‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 4)Chapitre 54 sur 83 · Ibid., fig. 6, 57, 59, 63, 66, 67, 96, Musi^o de Leyde · texte numérisé non relu

Ibid., fig. 6, 57, 59, 63, 66, 67, 96, Musi^o de Leyde

celle d'un serpent OU à un bec d'oiseau qu'à un museau de cheval. » Sauf que les chevaux du Dipylon n'ont pas les mâchoires entr'ou vertes', ne pourrait-on pas leur appliquer cette description?

D'autre part, il n'est pas superflu de faire remarquer que les orfèvres contemporains des céramistes du Dipylon ont travaillé le métal par les mêmes procédés d'estampage dont les bandeaux espagnols nous fournissent un exemple. 11 existe des lames d'or ornées de dessins estampés qui ont été trouvées dans beaucoup de nécropoles grecques, en particulier au Céramique d'Athènes. Les artistes y ont figuré en relief non seulement des ornements rectilignes ou curvilignes, en particulier des torsades en tout semblables à celle de l'un des fragments de Caceres, mais aussi des lignes d'animaux et des frises de combattants. Du premier type, je puis citer une plaque d'or trouvée à Eleusis \ et du second un diadème d'or trouvé à Athènes, et conservé au musée de Copenhague ; malgré la diflerencedu sujet — un cortège de fête et les apprêts d'un sacrifice — ce dernier bijou montre les plus grandes affinités de style avec ceux de Caceres^.

Avant de quitter la Grèce, je ne puis enfin manquer de rappeler que Fart d'estamper de minces plaques de métal s'est longtemps perpétué à l'âge archaïque. Plusieurs études d'un grand intérêt ont été faites sur ces bandes de bronze qui tantôt étaient cousues sur des étoffes, tantôt clouées sur des objets de bois ou de cuir, et dont on a trouvé des spécimens à Dodone, à Elatée, à Corinthe, à l'Acropole d'Athènes, au temple d'Apollon Ptoïos, à Olympie. Je citerai seulement un fragment du Ptoïon, trouvé par M. M. lloUeaux, où se voit exactement la même torsade tressée -autour de points saillants qui borde l'un des fragments espagnols ^

Mais, s'il y a tant d'éléments grecs dans la décoration des bandeaux de Caceres, s'ils présentent surtout tant de rapports avec les types et le style du Dipylon, que reste-t-il ou reste-t-il vraiment quelque chose d'espagnol? Ces bijoux ne sont-ils pas tout simplement étrangers au pays où ils ont été trouvés ? Ne faut-il pas les rendre tout naturellement

I. Voy. cependant Perrot et Chipiez, Grèce 4- Bulletin de Correspondance hellé-

de l'Epopée, fig. 48. nique, 189a, p. 3^7 (M. HoUeaux, Bronzes

a, Ibid., fig 16. trouvés au Ptoïon), pi. X. 3. Ibid., fig. ii5.

à l'art grec primitif, et les traiter comme de purs objets d'importation ? Je ne le crois pas. D'abord, s'ils étaient grecs, et de l'époque et de l'art du Dipylon, il y aurait en eux plus d'unité ; on n'y retrouverait pas ces détails phéniciens, puis mycéniens que j'ai relevés, et qu'il ne faut pas négliger. Ce mélange de traits de diverses époques et de divers styles ne peut facilement s'expliquer que par une imitation plus récente en pays lointain. Mais surtout il faut bien se garder de ne pas donner son attention aux rapprochements précis qu'ont établis mes prédécesseurs entre ces objets et d'autres objets qui ne sont pas grecs.

Je ne m'occuperai pas de contrôler les rapports que trouve M. Salomon Reinach entre les bandeaux du Louvre et « l'art des Lybiens, Ibères, Tamahou, Machouacha », car on peut s'en fier à sa vaste érudition, d'autant que M. Schlumberger se dit presque convaincu. En effet, M. Reinach a écrit : « Remarquez que les hommes de vos plaques n'ont point de casques, mais des plumes divergentes plantées sur le sommet delà tête, et comparez-les avec le guerrier du bas-relief rupestre de Moghar-el-Tahtania, figuré p. 491 de la Province romaine d'Afrique, de Tissot, et aussi avec le chef Libyen à la tcte ornée de deux grandes plumes divergentes, représenté dans une peinture égyptienne reproduite par Rosellini (Monum. storici, pi. GLX). Comparez aussi le bouclier de la stèle d'Abizar (Tissot, Prov, rom. d'Afrique, p. 492) aux petits boucliers de vos plaques, l'oiseau placé auprès du cheval de cette stèle à ceux qui sont représentés sur vos bandeaux. Le monument de Karnak (Rougé, Rev. archéoL, 1867) t;numère parmi les objets enlevés par les Egyptiens aux Machouacha, tribu libyenne, de l'or, des coutelas en bronze (vos guerriers en portent), des arcs (vos cavaliers en portent peut-être) et des imses de bronze (vos plaques en sont couvertes). L'inscription de Médinet-Abou, énumérant les trophées conquis sur les Machouacha par Ramsès 111, cite 1 15 coutelas en bronze de cinq coudées, des carquois, des javelots (trois de vos guerriers portent à la main une paire de javelots). Voyez aussi les trois javelots que porte le guerrier de la stèle d'Abizar. Hérodote (IV, 176) constate les particularités dans l'arrangement de la chevelure particulière aux Libyens. Voyez pour tout cela Tissot, Province romaine d'Afrique, p. \3] et suiv. »

(( Tout en se gardant de conclure », M. Schlumberger admet que « les analogies signalées par M. Reinach sont frappantes » et que « les dessins rupestres des Lybiens présentent certainement avec les plaques de Câceres de curieuses analogies' ». Bien que quelques-unes d'entre elles me paraissent, à moi, assez superficielles, je ne me fais pas scrupule de les admettre.

J'admets aussi, avec M. Taillebois, que sur quelques monnaies des Elusates, en Novempopulanie (actuellement Eauze, dans le département du Gers) sont représentés des chevaux qui rappellent un peu les chevaux des bandeaux espagnols^ ; et qu'il en est de même pour des monnaies des Sequani et d'autres monnaies gauloises, que cet auteur énumère\ Surtout il me plaît de retrouver sur un grand nombre de monnaies ibériques des cavaliers, le Jinete que nous connaissons déjà, certainement apparentés avec les cavaliers de Câceres * ; il m'est agréable de voir aussi des personnages certainement ibères, comme les cavaliers de ces mêmes monnaies et d'autres encore, porter la courte épée, le javelot, le bouclier rond% de même que j'aime à retrouver la torsade dont il a été plusieurs fois question sur des pierres des Citanias (Voy. T. i, fig. 21, 22). Plus les rapprochements de ce genre se multiplieront, plus il résultera clairement que le caractère essentiel des bandeaux du Louvre est d'être le produit d'un art composite habilement amalgamé, et cet art, où l'élément grec domine, est un art ibérique ; en les fabriquant et les décorant, le joailler espagnol a travaillé dans le même sens et sous les mêmes influences que les sculpteurs du Gerro de los Santos ou d'Elche, que les céramistes de l'Amarejo ou de Meca. S'il s'est trouvé que sur les monuments grecs qu'il

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