SABRE IBÉRIQUE EN FER (ALMEDINILLA
MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE Of MAORIU
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et le sens à comprendre, si l'on ne savait par quels intermédiaires a passé la bête qu'il est censé figurer.
Je ne me dissimule pas que toutes ces fibules sont d'un art qui n'est pas bien varié, et qui manque totalement de délicatesse; elles n'en ont pas moins cet intérêt très peu méprisable de nous faire connaître des produits d'une même région et d'un même atelier, peut-être aune même époque. Combien il serait désirable qu'il pût être constitué des séries semblables pour les plus importants centres de fabrication de l'Espagne.
Si les guerriers Ibères, comme leurs femmes aimaient les bijoux d'argent, d'or ou de bronze, et se paraient de fibules, de bracelets et de colliers, il n'en est pas moins vrai que leurs véritables joyaux, c'étaient leurs armes. Aussi ne faut-il pas s'étonner que l'industrie des fabricants d'épées et de poignards qui était cliez eux florissante, se soit rapprochée de l'industrie des orfèvres' ; l'art de décorer le métal d'une arme touche de près à celui de façonner et d'orner le métal d'un bijou, et il semble que chez les premiers armuriers de l'Espagne, lointains prédécesseurs des fameux ouvriers de Tolède, cet art ait de beaucoup surpassé l'art congénère.
Je n'ai pas ici a m'occuper d'une question délicate, qui n'est pas encore tranchée, à savoir ce qu'était exactement ce gladius ibericus qu'à partir de la seconde guerre punique les Uomains donnèrent à leurs légions en échange de l'épée gauloise. Le modèle de cette épée, qui n'était pas une arme de luxe mais de combat, devait être fort simple, et très sobre d'ornements. Ce qui l'avait fait adopter par les Romains, c'était, sans doute, d'abord sa force et sa commodité pratique, car elle était courte, pointue, à deux tranchants, propre à frapper de taille comme
I. Jo voudrais pouvoir parler des boucliers Salobral no nous donnent des rcnseignemonls
ibériques ; mais je ne sache pas qu'il en ait que sur la forme ronde, el l'umùo central. Le
été découvert aucun. Les statues lusitaniennes, dernier pourtant montre, autour de cet umbo,
les figurines de bronze Saavodra, le Jincle du des traits gravés en étoile.
d'estoc, ensuite la supériorité de sa fabrication, que les Romains essayèrent en vain d'égaler'.
Si l'on en juge par quelques épées et poignards ibériques qui sont conservés au Musée de Madrid, les Romains avaient eu l'embarras du cboix entre différentes formes également dangereuses et pratiques ; tantôt
FiG. /ii5-4i7. Armes au Musée de Madrid.
la lame des poignards est large près de la poignée, et, très courte, forme un triangle plus ou moins allongé. La poignée se divise au bout en deux cornes, pour retenir la main, et, au centre se trouve un renflement; sur la lame on a simplement gravé quelques chevrons. Tels sont les poi-
a. Voy. les textes cités par E. Beurlier, Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio, s. vcrb. Gladius, p. i6o5. Je crois qu'il existe un exemplaire très bien conservé de ce glaive dans la collection Salazar, à Alcalà-la-Real (Jacn),
LEfi BIJOUX, LES ARMES
gnards que représentent les figures 4i5, 4iG, 421 '; il faut remarquer que les lames sont en fer, car, pour les ustensiles et les armes, l'Espagne a suivi la loi commune, et dès la fin de l'âge préhistorique le fer s'y est substitué au bronze. De plus, si quelquefois toute la poignée et la garde sont du même métal que la lame, il arrive que celle-ci est formée par une tige de fer autour de laquelle est fixé du bois. Par l'effet du temps, cette garniture a le plus souvent disparu.
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FiG. 4 1 8-4 19. — Armes ibériques au Musée de Madrid.
Les figures 418,419 sont aussi l'image de poignards, ou de très courtes épées, dont seulement la lame est plus allongée et plus fine, dont les antennes rudimenlaires sont remplacées par des boutons d'arrêt ^ 11 est plus rare de voir la double corne remplacée par un unique pommeau en boule; c'est le cas d'une sorte de stylet, dont la poignée de bois, et peutêtre aussi la garde, a disparu; la lame en est très fine et pointue, sans
i.,Fig. /ii5, Cartailhac, Ages préhistoriques, fig. 357 (Espagne centrale); fig. l\iG, iMuséo de Madrid, n" lo'iô*^ '. longueur, o'",3o; il en existe un autre cxom|)laire également avec manche do hois aujourd'hui perdu (Musée do Madrid, n" lo'iG'i)- Fig- ^'i^^ Musée do Madrid, n" lo'jSS ; longueur, o"',4o. Le n" 4i5 a 6lé public par Yilanova
y Piera et J. de Dios do la Rada, dans Geologia y protohistoria ibéricas (fiisloria gênerai de Espanà), p. (io'i.
a. Fig. /jiy = Musée do Madrid, n° io46o, longueur, o'",a5 r- Cartailhac, fig. 35S. La fig. 4iS, dont j'ignore le numéro à Madrid, est calquée sur Cartailhac, fig. 36o (:r^ \ ilanova et la Rada, op, latid., ibid).
aucun élargissement vers le milieu de la longueur, comme cela se présente plus d'une fois (Fig. 422)\
FiG. 420-433.
Armes ibériques au Musée de Madrid.
Fig. 433.
Glaive trouvé en Galicie.
Mais, dans cette série, je ne connais qu'un exemplaire qui mérite de m'occuper ici, car c'est le seul qui ait quelque recherche artistique. M. Villa-Amil y Castro en a donné le dessin que je reproduis dans un article du Museo Eftpaflol de Anligiiedades sur des Armas, ustensilios y adornos de hronce recogidos en Galicia (Fig. 423) ^ La poignée est en bronze, tandis que la lame est en fer. Cette dernière qui est légèrement bombée, est couverte dans le sens de la longueur de fines lignes parallèles, et contre la garde s'ouvrent deux yeux découpés en plein dans la soie ; ce simple vide, à droite et à gauche, dans la partie la plus large du
I. Musée de Madrid, n» io465, longueur, o"',35 ; cf. le n° 1045-, dont seulement la lame est plus largo à la garde; longueur, o"',35 (Fig. 417)-
La fig. 430 correspond au n" io466 (longueur, o"',3o). La poignée a entièrement disparu, et la lame s'élargit brusquement, avant de devenir pointue, un peu comme un
fer de lance.
3. T. IV, p. Sg, et pi. n° 8. L'arme a clé trouvée en novembre 1869 en Galicie, près de la Pena Grande, sur la roule provinciale de Vivero à Meira (district municipal de Mondofiedo). Publié aussi par Vilanova et la Rada, op. laud., p. 597, fig. 101.
métal, est d'un effet gracieux et léger. Quant à la poignée, elle est à peine renflée d'un boulet allongé à l'endroit où se place la main, et se divise en deux cornes terminées en guise de boules par deux coins tronqués. Une petite tige qui dépasse au centre de la courbure des cornes est comme le rappel de la tige de l'épée prolongée en arrière pour s'emmancher dans la poignée façonnée à part. Ce qu'il faut louer dans cet arrangement un peu lourd, c'est moins le résultat que l'effort tenté pour concilier l'utile et l'agréable ' .
J'ai hâte d'arriver à de véritables armes de luxe, plus originales, et dont on ne trouve des spécimens qu'en Espagne, je veux parler des sabres dont les découvertes d'Almedinilla, dans la province de Gordoue, ont rendu au jour les plus précieux modèles. Ce sont des armes de fer. En dehors de celles d'Almedinilla, qui sont dispersées au Musée de Madrid, dans une collection privée d'Alcala-la-Real, au Musée d'artillerie de Paris ^ au Musée de Cordoue, dont il existait il y a quelques années un exemplaire au Musée Estruch, de Barcelone \ je ne connais que les sabres
I. Je ne me dissimule pas que l'on peut contester à certaines de ces armes l'épithèlc d'ibériques, au sens où je l'emploie toujours ; en eiTet, par leur forme, elles se rapprochent beaucoup d'armes qui se rencontrent un peu partout, dans le monde celtique et gaulois, par exemple (Voy. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, p. a ai), et jusqu'à l'âge préhistorique. Mais, de même que pour les bracelets et les colliers que j'ai étudiés plus haut, je crois reconnaître un style assez particulier pour croire à une fabrication espagnole ; j'admets cependant l'influence ou la persistance môme d'une tradition venue de loin.
a. Grâce à l'extrême obligeance de M. le colonel commandant le Musée d'artillerie, j'ai pu avoir des renseignements sur ce sabre, égaré au milieu d'une collection où l'on ne s'attendait guère à le trouver. H a été acheté à un marchand d'armes, M. Boban, comme
sabre sarrazin, en même temps qu'une lance sans doute de même provenance. Il a été inscrit à l'inventaire sous le n" J. ia34, et figure au 3e volume du Catalogue du Musée ; la notice dit qu'il a été trouvé à Almedinilla, près de Cordoue. La lame, est-il remarqué, est absolument celle des koukris du Népaul. « De la poignée il ne reste que la soie so retournant en crosse, de façon que la poignée est presque fermée... La fusée de deux pièces était maintenue sur la soie par quatre rivets qui subsistent, par une chape 'au talon, et une platine rivée au bout de la soie. L'arme a pu être rapportée de l'Orient par des voyageurs, puis perdue en Espagne. » Longueur, o^.Sa.
3. Ce Musée, qui appartenait à un particulier, n'existe plus, je crois, à Barcelone. J'y avais pris un croquis du sabre en question en 1897. Il portait le n° i33G, et on indiquait comme provenance la province de Tcrucl.
que possède D. Pascual Serrano, à Bonete, et qu'il a trouvés a l'Amarejo, celui de M. Vives et ceux que m'a signalés M. Arthur Engel dans la collection de M. le marquis de Gomillas'.
On a des renseignements assez précis sur les fouilles qui ont été faites à Almedinilla, en 1867, par D. Luis Maraver y Alfaro, alors directeur du musée de Cordoue, à qui les musées de Madrid et de Gordoue doivent les objets qu'ils possèdent de cette origine. Peut-être d'ailleurs faut-il comprendre sous ce mot de « trouvailles d'Almedinilla » des objets recueillis ailleurs, car l'inventaire du musée de Madrid parle « d'épées d'Almedinilla et de Fuenlc Tojar » sans qu'on puisse établir si l'indication s'applique à toutes les armes du groupe exposé dans la même vitrine. Les plus importants de ces sabres ont clé dessinés par M. Cartailhac dans ses Ages préhistoriques de l'Espagne et du Portugal^ et D. Fernando Fulgioso, dans le Museo Espanol de Antigiiedades^ en a figuré quelques spécimens, parmi les moins bien conservés, par malheur.
La forme de ces sabres n'est pas une forme spéciale aux armuriers ibériques. On la connaît depuis longtemps, et la liste serait interminable des armes antiques qui ont une lame semblable, et des monuments où il en est figuré. M. Cartailhac* en a énuméré quelques-uns, et il résulte de celte recherche sommaire, à laquelle je renvoie le lecteur, que celte espèce de yatagan était en usage chez les Orientaux, puis chez les Grecs, à l'époque classique, chez les Etrusques, chez les Romains ; c'est sans doute les Grecs qui lui ont donné le type définitif, car on le rencontre très fréquemment sur les vases peints de l'époque classique ; on peut lui donner le nom grec soit de (xoiyv.i^cf., soit de xoTrt'ç ; on sait que Quinte- Gurce a défini ainsi la xottiç : Copidas vocant gladios leviter curvatos fal-
1. Les glaives de M. Serrano, de M. Vives, et du marquis de Comillas sont inédits.
M. Cartailhac a vu en Portugal, au Musée d'Kvora, la moitié d'un sabre identique à ceux d'Almedinilla, et provenant de li nécropole à'Alcacer do Sal, « sur la colline qui forme la rive droite du Sado, et sur la pente qui regarde le fleuve » (^op. latid., p. 25 1). Dans cette nécropole, dit plus loin cet auteur, « il y avait des épées courbes avec poignées
fort originales et fort artistiques, couvertes d'incrustations d'or et d'argent, comme certains de nos bijoux mérovingiens » (p. a5a) Mais ces richesses ont malheureusement disparu. Les retrouvera-ton .'• a. Fig. 365, 366, 367, 368.
3. Armas antiguas ofensivas de bronce y hierro, etc., dans le t. I, p. 353.