‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 5)Chapitre 50 sur 89 · I. Cdleclion Vi · texte numérisé non relu

I. Cdleclion Vi

I, tlevUla de Arfhivos, 63, pi. \l. iUulcur,

Deux Irous Iri'B tiiibie* sur 1» claviculo g«uchc indiquent iiu'il y a>«lt lii qu<'lq<ic< ornement IravailU k part et Vi\6 par des chevillea.

3IO LEB FIGI'RINES DE BROKZE

Je l'ai photogrophiée à l'Ayuntamiento de Palencia, où elle est conservée'. Le personnage rcprcscnlé est un gladiateur debout, bien planté sur ses jambes écartées, tenant une lance en arr^t vers la gauche et la tête tournée légèrement de ce même côlé ; il a la tête nue, ainsi que le torse et le bras droit. Mais il porte, de la ceinture a mi-cuisses, une sorte de petit jupon, et son bras gauche est enroulé dans une longue lanière, de même que le poignet ; juste au-dessus de l'épaule gauche, il porte une épauletle verticalement dressée. On ne distingue pas trop s'il a les

Fui. 365 cl 3G(i, — Ghdiateur. (Bronze Lbérico-romam de i'alencin.)

jambes nues avec des brodequins, ou bien des pantalons serrés à la cheville par un double anneau. Le caleçon, par devant, est orné d'un triple chevron qui sans doute figure une pointe de l'étofTe retournée à l'extéricur ; par derrière, il semble seulement que l'étofie soit une étoffe à grosses côtes verticale», une sorte de tricot. Pour assurer l'équilibre du gladiateur, on lui a planté à la chute des reins une lige qui vient se fixer

I. [lautDur, II"', 11. Troiivi^c Calle del milieu cl'aulrcs ohjels, broniei ou vase*, de la

Barrio niievo. l^ lance est anliqiio, mais mémo cotluction {Bolelin de la Sociedad

ajouléc. On [)cut dire que celle lîgurinu eil cnstctiaaa de excarsionei de Valladolid,

inédile, bien que M. Ramân Alvarez de la I, p. ai). Uraila en ait donné une Irèi petite image au

LES FIGURINES DE BRONZE

sur la plinthe circulaire. C'est un procède d'une naïveté enfantine et une peine bien inutile (Fig. 365 et 366).

Aucun de ces traits n'est nouveau. Notre gladiateur ibère porte le suhtigaculuni , la manica et le gateru^. Ce serait un Samnite, si la manica était adaptée à son bras droit, s'il avait un bouclier et un casque : comme la manica protège son bras et son épaule gauches, comme il a la tête nue, il rappelle plutôt le souvenir des rétiaires, et c'est plutôt le trident que la hasla qu'il faut reconnaître dans la tige qu'il tient entre les poings*. Il n'y a donc pas à discuter sur la signification et l'origine du modèle qui a servi à l'artiste espagnol, mais il faut bien insister sur ce point que cet artiste a emprunté le motif et le type, mais qu'il est resté fidèle, ce en quoi il a eu tort, aux traditions des ateliers de son pays ; la figurine sortie de ses mains n'a absolument aucun intérêt en dehors de celui que lui donne sa provenance ; elle n'est qu'un spécimen de plus d'une industrie routinière et maladroite.

Faut-il enfin être plus iîidulgent pour la plus importante statuette de cette série, un Hercule combattant, qui est devenue la propriété de M. Vives et qu'a publiée iM. Mélida (Fig. 367)^.^ Il est certain qu'elle a meilleure façon et que l'auteur a fait eflbrt pour donner de la vérité aux formes nues et de la justesse au mouvement ; mais il n'en reste pas moins un artiste mal habile à reproduire la correcte beauté des modèles qu'il avait vus et à l'image desquels il a voulu figurer le héros. Mais, d'abord, quels étaient ces modèles.^ Sur ce point, je ne suis pas tout à fait d'accord avec M. MéUda.

Pour lui, les traits qui caractérisent surtout cet Hercule sont qu'il est jeune, imberbe et nu. Or, il n'y a, dit-il, qu'une époque dans l'art classique

1. Pour ces détails d'armement voy. Darcmbcrg et S^gViOf Dictionnaire des Antiquités^ au mol Gladiator, p. i53^, fig. 3575, 3578 ci surtout 357g. On appelait galcrus « une sorte d*appcndicc en métal, fixé tout droit audessus de répaule gauche et monlantassez haut pour pouvoir masquer complètement la tête »

3. Collection Vives, Revista de ArchivoSt 1900, p. 35i, n« 55. El Hercules ibérico-

romano, pi. XVIH. Hauteur, o'",i73; patine claire, jaunâtre. Provenance ignorée. Description : a Hercule combattant, imberbe et nu. Il lève le bras droit pour frapper avec la massue, qui manque, et du bras gauche, dont la main manque également, il porte et présente comme un bouclier la {>eau du lion.

11 tourne le visage du même côte. De chaque pied sort une tige pour assujettir la figurine fur une plinthe. »

330 LBS FIGURINEB DE BRO>ZE

OÙ le héros a été représenté jeune, imberbe et nu, et c'est celle de l'art grec archaïque. Il lui semble aussi reconnaître dans la façon dont sont traitées les boucles de la chevelure un souvenir de la même période artistique. Le petit bronze rappelle l'Héraclès du fronton d'Ëgine et des monnaies de Thasos. Mais je crois que M. Mëlida réduit trop les limites du temps où le héros a été représente imberbe et nu. Il y a plus d'une

Fio. .tG:- - Hercule ib^m

<aln. (Colleclion Vives).

image archaïque d'Héraklès barbu, et il suffit de citer l'admirable bronze de lu Bibliothèque nationale de Paris (ancienne collection Oppermann) ' ; cl d'autre part les imagcit d'Héraclès imberbe appartenant à l'art classique sont très nombreuses ; j'en citerai un seul exemple, parce qu'il a quelques rapports précis avec l'Hercule Vives, c'est celui que possède la m^me Bibliothèque et qui provient de la collection de Luynes*.

I. Babclonltlsiiclict, Calalo-^ue des lin f de la Hibliotlièijiie iiatiunalf. \<, i:

i. Iliid., v," 519. n Hercule nu. dcboul.

11 est imberbe, avec des cheveui. courla, la tèl« ccinle d'un bandeau. De la main droite biit-

LES riGURINES DE BRONZE

Ensuite, si le modèle qui inspira le sculpteur espagnol était un modèle grec archaïque, je ne mets pas en doute que malgré Tinexpérience manifeste de cet artiste, on retrouverait dans sa traduction quel(iues-uns des caractères, les plus frappants, de cet archaïsme. L'anatomiedu corps serait plus nette et plus sèche ; il serait passe au bronze un peu de ce goût pour les divisions franches et systémati(|ues des masses musculaires ; le visage, les yeux, la bouche auraient gardé quehiue chose de cette expression si particulière aux œuvres du vi' siècle qui ne trompe pas les connaisseurs, et, dans la mode de figurer les cheveux etdautres détails, on retrouverait le souvenir plus ou moins précis des conventions caractéristiques. Or, il n*en est rien. Au contraire la statuette, dans son ensemble, a une liberté, presque une souplesse de mouvement que n'a pas même rHéraclos Oppermann, le chef-d\ruvre de la série archaïque : et Tanatomie est traitée avec une aisance et un manque de parti pris que je constate, sans les louer outre mesure, car le résultat n*en est pas toujours heureux. Les cheveux, (pioi (|u'en dise M. Mélida, me font plutôt songer aux belles têtes d'athlètes de Técole de Lysippe qu'à la tête du Tyrannicide de Naples. Et comme je ne trouve dans le morceau aucun reflet de la grande époque classi(|ue, mais plutôt Taisance un peu banale et routinière de Tart hellénistique, j'incline à penser que notre bronze s'inspire d'un prototype romain du style de rilercule de Luynes que j'ai signalé plus haut. Jusqu'à présent, je n'ai pas vu d'cruvre ibérique de cette catégorie qui donne mieux l'idée des tendances et des qualités moyennes des bronziers de l'Espagne *

Bée il tient sa massue en avant. Une peau de lion mobile est placée sur son bras gauche ; Tattribut de la main, sans doute l'arc, a disparu. La jambe gauche est légtTement infléchie. Travail romain ; belle patine verte ; excellente conservation. Trouvé dans la province de Naples. Hauteur, 197 millimètres.

Coll. de Luynes. »

I . A Torre de Alc.azar^ dans les propriétés du marquis de Acapulco, on a trouvé, en i8'i2, une figurine d'or, haute de 2 centimètres et

demi, qui représente un enfant nu, assis, tenantà deux mains un rouleau avec inscription ibérique (De Lorichs, Recherches numismatiques, 1. 1, p. 206, tab. XXXIII ; K. Hilbner, Monuinenta linguœ ibericx, n" XXWIII).

D'après le dessin que donnent ces deux auteurs, la statuette me |)arait de style purement romain ; je m'abstiens donc de la faire figurer parmi les imitations ibériques de petits bronzes romains, mais je devais la citer.

âSâ LES FIGURINES DE BRONZE

Devrons-nous donc rester sur cette impression (acheuse que celle môme race de sculpteurs à qui nous faisons honneur de quelques belles statues du Cerro de los Santos et de ce chef-d'œuvre, la Dame d'Elche, que nous avons vus habiles à profiter des enseignements de la Grèce, et capables de marcher déHbérément vers le progrès, était incapable de s'élever au-dessus du médiocre lorscju'il s'agissait de travailler le métal? Ou laissait-on à des artisans plus humbles, sans goût et sans éducation soignée, l'occupation de modeler et de fondre les ex-voto et les amulettes destinés au populaire, vils produits d'une industrie sans ambition ?

Tout cela est peu croyable, d'autant que les superbes têtes de taureaux de Gostig nous ont appris que le métier de fondeur n'avait, a une époque très reculée, que très peu de secrets pour ceux qui voulaient se donner la peine de le pratiquer. Je pense plutôt que le hasard, ce dieu des archéologues, ne les a pas favorisés jusqu'à ce jour, et qu'il faut s'attendre à voir se renouveler d'un instant a l'autre, en ce qui concerne les figurines de bronze, le miracle d'Elche.

J'en suis d'autant plus convaincu qu'il existe au moins deux œuvres, dont l'une, la plus importante, est jusqu'à présent inédite, auxquelles il manque bien peu de chose pour qu'elles soient dignes de contenter les juges même difficiles.

C'est d'abord un taureau de bronze, long de ifi centimètres, qui appartient au Cabinet numismatique de la Bibliothèque de Lisbonne, mais dont, par malheur, la provenance exacte est inconnue'. La figurine n'est pas intacte ; les naseaux, les cornes et les jambes lui manquent ; il est facile de voir cependant que l'animal était debout, ou plutôt se cabrait sur ses pattes de derrière, les pattes de devant battant l'air. Tel qu'il est, c'est

1. Gabriel Pcrciro, fnsignia de hroncc rectangulaire force dans lo vcntro. Il croit que

ttntiguat clans O archeologo porluguvs^ V. le bronze est romain et qu'il provient d*unc

p. 345. L'auteur remarque que dans la gueule enseigne militaire. Cf. lievista Lusitanat H.

s'ouvre une cavit<5 rectangulaire et profonde, 92-93. Comme provenance probable, il indique

qui communique avec une autre ouverture seulement le Portugal.

LES FIGURINES DE BRONZE 3a3

de Lcuucoup la plus artistique llgurinc que j'aie encore notée. Bien (jnc le style soit très nettement arcliaï(|ue, il y a dans cette œuvre une franchise d'observalion et une vigueur de facliire i|ui sont une révélation. Sans doute il ne faut pas analyser les formes en délail : il serait trop aisé de critiquer le dessin et la place di- t'a-ïl, les plis parallèles du cuir sur le cou, l'anatomie de ce qui reste des pattes de devant, les stries réguli^rcs qui cerclent le ventre; rien de cela n'est bien conforme à la nature. D'autre part la pointe <l'un outil dur est venue aviver avec séclieresse les contours de l'ceil, les angles des fanons plisses, détailler en traits rudeset cassants la musculature des pattes ou du ventre. Mais, niolgrc ces défauts, le bronze est vivant ; la part faite aux conventions, on sont un art sincère

Fie. 3G8. — Taureau de brorire

et robuste, fait d'originale naïveté. Il évoque le souvenir du meilleur archaïsme grec, et de fait, l'exemple de la (irèce et ses enseignements n'ont pas manqué de profiter au sculpteur qui. pur cela seul, s'est placé bien au-dessus de ses émules Indigènes (Fig. 3(i8),

L'autre œuvre est de date plus récente : elle est par conséquent le garant de ce qui a pu et dA <^trc fait à une éjioque plus favorisée. Ce bronze, dont je donne plusieurs images (l'I, VI, Kig. .'(69, 373), mérite que je le décrive avec minutie, et le critique avec une attention toute particulière. Ce me sera d'ailleurs un plaisir de clore ce chapitre par 1 étude d'un objet vraiment artistique.

M. J. Hamôn Mélida a ])ublic dans le BaUelin île la Société espatjnoie d'excursions un intéressant mémoire sur les représentations d un dieu

aaii LE8 FIGIJRISES DE BROSZE

cavalier dont le culte semble avoir été fort répandu dans les provinces du Nord-Ouest et du centre de la Péninsule '.

L'image de ce dieu, si c'en est un, apparaît sur le revers de beaucoup de monnaies ibérique», sert à décorer un certain nombre de fibules de

Fie. 3tîg, — Jinclc de Palcncia,

bronze provenant d'ordinaire de Palencîa, la Pallanlia antique, et se voit encore sfulp(ëe sur quelques stèles funéraires de l'époque romaine. Les plus curieux monuments où il est représenté sont une fibule appartenant aujourd'hui à D. Antonio Vives et dont M. A. Engel a donné le premier

1. Rolelin de la Sociedad espaiiain de extursiones (igoslo-octubre i<|oo). El Jinele Ibérico. par J. Haœùn Mi-lidu, de \a Huai

iaduUcllûi-Artcsydci Mu*

JINETE DE PALENCIA

LRR FinunlMÏS DR BRONZE

un croquis dans la Revue archéologique ' , puis un petit bronze trouvé dans la province de Badajoz, près de Cabeza del Buey (Fig. 370). J'ajoute une

' Jiiiclc <lo Cab(!za drl Itiir'v.

figurine du Musée de Madrid, provenant do la collection Salamancn. et

lu Musée de Madrid.

cataloguée sous le numéro .1 160 ; c'est le petit cheval au galop, avec son

I. 1896, t. XXI \, p. ji'i; J. Rani.')n M<-- Jiaele îbérUo. p. 3. On en trouvera k

liiU, Colleclion t'ifes, dans /tevisia de .ir- une imago au cliapilro tuivanl. Fig. 4

ehivot, 1900. p iHi. n" 5:1, pi. IX ; cf. Kl

aaG LES FiciniNEs de bro\7.e

cavalier, du style le plus primitif que représente la figiire 87 1 , et je n'ai

garde d'oublier un petit Jincle inédit du Salobral.

ijSk nbulc montre le dieu ti calirourcbon sur un clieval fantastique qui appuie ses naseaux sur une tôle d'bomme coupiie, comme s'il la |>ortait avec les dents. C'est l'œuvre d'une industrie tout à fait barbare, sans aucun mérite artistique : l'homme n'a pas plus forme humaine que le cheval n'a forme chevaline. Le broii/c de Cabcza del Ilucy est composé d'un guerrier à cheval porté sur un petit cliarriot à quatre roues. Le cavalier semble nu ; il porte un easquc ou un lionnet conique, brandît de la main droite un javelot ou une lance courte, et de la main gauche il tient les rênes. Le cheval est d'une forme phis naturelle que le précédent ; sa tête senle est d'un aspect élrangc ; ses mâchoires enti'ouM'rles. ressemblent à un bec.

Il est fixé sur le chariot par les quatre pattes, dans l'attitude du repos ' .

Sur les pierres tombales le cava-

'■"'""" lier est lanré au gatop, la lance basse

(Fig. ^^73) ' ; sur les monnaies on

:, tantôt de l'épée, tantôt d'un dard de

lulres fois il porte une palme de victoire.

le voit armé tanlôt de la lanc< chasse plutôt que de guerre: d

I. Lo tlaliicllc que j'ai drrriln et ilonl j'ai donni'' rimigc. filtre» 178 cri i^ji. «t qui est le rostc d'une figurine l'cjncslrc. provical am doute aussi d'uno rcprutcnlBlion du Jinfle.

X. Pierre sépulcrale romaine provenant do Lara Je los inpiiil'-s (Itiirgo»). Mus^ archéologique national de Madrid. C'ctl celle

i l'orims /iixriipliniiiim laliaariim, \\,

:.8li.j.

D'ai

s de

ara (C. 1. I,.. II. n» iWiS). t l.ara. Ibid., " aSOS (le cavalier, a>cc sa lance, en arrêt, I prfjiarc ï frapper un cerf}; Iliid., n"

^873. A Monte Cildail. pn'-s d'AgnlIir del (Umpo (Palcncia) on a aussi trouvé des aléles rnniainiri n» Jinete ; le eavalicr al llanqué k droite et k gtuclic de deui croix gammées (Holeli'i de In Acndemia de la UUtoria. 1.S1JI. Il, p. 53G et p 538). A Ségovic Cean- Itcrunidei, Siiiiiario etc., p. iKG, signale aussi 11DC épitaplio, en iina iniireilla frentt l'i SiiHln Ou:, surniontiie d'un bas relief représentant une (îguro équestre (C. I. L . I). n" 3731). Vovet encore!;. I. L., II. n" 3790 (Clunia).

LRS FlGUntNES DE BRONZE 937

Mais la représentation la plus artistique est cerlaînemcnt le petit cavalier trouvé au Salobral, près d'Albacete, qui appartient au Musée du Louvre (PI, III et Fig. 373). Le guerrier intéresse |>ar son armement, son casque rond, bien collé au crâne (il y manque sans doute le cimier), son petit bouclier rond décoré d'une boule saillante au centre d'une étoile gravée h neuf rayons, son sabre court, à la poignée caractéristique, passé en travers de la ceinture. Il est amusant par la singularité de sa grosse

[lii Salobral. (Miim'o du Lo1l^^c.)

t<^te plantée sur un long cou, et de son mince corps en galellc qui ondule pour garder l'assiette et s'accommoder u la position du ohoval. Quant à ce cheval, trop petit pour son cavalier, il se cabre sur les Jambes de derrière, malheureusement coupées aux jarrets, replie sous son ventre ses pattes de devant, cl s'cncapuclionne. H est à peine modelé et n'est i|u'une simple ébauche, mais sou mouvement est joli, et il a de l'allure. 11 faut remarquer sa queue, Tonnée d'une torsade, et détachée du corps par un procédé assez habile de technique, et la plaque mince qui fait sailhe en

328 LES PIGURINKS DE BRONZE

avant de sou front. Je me demande s'il faut y voir simplement une disposition originale de la touffe de poils située entre les deux oreilles, ou bien une sorte de visière destinée à proléger du soleil le front et les yeux. Telle qu'elle est, cette figurine est une des plus heureusement venues de Tari indigène.

M. Mélida conclut des exemples qu'il a cités que le Jinete est tantôt un cavalier combattant, tantôt un triomphateur, tantôt un chasseur. Comme la plus intéressante représentation de ce dernier type, il signale un , bronze trouvé en Estremadure et conservé par un particulier de Radajoz ; mais par malheur il n'en donne pas l'image; il nous apprend seulement que l'œuvre consiste en un groupe de quatre figures supportées par un socle à quatre roues : un chasseur, ayant sur la tête un casque hémisphérique et a la taille une ceinture, est monté sur un cheval orné d'une clochette; il poursuit un sanglier auquel sattaque un chien.

Enfin M. Mélida regrette de ne pas avoir pu retrouver les traces d'un Jiftele en bronze, sans casque, tenant sous son bras gauche la tôte d'un sanglier, (|ue M. le P' Hijbner lui avait signalé en 1898. d'après un renseignement de M. Ed. -S. Dodgson, comme appartenant a M. Jaime Pontifex Woods, de Comillas.

Le regretté Hiibner a dû brouiller deux fiches, car en 1898 M. Dodgson m'a aussi signalé cette figurine, qui était alors la propriété de M. le D' Simon y Nielo, de Palencia. C'est chez ce très aimable et très libéral collectionneur que j'ai pu l'étudier à mon aise et en prendre des photographies. Je me suis convaincu que c'est une des œuvres les plus intéressantes ([ue l'on possède encore de l'art ibéri([ue, mais elle soulève plus d'un problème qu'il n'est pas aisé de résoudre, et plus d'un doute peut s'élever dans l'esprit à son sujet/

M. Simon m'a afRrmé que l'objet a été trouvé dans le sol, à une assez grande profondeur, à Cuhillas de Cerrato, non loin de Palencia. Le paysan qui l'avait déterré l'avait donné comme jouet à ses enfants, et c'est ce qui explique l'usure de la patine îi certains endroits où le métal apparaît plus clair et plus brillant. Cette patine est verdâtre.

Le cheval, un étalon, est petit, court, trapu, l'échiné très creuse ; son poitrail, sa croupe, son encolure, sont très développés. La crinière est

LES FIGURINES DE BRONZE 22C

droite et raide ; un fort toupet retombe sur le front. Le crâne est large et court jusqu'aux naseaux ; les oreilles se retournent en avant, celle de gauche même se repliant au bout, comme ayant reçu un coup. Les yeux, bien placés, sont grands, formés d*une petite boule en saillie et entourée d'une paupière où les cils sont marqués par des stries de burin. Sous l'effort de la bride, le cheval s'encapuchonne ; sa bouche est ouverte, et deux petits traits creusés à la gouge marquent des plis sur le cou, à droite et k gauche. C'est par le même procédé que sont marqués sur la poitrine ainsi que sur les jambes les principaux muscles. Ces jambes sont anatomiquement incorrectes, sans doute ; celles de devant sont arquées, mais c'est moins par suite d'une fausse conception des formes que du mouvement d'arrêt du cavalier. En général la vue du sculpteur est juste, et son travail rapide et simplifié dénote une facture originale. Si l'on regarde le cheval par derrière, il ne semble pas d'aplomb. C'est que la jambe gauche étant à peu près à sa position normale, la droite est portée en arrière, et bien que le sabot soit soulevé et exhaussé sur une excroissance de la base, la jambe étant de la même longueur que l'autre, il a fallu donner une sorte de torsion vers la gauche à l'arrière-train.

Le harnais se compose d'une bride très simple, assez large, qui semble de cuir guilloché ; il n'y a pas de selle à proprement parler, mais une chabraque. On voit, à droite, l'amorce d'une sangle qui ne parait plus sous le ventre ; une croupière empêche la housse de glisser en avant, et une bricole de glisser en arrière. Ces deux parties sont formées d'un gallon tressé, et toute la chabraque est bordée de même '.

Quantau cavalier, il est assis de trois quarts à peu près sur sa monture, avec aisance. Il retient son cheval de la main gauche, et de la droite porte contre sa ceinture une tête d'animal qui ressemble plutôt à un félin qu'à un sanglier, avec ses oreilles droites, ses tempes larges et son museau court. Mais il est assez dillicile de préciser ; la tête est trop petite pour un tigre et ne ressemble pas non plus à celle d'un ours. Du reste le mor-

I. Sur une monnaie de Libia (Dolgado, rcpn'scntc un ca\aIior dont la cliabraqiic otil

Nuevo metodo de clasificacion de las inr- identique, mais un peu plus ample.

dallas auionomas de K s pana, CL\) est

a30 I-GS FlGL'Itl^ES DE BIIONKE

ccau CBt ce qu'il y a de plus lîniment traité; les poils sont iiidiquc-s par de très menus coups de burin.

La tôte, qui est large aux tempes et plate par derrière, est nue, mais couverte d'épais cheveux disposés en mèches qui se recouvrent l'une l'autre, cachant même les oreilles. Le menton, qui est saillant et pointu, est imberbe ; la bouche est très nettement dégagée, sans moustaches, et le personnage sourit assez niaisement. Le regard est net et se dirige bien en face.

Le costume est une jaquette à manches ; on en voit la fin sur le poignet gauche ; elle est serrée à la taille par une grosse ceinture, et retombe jus(|u 'au-dessus des genoux. Les jambes paraissent nues, mais elles ont peut-(^lrc des molletières et des brodequins sans talons, car on ne dislingue pas les doigts des pieds. Autour du cou est passé une sorte de collier d'où pendent sur chaque épaule, devant et derrière, quatre ornements allongés, striés comme des coquilles.

Tous ces détails sont traités avec Fie. 37V — Tèio du Jinelo de Palencia. quelque adresse, mais on ne peut s'empêcher de trouver détestables les mains qui sont énormes, avec trois doigts seulement marqués, ce qui les fait ressembler a des pattes d'oiseaux.

Faut-il vraiment rapporter à l'art ibérique cette figurine de type et de style si particuliers? M, le D' Simon y Nieto qui l'a possédée longtemps et connaît par une longue expérience les antiquités de la région de Paleneia qu'il s'attache h recueillir ; M. lliibner, qui en avait vu. je crois, la photographie et dont on sait la haute compétence ; M. Dodgson, que ses longs voyages dans les moindres replis de la Péninsule ont familiarisé plus que personne avec les a-uvres des diverses civilisations du pays et qui a vu l'original: M. Mélida enfin, d'après le sujet représenté, n'ont pas hésité à y iTconnaîlre une a-uvre ibérique. Mais il y a plus d'une dilTiculté. D'abord, sans étro un chef-d'œuvre, le Jinelc de Palencîa l'cmporlc

LES FIGURINES DE BRONZE 23l

de beaucoup sur la foule des petits bronzes sans mérite ou de peu de mérite que nous venons d'examiner. Si Ton ne s'arrête pas aux détails, on sent une observation heureuse de la nature, de la vivacité et je ne sais quoi de jeune et de plaisant dans la rudesse. Le petit cheval, qui dresse la queue, baisse les oreilles, courbe le col en ouvrant la bouche, et se raidit sur ses quatre pieds ; ce petit navarrais, comme il en entre si souvent en France en contrebande à travers les Pyrénées, est saisi sur le vif dans ses formes courtes et son allure robuste. La race ne s'en est pas perdue dans la vieille Castille, cl je me rappelle que, traversant une rue de Palencia en sortant de cliez M. Simon y ÎNieto, je fus tout surpris de voir trottiner devant moi un petit bidet blanc qui semblait le modèle même de la figurine que j'examinais tout à riicure. Et le cavalier, malgré ses proportions douteuses, ses bras et son torse trop courts, son cou trop long, ses pieds trop grands, malgré ses mains informes, malgré son rire, n'est ni horrible ni grotesque comme la plupart des idoles ibériques. Il est bien assis sur sa bêle; il y a quelque souci d'expression sur son visage, de fierté dans son attitude, d'élégance dans son accoutrement. Bref, l'ensemble fait je ne sais quelle impression de statue équestre. Et quant aux détails, j'ai dit déjà que la choelure est trailée avec une certaine habileté et que la tête d'animal que porte le personnage devant lui est exécutée avec une réelle finesse.

Donc, si le bronze est de fabrication indigène, il fail un singulier contraste avec tous les autres, et apparaît comme une exception inattendue.

D'autre part le costume de l'écuyer ne semble pas moins exceptionnel. A le regarder sans parti pris, le boidiomme ne parait pas un antique Ibère; il ressemble à un chevalier du moyen-age couvert d'une armure. Sa tunique a un faux air de cuirasse, avec le collier qui s'étale sur les épaules, la nuque et la poitrine : ses jambes ont l'air d'être bardées de fer et l'on y voit comme des cuissards, des genouillères articulées et des jambières. Si c'est un preux, c'est de plus un preux allant en pèlerinage à Saint-Jac([ues de Conqiostèle, ou revenant de la Croisade, car il porte au cou des coquilles. Si ces détails ne sont pas des apparences et sont bien observés, ne faut-il pas exclure le soi-disant Jinete de la série ibérique et le rajeunir de dix ou douze siècles au moins?

sSâ LES FIGURINES DE BRONZE

Malgré ces objections, dont je ne dissimule pas la force, je me range pourtant à l'opinion de MM. Simon, Dodgson, IIubnerelMélida, etjusqu'à plus ample informé je ne puis reconnaître dans le cavalier de Palencia ni une œuvre du moyen-âge, ni Tœuvre d'un mystificateur moderne.

D'abord il ne peut être question de mettre en doute les renseignements donnés par M. le D"^ Simon y Nieto. Il a acheté lui-même l'objet qu'il a rencontré par hasard dans un village, entre les mains d'un enfant, et il ne peut pas avoir été victime d'une supercherie de marchand ou de faussaire. On ne saurait admettre, tout au plus, qu'une fabrication déjà ancienne, et d'après quels modèles aurait alors travaillé l'artiste.^

L'objet n'est donc pas moderne; peut-il être du moyen-âge? Mais, pour l'admettre, je voudrais connaître des œuvres similaires, et je n'en connais pas. D'ailleurs, si le costume de l'écuyer peut faire illusion — notons pourtant qu'il est sans casque, sans éperons, que le cheval n'est pas couvert d'une armure, ce qui serait étrange dans l'hypothèse que j'examine — le visage riant ne saurait s'expliquer s'il s'agit d'un chevalier, non plus que le style piltoresquc et le harnachement simple, presque bourgeois de la monture. Il y a bien le collier, d'où pendent, croirait-on, des coquilles de Saint-Jacques. Mais ces prétendues coquilles n'en sont sans doute pas ; les ornements en question sont allongés et non pas ronds, et les stries ne sont que des décors sommaires tracés à la gouge. Il faut bien remarquer que les cheveux sont aussi exécutés de la même manière; ils sont traités par masses et chacune de ces masses ressemble elle-même a une coquille. Au collier pendent donc tout simplement des amulettes, à moins que le collier ne soit qu'une sorte de hausse-col un peu compliqué. D'ailleurs, à la rigueur, pourquoi ces coquilles, si coquilles il y a, sei*aientelles une preuve que la figurine est moderne, puisque nous avons vu des coquilles de ce genre décorer le bouclier d'un des guerriers lusitaniens.^

Que le bronze soit d'un art très supérieur à tout ce que les Ibères ont produit en ce genre, ce n'est pas une objection sans réplique. Jusqu'au jour où a été découvert le buste d'Elche, on se croyait en droit de dire que l'Espagne antique n'avait pas créé un seul chef-d'œuvre, ni possédé un artiste de grand talent. Les plus importantes des statues du Cerro de los Sanlos étaient inconnues ou méconnues: pour celui qui le premier

LES FIGURINES DE BRONZE ^33

a SU les voir et les comprendre, pour M. Léon Heuzey, elles avaient un grand intérêt, un grand mérite historique, et aussi quelque valeur d'art ; mais tout le monde en Espagne ou hors d*Espagne les regardait d'un œil méprisant. Il a fallu la trouvaille d'Elche pour que toutes les sculptures du Cerro eussent enfin le droit de prendre leur place au soleil. Le buste d'Elche, de son côté, reste et restera peut-ôtre encore longtemps une exception, et cependant qui a pu songera en mettre en doute Taulhenticité? Pourquoi le bronze de Palencia ne serait-il pas aussi, jusqu'à nouvel ordre, une heureuse exception.^ Ce n'est pas en Espagne, ce pays presque vierge encore, qu'il faut se hâter de fermer les séries archéologiques, ni se confiner dans une réserve de jugement et d'hypothèse trop timides. Le sol de ce merveilleux pays, à peine explore, réserve plus d'une surprise.

Ces arguments ne suffisent pas ; il en faut de positifs, et je crois en pouvoir trouver.

Le sujet, d'abord, est bien ibérique ; il suffit de rappeler l'article de M. Mélida, très nourri de faits et de documents, sur le Jinele ibérico. Que Ton donne à tous ces cavaliers qu'il a énumérés les noms que l'on voudra, Pollux, Castor, Méléagre, Bellérophon, comme cherche à le faire notre ingénieux ami ; qu'on y reconnaisse le dieu de la guerre ou de la chasse, ou le mort héroïsé (ce à quoi je pencherais dans certains cas), c'est bien une divinité. Le grand nombre des images qu'on en a retrouvées, et l'usage qu'on en a fait, ce détail aussi, qu'on le hisse sur un charriot ou sur un socle à quatre roues, comme une idole, en démontrent clairement le caractère. Pourquoi le cavalier de Palencia ne rentrerait-il pas dans cette série .^ Le lieu mcme d'origine est un indice. C'est à Pallanlia qu'on a retrouvé presque toutes les fibules aa Jinele, Nous devons avoir ici son image sous sa forme de chasseur.

11 y a plus ; sauf le collier — et encore savons-nous combien les Espagnols primitifs aimaient les bijoux — le costume est purement ibéri([ue. II ne saurait être question d'armure. Le cavalier porte tout simplement une tunique à manches, collante au torse, faisant jupe sur les cuisses, et serrée à la taille par un large ceinturon. Quant à ses jambes, si elles ne sont pas nues, elles sont vêtues de pantalons étroits, tandis que les pieds sont chaussés de brodequins. Les lignes gravées autour de la cheville et

234 ^ES FIGURINES DE BRONZE

autour de la rotule, qui donnent l'illusion de jambières et de genouillères, sont là tout uniment, la première pour marquer le haut de la tige du brodequin, la seconde pour indiquer la forme et la saillie de la rotule et son emboîtement à Tarticulation. Ce ne sont que des détails de technique maladroite, des coups d'outil naïfs et mal placés. Or, cette tunique serrée à la taille, nous savons maintenant que c'est le vêtement le plus communément porté parles Ibères, soldats ou civils, celui des statues de guerriers Lusitaniens, celui de très nombreux petits bronzes dont j'ai publié de nombreux spécimens, de tous les Jinetes dont l'image est figurée au revers d'un nombre infini de monnaies.

Autre détail caractéristique : si quelques-unes de ces petites idoles, représentant peut-être Néto, le Mars ibérique, portent un casque rond, d'autres au contraire, ainsi que les grands guerriers de Lisbonne et de Vianna, et les autres de même type, ainsi que quelques jinetes monétaires*, quoique armés d'un poignard ou d'une lance et d'un bouclier, ont la tête nue et les clieveux longs, comme notre cavalier. J'ajoute que cela semble avoir été une mode ibérique que de combattre tête nue. Le fait est étrange, mais certain, et les exemples pullulent, depuis les guerriers lusitaniens jusqu'à ceux d'Osuna, encore inédits. On sait d'ailleurs par Strabon que beaucoup de combattants espagnols se contentaient de s'entourer le front d'un bandeau d'étofie".

J'ai déjà fait remarquer que l'homme clievauche sans étriers et sans éperons, ce qui s'expliquerait mal s'il représentait un chevalier; de plus il est assis sur une housse, et non sur une selle» et c'est aussi le cas du cavalier de la fibule de M. Vives et de cavaliers représentés sur des monnaies. Le cheval du reste, semblable à un grand nombre de chevaux de cette série, arrondit le cou et porte la queue au vent; c'est comme un signe de race. De plus il ouvre la bouche tout comme celui de Cabeza del Buey, et aussi comme ceux des bandeaux d'or de Caceres, ces étranges et mystérieux bijoux que l'on a si peu expliqués jusqu'à présent, et dont je

I. A. Hciss, Description ffénérate des 2. Strabon, UI, ni, 7 ... {xiipcjjacxéyoi os

monnaies antif/ties de i Espagne, pi. V, 1 là jxc'Tcujia jAa/ovrai. (H s'agit plus particuliè-

(\usa) ; pi. \IV, 3(Calagurris JuliaNassica) ; rcmciit des Lusitaniens), pi. W, a (Aintzon ou Onlzan), etc., etc.

LES FIGLiilNES DE BRONZE 333

parlerai dans le prochain chapitre. Les animaliers ibères ont particulièrement aimé à ouvrir la bouche des bètes qu*ils façonnaient: j*en rappelle deux exemples frappants, le petit cheval de la figure 336 et le sanglier qui servait de tête d'enseigne (PI. V, n® G).

Mais il y a plus; il existe au moins deux œuvres antiques, en bronze aussi, conservées Tune au Musée de Madrid, l'autre au Musée de Saint- Germain, dont le rapprochement a\ec le Jinete de Palencia s'impose, et vient apporter un argument très fort, sinon décisif. Ce sont des couronnements d'enseignes, ou plus probablement, à mon avis, des ornements de jougs de cliars. Le premier, dont la provenance est inconnue, a ])assé de lancienne collection de la Bibliothèque Nationale de Madrid au Musée archéologique. M. lliibner Ta signalé dans ses Anlike Bildwerkcy comme pouvant être moderne: M. Salomon Heinach. (|ui en a donné une image dans son Chirac de poche, s'inscrit contre ce doute, et je suis persuadé qu'il a raison'. J'ai eu l'occasion de regarder l'objet de près, et ne vois aucun motif d'en nier l'antiquité (fig. 375).

C'est un petit cheval posé sur un socle carré, et que supporte une douille destinée à fixer le sujet sur une tige. De part et d'autre de la douille s'arrondit un col de cygne dont la tète vient soutenir le socle de l'animal. H y a ainsi de chaque côté de la douille un anneau qui pouvait fort bien servir à passer des renés. Ce qui nous intéresse surtout, c'est que le cheval ressemble beaucoup à celui de Palencia : c'est la même race petite et ronde, au dos ensellé, au cou puissant, aux pattes courtes, à la crinière épaisse, à la queue relevée. Mais de plus il est harnaché absolument de la même manière ; la bride est disposée de même autour de sa tête : il a sur les reins la même housse retenue de même par une sangle, une bricole et une croupière *. 11 ne porte point de cavalier.

I. E. ]\iihneTy die Antiken Bildiverke in la Hibliolht\]uc nationale do Paris (Babclon-

Madrid, p. 191, note 6. — 8. Rcinach, Blanchct, Catalogne des bronzes antitfues

Ctarac de poche^ II. p. 7'ii, i, d'après de la Bibliothèque nationale, n** iSS^\ c(.

Âfuseo Espahol de Anligùedades, VII, 188O). Il serait trop malaisé de saisir utile*

p. 691. — N<> 10350 de l'inventaire du Mu- ment, à pleines mains, le corps du cheval, aéo archéologique. Je ne pense |>as qu'il y ait a. Voj. supra, p. 339, note i, l'indication

lieu d'examiner l'hypothèse d'une clef de d'une housse semblable sur une monnaie do

fonlaino, malgré la ressemblance avec celle de Libia.

a3ti

ISES DE BRONZE

bronze (le Madrid snil d'un art moins I, qu'il donne plus l'impression d'un

Quoi qu'il en suîl, et bien que li

personnel que celui de Palencin, qu'il di

travail industriel fait sans effort cl sans amour, les deux œuvres sont très^

[iroelies parentes,

Il y il sur la pliiiUie du cheval de Madrid un détail notable qui d'abord ma troublé. C'est l'inscripllon VIVA £ '. Maïs, à tout bien considérer, CCS lettres ne peuvent être conlemporaincs du bronze. Elles sont une adjonction très postérieure, dont l'incorreclion même et la gravure tremblée prouvent le peu d'importance. L'objet profane a été un jour

LES FIGURINES DE BRONZE VtS'J

employé à quelque usage pieux , dans une chapelle ou chez un dévok, et c'est alors qu'il a été marqué du signe chrétien. 11 y a hien des exemples de ce genre et pour ma part j'ai vu, dans le trésor de la célèbre abbaye de San Domingo do Silos, près de Burgos, une tele de femme en bronze, d'époque romaine, qui, détachée d*une statuette paienne, a été longtemps vénérée sous le nom d*Idole de Caraco, et sur le haut de laquelle, au moyen-âge, on a fixé une jolie colombe eucharistique.

Le second cheval dont je veux parler, trouvé à Lyon ', est exactement conçu de la même manière: la silhouette de rornement est très semblable, et il y a des détails qui se reproduisent de Tun à l'autre comme la lige placée contre le cheval, le tenon posé sous un des sabots relevés, comme les cous de cygnes formant le support de la figurine. Mais le type de l'animal est diCTérent, et le stvle est tout autre : aussi sommes-nous peut-être en droit de dire que l'un a été exéculc en Espagne, celui qui est au Musée de Madrid, et l'autre ailleurs. Mais peu importe; l'essentiel est d'établir la parenté plus ou moins proche de ces bronzes avec le Jinete de Palencia, pour en prouver l'antiquité.

Pour toutes ces raisons, je regarde le Jinele de Palencia comme une œuvre ibérique, de l'époque romaine sans doute, et jus(|u'à nouvel ordre comme le chef-d'œuvre indigène de l'industrie des figurines de bronze dans la Péninsule.

Parmi toutes les figurines de bronze (|ue je viens de passer en revue, il y en a plusieurs où j'ai reconnu autre chose que des ex-voto ou des idoles ; par exemple de petits couverts de vases onde boîtes (Fig. ^23. 32.4. ^25): une poignée d'ustensile, casserole ou miroir (Fig. 358) : des couronnements d'enseigne ou des pointes de timon (PI. V n" G, fig. 375), etc., etc. C'est une preuve que linduslrie employait souvent le bronze comme ornement, et produisait parfois en ce genre des objets de quelque valeur.

I. JoicphSlnyf^owsVi, Bronzeaufsatzaiis cben arch. Instituts in Wien^ IV, p. aoi, Lyon, dans lahreshefte des (rslerreischi- fig. ai y.

a,H8 LES fk;li\ines nn nRO\zrv

C'csl dans cetlc catégorie tiu'il faul fiiirc ciilrer un assez grand nomfl

l-.r;, i-C. — Mladicj d■a]lïl•^ ci l.ri

(le petites plaques de bronze découpcîea en rond au-dessons d'un annei

Fin. 377, — Alliched'»

(Mi..t!p dp Madrid.)

et dont hi surface esl grossièremeiil fa^-onnée à coups de lime en fon de Lèlc humaine.

LES nr.L'nmES de BRO^ZE a3()

Les exemplaires que j'ai photographiés au Musée de Madrid, et qui proviennent, je crois, du legs Saavedra (ils auraient donc été trouvés dans la région de Murcie-Alicanle) nous montrent, dans leur rude naïveté, ce qu*ëtait cette décoration populaire appliquée à de modestes objets de ménage. Ces objets sont en eflot, selon toute vraisemblance, destinés h être appliqués au bord des lèvres des chaudrons, pour en soutenir l'anse dont les pointes recourbées en boucles passaient îi jeu libre dans les anneaux. Il y a là une fantaisie barbare, et une stylisation tout ingénue du visage humain qui ne manque pas d'intérêt (Fig. ^-jCt, 377),

Fie. 37;

Du reste, ce mollf n'est pas le seul, el je me plais à rapprocbcr de ces anneaux de suspension un autre anneau analogue, mais de conception elde style tout différents. La décoration formée de traits en relief rappelle de façon curieuse la décoration de cercles concentriques, de spirales et

a/lO LES riGURINES DE BRONZE

de rinceaux qui caractérise une très ancienne époque de la céramique espagnole, et en fait remonter les modèles jusqu'à la civilisation mycénienne (Fig. 378). Ce fragment est tout ce qui reste d'un chaudron en bronze trouvé en Galicie, à Ghao de Churras, dans la paroisse de Alage y Budian, et réduit en 1871 en petits morceaux'.

I Villa-Amil, Museo espaùol de Àntigùedades, IV, p. G8, n® i4.

ART IBÉRIQUE

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