‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 4)Chapitre 53 sur 83 · II · texte numérisé non relu

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lait autour de leurs îles et de leur continent découpé. Leur joaillerie, leur céramique se sont enrichies d'une foule de plantes et d'animaux marins, et comme les produits de ces deux industries erraient facilement jusqu'aux confins du monde, rien n'est plus naturel que de croire que les Ibères en ont réjoui leurs yeux, pour les interpréter bientôt à leur

manière.

Pourtant, ce n'est pas à l'art mycénien que les auteurs des lames de Caceres ont fait, il me semble, les emprunts les plus directs,- mais à l'art dont le styleest surtout connu et caractérisé par les peintures des vases atliques désignés sous le nom commode de vases du Dipylon'.

On connaît ces grandes jarres couvertes de dessins serrés tantôt purement géométriques, tantôt a la fois linéaires et reproduisant des figures d'animaux et d'hommes, vases précieux que les céramistes atliques façonnaient, du vnr au vi" siècle, pour signaler et décorer les riches sépultures. Il n'est pas un d'entre eux, il n'en est pas un fragment qui ne fournisse quelque élément de comparaison avec les bijoux espagnols.

D'abord, sur les vases du Dipylon, la composition est extrêmement touffue; le peintre a horreur du vide, si j'ose dire, et partout et sans cesse, dès qu'un espace se trouve libre entre les figures principales, il y insère des motifs de toute nature, étoiles, swastikas, hgnes de points, chevrons, branches d'arbres, et aussi, tout justement comme sur les bandeaux espagnols, des poissons et des oiseaux. Serait-ce donc par hasard que l'on verrait ces animaux inattendus, dessinés ici et là sous les ventres des chevaux?^ Le poulain, auprès de son père ou de sa mère, n'est pas rare non -plus, et sur le bandeau de Caceres il apparaît là où il ne semble pas nécessaire, dans une scène de bataille, ce qui indique bien une imitation et un emprunt^.

I. Voy. sur ces vases rimporlantc dlude de qui se rattachent étroitement à l'art décoratif

M. E. Pollier, dans son Catalogue des vases de la Porte Dipylo, Grèce de l'Épopée, Gg.

antiques du Lom-re. 128. (îf. les figures 118, i3a, où les oiseaux

3. Oiseaux: O. Raycl et Max. Collignon, sont au-dessus, et non au-dessous des chevaux.

Histoire de la céramique grecque, fig. 18; Poissons: Schliemann, Tirynthe, fig. ao ;

Pcrrol et Chipiez, La Grèce de l'Épopée, Perrolet Chipiez, firèce rfe /'A/)o/>ee, fig. 48.

fig. 4a, fig. 6. 3. Perrot et Chipiez, Ihid., fig. i32, fibulo

On en peut voir des spécimens, également, béotienne, sur des plaques de fibules trouvées en Béotic,

LES BIJOUX, LES ARMES sBo

Ce qui me frappe plus encore, c'est la ressemblance extrême des personnages en ce qui concerne la forme du corps et la figuration conventionnelle de la tête. M. Schlumberger fait remarquer que la tête de quelques-uns des hommes, particulièrement les piétons, « sommairement indiquée, semble munie d'un appendice en forme de gros bec d'oiseau. » Pour MM. Taillebois et Cartailhac, c'est là « un simple effet de barbe se terminant en pointe. » En tous cas, la plupart des hommes figurés sur les vases du Dipylon ont la tête absolument construite de même ; on ne peut imager une similitude plus saisissante'. Il y a plus : très souvent les bonshommes des vases attiques portent par derrière ce même ornement en aigrette, qui tombe du crâne nu ou du casque ^ Je connais même un exemple d'une véritable plume du genre de celles qui sont plantées sur la tête de quelques-uns des personnages espagnols '. Quant à la forme des corps, ce sont tous les monuments du style dipylien qu'il faudrait énumérer les uns après les autres, s'il était nécessaire d'insister sur une ressemblance qui doit frapper les plus prévenus ; et pour les armes, on retrouve constamment en Grèce l'épée courte, passée à la ceinture', et la double lance. Cette dernière constatation a surtout de l'intérêt, car elle touche un détail archéologique qui n'est pas commun '.

Les chevaux grecs sont aussi de la même espèce que les ibères, ou du moins ils sont traités de même. On trouve sur des vases attiques la queue en scolopendre", la crinière hérissée \ les sabots et l'arrière des boulets exprimés de même\ Surtout, la forme même de leur corps est identique, et il n'y a pas jusqu'au dessin de leurs naseaux, qui à juste titre a attiré l'atlcntion de M. Schlumberger et Taillebois, qui ne soit plus que probablement inspiré de la même convention. « La tête énorme, dit M. Schlumberger, presque monstrueuse, fort grossièrement dessinée, se termine par une sorte de gueule ouverte qui ressemble aussi bien à

1. Je cite au hasard de mes notes, Perrot i4i ; Schlicmann, Tiryiithe, Gg. ao.

et Chipiez, Grèce de l'Epopée, H^. 5,6,43, 5. Perrot et Chipiez, Ibid., fig. ô8, 03,

/i8. /ig, 56. 57, 58, 61. 63, 06, 67, gS, 96. 60, G7, 96, i38.

ii5, 1 18, i/|t ; Sclilicmann, 7V/v/j//je,ng. 3o. 6. Schlicmann, 'l'irynlhe, tig. 20.

2. Perrot cl Chipiez, Ibid., fig. 7, 67,96, 7 Perrot et Chipiez, fbid., fig. 6, 7, 9, 98. i38. 4o, 4i> 48, 54, 98, 99, 100, ia8.

3. Ibid., fig. l4i. 8. Ibid., fig. 7, et surtout 4o (Aiguière au

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