‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 5)Chapitre 55 sur 89 · No i8oj · texte numérisé non relu

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deux exemplaires et qui consistent simplement en une plaque mince découpée en losange et étirée en iîl à partir des angles les plus aigus (Fig. SSg).

Mais il existe au Musée du Louvre des fragments de bandeaux ou de diadèmes en or qui sont parmi les plus importants souvenirs, et les plus instructifs, de Torlevrerie ibérique. Ils ont à la fois un grand intérêt d'art et une grande valeur archéologique. Et s'ils restent encore très mystérieux, ce mystère même est un attrait de plus et me sollicite à les décrire, puis à les critiquer de très près. Il s'agit de ces débris de lames estampées, en or pâle, que M, Schlumberger a eu Theureuse initiative de faire acheter par notre grand Musée, et qu'il aie premier présentés au public dans la Gazelle archéologique y en i885*.

M. Schlumberger n*a pu obtenir aucun renseignement précis sur le lieu et la circonstance de la découverte de ce trésor : on lui a dit seulement qu'il aurait été trouvé près de Caccres. Il se compose de six fragments dont les trois plus grands, hauts de cinq centimètres et ayant ensemble une longueur de dix-neuf centimètres et demi, sont les seuls que Ton doive rapprocher, sans pour cela les unir, comme provenant d'un même objet (PI. IX, en haut et en bas, à gauche) ^ Le quatrième morceau mesure 27 millimètres de haut sur 4""» 1/2 de long (PI. IX, en bas, au milieu) ; le cinquièmea la même hauteur, à un millimètre près, et 7'''", 1/2 de long (PI. IX, en bas, îi gauche) \ Quant au sixième il est trop peu important pour que nous le reproduisions.

1. G. Schlumberger, Bandeaux d'or estampés d'époque archaïque^ dans Gazette archéologique, 188."). p. 4» pi. II. Cet article a été réimprimé tout au long par M.

Taillebois, qui Ta fait suivre de quelques observations (E. Taillcbois, Deux objets d'art ihériensy (^acn, 1890, p. 17. Extrait du Bulletin monumental de 1890). M. E. Car- (ailhac a aussi donné quelques noies sur ces objets, et en a publié une image en fac-similé don''. !.(.* trait des figures ei»t par malheur beaucoup trop net (^Ages préhistoriques de

V Espagne et du Portugal, p. 334 et pi. IV).

E. llûbner y fait allusion dans son Arqueologia de Espana, p. 226.

t. Dans les mesures, je ne com{>tc pas les petits anneaux ni les cornets qui sont soudes au bord des fragments.

3. .\ première vue on dirait que les deux morceaux appartiennent à un même bandeau ; mais en regardant de plus près, on voit que la frise ornée du premier — qui est déchiquetée par le bas — est un peu plus haute que celle du second. De plus, la coupure

Les bijoux dont les débris sont si heureusement conserves sont tous de la même fabrique, de la même main sans doute ; ils sont constitués essentiellement par une très mince feuille d'or décorée de figures estampées, disposées en deux frises superposées.

Ce n'étaient point des pièces d'applique ; en eflet, il reste au bord vertical de deux des fragments, ici un anneau et lu deux qui n'ont pu avoir d'autre usage que de passer un lien pour arrondir et fixer le bandeau soit autour du front, soit autour du cou, soit autour du bras.

Ces anneaux sont attachés à lalame d'or par un procédé ([ue M. Schlumbergor explique ainsi : (( Les extrémités des bandeaux étaient munies d*anneaux d'or minces et plats, décorés de deux rainures sur leur face supérieure et soudés par dei^sous à la plaque d'or, par devant à une bandelette d'or également aplatie et décorée de trois rainures qui a été spécialement disposée aux extrémités des bandeaux pour fixer lesdits anneaux. »

Ceci dit, je vais décrire attentivement chaque morceau l'un après l'autre.

I. (PI. IX. en haut, à gauche). — Sur toute la hauteur, à gauche, à coté de la bandelette (|ui fixe les anneaux, règne un ornement vertical en forme de tresse à deux brins, ou plutôt de torsade (|ui s'enroule autour d'une série de points en relief. Au bord supérieur sont fixés deux petits appendices en forme de cornets dont l'évasement se dirige en haut. « Chacun est constitué, dit M. Schlumberger. par une mince feuille d'or, taillée en forme d'éventail, qui a été repliée sur elle-même en façon de gaufre ou d'oublié. Avant de procéder à cet enroulement, l'ouvrier avait eu soin de fendre la pointe de la petite feuille en éventail, et cette pointe ainsi fendue a servi ù souder chaque cornet au bord supérieur du bandeau qu'elle vient enserrer entre ses deux moitiés. La surface extérieure de ces petits cônes renversés est ornée de cercles linéaires en relief, alter-

nolle des bords du dernier morceau, ainsi que cher et de faire se toucher le» trois fragments

la largeur do la plato-bande nue qui se trouve groupés on bas, puisque celui de gaucho fait

sous les pieds des personnages, prouvent partie du môme bijou (}ue les deux d*en haut,

qu*il provient d'un bandeau à une seule xone. et que les deux autres, non seulement ne se

Kn exécutant la phologra[>hic qui a ser\i à raccordent pas, mais proviennent do deux

notro héliogravure, on a eu le tort de rappru- objets distincts.

aOO LES BIJOLX, LES ARMES

nant avec d'autres cercles formés d'un quadruple rang d'un très fin grènetis. » Les cornets ont été aplatis et faussés ^

Sur la première zone de figures on voit d'abord un cheval marchant vers la gauche, et son cavalier. L'animal ne trotte ni ne galope ; il semble que son maître l'ait arrêté pour pouvoir mieux lancer l'arme qu'il brandit de la main droite, car son cou s'encapuchonne, et il a la bouche large^ ment ouverte, comme sous la pression du mors violemment ramené en arrière. On aperçoit la bride, attachée à un anneau visible entre le cou et la mâchoire. Sur le front apparaît un fort toupet de poils hérissés ; tout le long du cou et de l'échiné, derrière l'homme, court une hgne de petites boules en saillie. La queue, très longue, s'arrondit en s'écartant de la croupe. Quant au cavalier, assez indistinct, on ne peut guère juger s'il est nu ou vêtu, ni identifier avec assurance l'arme de sa main droite ; de la main gauche, qui tient déjà la bride, il élève un petit bouclier rond ; sur sa tête, en arrière, on voit plantée une sorte de plume ou d'aigrette.

Devant cette figure se trouve un gros vase pansu, avec une anse articulée attachée a son bord ; un personnage, dont on ne voit plus que la main, saisissait cette anse.

Tout autour de la silhouette du cavaUer et de celle du vase le champ de la plaque n'est pas vide ; il est séparé en registres par des lignes en grènetis, horizontales et parallèles. Sous le ventre du cheval on voit nager deux poissons ; sous sa tête est un gros oiseau en forme d'échassier, ou plutôt d'oie ou de cygne, qui porte au bec un poisson ; un autre motif en tout semblable, mais un peu plus grand, est situé au-dessus du chaudron, devant la tête du cheval.

Ce qui reste sur la seconde zone vient compléter le tableau précédent. On distingue en effet, tout au bord, à gauche, la moitié de la tête d'un cheval semblable au premier, et la moitié d'un oiseau pêcheur ; au devant d'eux, je retrouve le grand vase, dont la forme est très nette et où l'on comprend très bien comment l'anse est attachée. Cet ustensile est « un vase immense, certainement de métal, à vaste base, à panse considérable, muni d'une anse mobile dont les extrémités recourbées et renflées

I. Cf. les pctilcs clochettes du bracelet figure 38o cl do la pendeloque figure 388-

roulent dans deux grands anneaux fixés aux cotés de Touvcrture ». Ici le personnage qui porte le vase est figuré tout entier ; c*est sans doute un homme, et il parait nu ; s'il a un vêtement, c'est un vêtement ajusté de façon très étroite au torse et aux jambes. A son cranc, par derrière, sattache un double ornement semblable à celui du cavalier de la frise supérieure. Il parait marcher, et de la main gauche comme de la droite a saisi un grand vase analogue au premier. Sur le fond, entre l'homme et la tête du cheval, se retrouve le grand oiseau tenant en son bec un poisson, et devant la tête de l'homme il subsiste la partie postérieure de ce qu'il faut reconnaître aussi — nous en aurons la preuve tout à l'heure — pour un gros poisson. Le tableau est aussi, comme du reste tous ceux que j'ai encore à examiner, divisé en bandes par de petites lignes de points.

2. (PI. IX, en haut, à droite). — Première zone, à partir de la gauche : Devant les deux jambes, qui subsistent seules, d'un homme debout, on devine à grand'peine un ornement vertical formé de trois têtes presque rondes superposées, mais pas directement, parce qu'elles sont séparées par de petits disques ; ces têtes coupées sont placées de telle sorte que la ligne médiane tirée du front au menton est horizontale ; elles sont reliées aux disques intermédiaires par une tige arrondie. Cet ornement singulier sert de démarcation entre deux motifs. Le motif qui recommence à droite, nous le connaissons déjà : c'est l'homme portant les deux grandes urnes. Au-dessus de l'urne de gauche est le grand oiseau an poisson, audessus de l'urne de droite un long et gros poisson, le même dont j'avais tout à l'heure signalé seulement la queue. Vient ensuiL&~un guerrier à cheval, à très peu près semblable à celui que nous connaissons. La seule différence, c'est que l'homme brandit à la main droite une lance à manche court et à très large fer, et que sur le sommet de sa tête se dressent trois aigrettes de trois plumes très raides. Sous le ventre du cheval il y a non plus des poissons, mais un cygne pêcheur. Ce qu'il est surtout intéressantde noter c'est que la queue, toute hérissée de poils, ressembleà un mille pieds ou à une scolopendre, comme l'a ingénieusement dit M. Schlumberger, et qu'entre cette queue, la croupe et les pattes tombe une cascade de petites boules, dont l'identification, très réaliste, me fait hésiter.

a5a LES BIJOUX, les armes

Sous la tête du cheval, Toiseau de remplissage ordinaire; le tableau se continue par un guerrier à pied, la tête ornée des trois plumes réglementaires, une épée-poignard en travers de la taille ^ ; de la main gauche il élève un petit bouclier rond à umbo ; de la droite dressée il s'appuie sur une double lance dont les pointes ferrées sont en Tair. La lame d'or étant ici brisée, on ne voit pas les jambes du bonhomme, et à sa droite il n'existe plus qu'un peu de la queue d'un cheval.

La deuxième zone ne fait absolument que doubler la première ; les figures s'y répondent avec une symétrie complète, sans aucune variante, sauf qu'à gauche, au lieu du piéton et de la ligne de têtes, il y a l'avanttrain d'un cheval, et que de l'homme aux lances, à droite, il ne reste que le haut de ses armes. Peut-être au lieu d'un bouclier le cavalier tientil à la main gauche un arc. Tel est l'avis du premier éditeur, de MM. Taillebois et Cartailhac, mais je crois plutôt qu'il s'agit simplement d'une image sommaire ou incomplète du bouclier, à laquelle s'est résolu l'artiste parce que la place lui manquait. Je m'explique mal un cavalier armé à la fois du javelot et de l'arc, et les brandissante la fois.

3. (PI. IX, en bas, à gauche). — On retrouve sur la première ligne le combattant à pied, les plumes en tête, le bouclier à la main gauche, l'épée à la ceinture ; mais au lieu d'être armé d'une double lance, il Test d'une courte épée dont le pommeau est terminé par une boule. Devant lui le combattant à cheval, levant son bouclier et une courte épée semblable à celle du piéton : entre les pattes du cheval sont des poissons; devant lui les deux oiseaux accoutumés. Le fragment se termine par un homme porteur de vases : le personnage n'a d'original qu'une ceinture en forme d'anneau, qui lui donne une taille de guêpe.

Ici encore, la seconde Hgne est une réplique de la première, réplique où je ne relève aucun détail nouveau ; c'est une exactitude de cliché. Seulement, par suite de quelque accident ou néghgence de fabrication, on voit, à droite, traversant obliquement le porteur de vases, une double

I. M. Schiumbergcr croit que la taille est lailhac songe à j voir plutôt « un fourreau cnscrrëe dans une ceinture probablement en d'épce, ou même une cpée dans son fourmétal, munie d'un cùtc d'une sorte de croi- reau » (o/>. laud.y p. 335, note i). Tel est sotte, de l'autre d*un large anneau. M. Car- aussi mon avis.

LES BIJOUX, LKS AHMKf^ 353

torsade semblable à celle qui borde le premier fragment décrit : elle est imprimée avec beaucoup de légèreté sur le métal'.

/|. (PI. IX, en bas, au millieu). — Sur Tunique frise (celle qui la doublait a disparu), il subsiste à gauche un bras levant un bouclier ; puis un cheval et son écuyer levant la courte lance et la petite rondache; entre les pattes de l'animal il n'y a ni poissons ni oiseaux, mais seulement les grènetis horizontaux; devant sa tète on voit toujours l'oiseau, mais audessous il y a un jeune poulain, qui ne diflTère de lui que par la taille. Enfm, on ne voit plus qu'un soldat a pied, du type déjà décrit, armé d'une très courte lance à fer puissant, et la queue d'un cheval.

5. (PI. IX, en bas, à droite). — Bandeau à zone unique; à partir de la gauche se succèdent l'avant-train d'un cheval avec le bras de son maître ; devant les naseaux, un oiseau pêcheur ; sous la tête, une grosse tortue, les pattes écartées, la tête en bas ; un guerrier à pied, du même type que le dernier décrit, mais tenant une épée ; un cavalier du modèle ordinaire, dont la droite, très indistincte, ne semble armée ni de la lance ni de l'épée mais tient un poignard triangulaire; au-dessous de la queue du cheval on voit un poisson ; sous sa tête un cygne pêcheur. Enfin, la dernière figure est celle d'un guerrier armé de la lance double et du bouclier ; il n'a pas d'épée à la taille, mais une simple ceinture. Entre les lances et les cuisses de l'homme il y a eu place encore pour un oiseau. Une colonne de disques et de crânes encadre, au bord, ces motifs. Des lignes très nettes de points accostés divisent cette frise, comme toutes les précédentes.

En somme, si l'on fait abstraction des menus détails et des variantes, les bandeaux de Caceres répétaient à satiété ce même thème : Dans un lieu marécageux sans doute, où pullulent les poissons et les oiseaux pêcheurs, sont disposés des groupes de guerriers à pied et a cheval, qu'accompagnent des serviteurs portant de grands vases.

Je ne crois pas qu'il faille chercher un lien entre tous ces personnages, ni un rapport entre les scènes représentées et le lieu où elles se passent.

I. Il va sans dire (|uo le fond de tous les morceaux est uniformément divisé par bandes hori xontaloA au mo^en de lignes de points.

Les poissons, les oiseaux qui leur font la guerre, la torlue, le poulain, ne sont que des thèmes de remplissage, de véritables poncifs, tout comme le soldat à pied, et le soldat de cavalerie, et l'orfèvre n'a pas cherché autre chose qu'à juxtaposer de son mieux, sans laisser de vide, toutes ces différentes figures ' . Il répétait a rinfmi le môme motif sur de longues bandes, et coupait au hasard pour obtenir les mesures des bandeaux dont il avait besoin. On le voit bien par le bord gauche du fragment, où la frise inférieure commence par le tiers d'une tête de cheval au-dessus de la moitié d'un oiseau.

Lorsque M. Schlumbergcr a présente ces bandeaux aux lecteurs de la Gazelle archéologique, il s'est montré plein de prudence, comme il était tout naturel. « En l'absence complète de renseignements précis sur les circonstances de la trouvaille de ces précieux fragments qui me paraissent jusqu'ici uniques en leur genre, en l'absence surtout de tout point très sérieux de comparaison, il me parait impossible actuellement, il serait, en tous cas, souverainement imprudent d'émettre une opinion sur l'origine et l'âge véritables de ces monuments. Sommes-nous en présence d'un produit de Tart ibérique primitif, ou tout au contraire de quelque objet de provenance étrangère, phénicienne par exemple ? C'est ce qu'il ne me semble pas permis de décider pour l'instant. » Néanmoins le savant archéologue tente quelques rapprochements avec les vases primitifs grecs du style de la Porte Dipyle, avec des bandeaux d'or trouvés à Gorinthe, et publiés par M. Furlwœngler, avec certaines coupes phéniciennes du Musée Napoléon lll, étudiées par M. A. de Longpérier, avec des objets provenant des nécropoles de Watsch et Sanct Margarethen en Carniole, publiés par M. F. de llochsteller. Enfin, il reproduit une lettre de M. Salomon Reinach, où celui-ci s'exprime ainsi : (( Je suis plus que jamais d'avis que vos plaques d'or sont un monument, unique en leur genre, de l'art des Lybiens, Ibères, Tamahou, Machouacha, c'est-à-dire de l'art des populations primitives qui, à une époque très reculée, ont peuplé l'Espagne et la Barbarie. ))

I. Je ne suis donc pas d'avis d*admotlrc poissons qu'ils ont au bec dans les grands

l'hjfpolhèse proposée par M. Sclilumberger, vases,

que les oiseaux pécheurs portent pout-clrc les

M. Taillebois, qui a toujours porté un grand intérêt aux antiquités ibériques, a ajouté d'autres rapprochements à ceux-là ; il emprunte surtout ses comparaisons aux types des monnaies de la Péninsule et de quelques monnaies gauloises, à des monuments phéniciens et chypriotes, et aussi, fait notable, à des monuments de Mycènes et de Tirynthe.

M. Cartailhac rapproche un détail — les guirlandes de têtes — d'un ornement analogue qu'offre un fourreau d'épée gauloise de la Marne ; un autre détail — la tresse qui est à l'extrémité du premier fragment — d'un détail analogue de certains objets des Citanias.

De tout cela ne se dégage pas une impression bien nette. Il est permis, je crois, d'être plus précis, et d'affirmer que comme les statues du Cerro et le buste d'Elche et comme un grand nombre de vases peints, et mulalis mulandis, les bandeaux de Caceres sont des bijoux espagnols de style gréco-oriental.

L'apport de l'art oriental ne peut être nié. Sur les plats et coupes phéniciens auxquels ont déjà songé MM. Schlumberger et Taillebois, la coupe de Préneste au Musée Kircher, le plat d'argent de Géré, la patère d'Amathonte au Musée de New-York, la patère de DaU au Louvre, la tasse d'argent de Géré, tous monuments de style plus jeune que les bijoux de Gàceres, les chevaux ont les queues figurées en scolopendres, exactement comme celles de nos coursiers, et il serait étonnant qu'il y eût là une simple coïncidence * . Le grènetis qui court le long de Téchine de ces mêmes animaux, et peut-être le long de leurs jambes de derrière, je le retrouve tout le long du dos des lions debout et affrontes tenant des urnes, qui décorent l'anse d'un vase de bronze chypriote du Musée de New- York '.

M. Taillebois a aussi fort heureusement remarqué que les trois plumes' plantées droites sur lu tête de quekpies-uns des personnages se retrouvent sur la tête du génie phénicien — un Bes ou un Gabire — qui est repré-

I. Perrot cl Chipiez* £/i>/oire<^e/'ar/</a^5 pa», d'accord co ceci avec M. Taillebois. Ce

l'antiquité, t. 111 (Phénicie et Chypre), ne sont pas non plus des mèches de cheveux

figures 5'i3, 54'i> 547» 5/|8, 549* *^^'* tordues, comme l'a soupçonné M. Schlum-

3. Ibid., figures 555, 556. berger. On distingue nettement les barbes des

3. M. Ë. Cartailhac songe que ces plumes plumes, pourraient ôtrc des épingles ; je no le crois

25G LES nijorx. lt:s aumes

senlé sur des monnaies des Baléares', et les inonnaveurs des Baléares avaient emprunté rornemenl a des images phéniciennes du môme démon ^.

La Grèce a pu fournir a Taruste ibère des traits plus nombreux encore, et d'abord la Grèce mycénienne. Qui ne sait on effet quel luxe de diadèmes et de bandeaux ont été recueillis par Schliemann et ses succès-. seurs dans les tombes princicres de TArgolide, bijoux formés aussi de' très minces lamelles d*or, et décorés par le même procédé d'estampage ?. Il semble difficile de ne pas admettre que les Ibères ont profité du travûl' de leurs lointains amis, du moment d'ailleurs que nous avons d'autrespreuves de cette imitation.

Il est superflu de rappeler le rôle de la tresse et de la torsade dans Iêl décoration mycénienne ; les exemples en sont innombrables; mais ceBe^ que l'on voit sur le premier fragment de Caceres rappelle plus particùr; lièrement une frise sculptée de Mycènes meme'\ un ornement ^a^ or, une sorte de bandeau aussi *, et un bouclier votif trouvé en Crète*.

Les pierres gravées et les chatons de bagues en métal, qui forment si importante et si inslructi\e série parmi les monuments mycënii nous offrent des modèles sans nombre de corps d'hommes et de femmes. construits comme ceux des bandeaux espagnols. Les guerriers à la taiHefinc serrée dans une ceinture en forme d'anneau sont légion*. A celle. ceinture est parfois aussi attachée en travers une épée^ II est vrai que presque tous ces personnages sont vêtus soit d'une tunique, soit d'ua pagne-caleçon. Mais il n'est pas prouvé que les guerriers des bijoux ibères soient nus, et pour ceux qui ont un anneau à la taille, le contraire paraît^ certain. Si leurs vêtements ne sont pas visibles, cela tient aux petites dimensions des figures, et ^ la maladresse de l'orfèvre à exprimer des. détails à une échelle si réduite.

1. A. ilciss. Monnaies antiques de V Es* .*». V cttoI ci Clnp'mz, /lis toire de l'art dà»3 pagne, pi. L\1V. Cf. Pcrrol et Chîpicv, //i»- l'antiquité, VII (^(irvce de l'Êpopêé)^ fig. toire de l'art dans l*antiquilé, III, lig. 287, 19.

iVdLyrl's GerUfiTtl, Jkademisclu' Aùkandlun- G. lùid., \l (^Grèce primitii'e^t fig. 4sOy

gen, atlas, pi. \!J1L fig. .'). 4:n» \'.rj, /|23 ; fîg. '|jG, ii®* i3, i5. 17. Si,

2. Pcrrot et Cliipicz, lùid., fig. 3(^5 (Sca- 2/i ; fig. 4'*8, ii»» i, 2. 7; fig. 43o; fig. 43l« rahuc du Louvre) ; 2»)0 (Scarabée sarde). no* 1, [) ; fig. /|32, n"'* 3, 12, etc..

3. Scliliemaiiii, Mycènes, lig. i."»3 et 21O. 7. I/tid., fig. 432, n*» 3. /|. /hid., fig. 359.

Pour la chevelure, les Mycéniens connaissaient la mode des aigrettes en arrière ; on en voit trois directement attachées au crâne, sur un fragment de vase trouvé par M. Tsountas à Mycènes'.

Des chevaux, sur des vases tirynthiens, ont les crins du col et du front dressés comme nous les voyons sur les bandeaux de Càceres% et il y a même un exemple de queue de cheval figurée comme un mille-pieds \ Sur Tun des plus curieux tessons de la mcme origine se trouvent deux guerriers qui brandissent à la main gauche un petit bouclier rond, comme le boucher ibérique.

Une intaille sur agate de Vaphio prouve que les JVIycéniens avaient emprunté aux Phéniciens — à moins que le contraire ne soit plus juste — la figure des deux lions dressés et aflrontés, se présentant réciproquement un vase à libations. Les monstres symbohques ont, comme les chevaux de Câceres et comme leurs frères phéniciens, un grènetis tout le long de leur col et de leur échine *.

Enfin, sans aller chercher l'analogue des têtes coupées rangées en frises décoratives jusque sur des fourreaux d'épées gauloises, il suffit à en expliquer la présence de remarquer que les artistes mycéniens ont fait un grand usage ornemental de la tête de bœuf, par exemple, et que même ils ont décoré certains objets d'une bande de têtes humaines en guirlande. On connaît la précieuse tasse d'argent recueillie par M . Tsountas dans Tune des tombes rupestres de la ville basse de Mycènes, où était appUquée une frise de têtes barbares d'un très énergique caractère '.

Je ne puis non plus m'empêcher de remarquer que, si les bandeaux de Cdceres sont indigènes, comme il ne semble pas douteux, il est étrange de voir Torfiîvre choisir comme motifs de remplissage des poissons, des oiseaux d'eau, une tortue ; la mer ne devait pas tenir beaucoup de place dans les préoccupations des artistes de ce peuple éminemment terrien. Au contraire on sait avec quelle heureuse francliise les décorateurs mycéniens se sont inspirés de la flore et de la faune aquatique qui pullu-

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