‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 5)Chapitre 68 sur 89 · I. E. llùbncr, Arqueologia de Espafla, p. aoi · texte numérisé non relu

I. E. llùbncr, Arqueologia de Espafla, p. aoi

leur argent ni à leur bronze la forme et l'aspect de pièces, ni de les orner de CCS signes distinctifs qui en sont la marque et la garantie. Le plus ancien monnayage de l'Espagne est phénicien et grec. L'industrie numismatique est tout entière d'importation, et d'importation assez récente. C'est un point que les études et les recherches des savants espagnols, Dclgado et de Berlanga, ou étrangers comme Lorichs, Aloïss Heiss, Boudard, Zobel de Zangronitz, ont établi avec la dernière évidence.

Les plus anciennes monnaies frappées en Espagne sont celles d'Emporite. Les numismates ont facilement démontré qu'elles appartiennent au système monétaire de sa métropole Marseille, comme celles de Marseille appartenaient au système de sa métropole Phocée. Les petites pièces d'argent, grosses comme des lentilles, avec ou sans légende, que la colonie a mises d'abord en circulation, sont du système dit phocéen ; puis les drachmes, de forme plus régulière, de plus grand diamètre, les divisions de la drachme qui vinrent ensuite en usage, sont du système attique\ Rhode, l'autre comptoir grec du golfe de Rosas, à l'embouchure du rio la Muga, peut-être plus ancien que le comptoir d'Emporiœ' (s'il est vrai que des colons de l'Ile de Rhodes touchèrent avant les Phocéens marseillais la côte de l'ibérie), Rhode n'a que des monnaies du système attique, et par conséquent n'a battu monnaie que quelque temps après Emporiœ. Enfin le monnayage de la troisième ville certainement grecque de la côte, de Dianion, plus récent encore, est du même système. Or le système attique, introduit ainsi en Espagne, a été, comme il était naturel, accepté par toutes les cités qui, à l'exemple des colonies grecques avec lesquelles elles étaient entrées en relation, voulurent avoir leurs monnaies. Je ne parle pas seulement des très nombreuses cités qui conclurent des accords monétaires avec Emporiœ et lui empruntèrent purement et simplement ses types avec ses coupures^, cités

1. Pour les monnaies d'Emporiœ, voyez en 3. Voir au sujet de ces monnaies, toutes particulier la monographie que M. Botet y de bronze, Delgado, Nuevo metodo, lit, pi. Sisos a écrite de cette ville. CXW, n^» iSo-iSg. Toutes les légendes de

2. Voyez sur son histoire Delgado, Nuevo ces monnaies sont en caractères ibériques, et metodo de clasificacion de las medallas c'est pour cela que les attributions n*ont {tas autonomas de Espana^ III, p. i3a et s. encore été clairement établies.

(Cclestin Pujol y Camps).

que par malheur on n'a pu jusqu'à présent identifier avec certitude, mais de toutes celles qui eurent des monnaies autonomes, et dont les types ont été maintes fois reproduits, par exemple dans les ouvrages devenus classiques de M. Ileiss, Delgado, de Lorichs et Zobel de Zangronitz.

Les colonies phéniciennes n'ont eu des monnaies autonomes qu'après les colonies grecques, lors de la conquête carthaginoise ; ce furent Cadix et Ebusus qui donnèrent l'exemple; mais, conséquence très rationnelle de l'importance qu'avait eue le monnayage des villes grecques, ces monnaies hispano-phéniciennes, ou plutôt hispano-puniques appartiennent au système attique ; c'était du reste le système que les Carthaginois avaient eux-mêmes introduit en Sicile, ce qui lui a valu quelquefois

FiG. 'ia8. — Chrysaor sur des monnaies d'Emporin».

le nom de punico -sicilien. Le seul point où l'influence des conquérants se fait sentir, est que les Emporitains modifient légèrement le type de revers de leurs monnaies coui*antes ; à Pégase, symbole trop purement hellénique, ils substituent un cheval ailé dont, par un caprice bizarre, la tête est formée par le corps d'un enfant, un petit Éros sans doute, qui se plie en deux, de façon que sa riiain vienne saisir le bout de sa jambe tendue (Chrysaor) (Fig. 428). Mais seules les eflîgies des monnaies d'Ebususont quelque chose de phénicien ; c'est un Cabire, comme on dit d'ordinaire, ou plutôt un démon oriental, une sorte de Bès difforme et grotesque qui occupe le droit de la pièce, tandis que le revers est orné d'un taureau marchant. Quant aux effigies de Cadix, elles sont purement grecques.

Âînsilcs Ibères ont connu le monnayage, et peut-être aussi la monnaie, grâce aux Grecs et aux Phéniciens. Leur ont-ils demandé des leçons, et en ont-ils bien profité?

Le premier point n'est pas douteux, bien qu'il y ait intérêt à l'établir rigoureusement ; le second problème demande quelque discussion.

D'abord, s'il est certain que le plus grand nombre des monnaies d'Emporiae et de Rhode, et beaucoup des monnaies des villes qui conclurent avec Emporiœ une alliance monétaire sont de facture purement grecque, il est certain qu'à Emporiaî même, je ne dis pas seulement dans la ville sœur, dans la ville indigène d'Indica, mais dans la ville grecque, si l'on veut dans la région où les Emporitains étaient maîtres au point de vue numismatique, il y eut des ateliers où travaillèrent des graveurs indigènes sous la direction des graveurs grecs.

Delgado a insisté en termes pressants sur ce fait que toutes les monnaies emporitaines à légende grecque n'ont pas été frappées à Emporia», et qu'il suffit pour s'en convaincre d'examiner quelques séries. Ainsi, ditil, (( depuis la troisième période*, nous voyons les Indigènes^ frapper des monnaies d'argent imitées avec plus ou moins de goût artistique des drachmes emporitaines au type du cheval au repos, et introduire en plusieurs de ces copies la légende grecque plus ou moins altérée. La frappe ibéro-grecque continue pendant la troisième période, traverse la quatrième avec des œuvres relativement correctes, comme sont les numéros 83 et 84 trouvés à las Ansias, et finit avec la fin du monnayage d'argent emporitain, ajoutant au type difierents symboles. Les observations que nous avons faites depuis dix ans sur ce terrain, partout plein de souvenirs de la cité morte, nous ont tellement convaincu de l'existence de divers centres de fabrique de drachmes grecques dans la province de Gérone, qu'à observer seulement le dessin de quelques-unes

I. Delgado a divise le monnayage d'Eni- mièrc guerre punique,

poriu; en dix périodes. La troisième va de a. Ilabitanls à*fndica.

l*an 33o avant J. -G. jusqu'au début de la pro-

des monnaies de la dernière époque, nous devinons souvent sur quel territoire elles ont été trouvées. » Par excnjple la monnaie n** 89 dont la tête de Diane, par le style caractéristique de son dessin, ne peut être confondue avec une autre, n'a pas été frappée à Emporiae. « Il est possible que quelques-uns de ces centres de monnayage aient été des ateliers helléniques établis en divers lieux d*exploitation de notre riche montagne ; mais quoi qu'il en soit, au simple examen de beaucoup de drachmes emporitaines à légende grecque se révèle clairement leur fabrication ibérique* ».

On peut s'en rapporter sur ce point à un numismate si bien informé, et qui a fait, pièces en main, une étude très approfondie et très complète du monnayage emporitain. Il est du reste facile de comparer les plus belles drachmes de la ville, celles qui sont au type d'Aréthuse, ayant au revers Pégase et la légende ERlIIOPITLiN en tous petits caractères*, avec celle qu'il désigne lui-même ', pourvoir que la tête exquise de la nymphe, de pur profil grec, largement et grassement modelée malgré la fine délicatesse des traits du visage et de la riche coiffure, est devenue, sous la gouge maladroite d'un copiste, sèche, dure, presque grimaçante, une figure de femme vulgaire, sans élégance de traits ni de parure. La mc^me comparaison, peut s'établir entre diverses monnaies de Hhode.

Il faut ajouter qu'à Emporiaî même, ou du moins dans la ville ibérique conjointe, à Indica, il y eut un atelier indigène qui peut-être fut un de ceux où l'on s'adonna à copier les types grecs, mais, où, dans tous les cas, on fabriqua des monnaies ibériques. Suivant Delgado, cette frappe ne date que de la quatrième période — celle dont datent justement les plus belles drachmes grecques d'Emporiaî. Ces monnaies sont de bronze, du module qu'on est convenu d'appeler moyen bronze, et, comme toute la monnaie ibérique, elles semblent appartenir au système de poids et de valeurs qu'avait adopté la répubhque romaine. Pour moi, et malgré Topinion de M. A. lleiss\ j'estime que ces bronzes sont de main ibé-

I. Delgado, Nue\'o metodo, III, p. 19a. 3. Delgado, 0/f. laud.^ n» 89.

a. yAirf., 80, 81, 8a. (^f. A. lïeiss, /)Mcri/i- \. M. Ileiss, Op. laud., |>. 97. dit: « Les

iion générale des monnaies antufues de bronzes d'Emporiœ à légendes celtibcricnnes

V Espagne t pi. i. sonl incontestablement do fabrique grecque, a

rique. Le droit porte exclusivement une télé casquée d'Athéna. Si quelques émissions (Delgado, n" 190, 191, 193) accusent une certaine pureté de contours et quelque sentiment de la beauté grecque, il est très malaisé d'admettre que ces spécimens eux-mêmes, où se rcdèle quelque chose du génie attiquc, ont été dessinés cl gravés par un Grec. Le profil n'a rien de cette gravité sereine que les Grecs depuis Phidias ont donnée à la déesse, et le casque est d'une fantaisie dont je ne connais pas d'exemple dans toute la série des monuments fîgurés classique!: (Fig. ^29)': Et si des exemplaires les Fie. Sag. — Monnaie d'Emporiœ. mieux Venus je passe à ceux de mérite inférieur (Delgado, 194, aoo, 30I, ao4. 307, 208, etc.), je tombe à un art presque barbare, où éclate toute l'inexpérience d'ouvriers très mal pré]>arés au diflîcilc métier de la gravure en médailles. Jomais, n'étaient les types de l'Athéna et du Pégase, je n'aurais songé à la Grèce ù la vue de ces rudes ébauches.

Il va de soi maintenant que si les ateliers grecs d'Emporia> n'ont pas BufK à la tache de frapper tout l'argent nécessaire au commerce de la ville double etde ses alliées, fiplus forte raison faut-il admettre que la plupart des villes qui battirent monnaie autonome eurent leurs monnayeurs. 11 serait monotone et d'ailleurs superflu d'en faire l'énumération ; mais il importe de bien montrer que ces ateliers n'ont jamais été indépendants au point de vue artistique cl que, de bon gré ou non, ils ont subi l'influence des ateliers grecs.

Ce qui le prouve d'abord, c'est le choix des types. La plupart des grandes divinités helléniques figurent sur les monnaies espagnoles. Héraclès apparaît dans un grand nombre de villes, à commencer par Gadès, et toujours, même dans la très antique cité phénicienne, sous sa forme grecque. Ce n'est pas Melkarth, c'est Héraclès, fils de Zeus et d'AIcmène, ayant pour casque la ti'le du lion de Néméc et portant la massue à l'épaule. On le trouve ainsi dans toute la région pliénicienne, en BéU-

t. A. Keîs!', Ptacri/ilion des monnaies etc., pi. IV, n" 4o.

LES MOSNA.IES agi

que, à Abdera, Asuido, Bailo, Carissa^ Carmo, Sexs, Callel, Cartcia, Ipluci, Lascuta, Slaro, et tout aussi bien à Evion ou Avion, en Lusitanie. Neptune est figuré h Carteia, Carmo, Ebusus, Salacia ; Mercureà Carmo, -à Ilipula ; Pallas à Carteia, Carmo, Carlhago nova, Indica, Sagontc ; Apollon à Carbula ; Cybèle avec sa couronne de tours à Carteia; Gérés àBora',etc. Tous ces dieux, toutes ces dûcsscs son! de type absolument hellénique. Saufpenl-èlre Pallas, dont le casque alTectc parfois des formes que l'on ne retrouverait pas en Grèce, et qui reproduisent peut-ôtre des modèles de casques en usage chez les guerriers du pays, je ne trouve partout que des visages et des ajustements bien connus, dont seule la

! ilil^riqucs de Maisca.

maladresse du graveur n souvent compromis la ressemblance. En revanche on peut avancer qu'il n'existe pas, pour ainsi dire, de types pliénïoicns, car à supposer même par exemple que les monnaies de Maliica soient pliénieiennes, et non pas des imitations ibcri(|ues de monnaies phéniciennes, le dieu qui parait le plus souvent au droit de ces pièces est le pur Héphaistos grec coiffé du bonnet conique (Fig. j3o, ^Si)' et, pendant un petit nombre d'années seulement, ce type s'est modifié par la substitution d'une calotte plate au bonnet pointu (Fig. ^^s) '. Les monnayeurs revinrent \ilc au premier type. Au revers des moimaios qui passent pour les plus anciennes est figuré un temple grec à quatre colonnes '. Seul le ('abire grolesque qui dislingue les monnaies à légende phéni-

I Bora csl une localiU' intlctcrminéo ; ii no Hmble pas d'aillrurs qu'il faille la confondre aroc Ebara (voy. A. Ilcîei, Deicriplioii, p. .43o).

a. A. tleÎM, Description des monnaie* etc.. |il. \LV. n" 5 el n" ï. Si l'on veut « voir un Cabirc, ruISrnialion n'cat pu

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