‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 4)Chapitre 33 sur 83 · H. — II · texte numérisé non relu

H. — II

LES FIGURINES DE BRONZE

autre bronze du même musée (Fig. 238) semble la transcription grotesque du précédent ; la tête surtout est prodigieuse, taillée carrée, ayant un nez comme un bec et une bouche en encoche triangulaire.

Fie. 387 et 388. — Musée de Madrid.

Mais une seconde figurine du général Ezpeleta, trouvée aussi à Linares, est un peu moins ridicule '. Les proportions delà tête, des épaules, delà taille, du bassin, des jambes sont meilleures ; mais quelle barbarie encore dans les bras sans mains, dans le visage qui n'est pas d'ensemble, dans l'indication des seins et du sexe I M. Mélida lui-même, qui montre d'ordinaire une certaine indulgence pour tous ces petits monuments qu'il

1. Revista de Archivas, 1899, p. 98, pi. IV, à gauche; 1900, p. 76, n» i5,

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met un zèle si méritoire à faire connaître, n'ose pas la louer (Fig. 239 et 24o). En somme, ces quatre Vénus ibériques, si j'ose les nommer ainsi, sont les dignes sœurs de l'idole de Gulina

FiG. 289 et a4o. — Bronze Irouvé à Linares.

Je connais une cinquième figurine que M. Mélida a cataloguée sous le nom de Venus ibérica (Collection Vives, p. 169, n° 87, pi. IX). Elle

Fie. a4i. - Collection Vives.

Fig. a '(3. — Figurine portugaise.

a été trouvée à Almendralcjo (Hadajo/). Hauteur : 55 millimètres. Mais l'image qui a été publiée et que reproduit la figure a/|i ne permet pas de voir exactement si la femme est nue ou vôtue, ni d'identifier la position

qu'elle avait et l'attribut qu'elle portait à la main gauche. Ce qui frappe surtout, c'est la dimension des oreilles proéminentes. Enfin, M. Gartailhac a dessiné une idole féminine très primitive, trouvée en Portugal (Musée d'Evora ou de Lisbonne) qui est de type tout à fait semblable à celui de l'idole masculine que reproduit la figure 227; seulement le fabricant a indiqué les seins très nettement (Fig 2^2y.

Toutes ces statuettes ont un caractère commun, en dehors de leur triste laideur, c'est une rondeur et une mollesse de facture qu'on ne trouve nulle part ailleurs, je le crois, dans les plus primitives productions de ce genre. Cela me décide à reconnaître comme ibériques un certain nombre de figurines qui ont été léguées au Musée de Madrid par D. Eulogio Saavedra et que les conservateurs de ce Musée ont cataloguées comme bronzes sardes et, à ce titre, reléguées hors de la salle consacrée aux antiquités nationales. Elles représentent des guerriers nus ou vêtus, coiffés d'un casque, tenant de la main gauche, au-devant du corps, un petit bouclier rond et brandissant un javelot ou une lance de la main droite élevée : quatre d'entre eux (Fig. 2^3, 2^6, 2^7, 25o) ont en outre un poignard à la ceinture ou, pour mieux dire, un sabre court à manche recourbé. Le plus grand de ces hommes armés (Fig. 2^7)^ est nu, ithyphallique. Sa tête, que surmonte un casque à aigrette en forme de crête de coq, est aplatie par devant en bec d'oiseau ; tel est aussi le cas d'un bronze d'exécution plus rudimentaire encore que le premier (Fig, 243)'. Celui-ci est vêtu d'une sorte de tunique serrée à la taille ; ainsi que celui que reproduit la figure 260, le moins barbare de tous *. En effet, tandis que, sauf une exception, tous les autres n'ont que des

ï. E. Cartailhac, Ages préhistoriques, portugués, I, p. 79. fig. /|3a. Le petit bronze à très peu près sem- 2. N° i854o du Musée,

blable reproduit par Salomon Reinach, La 3. N° i8540. Cf. J. Lozano, Ilistoria de

sculpture en Europe aie, fig. 257, n'est pas Jumilta, une figurine analogue, mais sans

celui-ci, mais celui de notre figure 237; il rc- tête et sans bras gauche, trouvée à Jumilla

présente un homme et non plus une femme. Cf. (appelée Marte par l'auteur). J. Leite de Vasconcellos, dans O archeologo l\. N" i8544-

347 348 a4g sSo

Fie. 344 à a5o. — Bronzes de la colleclioa Saavedra (Musée de Madrid) et de la collection \ive».

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visages de forme absolument conventionnelle et hors nature, son visage est modelé et ressemble enfin à quelque chose d'humain ; il a un front, un nez, des yeux, une bouche à peu près dessinés. Les proportions de son corps sont plus fortes ; sa taille serrée, ses jambes aux cuisses et aux mollets galbés, ses pieds n'ont plus rien de monstrueux, et il est à penser que si la main droite n'avait pas été brisée elle aurait la forme d'un poing fermé, tandis que la main droite des autres était figurée seulement par un aplatissement du bronze avec un trou rond percé pour l'assujettissement de l'arme brandie. Le sculpteur a fait de son mieux pour marquer l'épaisseur de la tunique autour du cou et au bord inférieur, à mi-cuisses, et donner sa forme exacte au fourreau du -sabre et à la poignée. Enfin la figure 245 ', l'une des pires pour la forme du corps, est intéressante pour le type de la tète, incomparablement mieux étudiée malgré la naïveté grossière des traits.

Tous ces bronzes me paraissent, je le répète, certainement ibériques, d'abord et avant tout par le style, bien différent du style sarde, qui produit des figures longues, minces et comme étirées, avec tout un luxe étrange de casques cornus, de vêtements ornés, de jambières, de doubles boucliers et d'armes, lances ou arcs, de formes très spéciales. On en peut juger par les images que donnent MM. Perrot et Chipiez d'un grand nombre de bronzes sardes, au tome IV de leur Histoire de l'Art. Ensuite, les boucliers ronds à umbo que portent les guerriers Saavedra sont les mêmes que j'ai décrits à propos des statues lusitaniennes de Lisbonne, par exemple^; leurs sabres sont d'une forme caractéristique, 'que j'ai déjà décrite à propos d'un fragment de statue trouvée à Elche^ et sur laquelle je reviendrai dans un autre chapitre. Enfin on sait que M. Saavedra a recueilli tous les bronzes qu'il a légués au Musée de Madrid dans la région de Murcie\ Il ne faut pas oublier d'ailleurs que parmi ces prétendus bronzes sardes existe cette étrange figurine dont j'ai parlé plus haut (Fig. 280). Elle est tout à fait de même style et de

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