I. E. Hûbner, Arqueologia de Espaha, p. aoi
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leur argent ni à leur bronze la forme et l'aspect de pièces, ni de les orner de ces signes distinctifs qui en sont la marque et la garantie. Le plus ancien monnayage de l'Espagne est phénicien et grec. L'industrie numismatique est tout entière d'importation, et d'importation assez récente. C'est un point que les éludes et les recherches des savants espagnols, Delgado et deBerlanga, ou étrangers comme Lorichs, AloïssHeiss, Boudard, Zobel de Zangronitz, ont établi avec la dernière évidence.
Les plus anciennes monnaies frappées en Espagne sont celles d'Emporiaî. Les numismates ont facilement démontré qu'elles appartiennent au système monétaire de sa métropole Marseille, comme celles de Marseille appartenaient au système de sa métropole Phocée. Les petites pièces d'argent, grosses comme des lentilles, avec ou sans légende, que la colonie a mises d'abord en circulation, sont du système dit phocéen ; puis les drachmes, de forme plus régulière, de plus grand diamètre, les divisions de la drachme qui vinrent ensuite en usage, sont du système attique*. Rhode, l'autre comptoir grec du golfe de Rosas, à l'embouchure du rio la Muga, peut-être plus ancien que le comptoir d'Emporiae* (s'il est vrai que des colons de l'île de Rhodes touchèrent avant les Phocéens marseillais la côte de l'ibérie), Rhode n'a que des monnaies du système attique, et par conséquent n'a battu monnaie que quelque temps après Emporia). Enfin le monnayage de la troisième ville certainement grecque de la côte, de Dianion, plus récent encore, est du même système. Or le système attique, introduit ainsi en Espagne, a été, comme il était naturel, accepté par toutes les cités qui, à l'exemple des colonies grecques avec lesquelles elles étaient entrées en relation, voulurent avoir leurs monnaies. Je ne parle pas seulement des très nombreuses cités qui conclurent des accords monétaires avec Emporiaî et lui empruntèrent purement et simplement ses types avec ses coupures \ cités
I. Pour les monnaies d'Emporiœ, voyez en 3. Voir au sujet de ces monnaies, toutes
particulier la monographie que M. Botet y de bronze, Delgado, Niievo metodo, III, pi.
Sisos a écrite de celte ville. CXXX, n°» iSo-iSg. Toutes les légendes de
3. Voyez sur son histoire Delgado, Nuevo ces monnaies sont en caractères ibériques, et
metodo de clasificacion de las medallas c'est pour cela que les attributions n'ont pas
autonoinas de Espana, III, p. iSa et s. encore été clairement établies. (Gclestin Pujol y Camps).
LES MONNAIES
que par malheur on n'a pu jusqu'à présent identifier avec certitude, mais de toutes celles qui eurent des monnaies autonomes, et dont les types ont été maintes fois reproduits, par exemple dans les ouvrages devenus classiques de M. Ileiss, Delgado, de Lorichs et Zobel de Zangronitz.
Les colonies phéniciennes n'ont eu des monnaies autonomes qu'après les colonies grecques, lors de la conquête carthaginoise ; ce furent Cadix et Ebusus qui donnèrent l'exemple; mais, conséquence très rationnelle de l'importance qu'avait eue le monnayage des villes grecques, ces monnaies hispano-phéniciennes, ou plutôt «^hispano-puniques appartiennent au système attique ; c'était du reste le système que les Carthaginois avaient eux-mêmes introduit en Sicile, ce qui lui a valu quelquefois
FiG. /|28. — Chrysaor sur des monnaies d'Empori.T.
le nom de punico -sicilien. Le seul point oti l'influence des conquérants se fait sentir, est que les Emporitains modifient légèrement le type de revers de leurs monnaies courantes ; à Pégase, symbole trop purement hellénique, ils substituent un cheval ailé dont, par un caprice bizarre, la tête est formée par le corps d'un enfant, un petit Éros sans doute, qui se plie en deux, de façon que sa main vienne saisir le bout de sa jambe tendue (Chrysaor) (Fig. /128). Mais seules les effigies des monnaies d'Ebususont quelque chose de phénicien ; c'est un Cabirc, comme on dit d'ordinaire, ou plutôt un démon oriental, une sorte de Bès difforme et grotesque qui occupe le droit de la pièce, tandis que le revers est orné d'un taureau marchant. Quant aux effigies de Cadix, elles sont purement grecques.
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Ainsi les Ibères ont connu le monnayage, et peut-être aussi la monnaie, grâce aux Grecs et aux Phéniciens. Leur ont-ils demandé des leçons, et en ont-ils bien profité?
Le premier point n'est pas douteux, bien qu'il y ait intérêt à l'établir rigoureusement ; le second problème demande quelque discussion.
D'abord, s'il est certain que le plus grand nombre des monnaies d'Emporiae et de Rhode, et beaucoup des monnaies des villes qui conclurent avec Emporiœ une alliance monétaire sont de facture purement grecque, il est certain qu'à Emporiae même, je ne dis pas seulement dans la ville sœur, dans la ville indigène d'Indica, mais dans la ville grecque, si l'on veut dans la région où les Emporitains étaient maîtres au point de vue numismatique, il y eut des ateliers où travaillèrent des graveurs indigènes sous la direction des graveurs grecs.
Delgado a insisté en termes pressants sur ce fait que toutes les monnaies emporitaines à légende grecque n'ont pas été frappées à Emporiœ', et qu'il suffit pour s'en convaincre d'examiner quelques séries. Ainsi, ditil, (( depuis la troisième période', nous voyons les Indigènes^ frapper des monnaies d'argent imitées avec plus ou moins de goût artistique des drachmes emporitaines au type du cheval au repos, et introduire en plusieurs de ces copies la légende grecque plus ou moins altérée. La frappe ibéro-grecque continue pendant la troisième période, traverse la quatrième avec des œuvres relativement correctes, comme sont les numéros 83 et 84 trouvés à las Ansias, et finit avec la fin du monnayage d'argent emporitain, ajoutant au type différents symboles. Les observations que nous avons faites depuis dix ans sur ce terrain, partout plein de souvenirs de la cité morte, nous ont tellement convaincu de l'existence de divers centres de fabrique de drachmes grecques dans la province de Gérone, qu'à observer seulement le dessin de quelques-unes