Inédit
le slyle géométrique mycénien. J'ai déjà dit que cet objet appartient à la catégorie de ceux dont la poignée est composée de métal découpé à jour faisant transparent sur une matière différente, engagée par derrière. La tête même du cheval a beaucoup souffert ; elle est fort indistincte ; mais la partie métallique de l'encolure est mieux conservée. Sur la courbure extérieure on suit aisément une gracieuse cascade de spirales en forme d'S allongées, accrochées Tune à l'autre, qui simulent une crinière frisée. Sur la partie plate qui est conservée au bas du col de l'animal, je trouve autour des deux petites ouvertures nettement découpées une série de chevrons et de spirales, et, par dessous, une petite frise horizontale le long du joint de la lame, laquelle porte gravée une suite de petites palmetles réduites à deux volutes opposées, et à une feuillette dans l'angle convexe que forment en s'écarlanl les spirales.
Je crois ces détails, auxquels, je pense, je suis le premier à prendre garde, d'un intérêt capital. Ils me semblent un des arguments les plus probants que j'aie encore rencontrés de l'influence de l'arl mycénien en Espagne. Du reste, une fois de plus, il est bon d'affirmer que cet art a eu de longues survivances, et peut-être ces sabres ne sont-ils pas d'une très lointaine antiquité. Mais peu importe, l'essentiel est actuellement d'établir, avant de fixer une clironologie certaine, que l'art ibérique, dans ce qu'il a de meilleur, a de profondes racines hors d'Espagne, jusque dans la Méditerranée orientale*.
Il reste à parler d'un dernier glaive d'Almcdinilla, dont la lame est de décoration très commune, de simples lignes accentuant la forme de la soie, comme nous en avons déjà vu; mais la poignée diffère absolument de style, comme de motif, et elle trouble tout d'abord celui qui l'étudié (Fig. ^^G et PI. XI, à gauche). C'est le numéro 10/169 de Madrid: il est utile d'aflîrmer qu'il a bien été trouvé avec les autres, et fait partie du même lot. Ici, la tête de cheval est remplacée, à l'extrémité du pommeau, par un protome danimal ailé, une sorte de panthère dont la gueule est largement ouverte, dont les oreilles sont dressées, dont le cou est percé de points noirs figurant le pelage d'un fauve, dont les ailes
I. Jo rapprocherai volonliors en rlécor rlos dron dont j*ai parle au chapilro précédent
sabres andalous des dessins do Tanso do chau- (fig. 378).
éployées sont striées de nervures qui les font ressembler à des feuilles. La partie droite, contre la garde, est une sorte de grille à jour, qu'occupe, dans un cadre surmonté d'une palmette légère, un très élégant rinceau. A première vue, il semble que Ton soit transporté fort loin de llbérie. Le dragon ou la panthère a un faux air de monstre arabe ou persan ; le rinceau fait pensera quelque ingénieux travail de la Renaissance. Cependant Toeuvre est bien authentique et espagnole, etilfaut ajouter, antique, rien ne permet d'en douter. En effet le monstre, comme le rinceau, est en fer, peut-être seulement ce fer a-t-il été doré * : Tajourage du métal pour laisser voir une autre substance disposée par-dessous pour servir de fond, est un procédé technique qui semble exclusif aux ateliers d'Almedinilla ; enfin, ces ornements sont à coup sûr contemporains de la lame, faits pour elle, et cette lame est absolument de la même forme que toutes les autres, et ornée de lignes exactement semblables à celles du plus grand nombre. De toute nécessité il faut donc admettre que cette arme de luxe est de la même fabrique que toutes les autres; que le dragon est une imagination ibérique du décorateur, que le rinceau est inspiré par quelque beau rinceau grec ou romain, de même que la johe palmette. Et l'œuvre est une de ces œuvres composites, mais toujours originales, fruit d'une longue pratique des modèles grecs, telles qu'en ont exécutées aux heures bonnes de leur inspiration les armuriers aussi bien que les architectes, les sculpteurs, les joailliers et les céramistes*.
1. La remarque est de M. Cartailhac, qui du reste n'est pas atTirmalif.
2. J'ajoulo pour mémoire que les armuriers ibères ont connu les procédés de l'incrustation métal sur métal, procédés qu'ils avaient peut-être cmprunlcs aux Mycéniens.
Kn effet, M. Cartailhac signale une longue lance d'Almedinilla (Musée d'artillerie, à Paris, Cartailhac, op. laud., p. a5o, fîg. 36),
dont la douille est ornée de filets en bronze incrustés et M. Salazar, d'Alcalà-la-Real, en possède une autre, de même provenance, tout incrustée d'argent. J'ai recueilli moimême, au Cerro de l'Amarejo, un tout petit fragment, d'arme probablement, où sur deux faces parallèles se voit un bout do rinceau d'argent incrusté dans le fer. Je l'ai donné à M. le Pi" Canovas, de Lorca.
UAND on étudie rarchiteclure, la sculpture, les industries de la terre cuite et du métal de TEspagne primitive, on trouve, sans beaucoup chercher, des monuments qui semblent nés d'eux-mômes dans le pays, sans Tintervention d'aucune influence étrangère, que les indigènes ont conçus et fabriqués d'instinct, cédant aux appels de la nécessité matérielle, sociale ou religieuse, et qui reflètent sincèrement Tétat de leur âme enfantine et barbare.
Il n'en est pas de môme pour la numismatique : on peut dire, quoique laflirmation ait quelque chose de paradoxal, qu'il n'y a pas de monnaies ibériques; j'entends que les Ibères, à l'enfance de leur civilisation, n'ont pas eu l'idée de battre monnaie métallique. Sans doute le commerce a pu et dû se faire à l'origine au moyen d'échanges en nature ; mais ce procédé trop primitif n'a certainement pas duré longtemps, et les Ibères ont eu de bonne heure des monnaies, au sens le plus général du mol, c'est-à-dire des objets fiduciaires représentatifs de valeurs déterminées ; il est même probable que c'étaient de petites barres d'argent ou de bronze fondu, comme certaines populations du centre en faisaient encore usage au temps de la conquête romaine, et même deux siècles plus tard, selon le témoignage de Strabon que confirment d'assez nombreux spécimens retrouvés *. Mais Fidée ne leur semble pas être venue de donner à