I O CONCLUSION
à donner le mouvement et la vie à ses personnages immobiles, à alléger leur costume, àafïiiier elle-même son goût, à tenter l'emploi de matières plus plastiques, d'outils plus acérés et plus mordants : elle préfère s'amuser au contraire à échaflfauder les mitres, à compliquer les cagoules, à superposer les robes et les manteaux, voilà pour les statues de femmes, à draper consciencieusement les hommes à la romaine, à aligner en très bon ordre autour de leur front les routinières mèches chaldéennes. Puis, quand les Carthaginois viennent à leur tour, apportant un renouveau d'Orient, c'est le luxe des symboles astronomiques, des amulettes superstitieuses qui charme maintenant les tailleurs de pierre attardés ; ils sont entrés dans une irrémédiable décadence. Et les céramistes suivent ces fâcheux errements ; ils sont aussi victimes de la routine. Ils remâchent les mêmes figures, les mêmes motifs sucés jusqu'à la moelle ; ils ressassent et rabâchent les mêmes thèmes usés et fatigués, et à bien peu de chose leur comptent leur courante adresse technique et leur dextérité de machines automatiques.
Que si je cherche la cause de cet arrêt, peut-être ne faut-il pas aller bien loin pour la découvrir. Sans les Phéniciens, sans les Grecs surtout, les artistes Ibères n'auraient pas existé ; si l'arrivée des Grecs les a créés, ne serait-ce point aussi le départ des Grecs qui les tua ? Dès que la lutte des Carthaginois et des Romains amena ces deux peuples en Espagne, dès que peu à peu l'influence de la Grèce céda la place à l'influence de Rome, dès que les conquérants eurent établi dans la Péninsule leurs soldats et Jeurs magistrats, dès qu'ils curent conquis le pays, et organisé leur conquête, envahissant jusqu'aux moindres bourgades, se substituant a tout et à tous, les Ibères durent oublier leurs meilleurs maîtres, leurs bienfaiteurs artistiques. Livrés à leurs propres forces, à leurs propres ressources, à leur modeste génie, ils travaillèrent sans ardeur, sans courage, sans goût, sans succès. On le voit bien en étudiant la série des petits bronzes ibérico-romains ; ceux qui voulurent imiter les figurines importées par les vainqueurs ne surent pas même y réussir ; ils n'ont obtenu dans leurs moules que des épreuves alourdies, arrondies, amollies des modèles qu'ils voulaient copier, et si nous voulons trouver une œuvre à louer, il faut nous rabattre sur ce Jinelc de Palencia, si