‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 4)Chapitre 36 sur 83 · I. Revista de Archivas, igoo, p. 74.n° la. PI. VI, n" la · texte numérisé non relu

I. Revista de Archivas, igoo, p. 74.n° la. PI. VI, n" la

3. No i75o3. M. Salomon Rcinach a réuni les images d'un assez grand nombre de figurines do bronze, trouvées un peu partout en Europe, dont les bras sont de même disposés

en anses. Voy. La sculpture en Europe etc., dans V Anthropologie, iSqS, p 3o6, fig. 376 (Domèvrc); 277 (Thorn); 379 (Caucase), a8o (Porm); 378 (Poméranie) ; 384 Klein- Zastrow (bronze) ; 386 (Troie) ; 387 (Chypre) ; ago (Bologne), etc., etc.

lyO LES FIGURINES DE BRONZE

les figures 25/i, 256, 258, 269 nous offrent de bons spécimens. Ce sont des hommes debout, les jambes étroitement jointes ; les bras pendants et collés aux flancs, et qui semblent découpés, comme les anciens xoana des Grecs, dans une lame plate. Les organes sexuels font une forte saillie et sont modelés dans leur vérité naturelle bien que tout le corps, des épaules jusqu'aux pieds, soit enveloppé dans une longue robe sans plis, semblable à une gaine. Le bronze delà figure 254 a plus particulièrement marqué cet aspect de planche ; les bras mêmes sont enveloppés et disparaissent sous la soi-disante étoffe, de sorte que la figurine ressemble à un hermès'. Au contraire, les figures 255", 258', 259*, laissent voir les bras en saillie contre les côtés ; les mains ne sont indiquées que comme des spatules plates et larges. Tout cela est d'une facture détestable ; mais les visages sont pourtant traités avec quelque soin ; les figures 256, 258 sont remarquables par la courbure de leur nez, la figure 209 par la disposition des cheveux roulés sur la nuque. Une fois pour toutes, je rappelle que j'hésite à reconnaître dans les bronzes dont la tête est ainsi agrémentée des images de guerriers ou de dieux casqués.

Deux importantes statuettes de la collection Vives ont encore cet aspect de xoanon. La plus rudimentaire (Fig. 257) a été trouvée avec une monnaie phénicienne de Gadir à Puente-Genil (Cordoue)eta d'abord été la propriété de D. Rafaël Moyano Gruz, collectionneur de cette ville ". M. Mélida propose d'y voir une Minerve. Je ne crois pas qu'il faille espérer prouver une telle identification ; mais il est probable que l'idole est féminine, comme l'indique la largeur saillante du bassin. La forme Ift rapproche très près des plus antiques représentations humaines de l'époque troyenne ou mycénienne. La seconde est un peu supérieure à la première, en ce sens que si la silhouette générale est la même, l'auteur a essayé de modeler les bras et que sous l'étoffe on retrouve, très sommai-

I. Revista de Archivas, 1900, pi. VII, une divinité guerrière féminine, iVe/a,parèclre

n° 3a. Collection Vives, hauteur o'", 080. Pa- de Neto. Hauteur o'»,o565. Achetée à Grenade.

Une verte, provenance inconnue. Collection Vives.

a. Musée de Madrid, n» 3ooi (provient de /J- Musée de Madrid, n<» 3ooo (ancienne

la Bibliothèque Nationale). collection Miro).

3. Bevisla de Arc/iii-os, itjoo.pi.WtU" 10, 5. Revista de Archivas, 1897, p. i46,

p. 73. M. Mélida, dont je m'explique mal A; Ibid., 1900, p. 71, n° !\; pi. VI, n" 4l'erreur, y reconnaît — avec doute du reste —

LES FIGURINES DE BRONZE

rement indiquées et mal placées d'ailleurs, les courbures des cuisses et des mollets (Fig. 255)'.

Fie, 354-359. — Idoles de bronze. (Collection Vives et Musée de Madrid.)

Même lorsque l'art des fabricants de petits bronzes s'est développé et

I. Bevista de Archivas, igoo, p. i^g, pi. VII, n° 3i ; hauteur C'.ogS. Patine verte. Achetée à Sévillo. — Los figurines plates no sont pas rares dans Tart primitif de l'Europe ;

M. Salomon Reinach en a réuni quelques-unes dans sa Sculfiture en Europe etc., fig. aSi, 264, a65, a66, 267 (Todi), 368 (Norcia), 269 (France centrale), etc.

l'y 2 LES FIGURINES DE BRONZE

que les artistes ne se sont plus contentés de ces informes ébauches, le type du xoanon n'a pas disparu. Une des figurines les plus précieuses du Musée de Madrid est certainement celle que lui a léguée D. Eulogio Saavedra et que reproduit la planche II (n** i). C'est une femme dont la grosse tête coiffée d'une mitre et tout le corps étroit et court sont enveloppés dans une ample étoffe. Depuis le haut de la mitre jusqu'aux pieds, la largeur de la figurine est la même ; on ne distingue aucune saillie des épaules ni des hanches, aucun modelé de la poitrine, des bras ni des jambes. Pour tout agrément, on ne voit que les plis très réguliers et symétriques, à la mode grecque archaïque, dont les angles sont nettement tracés le long des deux bords de l'étoffe rapprochés par devant, juste au milieu du corps. La finesse du travail contraste avec tout ce que nous avons vu jusqu'ici de barbare, et le visage surtout, dont les traits sont peu corrects, assez mal d'ensemble et un peu vagues, a une vérité jusqu'à présent inconnue, même une expression de gravité mélancolique. Tout cela dénote une époque beaucoup plus récente et d'incontestables influences grecques. Mais je devais parler ici de cet objet pour nettement le rattacher à sa véritable série et montrer la force et la survivance des traditions*.

Celte série, du reste, n'est pas close et ne le sera pas de longtemps ; je n'y veux faire rentrer pour le moment que cinq statuettes très primitives qui sont de très ancienne fabrication : les autres que je connais sont plus modernes et, par leurs caractères essentiels, se rattachent à d'autres modèles.

- Dans la prem.ijre (Fig. 260, face et profil), qui a une grosse tête, avec les cheveux coupés sur la nuque et un profil sémite très accentué, qui a de longs pieds démesurés et au contraire le corps plat comme une mince galette, M. Mélida songe à reconnaître Neta *. La seconde (Fig. 362), avec les deux trous carres percés dans l'épaisseur de la plaque de bronze qui lui sert de corps, ressemble à une clef surmontée d'une tête ; ce n'est peut-

I. Musée de Madrid, n" i8537. Voy. P. a. Bevista de Archivas, igoo, p. "j^tn" g,

Paris, Revue archéologique, 1898, I, p, pi. V, n» 9. Gollcclion Vives. Provenance:

210. Bronzes espagnols, fig. 5. Hauteur Villacarillo (Jaén). Hauteur o"', 069. o'",o8. Trouvé dans la région bastitane.

elre qu'un instrument orne'. La troisième (Fig. 261) n'est pas plate, mais ronde ; elle représente une femme vêtue d'une longue robe qui emprisonne étroitement le torse et les jambes. La lete, qui a la forme d'une poire, est énorme ; le nez mince s'allonge démesurément ; les arcades sourcilières sont très surélevées et les yeux tout petits, tracés au burin, s'y perdent ; la bouclie est une simple encoche; les épaules sont

Fio. 2O0.

(Collection Vives.)

Fig. 261.

(Musée de Madrid.)

Fig. 36a.

(Collection Vives.)

très larges et les bras, brisés un peu au-dessous du coude, devaient se ramener devant la poitrine, comme pour tenir un attribut. Cette idole esl, on le voit, d'un type très spécial et nouveau". La quatrième est d'un aspect tout différent. Elle provient de Palencia et semble bien de fabrication locale, car elle est décorée sur. le ventre, à la place du nombril, d'une série de petits cercles concentriques et de raies qui se retrouvent sur des fibules recueillies dans la merne ville et sur lesquelles je reviendrai

1. Hevista de Archivas, kjoo, pi. VU, n» 30. Hauteur o" ,070. Patine verte. Provient do Palencia. M. Méliday voit un manche de

miroir ou de quelque objet analogue.

a. Musée de Madrid, n'' 3uoo. Ancienne collection Miro.

Notre figure 363 montre bien la barbarie de cette statuette à qui sa tête en losange, ses bras coupés en courts moignons donnent une apparence très singulière ; on sent évoqué à sa vue un vague souvenir d'amulettes orientales et do ces personnages fantastiques qui décorent les cachets clialdéens ' .

FiG. 263-266. — Musée de Madrid.

Quant à la cinquième, qui provient d'Elche, elle est de facture et de type encore plus extraordinaire. On voit bien qu'il s'agit d'un homme ou d'une femme debout, les bras collés au coi*ps ; mais il faut beaucoup de bonne volonté pour donner le nom d'yeux, de nez, de bouche, d'arcades sourcilières aux traits de lime qui balafrent le devant de la tête, et „on s'explique mal les trois cordons parallèles qui font saillie sur la poitrine. Cependant je ne puis m'empêcher de rapprocher ce petit bronze, en ce qui regarde ces détails bizarres de technique, de quelques œuvres de la glyptique mycénienne, et je n'hésite pas à dire que cet art lointain a exercé ici son influence (Fig. 26^)^

î. Musée de Madrid, n» 8i83.

a. Ibid., n" 17502.

La figurine 265 (n° 9602 de Madrid. Collection Auban) est-elle debout ou assise ? Est-ce un bomme ou une femme.'' A-t-elle ou non

des bras? Est-elle velue.-* Autant de questions auxquelles il est malaisé, et peut-ôtro aussi superflu de répondre. Il n'y a qu'à signaler en note une telle élucubration.

LES FIGURINES DE BRONZE l'y 5

Avant de continuer notre inventaire et notre classification, comme nous en avons fini — ou à peu près — avec les œuvres les plus anciennes, ou du moins les plus barbares, il est bon de nous arrêter un instant pour examiner le chemin parcouru. Ce chemin n'est pas bien long. Nous n'y avons noté qu'une réelle impuissance des ouvriers ibères à reproduire les formes de l'homme ou de la femme. Sauf une ou deux rares exceptions, à examiner nos gravures, on dirait le catalogue illustré d'un musée de monstres. Je l'ai déjà dit, et il faut le répéter, ce n'est point là un phénomène exceptionnel. A dresser le catalogue des bronzes et des terres cuites les plus anciens dans n'importe quelle autre contrée de l'Europe, on retrouverait la même enfantine barbarie. Du moins, ces antiques -ébauches espagnoles ont-elles une originalité quelconque, et peut-on déjà prévoir, à l'aspect de telle ou telle figurine, le développement d'un art caractéristique, ayant bien sa physionomie propre.^ Peut-on, d'ailleurs, constater ici ou là des influences étrangères permettant d'espérer l'épuration, l'affînement des grossiers instincts indigènes .►*

Il faut l'avouer, il est absolument impossible de trouver en toute cette lamentable série la plus petite idée originale. Les Ibères nous apparaissent comme une branche quelconque de cette immense famille européenne qui, au début de l'âge historique, semble avoir, au Nord comme au Sud, au Levant comme au Couchant, travaillé sur un fonds commun, et combien pauvre, de pensées et de formes ornementales. Bien peu de ces idoles monstrueuses qui n'aient de similaires dans l'industrie des autres peuples contemporains, et cette constatation même est un argument de plus en faveur de la théorie des archéologues qui, se défiant du « mirage oriental », pensent qu'avant les influences asiatiques et surtout grecques, régnait dans toute l'Europe, ou peu s'en faut, une générale uniformité de conceptions et de produits artistiques.

Il semble, d'autre part, que la religion des dévots ibères a pu se contenter longtemps de ces ex-voto plus que rudimentaires ; les bronziers, qui travaillaient pour le culte, n'ont rien fait pour rendre peu à peu leur

176 LES FIGURINES DE BRONZE

clientèle plus délicate et plus difficile. Leur industrie semble une industrie mort-née, ou tout au moins destinée à rester dans une éternelle enfance ; en cela, peut-être, les habitants de l'Extrême-Europe occidentale ont-ils été moins bien traités de la nature que leurs frères d'Italie, par exemple, ou même de Gaule.

Cependant, à certains signes, on voit que ces humbles artisans n'ont pas absolument fermé les yeux aux œuvres importées du dehors. Ils ont, à l'occasion, imité avec une franchise qui va jusqu'au plagiat tel ou tel modèle chaldéen (Fig. 261) ; ils ont reproduit des types de l'art mycénien (Fig. 244), et ont été jusqu'à emprunter à la glyptique mycénienne, pour le transporter à leur métier spécial, un procédé du reste assez malheureux de facture rapide (Fig. 264)- Et je n'ai pas encore, jusqu'ici, énuméré toutes les figurines où se révèle l'action des étrangers. Ainsi je n'ai pas parlé de ce personnage criophore qui ressemble beaucoup à une statuette de bronze de même sujet fabriquée en Phénicie, et à une autre trouvée en Sardaigne (Fig. 266) '. Quanta la Grèce archaïque, à laquelle le criophore fait aussi songer, n'est-ce pas à son influence que les Ibères doivent ce goût prononcé pour la forme plate de xoanon, pour l'attitude des jambes serrées et des bras collés au corps ^ pour les tuniques embrassant les membres avec une raideur et une étroitesse de gaine .»^ Il faut se montrer ici très réservé, car ces formes mêmes, ces attitudes, ces types ne sont pas, à vrai dire, des créations des Grecs, et bien avant que les idées et les modèles de ces maîtres incomparables aient été répandus par leur commerce universel, on connaissait un peu partout les idoles plates ou en xoanon et les figurines du soi-disant type dédalique, aussi bien que les têtes modelées « en bec d'oiseau ». Mais, d'autre part, peuton nier maintenant les très antiques rapports de la « Mycénie » avec l'ibérie, et n'a-t-on pas le droit d'en tirer des conséquences?

I. Musée de Madrid, n° 1 8543, legs Saave- foire c/e /«m j7/a un pelil bronze provenant de

dra. Cf. de Longpérier, Musée Napoléon II f, Murcie (pi. IIII, n» xiv) dont les deux bras

pi. XXI = Perrot et Chipiez, Histoire de sont portés en avant depuis le coude, comme

l'art, III, fig. 3o8, E. Pais, La Sardaigne, ceux de l'Apollon de Canacbos. Mais on ne

pi. V, fig. VI = Perrot et Chipiez, Histoire peut juger, d'après sa mauvaise image, s'il

de l'art, IV, p. 89, fig. 88. s'agit d'une œuvre importée ou fabriquée en

a. Le Père Lozano a dessiné dans son /lis- Espagne.

LES FIGURINES DE BRO>ZE

Il n'y a, du reste, rien d'étonnant à ce que ces influences diverses, si influences il y a, se manifestent dans des œuvres qu'on dirait toutes fabriquées à la même époque lointaine, car cette concordance chronologique, si on l'admettait, ne serait qu'une illusion. C'est surtout lorsque les croyances religieuses sont en jeu que les types, les formes, les conventions peuvent persister de longs siècles, quand d'ailleurs les ouvriers semblent assez mal doués par la nature, et c'est ici le cas.

Si j'arrive maintenant à des figurines de valeur un peu plus élevée, le caractère ibérique est surtout marqué dans deux séries de petits bronzes qui méritent aussi d'être étudiés en détail. La vue, du reste, en est moins pénible que celle des ex-voto précédents. La première de ces séries comprend des hommes dont la tête est nue, et qui sont vêtus comme les guerriers lusitaniens de Lisbonne et quelques-uns des guerriers de la collection Saavedra, d'une tunique courte, tombant jusqu'à mi-cuisses et serrée ou non à la taille par une large ceinture.

M. Vives en possède deux de ce type. L'un représente un homme debout, les deux pieds joints, bien que le jour passe entre ses jambes, et les deux mains posées sur les hanches, ce qui oblige les bras à se séparer du corps (Fig. 268). Le bronze est d'une facture très molle et très lourde ; les traits du visage sont à peine modelés'. Le chanoine Lozano a reproduit dans son Histoire de Jumilla une figurine du même type, sauf que les mains tombent tout droit contre les flancs ". La tunique est serrée au cou par une sorte de cordon ou de cravate. Suivant Lozano, le bronze proviendrait de Monteagudo. J'incline fort à croire que l'original n'est pas perdu. Il y a en efletau Louvre une statuette absolument semblable à celle-là, qui m'a été gracicuserticnt donnée par le Supérieur du célèbre monastère de Sanla-Anna, près de Jumilla ; suivant une indication peu aflirmative du reste, l'objet aurait été trouvé à Gehegin, ville

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