgré leur élrangeté, parce qu'ils sont sincères et qu'on y découvre -nettement une inspiration de nature ; mais la plaisante invention des Ibères nous laisse froids et désappointés et nous fait à peine sourire ; elle n'est que le stérile effort d'une industrie perdue. Du jour où les décorateurs de vases ont renoncé à la recherche de formes et de thèmes nouveaux, où ils se sont contentés, en guise de progrès, de tracer leurs dessins et leurs images conventionnels avec plus de netteté, de fermeté, d'une main qui ne tremblait plus, mais sans que leur esprit fut en rien engagé dans l'affaire, ils ont pu répandre les vases par milliers dans toute l'Espagne et en assurer pour de longues années le débit, ils ont pu gagner beaucoup d'argent ; mais du moment qu'ils cessaient de
créer, ils cessaient d'exister pour l'art ; ils avaient mis le point final à la page de leur histoire. Les produits de leurs ateliers, qu'ils datent en réalité du V* siècle ou de l'époque romaine, sont toujours pour la critique antérieurs à ces dates.
Que si l'on veut maintenant établir une chronologie des vases ibériques comparés entre eux, la chose n'odre pas une très grande difficulté, et d'après les analyses que j'ai faites des plus importants exemplaires, je crois que l'on peut proposer un ordre de succession assez probable.
Il me semble que si je place un des l'ragments à décor floral de l'Amarejo à côté du fragment d'Elche reproduit par la figure 87 (c'est à dessein que je ne choisis pas le fragment de la PL I, par exemple), ce dernier paraît d'un art plus récent et plus habile. Au lieu de traits, de tiges et d'enroulements imprécis, tracés comme au hasard, sans fermeté, avec un désir évident d'aller vite, je vois un dessin sûr de lui, une spirale irrégulière, certainement, comme on peut l'attendre d'un pinceau conduit à main levée, mais nette et bien détachée ; je devine aussi une composition étudiée, aisée et ferme. A plus forte raison, les grands morceaux d'Elche. malgré leurs maladresses, paraissent-ils d'un style plus mûr, d'une technique plus assurée. Je note d'autre part que le grand tesson d'Elche au Musée de Madrid (PI. I) porte, au-dessous des animaux, les restes d'une zone de cercles concentriques dont le motif est fréquent partout. Ces dessins sont formés avec une régularité et une précision mécaniques, au moyen du compas, dont l'emploi paraît vraiment exclusif. L'ornement est très ancien, mais il s'est perpétué en s'affinant et pour ainsi dire en se rajeunissant.
Si je compare ce procédé savant avec la maladresse du décor rectiligne toujours tracé à la main sans le secours de la règle et sans grande recherche de symétrie ni de correction, nesuis-je pas autorisé à dire que notre céramique se divise en trois grands groupes qui se sont ainsi succédé dans l'ordre du temps :
1° Poterie à décor géométrique et à décor floral irrégulier ;
3" Poterie à décor géométrique et à décor floral régulier;
3" Poterie à décor animal, avec persistance d'importants éléments linéaires et floraux de style régulier.
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Il va sans dire que tous ces groupes ont certainement empiété l'un sur l'autre et qu'un grand nombre de vases tiennent à la fois des trois systèmes et des trois époques.
Un fait d'ailleurs se dégage, c'est que cette céramique, jusqu'à présent si peu connue, à trouvé son expression la plus complète et la plus parfaite dans cette même ville d'Elclie que déj^i la découverte de la Dame d'Elche nous a montrée douée de véritables privilèges artistiques et qui prendra, j'en suis sur, une place exceptionnelle dans l'iiisloirc de l'art antique le jour où l'on pourra sérieusement explorer le sol de l'Alcudia.
Cette é tude de la céramique primi ti ve de l'Ibérie ne seraiipas complète si je ne cherchais pasà faire une enquête sur la fabrication des figurines de terre cuite qui, dans les pays de l'antiquité classique, a toujours accompagné l'industrie des vases. Mais il est fort curieux qu'ayant eu en abondance de l'argile excellente, et passés maîtres en l'art de façonner et de décorer les vases, les Ibères n'aient montré aucun goût pour la coroplastie. Ces imitateurs ne semblent pas s'être appliqués à cet art ingénieux et lucratif
I. Le lecteur s'étonnera pcut-ôtre que je ne parle pas, dans ce chapitre de la céramique, du fameux plat ccltibérien à umbo, à figures et inscriptions on relief, dit vase de Ségovie qu'a public M. A. Ileiss dans la Gazette archéologique, 1888, p. 3i2 et pi. 4o. et auquel le professeur si regretté E. Hiibner a donné une place dans ses Monumcnta lingtise ibericx, n» XXXIV. C'est que la bonne foi de ces deux hispanisants, malgré leur compétence, a été surprise. Le plat est faux, et ne peut qu'être faux. M. A. Ëngel, dans \& Revue archéologique (i8ç\ij, p. aaC, 227 et pi. XVII) l'a établi aisément. On a signalé actuellement (juatre exemplaires de cette idtra moderne antiquité; M. Engel et moi-même avons vu plusieurs de ses congénères, tout à fait dignes de la famille. On connaît admirablement aujourd'hui les lieux de fabrication, les fabri-
cants, les vendeurs et les courtiers. 11 a été très aisé de démasquer celte coupable, mais lucrative industrie, et cela a été fait plusieurs fois, en dernier lieu par l'illustre D. M. R. de Bcrlanga dans le Bulletin hispanique (i\)ofi), à propos de falsification de monnaies antiques (Fig. 212). Ce sont les mêmes faussaires de Totana (près de Murcie) qui ont inondé l'Espagne et voudraient inonder la France de ces vases prodigieux dont on ne sera pas fâché de voir ici trois spécimens — et non pas des plus grotesques — pour se mettre en garde contre toute mystification (Fig. 2i3). On a déjà vu des vases de Totana chez des brocanteurs, à Paris; le musée de Marseille, mieux inspiré que le musée municipal do Barcelone, a su s'en préserver grâce à l'heureuse défiance du conservateur, mon ami Michel Clerc.
Vu:. 212. — Plat ibériqiit) Taux, tlit de Ségovie.
Fie. ai3. — Vases ibériques faux Je la fabrique de Tolana.
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que les Grecs ont cultivé avec passion, car il plaisait aux pauvres qui pouvaient contenter leurs divinités à bon compte, grâce à lui, et les riches, amateurs de fins et délicats bibelots, y trouvaient aussi leur compte.
M. E. Hiibner déclare bien qu'il y eut en Espagne des fabriques indigènes de terres cuites, mais il avoue qu'on en connaît bien peu d'exemplaires, et il ne cite que quelques idoles très simples et de caractère local assez antique au Musée de Tarragone \ Au Catalogue du Musée, publié par M. Angel del Arco y Molinero, je ne trouve aucune trace de ces figurines. Il n'y est indiqué, sous le numéro 258^, qu'une tête de taureau ayant deux lettres gravées sur le sommet du crâne. J'ai vu ce fragment : le taureau, qui a la tète couverte de bandelettes, me semble de travail romain'. Je ne serai pas plus affîrmatif pour un bucrâne qui se trouve au Musée archéologique de Madrid, et qui provient, paraît-il. de Palencia '\ Je me défie aussi d'une femme nue, ayant les deux bras levés et les mains posées au-dessus de la tête. Elle est indiquée à l'inventaire comme provenant de Triedra, dans la province de Yalladolid : mais elle me semble bien mexicaine, ainsi qu'un petit torse féminin enveloppé dans un manteau dont fétofTe est décorée d'un semis de petits cercles gravés et d'un autre torse de femme nue, sans bras*.
Ce qui m'incite à n'accepter que sous toutes réserves ces minces débris comme ibériques, c'est que je n'ai aucun moyen de contrôler leur authenticité, et que je suis frappé d'ailleurs de ce fait que les archéologues espagnols, comme Cean-Bermiidez, si attentifs à signaler les moindres fragments de statues, d'inscriptions, les moindres objets de bronze, ne parlent jamais, que je sache, de trouvailles de figurines de
î. Arqueologia de Espana, i». 2(}'],^i(S']. lerre cuite ont clé trouvées récemment/*
A la page suivante, M. Ilûbner ajoute :« Dans Consuegra (lioletin de la Academia, XII,
beaucoup d'histoires locales, dans l'œuvre du 1898, p. 340).
comte de Lumiares et dans quelques publications a. L'objet est classé sous la rubrique Cerd-
parliculicres, aussi bien que dans le livre du mica griega, p. 168, n° a584. I-es lettres
mêmcauteur, Barros Sagunlinos/i] a clù pu- sont les suivantes IN. Il ny a pas de raison
bliédes objets de terre cuite de diverses classes. pour les dire ibériques. .
Mais il n'existe pas une monographie de ces 3. N° i^oGq. ^
nombreux monuments, si intéressants pour 4. Ces deux objets sont aussi au Muséç de
l'histoire de l'industrie et du commerce... Une Madrid, amphore romaine et une petite figurine de
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terre cuite. Si Ion en trouve si peu, ou pour mieux dire si l'on n'en trouve pas, on peut, jusqu'à nouvel ordre, penser que c'est parce que la fabrication n'en fut jamais active.
Cependant il y a eu des ex-voto d'argile au Cerro de los Santos ; j'ai vu dans l'armoire où sont exposés les menus objets recueillis en ce lieu, au Musée de Madrid, une petite tête d'homme à très grandes oreilles, dont la face est à peine modelée et où se détache seulement un long nez proéminent ; le style s'accorde assez avec celui des bronzes primitifs. C'est bien là une terre cuite indigène; je suis tenté d'en dire autant dune figurine qui se trouve au Cabinet de l' Académie de l'Histoire, à Madrid. Elle est d'assez grandes dimensions et ne ressemble que peu aux statuettes orientales, grecques ou romaines de type analogue que je connais (Fig. 21 4)'. C'est une déesse-mère assise sur un vaste trône à large dossier. Elle a les bras allongés le long des côtés et des cuisses et dissimulés sous l'ample robe qui la vêt depuis le cou jusqu'aux pieds. Un
grand voile qui s'évase en une sorte de large auréole est maintenu audessus de la tête par un haut polos cylindrique. Les pieds sont posés sur un tabouret, ou plutôt sur une plinthe qui fait corps avec le trône. Celui-ci est très large et n'a pas de bras. Le personnage est assez sommairement modelé, mais non sans adresse : on sent les jambes, les bras, les seins sous
l-'iG. ai4. — lcn\ cuite. (Académie de l'Histoire, à Madrid.)
1 . Hauteur : o'n.SS. Pas de numéro. Je dois dire cependant que noml)rc do terres cuites grecques peuvent ôtrc rapprocliées de celle-ci. Par exemple je citerai Slackelborg, Giseher der /lellenen, p. 43 (la déesse du milieu) et siirtout PI. LVII, LVIH. Ces figurines sont d'nrt art beaucoup plus avancé q«ic celles do Cabcza del Griego. D'autre pari le Prre De-
Hattrc a trouvé dans des tombes de Cartilage des déesses mères du môme type que colle de Madrid; mais est-il bien sAr qu'elles soient puniques ? (U. l^. Delaltrc, Nécropole Punique voisine de Sainte-Monique, a*' scm. des fouilles, 1898, p. 8, fig. ii<. et p. i3 (Extrait du Cosmos).
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l'éloffe; le visage, qu'anime le sourire archaïque, est correct : les cheveux sont séparés au-dessus du crâne par une raie et relombenl de chaque côté en bandeaux bien indiqués. En somme, la statuette n'est pas très originale : mais elle est très intéressante, par le sujet qui est purement oriental ou grec, par le type archaïque du visage et aussi par la technique. La terre est rouge, très cuite ; elle a été trempée dans un enduit blanc avant de recevoir sa décoration colorée. On voit encore des traces de peinture entre les seins et tout autour de l'auréole, et au-dessous du siège des lignes horizontales au pinceau. La déesse est pour ainsi dire traitée en bas-relief; en effet, elle se détache en faible saillie sur ime plaque qui est seulement bombée et renforcée par derrière, pour assurer la stabilité de l'objet. Il se trouve dans ce revers un trou d'évent; on discerne aussi quatre trous d'évent supplémentaires par devant, à la hauteur de la cheville.
En somme, la figurine est de date assez récente et, si elle est vraiment ibérique, comme je le crois, elle vient augmenter la série des œuvres imitées avec quelque bonheur par des artistes indigènes d'après des modèles importés, et dont je signalerai des exemples intéressants au prochain chapitre.
Je ne sais si je dois maintenant donner droit de cité ibérique à une tête haute de i5 centimètres qui aurait été recueiUie à Poblet et que j'ai photographiée au Musée épiscopal de Vich, en Catalogne. Je ne sache pas que l'on ait trouvé dans ces lieux célèbres des antiquités indigènes ou romaines ; ce fragment, d'ailleurs est bien étrange. C'est un bloc masnsif de terre rouge brique, façonné par un barbare en forme de tête d'homme barbu. Le nez est mince et crochu ; les yeux sont constitués par deux trous ronds ; la bouche entr'ouverle n'est qu'une cavité ovale entourée d'un bourrelet; l'oreille (la droite est brisée) est mal placée et dessinée au hasard ; les cheveux et la barbe sont piquetés de petits trous. L'aspect est affreux ; mais, encore une fois, si l'on songea la foule de petits bronzes non moins affreux dont se contentaient les Ibères, il n'y a pas de raison pour ne pas attribuer à quelqu'un d'entre leurs fournisseurs ordinaires ce produit lamentable d'une industrie peu florissante (Fig. 2i5-2i6). Je m'en voudrais de clore ce chapitre sur une pareille horreur. lieu-
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rcusomcnt que je puis montrer au lecteur des objets moins repoussants : ce sont des masques de femmes qui sans doute ont servi à quelque usage de décoration architecturale, et qui, parce fait même, ont de l'in- Icrot et de la valeur.
liG. 210 cl 3iO. — Tète en terre cuite de Poblet. (Musée cplscopal de Vich )
Plusieurs masques du même type que ceux que reproduisent les figures 217-919 ont été recueillis par M. Roman Gavira dans ses fouilles de Cabeza del Griego ; il en existe quelques exemplaires au Musée archéologique de Madrid (salle des Terres cuites) ; M. Roman en conserve deux ou trois à Uclés et il a bien voulu me donner celui que j'ai photographié' (Fig. 218). Il se trouve actuellement au Louvre et grâce à la générosité de M. Pelayo Quinlero, il ne s'y trouve pas seul, car, à la demande de M. Arthur Engel, M. Quintero a fait gracieusement hommage au Musée d'un second spécimen qu'il possédait" (Fig. 217).
Le type en est assez original. C'est une tête de femme avec le nez cro-
1. L'objet a été certainement soumis au feu d'un incendie; on en voit les traces sur la photographie même, si l'on regarde le front et la chevelure.
i. J'ai donne une imago en phototvpie des masques du Louvre dans le Bulletin hispanique, igoa, pi. II, et j'en ai parlé dans une note ajoutée à un article qu'a écrit dans cette
revue M. Pelayo Quintero sur les anliquiléâ de Cabeza del Griego. M. Quintero qui a trouvé, m'a-t-il écrit, cinq terres cuites analogues, et une plus grande, avec les yeux ouverts, nous donnera certainement d'intéressants détails sur ces objets quand paraîtra la seconde partie de son tout récent ouvrage sur Uclés (Madrid, Fortanet, tgo^).
chu, les pommettes 1res saillanles, le menton pointu, les yeux en boule sous l'arcade sourcilière très proéminente, et surtout le sourire grima-
FiG. 319. — Antéfixe de Caboza del Griego.
çant. La disposition des cheveux dressés en pointe au-dessus de la tête, tombant en longues mèches à droite et à gauche du visage et en
FiG. aao. — Anléfixc ibérique. (Colleclion dos Amis du Pays, à Carlhagène.)
mèches courtes appliquées sur le front, le cercle qui forme diadème, tout concourt à donner à ces étranges terres cuites un cachet singulier.
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La figure 220 représente le même motif, mais non le même type. Le visage de la femme, autant qu'on en peut juger, car les traits ont beaucoup souffert, était d'un art moins ancien, plus habile, mais moins pittoresque. J'ignore la provenance de l'objet, que j'ai vu au petit Musée de la Société îles amis du pays, à Carlhagène ' .
Quel était l'usage de ces figures ? M. Quintero croit reconnaître dans celles de Cabeza del Griezo des mascarons, des masques d'applique qui ornaient les parois d'un columbarium où elles ont été retrouvées. Mais j'estime que l'on ne peut hésiter à y voir des antéfixes. Ce qui le prouve, à mon avis, c'est que la forme conique donnée à la coiffure semble spécialement choisie pour donner au masque la forme des antéfixes en Grèce ou en Italie ; de plus, le revers des deux figures du Louvre porte très nettement une saillie convexe, laquelle est brisée et découpée irrégulièrement ; c'est certainement le reste d'une tuile courbe à l'extrémité de laquelle s'adaptait le masque; or, c'est la disposition essentielle des antéfixes.
Il faut donc admettre que l'architecte qui a fait emploi de ces ornements a voulu imiter, au moins par ce détail, des constructions soit grecques soit romaines ^ Ces pièces sont d'ailleurs de fabrication locale, œuvres d'un potier très naïf et très peu expert en ces sortes de figures. C'est ce que prouvent les différences qui existent entre les divers exemplaires, sortis pourtant, à ce qu'il semble, du même moule, et les irrégularités et maladresses de cuisson qui ont produit des différences dans la teinte de l'argile ainsi que des écaillements.
- M. Quintero remarque que les yeux sont fermés, sauf dans le fragment que représente la figure 219. On serait tenté de croire que ce détail est intentionnel et que ces yeux clos, ce sommeil, conviennent bien à ces ornements d'un édifice funéraire; mais je crois plutôt que, dans l'état
I . M. Carlailhac a clesMiic un Iragiiicnl très carlliagiiiois. Ainsi, dans la nccropolu punique
semblable dans les Ages prékistoritiues de de Douitnùs, on a trouvé une lêlc en pierre
l'Espagne et du Portugal, fig. 'iK). Il pro- blanche dont le rapport avec nos masques
vient de Brileiros, en Portugal. ibériques est très curieux (^/iulletin de la
3, Quant au tjpe qui a pu servir de modèle Société des antiquaires de France, Q" série,
à l'ouvrier, il ne serait pas étonnant qu'il pro- t. VI, p. 3i6, fig. 38).
vînt do l'art phénicien, ou pour mieux dire
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actuel, nous sommes victimes d'une illusion : c'est l'usure ou le peu de netteté du moule qui donne l'apparence des paupières jointes ; quant au fragment où les yeux sont ouverts, ou bien il est mieux conservé, ou bien le céramiste a repris au moyen de quelques traits d'ébauchoir les contours aveulis des yeux ; c'est du moins ce que semble indiquer le dessin de M. Quintero que j'ai reproduit avec la bienveillante autorisation du directeur du Bulletin hispanUjuc.
A voir cet essai d'art industriel que nous révèlent les antéfixes en question, on songe tout naturellement qu'il devrait y avoir d'autres traces d'un effort semblable, et j'ai pensé que lindustrie des lampes d'argile a dû produire des pièces intéressantes. Mais jusqu'ici, bien que j'aie eu en mains une grande quantité de ces objets, et que beaucoup portent des graffiti ibériques, je n'ai réussi à noter aucune figure décorative que l'on puisse nettement reconnaître pour ibérique. Je n'ose même pas faire une exception pour le masque imprimé sur une lampe trouvée à Cabeza del Griego, dessinée et publiée par M. Pelayo Quintero. Le visage est pourtant de type très caractéristique, et l'on pourrait y voir comme une déformation espagnole du type de la Gorgone ' .
Ces antéfixes, non plus que les lampes, ne sont pas d'ailleurs à proprement parler des figurines de terre cuite. Peut-ctre des découvertes ultérieures viendront-elles prouver que le manque presque absolu de documents de ce genre n'est que le fait d'un fàclieux hasard. Mais si le fait reste établi que les Ibères n'ont pas eu en général de coroplastes, ce fait est d'autant plus curieux que pas plus que les peuples de la mer Egée, à l'époque préhistorique, ou proto-historique, ils n'ont manqué de fabriquer des idoles de terre cuite. MM. Henri et Louis Siret ont signalé parmi les trouvailles qu'ils ont faites d'objets dits « de la troisième époque » quelques grossières petites statuettes d'argile figurant des vaches. « Les jambes, disent-ils, sont réunies deux à deux, la tcte manque; c'est extrêmement primitif. Etaient-ce des idoles ou des jouets.^ M. SchHcmann a trouvé des statuettes très semblables dans la quatrième
I. liullclin hisp(ifii</ite, 190U, «/7. cité, fig. G. l''igurc dccoranl une lampe d'argile, grandeur naturelle.
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cité d'Hissarlik'. » Moi-même j'ai ramassé à l'Amarejo une sorte de bloc d'argile qui vaguement figure un corps et des épaules avec des amorces de bras ; l'objet est fabriqué au moule, et l'intention den faire une idole est au moins probable. Il faut donc admettre que les idées religieuses ou plutôt les habitudes des dévots n'étaient plus les mêmes alors que les Ibères furent en contact avec les Orientaux. Ils n'accueillirent pas la mode des ex-voto de terre cuite et préférèrent le bronze. En effet, les menues offrandes en métal et les figurines sont aussi nombreuses que les ex-voto d'argile sont rares, et c'est à leur étude qu'il faut consacrer le chapitre suivant.
1. Henri et Louis Siret, Les premiers pagne, extrait de la Revue des (questions âges du métal dans le Sud-Est de l'Es- scientifiques, 1888, p. 3ô.
LES FIGURINES DE BRONZE
LA richesse minière de l'Espagne, dont les sierras si fécondes en métaux communs comme en métaux précieux, en plomb, en cuivre, en étain comme en argent et en or, ont été exploitées dès les siècles les plus reculés, aurait permis d'admettre a priori que l'art de couler le bronze pour en fabriquer des figurines s'est développé largement dans la Péninsule. Aussi n'est-on pas étonné d'apprendre que les découvertes d'objets de ce genre s'y sont multipliées ; il sulTit de parcourir le livre de Cean-Bcrmûdez pour s'en rendre compte. M. Hûbner a écrit en 1888 : <( Dans les musées de Grenade, Madrid, Lisbonne et Evora, et entre les mains de particuliers a Cadix, Séville et ailleurs existent de petites idoles de bronze de très grossière exécution. Elles représentent des figures humaines, généralement nues, d'hommes et de femmes, quelques-unes ayant double sexe, sans, symboles ni ornements d'aucune sorte. On peut les considérer avec beaucoup de probabilité comme des produits de l'art indigène le plus ancien, et elles méritent qu'on en fasse une étude particulière basée sur une collection la plus complète possible do ceux qui jusqu'à présent sont connus'. »
Cette élude si désirable — et qu'il faudrait étendre beaucoup plus loin que ne l'indiquait l'illustre professeur de Berlin — je n'ai pas l'intention