E. Hûbner, Arqticolo^ia de Espana, p. a
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de la faire ici avec tout le développement qu'elle comporte. Rien que l'enquête nécessaire pour réunir les images de tous les petits bronzes ibériques curieux exigerait un temps considérable, qui ne serait certes pas perdu, mais que je n'ai pu trouver encore. Il me semble d'ailleurs qu'à s'en tenir même à l'examen des bronzes des collections publiques ou facilement abordables, à l'étude de quelques importantes statuettes isolées que j'ai pu voir ou dont j'ai pu me procurer les photographies, on est en mesure de bien connaître l'industrie des bronziers ibères et de la juger'.
Comme les sculpteurs proprement dits, les fabricants de petits bronzes semblent n'avoir eu, dès le début de leur art, qu'un goût détestable et qu'un métier plus que rudimentaire. On ne peut rien imaginer de plus horrible que les premières figurines que j'ai le regret d'être obligé de décrire ou de mettre sous les yeux du lecteur. Mais il faut bien se dire, en guise de consolation, que l'Espagne primitive n'est pas plus mal partagée que tous les autres pays d'Europe ou d'Asie. La Grèce même, à Mycènes, à Olympic, à Delphes, dans les Iles, nous a montré des centairres et des centaines d'alfreux magots où nous avons souvent bien du mal à retrouver les ancêtres et les prototypes des gracieux bronzes de l'art classique. Que l'on regarde seulement les 4^2 figures qui illustrent l'importante étude de jNI. Salomon Reinach sur la Sculpture en Europe amnt les influences gréco-romaines, et l'on verra qu'en fait de barbarie tous les premiers fondeurs et coroplastes de la Gaule, de l'Angleterre, de l'Europe centrale, de l'Italie, de la Grèce, de l'Asie Mineure, n'ont rien à s'envier les uns aux autres ; ils sont égaux en naïveté maladroite cl manquent tous au même degré du sens de la beauté plastique comme d'habileté manuelle.
I. Je liens à avertir le lecteur que l'iridus- figurines doeil je vais parler sont-elles sujettes
trie des faussaires s'exerce abondamment en à caution. Je ne les ai pas toutes tenues entre
niulière de petits bronzes. Lorsqu'il s'agit les mains, cela se conçoit, et môme si j'avais
d'cbauchcs informes, les mystificateurs ont la examiné les originaux douteux je ne prclca-
partie belle, et pout-élrc quelques-unes des drais pas uc m'étrc jamais trompé.
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Pour commencer, Cean-Bermiidez a vu un horrible monstre de plomb trouvé à Jumilla et voici comment il le dépeint : « Idole de plomb, qui paraît égyptienne; elle représente un spectre affreux, avec des mamelles à leur place naturelle, sur les fesses et sur les parties honteuses ; bras, mains et doigts comme des pattes de lézard; pieds et jambes dans l'attitude de la danse, et visage comme une face de hibou'. » La description ne répond pas tout à fait à l'image qu'a donnée de cette idole le P. Lozano dans son Histoire de Jumilla ^ ; mais peu importe, elle prouve l'impression presque de dégoût qu'inspire la vue d'une telle atrocité ; la seule excuse du modeleur est qu'il a traduit à sa manière quelque barbare conception religieuse.
Ce plomb semble perdu ; on peut pourtant se faire une idée de sa hideur en considérant une idole du Musée de Madrid dont les formes ne sont pas trop monstrueuses, mais qui, par certains détails, rappelle nettement la description de Cean-Bermùdez (Fig. 23o). La jambe gauche manque, ainsi que les deux bras ; l'être extraordinaire a la tête d'un homme et, sous son menton, se voient deux appendices qui doivent être de la barbe. Je n'affirme rien \
Malgré tout, le prix de la laideur revient sans conteste à un objet de même genre, en bronze toutefois, qui a été trouvé en 1888 à Gulina, près de Pampelune ; il est conservé dans le Musée de cette ville. Voici comment en parle le premier éditeur, M. Taillebois ' (Fig. 221 et 222) :
« La statuette est en bronze et paraît avoir été coulée dans un moule. Sa hauteur est de i/| centimètres environ... Les jambes sont raides, droites, presques aussi grosses à la cheville qu'à la cuisse, les pieds
I. Cean-Bermiidcz, Sutuario de, au mot joueur de double flûte."
Jumilla. 4. Emile Taillebois, Deux objets d'art ibé-
a. Juan Lozano, llistuiia antii/ua y ino- . riens, Cacn, 1890 {Extrait du Bulletin mo-
dcrna de Jumilla (Murcic, 1800), p. 106 cl iiuincntal, 1890). M. Taillebois a aussi parle
figure. L'auteur dit qu'il y a des caractcves de cette figurine dans le Boletin de la Comi-
/;/jt'Mic<>«v gravés sur l'idole; il faut corriger sion de monumcntos dt' Xa^'arra, 189."»,
sans doute en caractères ibériques. p. 77. Les Espagnols donnent à l'objet lo nom
3. La tôte de celle figurine, avec ces deux d'/dole de f.a ru m be (voy. J. R. Mélida, lie-
pointes sous le menton, mo fait songer à une \'ista de archii>os, 1897, p. i5», et 1900,
idole grecque bien connue de la série dite p. 7G). M. Salomon Roiuach en a donné un
« des lies », où l'on reconnaît d'ordinaire un croquis dans lo Clarac de poche, II, 391.
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informes, montrant seulement des rudiments de doigts. L'artiste n'a pas su détacher les bras du corps, auquel ils restent collés en partie; le bras droit, fait comme un boudin, est levé à la hauteur de l'épaule, la main tenant un objet long et rond ; le bras gauche, de même facture, a la main levée, bénissante et largement ouverte en patte de crapaud ; les doigts sont détachés, mais informes ; les épaules tombantes et à peine accusées ; un gros cou surmontant un corps massif et carré.
« La tête est ronde comme une boule, avec la chevelure venant en frange au sommet du front; deux petites excroissances représentent les
FiG. 321 el aaa. — Idole de Gulina.
oreilles. La figure est plate, le nez écrasé, deux trous ronds pour les yeux, et une entaille formant la bouche. En somme, une figure barbare et bestiale qui ne manque cependant pas d'une certaine expression. Une coupure ancienne, partant, du front, sépare le nez de l'œil droit.
« A quel sexe appartient notre personnage.^ Au premier abord, en voyant ses seins fortement accusés, on pourrait croire que c'est une femme, mais un examen plus attentif oblige à reconnaître qu'il s'agit d'un homme dont l'indice viril a été cassé. Du reste la forme générale, la pose, l'expression delà figure, semblent appartenir plutôt à un homme qu'à une femme...
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(( Quant au personnage, c'est évidemment une divinité, sa pose le prouve. L'ol)jet que la main droite tient levé nous paraît être un bâton de commandement, l'insigne de l'autorité du dieu. La main gauche levée et largement ouverte, c'est la main du dieu qui bénit. »
M. Taillebois est d'avis, et je suis d'accord avec lui, que ce petit bronze est ibérique. Je suis beaucoup moins sûr qu'il ait subi l'influence de l'art punique, et les arguments que fait valoir en ce sens cet archéologue ne m'ont pas convaincu ; tout au plus pourrait-on dire que cette insislance à exagérer les caractères sexuels peut avoir son explication
FiG. 223-226. — Idoles du Musée de Madrid.
dans l'influence derOrienf. Mais je trouve simplement dans la figurine un nouvel exemple de la rudesse artistique des premiers Ibères.
Le Musée de Madrid possède quatre petites idoles, trois entrées dans les collections avec les objets du fonds Miro et la quatrième avec le fonds du marquis de Salamanca (Fig. 223-29G), toutes plus hideuses les unes que les autres et défiant tonte description autant par la barbarie de la facture que par l'obscénité naïve du sexe. Ce sont les frères de l'idole de Gulina. Les seuls détails bons à noter, c'est que parfois le corps s'allonge depuis le bas ventre jusqu'aux épaules, au lieu de rester court et rond (Fig. 22 '1). et que l'on peut constater ici où là le travail de la lime et celui du burin : la lime sert à façonner grossièrement
LES FIGURINKS DE BRONZE
le visage, en particulier la bouche, qui est formée par une simple coche triangulaire (Fig. 2 2 4 et 226) ; le burin est employé pour indiquer le cercle des yeux et les mamelons des seins (Fig. 226). Trois des idoles ont les bras levés, la quatrième les a ramenés contre la poitrine ; c'es^ celle que reproduit la figure 22G ; on voit que ces bras sont réduits h l'état de moignons informes.
C'est au même type que se rapportent quelques figurines des Musées d'Evora et de Lisbonne, dont deux ont été publiées par M. E. Cartailhac. Il n'y a guère de différence que dans la façon dont sont figurés les yeux de la première (Fig. 227); ce sont de petites boulettes placées à droite et à gauche de la proéminence du nez ; le procédé est connu par l'industrie des terres cuites de l'Orient et de la Grèce. La seconde a le bras droit replié, et ce qui tient lieu de main est ramené contre la bouche (Fig. 228)'.
La figure 229 dont l'original appartient à D. Antonio Vives, à Madrid, montre cette intéressante variante que les bras pendent et sont collés contre les flancs, à la manière des Apollons grecs archaïques, que rappellent aussi les jambes étroitement serrées. M. Mélida, qui a publié ce bronze, dit que la léte est couverte d'un casque orné par derrière d'un couvre-nuque, et par devant d'un nasal. Je crois plutôt, sans l'assurer, que ce casque n'est qu'une illusion produite par la forme étrange de la tcte, l'enroulement des cheveux sur la nuque et la façon dont le nez est construit ; Aiais, en ces sortes d'œuvres d'une facture extrêmement barbare et simplifiée, il ne se peut rien avancer qu'avec doute. Je ne pense pas d'ailleurs qu'on puisse aflirmer que cette image soit celle du Mars lusitanien, de Neto ; du reste, M. Mélida ne propose cette identification qu'avec des réserves ^
Fig. 227 et 228. — Bronzes portugais.
1. E. Cartailliac, Ages préhistoriques, {">. 3oo, fig. 43 1, 43o.
2. Hauteur, o"», 062. J. Ramûn Mclitla, La colecciôn de bronces antisuos de D. An-
tonio ]'i\'es, dans lievista de Archivas, 1900, p. 73, n» 8, pi. V, n" 8. La statuette provient de Villacarillo (Jaén)
LES FIGURINES DE BRONZE l5()
Sans revenir sur 1" extraordinaire homme barbu ou joueur de flûte que j'ai signalé plus haut (Fig. 23o), je retombe à une déplorable caricature avec un petit bronze de la même collection Vives, dont le visage est à peine indiqué, dont les jambes sont bancales, dont les bras s'écartent du corps en anses de panier (Fig. 23 1). Cet objet provient de Linares , M. Mélida estime que, comme le précédent, ce dieu ou ce guerrier porte un casque ; mais ici non plus la chose n'est pas certaine'.
Fie. 22(). Vu:. 23o Fig. aSi. Fie. aSa. Fie. 233.
(Collection (Musée (Collection Vives.) (Musée de Madrid.) (Collection
Vives.) de Madrid.) Vives.)
Dans celte série, je ne vois guère à noter, comme ayant un semblant de valeur artistique, qu'une figurine de la même collection encore, un homme nu, dont le bras gauche pend le long du côté, tandis que le bras droit se replie contre la poitrine et tient un bâton de commandement. L'altiludc est déjà assez savante et le mouvement assez juste, bien que l'auteur n'ait pas osé donner un libre jeu aux bras en les séparant du corps, et la tête, toute ronde et sans cheveux, a plus figure humaine ; on dislingue tout au moins, assez bien mis à leur place naturelle, les
1. JOiJ., p. ^3, n" 7, pi. \l, n" 7. Hau- Provenance: FIclie) qui semble faite en lîl de
tour o"',o8i, patine verte. Il y a au musée de bronxe étiré; seuls la cuisse et le mollet gau-
Madrid une petite statuette analoguc(n° i75o4- chcs sont un peu bien modelés (fig. aSj).
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FiG. 234.
(Collcclion Blâsqucz.)
yeux, le nez et le menton (Fig. 233)'. On repose presque agréablement le regard sur cette œuvre, encore si barbare pourtant, après la trop longue série de magots répugnants que je viens d'énumérer, et l'on éprouve un sentiment analogue à voir un petit bronze à peu près de même style ; il est cependant encore bien informe (Fig. 234)^
Il laut pourtant que je passe encore quelques-uns de ces monstres en revue, en particulier une statuette que je ne connais que par un croquis publié par le numismate Delgado (Fig. 235), lequel la décrit ainsi : « Nous avons vu de petites idoles trouvées dans les régions orientales de la Péninsule, vers la côte, et qui représentent un être androgyne, imberbe, avec l'indication de seins et de cuisses féminines, et en même temps avec le sexe viril et portant sur l'épaule le disque solaire '\ »
Cette idole est androgyne, et celte monstruosité n'est pas exceptionnelle; M. Hiibner en a catalogué quatre exemples dans ses Antike Bildwerke parmi les bronzes de l'Académie de l'Histoire à Madrid ' ; la plus Bronze d'A. Delgado. importante est celle qui porte un bandeau autour de la tête, et un collier, et qui tient un fruit au bout des doigts ^ Une autre lève la main droite armée d'un foudre ou d'un
Fie. 235.
I. J. llamun Mclida, loc. laiid., p. iSg, n° 3o (|)1. VI, 3o). Hauteur o">,oG7. Achetée à Grenade. M. Mclida songe à y voir un gladiateur (.■*).
a. Trouvé à Oreto, près de Granatula (Ciudad Real). Collection de D. Antonio Biâsquez. Publié par M. Mélida, Jiei'istu de Archivas, 1897, p. i/j8 B.
3. Ant. Delgado, Nuevo inetodo de clasificacion de las medallas aulonomas de Espana, p. cl, fig. à la p. 11. Selon cet auteur, les idoles de ce type (il en a vu plusieurs) s« rapportent à la triade phénicienne Baal-
Tanaith-Melkarl qui se répandit parmi les peuples de la côte orientale aux premiers temps de l'immigration phénicienne. La figurine dessinée par lui aurait clé trouvée à Grenade. Ce qu'il prend pour le disque du soleil ne serait- il pas tout simplement la figuration naïve du petit bouclier rond des Ibères (cf. les statues de guerriers lusitaniens, t. l, fig. 47*54) porté à l'épaule?
4. E. Hubner, Die Antike Bildiverke in Madrid, p. 217, n»" 477-48o.