‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 5)Chapitre 31 sur 89 · Ces deux objets sont aussi au Musée de Madrid · texte numérisé non relu

Ces deux objets sont aussi au Musée de Madrid

1 Cerro de los Santos ; j'aï s objets rcoucil

r'iiei

terre cuite. Si l'on en troiive si peu, ou pour mieux dire si l'ou n'en Irouvc pas. on peut, jusqu'à nouvel ordre, penser que c'est parce que ta fabrication n'en fut jamais active.

Cependant il y a eu des ex-voto d'argile a vu dans l'armoire où sont exposés les menus au Musée de Madrid, une petite tète d'homme à très grandes oreilles, dont la face est à peine modelée et où se détaclie seulement un long nez proéminent; le style s'accorde assez avec celui des bronzes primitifs. C'est bien là une terre culte indigène: je suis tenté d'en dîi-e autant dune figurine qui se trouve au Cabinet de l'Académie de l'Histoire, à Madrid. Elle est d'assez grandes dimensions et ne ressemble que peu aux statuettes orientales, greeqnes ou i-omaines de type analogue (|ue je connais (Fig. 2i4)'. C'est une déesse-mère assise sur un vaste trùne ù large dossier. Elle a les bras allongés le lon{î des côtés et des cuisses et dissimulés sous l'ample robe qui la vêt depuis le cou jusqu'aux pieds. L ii

grand voile qui s'évasir en une sorte de large auréole est maintenu audessus de la télé parunliautpulos cylindriipn>. Les pieds sont posés sur un tabouret, ou plutôt sur une pllntlie qui fait cor|)s avec le tn*inc. Celui-ii est très large cl n'a pas de bras. Le personnage est assez sommairement modelé, mais non sans adresse : on sent les jambes, les bras, les seins sons

I . lliutoiir : o",.l j. Pi-i de nuiiirm, J- .loin dire cependant que nninl>rc de Icrrc» ruili'" f^ecquei peuvent Mtc Tapjiiv>ch<!'i'< dni-cllrri. Par exemple je citerai SlackcHx-rg, Cnrirer dtr llrllenrn. y. ',3 (la dre»o du milieu) ot «urioul PI. LVII, LVIH. Co) HguHnca E«nt d'un art beaucoup plui avanco que cellc< de Gabon del Griego. D'aulrr pari le POre Dr-

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lijG LA CÉRAMIQUE

réloffc; le visage, qu'anime le sourire archaïque, est correct ; les cheveux sont séparés au-dessus du crâne par une raie et retombent de chaque côté en bandeaux bien indiqués. En somme, la statuette n'est pas très originale ; mais elle est très intéressante, par le sujet qui est purement oriental ou grec, par le lype archaïque du visage et aussi par la technique. La terre est rouge, très cuite : elle a été trempée dans un enduit blanc avant de recevoir sa décoration colorée. On voit encore des traces de peinture entre les seins et lout aulour de Tauréole, et au-dessous du siège des lignes horizontales au pinceau. La déesse est pour ainsi dire traitée en bas-relief: en effet, elle se délache en faible saillie sur une plaque qui est seulement bombée et renforcée par derrière, pour assurer la stabilité de Tobjet. Il se trouve dans ce revers un trou d'évent; on discerne aussi quatre trous d'évent supplémentaires par devant, à la hauteur de la cheville.

En somme, la figurine est de date assez récente et, si elle est vraiment ibérique, comme je le crois, elle vient augmenter la série des œuvres imitées avec quelque bonheur par des artistes indigènes d'après des modèles importés, et dont je signalerai des exemples intéressants au prochain chapitre.

Je ne sais si je dois maintenant donner droit de cité ibérique à une tète haute de i5 centimètres qui aurait été recueillie à Poblet et que j'ai photographiée au Musée épiscopal de Vich, en Catalogne. Je ne sache pas que Ton ait trouvé dans ces lieux célèbres des antiquités indigènes ou romaines : ce fragment, d'ailleurs est bien étrange. C'est un bloc massif de terre rouge brique, façonné par un barbare en forme de tête d'homme barbu. Le nez est mince et crochu : les yeux sont constitués par deux trous ronds ; la bouche enlr'ouverte n'est qu'une cavité ovale entourée d'un bourrelet; l'oreille (la droite est brisée) est mal placée et dessinée au hasard ; les cheveux et la barbe sont piquetés de petits trous. L'aspect est affreux ; mais, encore une fois, si Ton songea la foule de petits bronzes non moins affreux dont se contentaient les Ibères, il n'y a pas de raison pour ne pas attribuer à quelqu'un d'entre leurs fournisseurs ordinaires ce produit lamentable d'une» industrie peu florissante (Fig. 210-216).

Je m'en voudrais de clore ce chapitre sur une pareille horreur. Heu-

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reuspment que je puis montrer au Icclpur des objets moins repoussants: ro sont des masques de femmes qui sans doute ont servi ù quelque usage de décoration architecturale, et qui, par ce fait même, ont de l'intôr^t et de la valeur.

[le de Poblel. (Musce ^piscopal >tc Vich )

Plusieurs masques du même type que ceux que reproduisent les figures :t 17-3 19 ont ^té recueillis pr M. Itomun Gavira dans ses fouilles de Cabeza del Griego -. il en existe quelques exemplaires au Musée archéologique de Madrid (salle des Terres cuites): M. Roman en conscne deux ou trois à Uclés et il a bien voulu mo donner celui que j'ai photographié' (Fig. ai8). Il se trouve actuellement au Louvre et gnlce ù la géntïrosité de M. Pelayo Quintcro, il ne s'y trouve pas seul, car, à la demande de M. Arthur Engel, M. Quintero a fait gracieusement hommage au Musée d'un second spécimen qu'il possédait* (Fig. 217).

Le type en est assez original. C'est une lêle de femme avec le nen cro-

I. L'objel s éié certainemcDt 90umi<i an feu d'un incendie ; on en voit Ici Iracci sur U pbotognphie même, «i l'on regtrde le Tronl rt la chevelure.

■1. J'ii donn^ une image en pliololypie dea raatque* du l>ouvre dans le Bulletin hûpanique. 1903, pi. II. et j'en ai parlé dans une noie ajoutée k un article qu'a Jcrit dans cette

revue M. PcIbjo t^uinlsm >ur les Diiliquilv»

de Cabeu det Griogo. M. Quintcro qui a trouva, m'a-t-il écril, cinq (erre* cullei atialoguoa. et une plu« grande, avpc les jeui ouvert!, nom donnera certainement d'inléressanls détailit lur ces objeti quand paraîtra ta leconde partie de ion tout récent ouvrage lur Ucléi (Madrid, ForUnel, 190I}.

chu, les pommettes très saillanles, le menton pointu. les yeux en boule sous l'arcade sourcilière ires proômiiientR, et surtout le sourire grima-

FiG. 119, — Anli'&iic de Cabou dcl Gricgo.

çant. La disposition des riievcux dirsst-s en pointe au-dessus de la tt^te, tombant en longues mèclics à droite et à gauche du visage et en

Fio. îao. — AnléCxe ibérique. (Colleclion Je» Amis du Pav«, a Carlhagùne.)

mèches courtes appliquées sur le front, le cercle qui forme diadème, tout concourt à donner ù ces étranges terres cuites un cachet singulier.

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La figure 320 représente le même motif, mais non le même type. Le visage de la femme, autant qu*on en peut juger, car les traits ont beaucoup souffert, était d'un art moins ancien, plus habile, mais moins pittoresque. J'ignore la provenance de l'objet, que j*ai vu au petit Musée de la Société des amis du pays, à Garthagène '.

Quel était Tusage de ces figures ? M. Quintero croit reconnaître dans celles de Cabeza del Griezo des mascarons, des masques d'applique qui ornaient les parois d'un columbarium où elles ont été retrouvées. Mais j'estime que Ton ne peut hésiter à y voir des antéfixes. Ce qui le prouve, à mon avis, c'est que la forme conique donnée îi la coiffure semble spécialement choisie pour donner au masque la forme des antéfixes en Grèce ou en Italie ; de plus, le revers des deux figures du Louvre porte très nettement une saillie convexe, laquelle est brisée et découpée irrégulièrement ; c'est certainement le reste d'une tuile courbe à l'extrémité de laquelle s'adaptait le masque; or, c'est la disposition essentielle des antéfixes.

Il faut donc admettre que l'architecte qui a fait emploi de ces ornements a voulu imiter, au moins par ce détail, des constructions soit grecques soit romaines ^ Ces pièces sont d'ailleurs de fabrication locale, œuvres d'un potier très naïf et très peu expert en ces sortes de figures. C'est ce que prouvent les différences qui existent entre les divers exemplaires, sortis pourtant, à ce qu'il semble, du même moule, et les irrégularités et maladresses de cuisson qui ont produit des différences dans la teinte de l'argile ainsi que des écaillements.

M. Quintero remarque que les yeux sont fermés, sauf dans le fragment que représente la figure 219. On serait tenté de croire que ce détail est intentionnel et que ces yeux clos, ce sommeil, conviennent bien à ces ornements d'un édifice funéraire; mais je crois plutôt que, dans Tétat

I . M. Cartailbac a dessine un fragment 1res carthaginois. Ainsi, dans la nécropole punique

semblable dans les Ages préhistoriques de de Douimos, on a trouve une tétc en pierre

V Espagne et du Portugal^ fig. ^19. Il pro* blanche dont le rapport avec nos masques

vient de Briteiros, en Portugal. ibériques est très curieux (^Bulletin de la

a. Quant au type qui a pu servir de modMc Société des antiquaires de France ^ 6^ série,

à l'ouvrier, il ne serait pas étonnant qu'il pro- t. VI, p. 3i6, Gg. 38).

vint de l'art phénicien, ou pour mieux dire

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actuel, nous sommes victimes d'une illusion : c*est Tusure ou le peu de netteté du moule qui donne Tapparence des paupières jointes ; quant au fragment où les yeux sont ouverts, ou bien il est mieux conservé, ou bien le céramiste a repris au moyen de quelques traits d'ébauchoir les contours aveulis des yeux ; c est du moins ce ([uc semble indiquer le dessin de M. Quintero que j'ai reproduit avec la bienveillante autorisation du directeur du Bullelin hispanitjue,

A voir cet essai d'art industriel que nous révèlent les antéfixes en question, on songe tout naturellement qu'il devrait y avoir d'autres traces d'un effort semblable, et j'ai pensé que l'industrie des lampes d'argile a du produire des pièces intéressantes. Mais jusqu'ici, bien que jaie eu en mains une grande quantité de ces objets, et que beaucoup portent des graffiti ibériques, je n'ai réussi à noter aucune lîgurc décoralive que l'on puisse nettemenl reconnaître pour ibérique. Je n'ose même pas faire une exception pour le masque imprimé sur une lampe trou\ée à Cabeza del (iriego, dessinée et publiée par M. Pclayo Quintero. Le visage est pourtant de type très caractéristique, et Ton pourrait y voir comme une déformation espagnole du type de la Gorgone ' .

Ces antéfixes, non plus que les lampes, ne sont pas d'ailleurs à proprement parler des figurines de terre cuite. Peut-être des découvertes ultérieures viendront-elles prouver que le manque presque absolu de documents de ce genre n'est que le fait d'un IWcbeux hasard. Mais si le fait reste établi que les Ibères n'ont pas eu en général de coroplastes, ce fait est d'autant plus curieux que pas plus que les peuples de la mer Egée, à l'époque préhistorique, ou proto-historique, ils n'oni manqué de fabriquer des idoles de terre cuite. MM. Henri et Louis Siret ont signalé parmi les trouvailles qu'ils ont faites d'objets dits « de la troisième époque » quelques grossières petites statuettes d'argile figurant dt»s vaches. « Les jambes, disent-ils, sont réunies deux à deux, la télc manque; c'est extrêmement primitif. Etaient-ce des idoles ou des jouets? M. Schliemann a trouvé des statuettes très semblables dans la quatrième

I. Bulletin hispanir/ue, 1902, art. cité, fig. 6. Figure décorant une lam{)e d'argile, grandeur naturelle.

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cite d'Hissarlik ' . » Moi-même j'ai ramasse à TAmarejo une sorte de bloc d'argile qui vaguement figure un corps et des épaules avec des amorc(»s de bras ; Tobjet est fabriqué au moule, et l'intention d'en faire une idole est au moins probable. Il faut donc admettre que les idées religieuses ou plutôt les habitudes des dévots n'étaient plus les mêmes alors que les Ibères furent en contact avec les Orientaux. Ils n'accueillirent pas la mode des ex-voto de terre cuite et préférèrent le bronze. En eflet, les menues offrandes en métal et les figurines sont aussi nombreuses que les ex-voto d'argile sont rares, e\ c'est à leur étude qu'il faut consacrer le chapitre suivant.

I. Henri cl Louis Sirct, Les premiers pagne, extrait de la Revue des questions âges du métal dans le Sud-Est de VEs- scientifiques, 1888, p. 35.

LES FIGURINES DE BRONZE

LA richesse minière de l'Espagne, dont les sierras si fécondes en métaux communs comme en métaux précieux, en plomb, en cuivre, en étain comme en argent et en or, ont été exploitées dès les siècles les plus reculés, aurait permis d'admettre a priori que l'art de couler le bronze pour en fabriquer des figurines s'est développé largement dans la Péninsule. Aussi n'est-on pas étonné d'apprendre que les découvertes d'objets de ce genre s'y sont multipliées : il suflit de parcourir le livre de Ccan-Hermudez pour s'en rendre compte. M. Ilùbner a écrit en 1888 : « Dans les musées de Grenade, Madrid, Lisbonne et Evora, et entre les mains de particuliers à Cadix, Séville et ailleurs existent de petites idoles de bronze de très grossière exécution. Elles représentent des figures humaines, généralement nues, d'hommes et de femmes, quelques-unes ayant double sexe, sans symboles ni ornements d'aucune sorte. On peut les considérer avec beaucoup de probabilité comme des produits de l'art indigène le plus ancien, et elles méritent qu'on en fasse une étude particulière basée sur une collection la plus complète possible de ceux quijusqu^a présent sont connus*. »

Cette étude si désirable — et qu'il faudrait étendre beaucoup plus loin que ne l'indiquait l'illustre professeur de Berlin — je n'ai pas Tintenlion

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