‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 4)Chapitre 61 sur 83 · Op. laud., p. aSo et s · texte numérisé non relu

Op. laud., p. aSo et s

cibus sim'des\ Les lames de nos glaives ibériques sont de contours absolument identiques à celles des plus probables exemples de copides.

Quant à la poignée, les documents grecs et italiens la font connaître avec d'assez nombreuses variantes, depuis la simple tige termijiée par un pommeau rond, ou par une crosse, avec un dépassant servant de garde à l'origine de la lame, jusqu'à l'élégante tête d'oiseau. Souvent il y a une véritable sousgarde, pour que la main s'emboîte comme dans un anneau et ne puisse pas facilement lâcher prise". Les glaives espagnols du type d'Almedinilla sont plus originaux. Sauf des exceptions sur lesquelles je reviendrai, la poignée consiste en une plaque de fer découpée dont la silhouette donne le profil d'une tctc et d'un cou de cheval. Sur cette plaque, qui ne faisait d'ailleurs qu'un morceau avec la lame, et dont les figures ^2^ et 4 2 5 montrent très clairement la disposition, on fixait avec des rivets des pièces de rapport, de bois ou de métal sculpté, qui donnaient à la silhouette le relief et Fie. 4aV435. — Sabres d'Almedinilla. le détail de la tête modelée en ronde

bosse. 11 pouvait arriver, comme cela se voit aux figures /i26 et /lay que le motif fût constitué par une lame de métal découpée à jour, à travers les trous de laquelle apparaissait une matière différente, par exemple du cuir, une étoffe précieuse de riche couleur, ou de l'ivoire, de l'os, une pierre rare, etc. Quelquefois la main était retenue simplement par la tète du cheval et ses mâchoires ; mais il pouvait arriver aussi que cette lele

I. Quint. -Curl., VIII, i^. Voy. sur la Copis larlicic du Diclionnaive des antiquités, de Darembcrg cl Saglio, où l'auteur ne réussit pas absolument à distinguer celte

arme de la Machœra.

a. Voyez les figures do l'article Copis, dans le Dictionnaire des antiquités, ci\esR^ures 3G() & 378 du livre do M. Carlailliac.

âSo LES BIJOUX, LES ARMES

fût reliée à la garde par une tige ; la poignée était ainsi fermée (Fig. 427). Ce détail nous rappelle que nous avons déjà vu une disposition semblable dans les curieuses fibules du type au Jineie, fabriquées ou du moins trouvées à^Palencia, et c'est l'occasion de se demander si la tête de cheval n'a pas été choisie justement en honneur de ce Jinete, ce héros cavalier qui devait être une divinité guerrière. Peut-être même est-on en droit de supposer que ce sabre était plus particulièrement un sabre de cavalerie.

On le portait sans doute à la taille, comme le montre le fragment de statue d'Elchc dont j'ai donné l'image dans un autre chapitre (T. I. fig. ^o^). Cette sculpture, comme un autre fragment trouvé au Cerro de los Santos (T. I, fig. 252) prouve d'ailleurs que tous ces copides n'étaient pas aussi richement façonnées, et que la poignée pouvait en être très simple, et partant plus solide et plus pratique. Le fer aiguisé était protégé par un fourreau, sans doute en bois. Le sabre que représente la figure 49.5, a encore trois anneaux aplatis jouant autour de la lame'. Deux d'entre eux ont à l'arrière un anneau de suspension, ce qui prouve que l'arme ne se portait pas toujours passée dans la ceinture, à la mode des Turcs, et à la mode des personnages du Cerro que je viens de rappeler.

Mais ce qui nous intéresse le plus, c'est la décoration que portent plusieurs des glaives d'Almedinilla, aussi bien sur la lame qu'à la poignée.

Sur la lame, il peut y avoir simplement une série de lignes très menues et très finement tracées qui figurent comme un second glaive dessiné sur le premier; telles sont les lames de Madrid numéros 10/497 (Fig- 42/i) et io468 (Fig. 425)^ Mais exceptionnellement, le décor devient plus riche. C'est le cas du n" io48i (PI. X)^, peut-être le plus intéressant, quoique n'étant pas le plus beau de la série.

Ce sabre nous est parvenu bien mutilé, et c'est pour cela sans doute qu'il n'a pas attiré l'attention. En eflet, la moitié au moins de la poignée a été brisée, et la lame, très oxydée, est ployée en deux. M. Cartailhac a remarqué le même fait pour des épées trouvées en Portugal, dans la nécropole

1. Le 11° 10471 a aussi conservé deux a. Ajouter les n°» 10^68, 10^70, 10471,

douilles, dont une est miuiic d'un anneau de 10473, 10478, io474i 1047O, 10478.

suspension. 3. incdil.

FiG. 4^6 cl 437. — Sabres d'Almodinilla. (Musée do Madrid.)

d'Alcacer : « A Avezac', dit-il, les armes étaient presque toutes déformées de la même manière, et l'on a supposé qu'elles n'avaient* pu être mises en cet état qu'après avoir été passées par le feu, et alors qu'elles étaient encore rouges. Le fait est qu'elles sont généralement associées à des torques et autres objets en bronze à demi fondu ; d'autres fois, elles ont été soumises aune destruction intentionnelle, et brisées en plusieurs morceaux^ ». Le sabre en question n'est pas un exemple unique pour la station d'Almedinilla ; j'ai déjà parlé d'un poignard (Fig. 4i8) et j'ai noté encore les sabres n"' iS^Bq et i8 4^o de Madrid qui sontpliés unefois, et le n" 10080 replié trois fois, en forme d'S'\

Quoi qu'il en soit, et malgré l'oxydation de la lame, on voit que la soie est décorée d'un très fin lacis de traits gravés par une menue pointe, et ce lacis n'est pas banal ; il reproduit exactement le dessin de l'une des célèbres lames de poignards d'or de Mycènes, sauf les petites rosettes qui agrémentent le nœud des spirales entrelacées '.

Ce décor mycénien se poursuit sur la poignée, ou pour parler plus justement, ce sont encore des dessins empruntés à l'art de Mycènes qui ornent l'encolure du cheval, du moins ce qu'il en reste. Une guirlande de spirales courant l'une après l'autre borde la garde et le côté intérieur de la poignée ; contre la lame, en travers, il reste trois zones, l'une décorée d'une ligne de zigzags, la seconde, plus large, enfermant une sorte de grecque aux bords arrondis, et la troisième un rinceau horizontal d'enroulements.

Le glaive n° 10/475 (Fig. 427 et PI. XI, à droite)" ne porte sur la lame d'autre ornement que des lignes très fines, analogues à celle des figures [\'2^ et ^26. Mais la garde et la poignée sont aussi décorées dans

I. Avczac (llaules-Pyrcnées) où l'on a fouillé un antique cimclière. Voy. Bulletin de la Société des antiquaires de France, 1880, p. 120 (cité par M. Cartailhac, op. laud., p. 25o).

a. Cartailhac, Ibid., p. 35a.

3. M. J. Lcite de Vasconcellos a donné le dessin d'un poignard dont la lame a été ainsi rcployéc, et qui provient d'une nécropole prc-romainc de l'Alemtcjo. Il est conservé

au musée d'Alcacer do Sal (O archeologo porlHgués, 1, p. 78, Gg. i). C'est celui, sans doute, dont parle M. Cartailhac.

4. Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquité. M, pi. XVIÏ, n° a. La lame d'Almedinilla n'est pas décorée sur toute sa largeur ; deux grosses nervures en relief l'ornent du côté opposé au tranchant.

Page 1