Schlicmanii, Tiryntlic, pi. M cl VII
suivre pour s accrocher Tune à l'autre' ; si d'autres fois Tom n*y rencontre que des. tracés plus ou moins purs de spii-ales (Fig. 120^ 121, 124), ou des essais plus ou moins heureuA de stylisation florale (Fig. io4 , io5, loC, 107, etc.), on y trouve aussi des motifs plus ingénieux, comme Timbrication (Fig. iSg, 1/12) ou la bordure de petites crosses peintes k plein pinceau (Fig. 174). et même un ornement qu'il serait téméraire de reconslilucr dans son intégrité, mais qui ressemble beaucoup, dans la partie conservée, à celte sorte de torche étoiléc que Ton voit entre les mains de quelques images archaïques d'Artémis sur des vases grecs (Fig. 112)'. La ligure 199, qui a sans doute la prétention de représenter un œil, a ceci de notable qu'elle est peinte sur un fragment de bec d'œnochoé.
Les figures iGi, 162, i63, i64, i65, 166, 167. sont toutes copiées d'après des fonds de petites coupes recueillis exclusivement à Meca. Le décorateur, sans s'appliquer à tracer des dessins très réguliers et précis, y a fait pourtant un assez heureux usage à la fois du décor géométrique et du décor floral stylisé. Tantôt il se contente de tracer un ou plusieurs cercles concentriques, au centre de l'ustensile, et de faire, rayonner de fines lignes droites, assex éloignées les unes des autres (Fig. i63), mais qu'il rapproche aussi, à l'occasion, en faisceau plus vSerré (Fig. i64), ou qu'il dirige dans divers sens pour obtenir un élégant lacis de losanges (Fig. 167) ; tantôt il fait usage de festons dont la convexité est opposée au centre de la coupe (Fig. 1C2), tantôt enfin il occupe l'espace à décorer au moyen de larges marguerites à plusieurs pétales (Fig. i65). Il sait même, quand il le veut, réunir et combiner ces divers éléments (Fig. 161, 1C2, 166); mais aucun de ces trois fragments n'est assez précis pour permettre de compléter graphiquement le motif.
J'arrive aux figures d'animaux. Elles se réduisent jusqu'ici à un petit
1. Cet omcmciil est très fréquent dans la n® 3 (Tliéra); \\\, n® 3 (Eubcc?).
céramique grecque. Noy. par ex. Athenischc a. \o3r. par ex. Daremberg et Saglio, Dk-
.Wi//ei7M/i^e/i, i897,p.3oi,fig. 25,26(Égine). tionnaire des antiquités^ art Diana, lig.
Ibid.., p. i38, fig. 6; p. 388, fig. i4f ot sur- 3369. Je n'insiste pas sur ce rapprochement.
\xi\i\, JournaL of hellenic studies. 1903, pi. La ressemblance est peut-être tout à fait
N , n" 3; VI, n« 4; VII, n«* 9, 11 (Cnossos); fortuite. Athenischc Miiteilungen, 1903, Beilagc VI,
nombre de types, chiens ou loups, oiseaux, poissons, plus un lièvre.
Aucune de ces bêles n'a de similaire exact dans la poterie de l'Europe
orientale, des lies ou de lAsie. Les poissons avec le dos rond ressemblent aux jolies dorades qui se jouent aux bords ilicilans, dans récume des
vagues déferlantes ; mais d'ailleurs l'identification n'est, pas certaine, et
l'on comprend que le décorateur s'est inspiré de la nature sans la copier ;
il en est de même pour les poissons de la ligure i84 et celui de la figure
i88, qu'on ne saurait nommer. Ceux qui ont été peints sur un vase
d'Elche, ne sont que de simples petits ornements de remplissage, mais
leur mouvement est juste et vrai '.
Par une amusante fantaisie, les dorades, si dorades il y a, sont ornées d'une queue et de nageoires dorsales qui se développent en rinceaux fleuris. Le succès de cette stylisation d'un nouveau genre a été assez grand, car si je ne me trompe, et si sur les fragments d'Elche 87 et 88 on doit reconnaître des restes d'ailes d'oiseaux, lesemoulements et les fleurons qui les décorent se rattachaient directement aux figures vivantes. La même remarque s'applique au grand tesson que reproduit la figure 181, et peut-être aux débris moins importants représentés par les figures 193, 194 ; l'observation est c^erlaine pour un des débris les plus intéressiuits de la collection, provenant d'Elche (Fig. 180). celui où le peintre a dessiné un lièvre. La queue de l'animal se rattache curieusement à une fleur placée par derrière ; mais ici la main de l'artiste n'a pas été très légère et le raccord est exécuté sans adresse.
Je ne connais en dehors de ces tessons espagnols que de rares exemples d'une fantaisie analogue ; ils ont été signalés par M. Salomon Reinach dans son étude sur Ija Sculpture en Europe avnnt les influences rjrécoorienfales. Le plus curieux est un fragment de fourreau dépée découvert à La Tcne, et 011 Ton voit gravés d'abord un cerf dont les cornes se développent en rinceaux, et au-dessous de lui deux monstres afl'rontés dont les pattes de derrière et la queue s'allongent et se courbent en vrilles ". L'art de la Tène étant très nettement caractérisé, il n'y a pas lieu, je crois, de tirer des conclusions de ce rapprochement; mais il est bon tou-
I. Madrid, n® 17649. Fig. 190. 33o (Cazeite des Beaux-Arts, 1893, II, .
a. L'Anthropologie, 1895, p. 673; fig. «^70' ^^B- ^^^' 3^^» 3^^» ^^^-
124 LA CERAMIQUE
tefois de rappeler que ce n'est pas la première fois que Téludc des monuments ibériques suggère une comparaison de ce genre.
Des oiseaux je distingue plusieurs espèces, d'abord des oiseaux de proie au long bec crochu, aux serres fines et acérées, d'humeur batailleuse, puisqu'on les voit aux prises avec des carnassiers, ensuite des volatiles plus doux, des oies ou des cygnes, puis des pigeons peut-elre. à en juger d'après la forme de leur col et le soin que le céramiste a pris de marquer les reflets nuancés des plumes. Des premiers on peut rapprocher un oiseau peint sur une gourde chypriote du Louvre, bien que son cou ait la flexibilité d'un cou de cygne', et les grands oiseaux peints sur quelques-uns des plus beaux vases mycéniens". Il faut noter que l'un des oiseaux du grand fragment d'Elche (PI. I) tient au bec une sorte de tige en zigzag.
C'est encore à Mycènes que fait songer le petit lièvre dont je viens de parler. Sur les planches XXXIX et XL de l'album de MM. Furtwaengler et Lœschcke, se trouvent groupés un grand nombre de fragments ou l'on voit des animaux de petites dimensions dessinés avec une naïveté maladroite; ce sont des oiseaux, des poissons, des lièvres, des quadrupèdes cornus dessinés en des attitudes pittoresques. La forme de quelques-uns est simplement indiquée au trait ; mais la plupart ont le corps entièrement colorié, se détachant en rouge, brun ou noir sur le fond clair du vase. Ils ont une frappante analogie de style et d'exécution avec le lièvre d'Elche, bien que celui-ci soit représenté avec un peu plus de finesse et de précision. Je citerai surtout les fragments reproduits pi. XXXIX, n*** 4oo, ici, 409.
Restent les carnassiers des grands fragments d'Elche. La vue de ces animaux, si l'on ne considère que leur forme, éveille plus d'un souvenir précis, mais ce n'est ni à Mycènes ni à Chypre que nous sommes conduits: il faut aller en Béotie et surtout en Attique. Sur quelques-uns des >ases proto-attiques qu'a publiés M. Bœlilau' apparaissent des chiens
I. E. Poiiier, Vases antiques du Loui're, 3. Jahrbuch des deut. kais. arch. fnsti-
pl. 8, qo i5i. tuts, 1887, p. 32 et 8. ; pi. 3, 4. 5. (=M. Col-
3. Mykenischi. Vascn, WWII. ii» 38o; lignoii cl L. Couve, Catalogue des Vases
WWIII, H»j3. peints du Musée national d'Athènes, yA
LK CERAMIQUE
sauvages ou des loups dont les corps ont la même sveltesse de lévriers héraldiques, la même gueule armée de crocs, le même rictus féroce; dont les pattes se haussent de mémo sur de longues grifles pointues ; tels les loups de la planche III et de la figure 8. Il faut noter sur \o premier vase la présence, à côté des carnassiers, do grands oiseaux doni le cou. la têle et le bec rappellent ceux des fragments d'Elche. Des monstres analogues se retrouvent souvent non seulement dans la céramique atti(|ue\ mais aussi dans Tart béotien. On connaît la fibule publiée par Hœhlau-. et surtout le vase acquis en 1897 |)ar le Louvre et qu'a publié M. E. Pottier*. Si, après ces analyses, je veux encore signaler un rapport frappant entre les céramiques primitives de l'Espagne et celles de la Méditerranée orientale, il m'est facile de faire remarquer en Ibérie le même souci de rempUr les vides laissés entre les images principales au moyen de fleurettes, de rinceaux, de lignes zigzaguées, d'ornements à forme d arêtes de poissons ou de petits branchages à courtes feuilles alternées, quand ce ne sont pas d'autres animaux, des poissons, par exemple, qui viennent se placer entre les pattes des quadrupèdes ou des oiseaux \ L'abus, du reste, n'a pas manqué de se produire ; la tendance fatale des imitateurs est l'exagération, et c'est ainsi que sur un fragment d'EIche (Fig. i84) on voit le reste du ventre et d'une patte d'un gros oiseau, sous ce ventre les pattes d'un autre oiseau plus petit et dans les trois vides que laisse
\I\. n» 462 ; pi. W. 11"^ M'y\, 'i<"»?<). Vovez aussi ranimaldcssinésiiruii tesson protoatliqtio d'Éginc, publié par L. Pallal. Aihenische Mitteiittngen.WU, [t. a6G, fig. 1, l'I relui qu'a fait connaître M. K. Poltier. Uevitc archéologique^ 1898. Nouvelles acquisitions du Musée du Louvre , pi. IH & gaucho.
I. J'ai noté, par exemple, ceux qui déclii renl un guerrier. Jrch.rologische Xeiturif;.
1880. pi. Vlll.
j. Jahrùuch, 1888. p. 36^.
3. Revue archéologique^ 1899, i, p. 5, fig. j et pi. \\\. M. hon^T (Colonies pré romaines, p. la'i) fait très justement observer que les animaux, des lions, ou des chiens, parfois accroupis avec un oiseau sur le dos et un autre entre les pattes, tels qu'on les voit sur les fragments d'EIche, sont un motif qui
sert à décorer plusieurs peignes carthaginois qu'il a recueillis dans ses fouilles, à la Cruz del Negro. De fait, le thème semble bien d'origine orientale, mais les peintures d'EIche et les dessins gravés de (^armona sont d'un slvic absolument distinct.
\. .le n'ignore pas, du reste, que cette horreur du \ide n'est pas spéciale aux décorateurs orientaux et à leurs imitateurs. On connaît, par exemple, ce beau fragment de ré|)oquc dite élaphienne par certains archéologues, où l'on voit de gros |>oissons, des saumons sans doute, gra\és entre les pattes et jusque sur le do*^ de trois élans grou(>és. Vov. K. Pictte, Notes pour servir à l'histoire de l'art primitifs dans V Anthropologie, 1894. p. i^i.
fig. i5 (caverne de Lorlet).
LA CÉRAMIOUE
celte complication de jambes, trois gros poissons. Il n'y avait plus de raison pour s'arrêter.
Enfin, pour descendre à de menues ressemblances qui ont bien leur prix, j'ai noté ce détail que l'oiseau volant au-dessus du monstre dans le grand fragment d'Elche (PI. I) et tenant au bec une tige en zigzag, un brin d'herbe peut-être, ne fait qu'imiter en ce point deux quadrupèdes graves sur une fibule béotienne du Musée d'Athènes \ Autour de ces animaux, on voit aussi voler des oiseaux : ce thème est répété sur quelques autres fibules qui sont sans doute de la même fabrique'. Sur une terre cuite publiée par M. Maurice Holleaux et qui représente une idole béotienne, la robe esl décorée dun oiseau du même style *.
On le voit, il n'est pas un seul de ces fragments espagnols qui ne donne lieu à quelques rapprochements avec la céramiquela plus ancienne du bassin oriental de la Méditerranée et du bassin central \ Les noms de
1. 'EsTjjxepî; àp/a'OÀOY'./.v i8«j2, pi. \l, 3. =Perrolel Chipiez, Grèce aichdïque, iig. i32.